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Shoah

27 avril 2011: diffusion de « Nuremberg, le procès des Nazis » de Paul Bradshaw et Nigel Paterson, présentation par Véronique Chemla
26/04/2011

Article repris du Blog de Véronique Chemla, 26 avril 2011


La chaîne Arte diffusera, les 27 et 28 avril 2011, deux parties de « Nurembergle procès des Nazis » (Nuremberg: Nazis on Trial), docu-fiction de Paul Bradshaw et Nigel Paterson (2006). Un film associant des scènes jouées par des acteurs, des archives, des témoignages d'historiens et de témoins du procès], par un tribunal international, en 1945-1946, d'une vingtaine de criminels deguerre nazis, dont Hermann Göring et Albert Speer.


Après les suicides du Führer Adolf Hitler le 30 avril 1945, de Joseph Goebbels, ministre de l'Education du peuple et de la Propagande, et de Heinrich Himmler, chef de la SS, en mai 1945, puis celui de Robert Ley, directeur du Deutsche Arbeitsfront(Front allemand du travail qui regroupe les syndicats), dans sa prison à Nuremberg le 25 octobre 1945, les Alliés tiennent particulièrement à ce que la vingtaine de dirigeants nazis de haut rang qu'ils ont arrêtés, interrogés et emprisonnés soient en mesure de comparaître devant le futur tribunal international chargé d'établir les faits et de juger ces détenus. La surveillance de ces prisonniers nazis est donc renforcée.
Gustave M. Gilbert, psychologue Juif américain d'origine autrichienne, et agent de liaison avec les prisonniers, veille à leur santé mentale, rédige régulièrement pour le commandant de la prison, le colonel B.C. Andrus, des rapports sur leur état psychologique et « suggère des angles d'attaque » aux Alliés en vue des audiences judiciaires. Les Alliés préparent soigneusement ce procès afin que les accusés ne l'utilisent pas comme une tribune de propagande nazie. 

Si la séance inaugurale de ce procès hors norme a lieu à Berlin le 18 octobre, le procès se déroule du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 à Nuremberg. Et en présence d'une armada d'interprètes et de journalistes, dont Lucien Bodart, Walter Cronkite, Ilya Ehrenbourg, Joseph Kessel pour France-Soir,Evgueni Khaldei, auteur de la célèbre photo du drapeau rouge flottant sur le Reichstag, Richard Llewellyn, Erika Mann, Alexandre Vialatte, Rebecca West, Markus Wolf, et Tullia Zevi.

Des liturgies nazies au tribunal international
Nuremberg, c'est la ville où se sont déroulées les grandes manifestations publiques annuelles du Parti national-socialiste.
Le choix de cette ville est certes symbolique, mais surtout motivé par des considérations pratiques : après les bombardements, y demeurent intacts le Palais de justice relié par un tunnel à la prison, l'Hôtel de Ville et le Grand Hôtel.
Une ville donc emblématique pour un procès extra-ordinaire : le premier procès militaire international d'une vingtaine de responsables nazis poursuivis pour « plan concerté ou complot », « crimes contre la paix », « crimes de guerre » et un chef d'accusation nouvellement intégré au droit international : les « crimes contre l'humanité ».
Le Tribunal est composé de magistrats et de ministères publics représentant les Alliés - américains, britanniques, soviétiques et français. La Cour est présidée par Geoffrey Lawrence. Pour Ernst Michel, survivant d'Auschwitz, c'est une « satisfaction de voir la justice être rendue ».
Après lecture du long acte d'accusation, est projeté un film d'une heure sur la gravité, l'horreur et l'ampleur des crimes retenus contre eux : les camps de concentration et d'extermination, les modes d'assassinats des Juifs, les expériences « médicales », les vivisections, etc. Un film qui exerce un impact important sur tous les spectateurs, en particulier les accusés.
Parmi les crimes de guerre, le procès écarte le massacre au printemps 1940 de milliers d'officiers polonais dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. Pendant le procès de Nuremberg, l'avocat de Göring demande la mise en accusation des Soviétiques pour ce crime de guerre. Le 1er juillet 1946, six témoins, de la défense et de l'accusation, présentent leur version des faits au tribunal. Il apparaît que l'auteur de ce massacre est le NKVD, dont l'URSS. Le verdict du Tribunal occulte ce massacre : celui-ci montre que des Alliés ont commis un crime de guerre, un grief reproché aux accusés.

Des stratégies divergentes
Le titre du film ne retranscrit pas l'ambition limitée, mais originale des auteurs du film.
Ceux-ci n'abordent pas l'aspect juridique. Ils évoquent sommairement les opinions opposées des Alliés à l'égard des dirigeants nazis emprisonnés : pour Churchill et les Soviétiques, leur élimination était préférable ; pour les Américains, le procès est l'occasion de rendre publics tous les faits.
Paul Bradshaw et Nigel Paterson esquissent les portraits de certains criminels nazis –Franz von Papen, vice-chancelier puis ambassadeur, Hjalmar Schacht, ministre jusqu'en 1943, Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes puis gouverneur de la région de Vienne - jugés à Nuremberg. 

Ils concentrent leurs trois volets sur trois accusés aux stratégies divergentes : le successeur désigné d'Hitler, Reichsmarschall – grade le plus élevé – et commandant en chef dela Luftwaffe Hermann Göring (1893-1946), Albert Speer (1905-1981), ministre de l'Armement et architecte des grands travaux de Hitler, et Rudolf Hess (1894-1987), un des rédacteurs des lois antisémites de Nuremberg (1935).

Arte ne diffuse pas, sans explication, le volet sur Hess : celui-ci s'était rendu, peut-être pour négocier la fin de la guerre, le 10 mai 1941 en Ecosse, où il a été arrêté et emprisonné.

La dramaturgie du film souligne le contraste entre les personnalités et les stratégies judiciaires de deux dirigeants nazis ayant occupé des fonctions importantes jusqu'à la capitulation du IIIe Reich - Hermann Göring et Albert Speer -, et la dimension psychologique du procès. Les « dialogues des scènes de reconstitution s'inspirent des archives de l'époque ».

Göring
Göring se constitue prisonnier le lendemain de la capitulation aux Américains. Il a « créé la Gestapo, préparé les lois contre les Juifs et le réarmement ». Il avait prêté ce serment d'allégeance à Hitler : « Je n'ai aucune conscience. Adolf Hitler est ma conscience ». 

Grossier, vaniteux, il demeure un fervent nazi. Sur son acte d'accusation, il écrit : « Les vainqueurs seront toujours les juges, et les vaincus les accusés ».

Malin, il use de son ascendant sur les autres accusés pour constituer et maintenir un front uni sur sa défense : la revendication fière du nazisme et le rejet de toute responsabilité dans les crimes.

Amaigri, désintoxiqué, fanfaronnant, il comparaît en revendiquant sa fidélité à Hitler, son souci du peuple allemand.

Parmi les témoins : Otto Ohlendorf, commandant de l'Einsatzgruppe D, un de ces groupes mobiles ayant exécuté les Juifs près de leurs villages en Europe centrale et de l'Est, pointe la responsabilité de Göring dans ces massacres ; le 15 avril 1946, Rudolf Höss, commandant d'Auschwitz, résume sa rencontre avec Himmler à l'été 1941 : appliquer la « solution finale » à Auschwitz où ont été exterminés plus d'un million de personnes, essentiellement Juives. Un témoignage précis et accablant.

Au procureur américain, Robert H. Jackson, qui dénonce le caractère secret des préparatifs allemands pour rendre libres l'accès au Rhin, Göring réplique ironiquement n'avoir pas lu « quelque part l'annonce des préparatifs de mobilisation entrepris par les Etats-Unis ». Ce qui fait rire la salle.

Göring perd de sa superbe et est déstabilisé lors de son contre-interrogatoire par le procureur britannique, Sir David Maxwell-Fyfe, qui maîtrise mieux son dossier, et quand Robert H. Jackson lui reproche son pillage au bénéfice du IIIe Reich et à son profit, d'œuvres d'art européennes appartenant à des collectionneurs privés, généralement Juifs, et à des musées publics.

Speer conseille à Gustave M. Gilbert de séparer Göring des autres accusés lors des repas, pour réduire son emprise sur les accusés. Ce que font les Alliés : Göring prend ses repas seul dès la mi-février 1946. Les autres accusés discutent alors librement et s'émancipent de son autorité.

Condamné à mort par pendaison pour les quatre chefs d'inculpation, Göring se suicide en absorbant une dose de cyanure cachée dans sa cellule, la nuit de son exécution, le 14 octobre 1946. Dans son Journal de Nuremberg (Nuremberg Diary), Gustave M. Gilbert écrit : « Göring est mort comme il a vécu, en essayant de railler toutes les valeurs humaines et de détourner l'attention de sa culpabilité par un geste spectaculaire ».

Le cadavre de Göring est envoyé dans un crématorium à Munich ; les cendres sont « dispersées dans un cours d'eau pour éviter que soit édifiée une construction à la mémoire de Göring ».

Albert Speer

Issu de la haute bourgeoisie allemande, cet architecte fait partie du cercle des intimes d'Hitler avec lequel il semble lié par une relation de père à fils. Les Alliés estiment que la guerre a duré deux années de trop en raison de l'efficacité de Speer comme ministre de l'Armement et de la production de guerre.
Speer se démarque de nombre d'autres accusés : il assume sa part de responsabilité dans celle collective, condamne le nazisme, reconnaît le mal commis.

Il minore son rôle en se présentant comme un administratif soucieux de remplir sa mission, ayant ignoré les conditions d'esclavage de « cinq millions d'étrangers, dont 200 000 volontaires » contraints à des travaux obligatoires dans les usines d'armements. Il allègue avoir seulement estimé le nombre de personnes nécessaires à la machine de guerre allemande et rejette toute autre responsabilité sur Fritz Sauckel, responsable du recrutement et de l'exploitation de la main-d'œuvre étrangère, et qui sera condamné à mort par le Tribunal.

Il affirme s'être opposé à la politique de la terre brûlée, décrétée par Hitler pour freiner la progression des Alliés, et allègue avoir tenté de tuer Hitler au gaz dans son bunker à la fin de la guerre.

Le contre-interrogatoire de Speer par Jackson est moins pugnace que celui de Göring.
Sa stratégie et sa personnalité – intelligence, sociabilité - concourent à expliquer la peine infligée : Speer est condamné pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité à une peine de 20 ans d'emprisonnement. Après avoir purgé sa peine, il est libéré en 1966 et se consacre à la rédaction de livres.
Les historiens sont partagés sur sa personnalité : « Machiavel cynique qui a berné le monde entier » et dont l'implication dans les crimes ressort davantage à la lumière de récents travaux d'historiens ? Ou « homme torturé » qui a admis sincèrement sa part de responsabilité ?

« Nuremberg, le procès des Nazis »
de Paul Bradshaw et Nigel Paterson
2006, GB (BBC Two et Discovery Channel)
Avec Ben Cross, Nathaniel Parker, Robert Pugh, Adam Godley, Colin Stinton.
1ère partie : 57 minutes ; 2e partie : 59 minutes
Diffusions les
- 27 avril à 20 h 40 et 21 h 40
- 28 avril 2011 à 14 h 45 et 15 h 40


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