La chaîne Arte diffusera, les 27 et 28 avril 2011, deux parties de « Nurembergle procès des Nazis » (Nuremberg: Nazis on Trial), docu-fiction de Paul Bradshaw et Nigel Paterson (2006). Un film associant des scènes jouées par des acteurs, des archives, des témoignages d'historiens et de témoins du procès], par un tribunal international, en 1945-1946, d'une vingtaine de criminels deguerre nazis, dont Hermann Göring et Albert Speer.Après les suicides du Führer Adolf Hitler le 30 avril 1945, de Joseph Goebbels, ministre de l'Education du peuple et de la Propagande, et de Heinrich Himmler, chef de la SS, en mai 1945, puis celui de Robert Ley, directeur du Deutsche Arbeitsfront(Front allemand du travail qui regroupe les syndicats), dans sa prison à Nuremberg le 25 octobre 1945, les Alliés tiennent particulièrement à ce que la vingtaine de dirigeants nazis de haut rang qu'ils ont arrêtés, interrogés et emprisonnés soient en mesure de comparaître devant le futur tribunal international chargé d'établir les faits et de juger ces détenus. La surveillance de ces prisonniers nazis est donc renforcée.
Si la séance inaugurale de ce procès hors norme a lieu à Berlin le 18 octobre, le procès se déroule du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 à Nuremberg. Et en présence d'une armada d'interprètes et de journalistes, dont Lucien Bodart, Walter Cronkite, Ilya Ehrenbourg, Joseph Kessel pour France-Soir,Evgueni Khaldei, auteur de la célèbre photo du drapeau rouge flottant sur le Reichstag, Richard Llewellyn, Erika Mann, Alexandre Vialatte, Rebecca West, Markus Wolf, et Tullia Zevi.
Ils concentrent leurs trois volets sur trois accusés aux stratégies divergentes : le successeur désigné d'Hitler, Reichsmarschall – grade le plus élevé – et commandant en chef dela Luftwaffe Hermann Göring (1893-1946), Albert Speer (1905-1981), ministre de l'Armement et architecte des grands travaux de Hitler, et Rudolf Hess (1894-1987), un des rédacteurs des lois antisémites de Nuremberg (1935).
Arte ne diffuse pas, sans explication, le volet sur Hess : celui-ci s'était rendu, peut-être pour négocier la fin de la guerre, le 10 mai 1941 en Ecosse, où il a été arrêté et emprisonné.
La dramaturgie du film souligne le contraste entre les personnalités et les stratégies judiciaires de deux dirigeants nazis ayant occupé des fonctions importantes jusqu'à la capitulation du IIIe Reich - Hermann Göring et Albert Speer -, et la dimension psychologique du procès. Les « dialogues des scènes de reconstitution s'inspirent des archives de l'époque ».
Göring se constitue prisonnier le lendemain de la capitulation aux Américains. Il a « créé la Gestapo, préparé les lois contre les Juifs et le réarmement ». Il avait prêté ce serment d'allégeance à Hitler : « Je n'ai aucune conscience. Adolf Hitler est ma conscience ». Grossier, vaniteux, il demeure un fervent nazi. Sur son acte d'accusation, il écrit : « Les vainqueurs seront toujours les juges, et les vaincus les accusés ».
Malin, il use de son ascendant sur les autres accusés pour constituer et maintenir un front uni sur sa défense : la revendication fière du nazisme et le rejet de toute responsabilité dans les crimes.
Amaigri, désintoxiqué, fanfaronnant, il comparaît en revendiquant sa fidélité à Hitler, son souci du peuple allemand.
Parmi les témoins : Otto Ohlendorf, commandant de l'Einsatzgruppe D, un de ces groupes mobiles ayant exécuté les Juifs près de leurs villages en Europe centrale et de l'Est, pointe la responsabilité de Göring dans ces massacres ; le 15 avril 1946, Rudolf Höss, commandant d'Auschwitz, résume sa rencontre avec Himmler à l'été 1941 : appliquer la « solution finale » à Auschwitz où ont été exterminés plus d'un million de personnes, essentiellement Juives. Un témoignage précis et accablant.
Au procureur américain, Robert H. Jackson, qui dénonce le caractère secret des préparatifs allemands pour rendre libres l'accès au Rhin, Göring réplique ironiquement n'avoir pas lu « quelque part l'annonce des préparatifs de mobilisation entrepris par les Etats-Unis ». Ce qui fait rire la salle.
Göring perd de sa superbe et est déstabilisé lors de son contre-interrogatoire par le procureur britannique, Sir David Maxwell-Fyfe, qui maîtrise mieux son dossier, et quand Robert H. Jackson lui reproche son pillage au bénéfice du IIIe Reich et à son profit, d'œuvres d'art européennes appartenant à des collectionneurs privés, généralement Juifs, et à des musées publics.
Speer conseille à Gustave M. Gilbert de séparer Göring des autres accusés lors des repas, pour réduire son emprise sur les accusés. Ce que font les Alliés : Göring prend ses repas seul dès la mi-février 1946. Les autres accusés discutent alors librement et s'émancipent de son autorité.
Condamné à mort par pendaison pour les quatre chefs d'inculpation, Göring se suicide en absorbant une dose de cyanure cachée dans sa cellule, la nuit de son exécution, le 14 octobre 1946. Dans son Journal de Nuremberg (Nuremberg Diary), Gustave M. Gilbert écrit : « Göring est mort comme il a vécu, en essayant de railler toutes les valeurs humaines et de détourner l'attention de sa culpabilité par un geste spectaculaire ».
Le cadavre de Göring est envoyé dans un crématorium à Munich ; les cendres sont « dispersées dans un cours d'eau pour éviter que soit édifiée une construction à la mémoire de Göring ».
Issu de la haute bourgeoisie allemande, cet architecte fait partie du cercle des intimes d'Hitler avec lequel il semble lié par une relation de père à fils. Les Alliés estiment que la guerre a duré deux années de trop en raison de l'efficacité de Speer comme ministre de l'Armement et de la production de guerre.Il minore son rôle en se présentant comme un administratif soucieux de remplir sa mission, ayant ignoré les conditions d'esclavage de « cinq millions d'étrangers, dont 200 000 volontaires » contraints à des travaux obligatoires dans les usines d'armements. Il allègue avoir seulement estimé le nombre de personnes nécessaires à la machine de guerre allemande et rejette toute autre responsabilité sur Fritz Sauckel, responsable du recrutement et de l'exploitation de la main-d'œuvre étrangère, et qui sera condamné à mort par le Tribunal.
Il affirme s'être opposé à la politique de la terre brûlée, décrétée par Hitler pour freiner la progression des Alliés, et allègue avoir tenté de tuer Hitler au gaz dans son bunker à la fin de la guerre.
Le contre-interrogatoire de Speer par Jackson est moins pugnace que celui de Göring.
Sa stratégie et sa personnalité – intelligence, sociabilité - concourent à expliquer la peine infligée : Speer est condamné pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité à une peine de 20 ans d'emprisonnement. Après avoir purgé sa peine, il est libéré en 1966 et se consacre à la rédaction de livres.« Nuremberg, le procès des Nazis »
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