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Témoignage du caméraman Talal Abu Rahma
On notera tout d’abord l’insistance de Talal pour désigner la responsabilité israélienne. Il n’a pas vu le tireur israélien. Mais il est sûr que les tirs venaient du coté israélien, car ils étaient en face. Il a entendu un "boum", mais c’est une rafale qui est censée avoir fauché l’enfant et son père. Un "boum" tellement fort, d’ailleurs, qu’il a sursauté (preuves en sont, les images de l’instant de la mort, floues, décadrées). La base était en face, Talal le répète : mais la base se trouvait latéralement à la scène, dans un angle de 30 à 45°. Talal affirme également s’être couché pour échapper aux tirs, ce qui n’était pas nécessaire, d’une part, puisqu’il s’était abrité derrière une camionnette (le véhicule abandonné, que l’on verra dans un autre film, tourné sous un autre angle, et derrière lequel Talal et son preneur de son sont accroupis). Pendant une demi-heure Talal n’a pu rien faire, pas plus qu’aucun des journalistes et autres protagonistes présents sur les lieux ? Une demi-heure de tirs de cette intensité aurait provoqué des centaines d’impacts de balles. Or, le nombre d’impacts est invariablement de sept, du début à la fin de la séquence. Mais Talal, témoin "impartial" et journaliste professionnel, ne s’est pas contenté de donner ce point de vue discutable bien qu’à la limite de l’objectivité, puisque, deux jours après l’incident, il déposait ainsi sous serment, au profit du Centre Palestinien pour Les Droits de l’Homme.
Déposition sous serment de Talal Abu Rahma
« Je, soussigné Talal Hassan Abu Rahma, résident de la bande de Gaza portant le n° d’identité 959853849, déclare ce qui suit sous serment, après avoir reçu notification légale de Maître Raji Sourani, et de mon plein gré, concernant le meurtre de Mohammed Jamal A-Dura et les blessures infligées à son père Jamal A-Dura, tous deux touchés par des tirs des Forces israéliennes d’occupation.
« Le 20 septembre 2000, je me trouvais à mon travail, dans le quartier de Netzarim depuis 7h00, effectuant un reportage sur les affrontements. À midi, alors que je m’apprêtais à terminer mon travail et à retourner au studio de télé-diffusion, j’ai entendu de vives fusillades partant de toutes les directions. À ce moment, je me trouvais dans la partie nord de la rue menant au carrefour Ash-Shohada (carrefour de Netzarim). De là où je me trouvais, je pouvais voir et observer l’avant-poste des militaires israéliens au nord-ouest du carrefour, ainsi que les deux immeubles d’appartements palestiniens situés au nord du carrefour. Je pouvais également voir l’avant-poste des forces de sécurités de l’Autorité Palestinienne, situées au sud du carrefour, et un autre poste avancé des Palestiniens, 30 mètres plus loin, qui constituait un poste provisoire où des membres des forces palestiniennes faisaient la pause.
« Soudain, des tirs nourris commencèrent en travers de la rue, qui a une largeur d’une trentaine de mètres. Shams Oudeh, un photographe de l’agence Reuters, frappa mon attention, parce qu’il se tenait auprès d’un homme et d’un enfant. Tous trois se réfugiaient derrière un bloc de béton. Ce que le journaliste était en train d’observer attira mon attention. Je tentai de mettre au point sur l’avant-poste des forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne, d’où les tirs étaient partis, et sur lesquels tirait à son tour l’armée israélienne, pendant les premières minutes. Soudain, j’entendis le cri d’un enfant. A ce moment, je braquai ma caméra sur le petit Mohammed Jamal A-Dura qui venait d’être touché à la jambe droite. Le père tentait de calmer son enfant, de le protéger et de le couvrir avec ses mains et son corps. Parfois, le père levait les mains pour demander de l’aide.
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