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A-Dura/France-2/Karsenty: depuis l'arrêt de la Cour d'appel du 21 mai 2008

Affaire Al-Dura : Entretien entre Philippe Karsenty et André Darmon
28/10/2008

Extrait de Israël Magazine, n° 93 – novembre 2008, pp.

Texte reproduit, avec l’autorisation expresse de M. André Darmon, fondateur et directeur de la revue.

  

    André Darmon

Philippe - Itshak – Karsenty a 42 ans, il est marié et père de 2 enfants. Ancien financier, il est encore en activité dans les fusions et acquisitions. Maire adjoint de Neuilly-sur-Seine, il est le responsable du développement des nouvelles technologies, mais aussi celui de l’agence de notation des médias, Media-Ratings. A ce titre, il a dénoncé ce qui, dans l’affaire Al-Dura, lui paraissait être une manipulation, une escroquerie médiatique et, pour certains, un meurtre programmé. Rappelons que Charles [Enderlin] et France 2 avaient été déboutés de toutes leurs demandes par la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris, qui avait relaxé Karsenty et l’avait lavé de l’accusation de diffamation. Selon le tribunal, « il y avait lieu de décider que Philippe Karsenty a exercé de bonne foi son droit de la libre critique ; que, ce faisant, il n’a pas dépassé les limites de la liberté d’expression reconnue par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, laquelle vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent. » Par ailleurs, en 2002, Philippe Karsenty s’était opposé à Nicolas Sarkozy. Faut-il y voir l’une des raisons de l’obstination de France 2 contre Karsenty ? Qui sait ?

 

Charles Enderlin, contacté, n’a pas souhaité répondre à cette interview.

    Philippe Karsenty

A.D.: Vous avez été - vous êtes encore - au milieu d’une tempête médiatique suite à vos démêlés avec France 2 au sujet de l’affaire Al-Dura. Comment la communauté juive de France s’est-elle comportée à votre égard ? En clair, vous a-t-elle soutenu ?

P.K. : Pas vraiment, du moins au départ, et surtout pour ce qui est de la communauté juive "officielle" et organisée. Effrayées à l’idée d’être assimilées à des néo-négationnistes, les institutions juives ont préféré prendre leurs distances avec moi et avec les thèses que je défendais. Petit à petit, les choses ont changé. Il y a d’abord eu Roger Cukierman qui a tenté de m’aider en réclamant les images de France 2. Mais, face à l’absence de réponse de la chaîne, il n’a pas insisté. Il faut dire qu’à l’époque, Jacques Chirac était président et que son credo antisioniste faisait plier toutes les meilleures volontés. Par la suite, quelques jours après l’élection de Nicolas Sarkozy, Richard Prasquier a été élu à la présidence du CRIF. Il connaissait l’affaire avant son élection et lorsqu’il a été élu, il a repris le flambeau et a plusieurs fois demandé à France 2 de montrer ses rushes, puis ensuite, de coopérer à une commission d’enquête indépendante.

Son soutien, puis celui des autres membres du CRIF, a été très utile, tant au niveau politique que moral. La plupart des autres organisations juives ont été de peu de soutien - c’est un euphémisme - dans cette affaire.

La pire des organisations juives fut sans conteste l’American Jewish Committee et leur représentante en France, Valérie Hoffenberg. Cette organisation, dont l’objet aurait dû être de défendre l’image de l’Etat d’Israël et les Juifs dans le monde, est devenue, sous l’influence néfaste de Mme Hoffenberg, celle qui a le plus nui à la révélation de la vérité. C’est notamment elle qui est allée donner un brevet de bon journalisme à France 2 et qui est allée expliquer partout que je divaguais et que les images de France 2 étaient incontestables. Même lorsque j’ai commencé à marquer des points, notamment lorsque nous avons obtenu la diffusion des rushes à la Cour d’appel, elle s’est démenée pour me discréditer.

Je m’en suis plaint, aux Etats-Unis, auprès de nombreux donateurs de l’organisation américaine. Alors, pour les calmer, l’American Jewish Committee a émis des communiqués en anglais pour soutenir le combat Al-Dura. Néanmoins, lorsqu’il leur fut demandé de se prononcer en anglais, ils refusèrent. Ca ne vous rappelle rien, ce double langage ?

Je tiens tout de même à ajouter que quelques médias ont été irréprochables dans le combat pour la vérité : Radio J (qu’il ne faut pas confondre avec les autres radio communautaires parisiennes) et Guysen.com.

 

A.D. : Ou en êtes-vous sur la plan judiciaire et quelles ont été les répercussions, sur le plan personnel, de l’affaire Al-Dura ?

P.K. : Après notre victoire, France 2 s’est pourvue en cassation. Nous attendons ce procès avec sérénité. Pour ce qui me concerne, j’ai décidé de passer à l’offensive et de poursuivre les médias français qui se sont fourvoyés dans un soutien inconditionnel à Charles Enderlin. C’est ainsi que, cet été, j’ai déposé deux plaintes : une contre Canal +, pour la diffusion d’un reportage inique m’assimilant aux révisionnistes [de l’attentat] du 11 septembre [2001]; et un autre contre L’Express, pour un article tout aussi diffamatoire, intitulé "Manipulations : les faussaires de la toile". Sur le plan personnel, cette affaire m’a, au départ et jusqu’à une date récente, pris l’intégralité de mon temps. Maintenant, je commence à m’en distancier et à prendre du recul. Ce qui me permet notamment d’écrire calmement et posément un livre retraçant le combat livré pour faire éclore la vérité, pourtant si simple, dans cette affaire.

 

A.D. : Quelle est précisément votre position sur l’affaire Al-Dura ? Selon vous, est-ce un assassinat programmé par les Palestiniens pour enflammer le monde arabe contre les Israéliens ? Est-ce une mise en scène qui a mal tourné ? Et quel est, selon vous, le rôle de Talal Abou Rahmah ?

P.K. : Les choses sont assez simples : les images diffusées par France 2, le 30 septembre 2000, étaient le résultat d’une pure et simple mise en scène. C’est-à-dire qu’au moment où le caméraman de France 2 a tourné les images des Al-Dura, ni le père ni l’enfant n’ont été touchés, blessés, ou tués.

Les preuves que nous avons produites à la Cour d’appel ont convaincu nos juges, tout comme elles ont convaincu les personnes de bonne foi, qui se sont penchées sur cette affaire, sans a priori et sans préjugés.

Je précise donc : ce jour-là, devant la caméra de France 2, il n‘y a pas eu de mort de Mohammed Al-Dura, ni quoi que ce soit qui aurait mal tourné. Tout a bien tourné, et tout a été bien tourné. Je tiens à préciser qu’à la Cour d’appel, nous avons montré les images qui suivaient immédiatement la prétendue fusillade des Al-Dura. Il n’y avait plus personne derrière le baril et il n’y avait aucune tache de sang sur le mur auquel ils étaient adossés.

Le rôle de Talal Abou Rahmah fut essentiel : c’est lui le caméraman et le metteur en scène de cette fiction diffusée par France 2.

 

A.D. : Que pensez-vous de l’attitude de Charles Enderlin, et sur le plan journalistique, et ensuite sur le plan moral ? Il y a une attitude paradoxale qui le présenterait comme un grand professionnel, alors que, de manière incessante, on doute de son impartialité et de sa rigueur journalistique. Où vous situez-vous ?

P.K. : On peut imaginer que Charles Enderlin a été trompé par son caméraman, au départ, qu’il a été pris de vitesse et qu’il ne s’est pas rendu compte de la falsification de Talal Abou Rahmah. Notons que CNN n’a pas commis cette erreur, puisque la chaîne américaine a reçu les images du caméraman (pour laquelle Talal travaillait aussi à l’époque). CNN a alors demandé des garanties d’authenticité, qu’elle n’a jamais reçues. France 2 n’a pas eu cette prudence. Lorsque les preuves ont été apportées, Charles Enderlin et la direction de France-Télévisions n’ont fait que s’enfermer dans un monde imaginaire où la réalité n’avait plus d’importance. Tout était bon pour justifier la thèse qu’ils défendaient : [à savoir], que les soldats israéliens ont assassiné Mohammed Al-Dura dans les bras de son père, le 30 septembre 2000 ! Pour ce qui concerne les qualités professionnelles de Charles Enderlin, je laisse le public les apprécier. Mon rôle n’est pas de le clouer au pilori, mais simplement de faire admettre à France 2 et à Charles Enderlin qu’ils se sont fait avoir, et qu’ils présentent leurs excuses au monde entier.

 

A.D. : Quel est, selon vous, le meilleur moyen de faire éclater la vérité ? Ne serait-ce pas d’attaquer France 2, tout simplement ?

P.K. : En effet, ce serait une excellente idée ! Mais, pour cela, il faut avoir ce que l’on appelle, en droit, "un intérêt à agir". Ce que je n’ai pas. En revanche, l’Etat israélien, ou des victimes du terrorisme enclenché par cette mascarade, auraient la possibilité de poursuivre France 2, et probablement l’appareil d’Etat français, qui est maintenant complice de mensonge médiatique aux répercussions planétaires. Ceci étant dit, je pense qu’il revient au chef de l’Etat de prendre ses responsabilités : c’est la chaîne d’Etat française qui a diffusé le plus gros mensonge médiatique de ces dernières décennies. C’est l’Etat français qui est maintenant responsable de corriger ce mensonge qui, au fil du temps, est devenu un mensonge d’Etat. Si les dirigeants israéliens s’occupaient du futur de leur Etat et du peuple juif, peut-être demanderaient-ils des comptes à la France.

 

A.D. : Maire-adjoint d’une ville qui a compté Nicolas Sarkozy comme maire, avez-vous été, ou êtes-vous l’un de ses proches ?

P.K. : Nicolas Sarkozy a été maire de Neuilly et c’est là que je l’ai connu, sans avoir jamais été un de ses proches. Nous avons eu de nombreux entretiens avant qu’il devienne président.

Lors des dernières élections municipales, avec des amis, nous avons monté une équipe qui s’est présentée contre son porte-parole, David Martinon. Face à nos sondages favorables, ce dernier s’est retiré et nous avons été élus. Nicolas Sarkozy peut donc estimer que nous lui avons pris "sa" ville. Ce qui ne favorise pas forcément sa bienveillance à mon égard ou à tout ce qui me touche... Aujourd’hui, et dans l’état actuel des choses, et compte tenu du corporatisme des médias français, il me semble que seul Nicolas Sarkozy pourrait contraindre France 2 à admettre la vérité. Malheureusement, le président français est très mal entouré. Certains de ses amis, comme par exemple Jacques Attali, ont signé la pétition du Nouvel Obs en soutien à Charles Enderlin. Il a aussi près de lui des personnes qui ne lui permettent pas de prendre de bonnes décisions pour quasiment tout ce qui concerne le Proche-Orient. Il me semble que tant que Nicolas Sarkozy n’aura pas fait le ménage dans son personnel diplomatique, l’affaire Al-Dura, tout comme les autres dossiers liés au Proche-Orient, ne pourront être résolus équitablement.

 

Encadré de l’article ci-dessus :

La réponse de Valérie Hoffenberg

Cher Monsieur Darmon

Je vous remercie d’avoir pris la peine de m’interroger sur ma position dans l’affaire Al- Dura. En effet, je réfute totalement les accusations de M. Karsenty : je ne suis jamais intervenue contre lui, ni à l’Elysée, ni ailleurs. J’ai d’ailleurs moi-même interpellé Boris Boillon, conseiller diplomatique du Président de la République, en charge du Moyen-Orient, lors d’un entretien commun avec le Président du Crif, Richard Prasquier. Suite à ce rendez-vous, Philippe Karsenty a d’ailleurs été reçu à l’Elysée. Il a aussi été reçu par David Martinon, qui est un de mes amis proches. D’autre part, je n’ai jamais soutenu, ni ne soutiens Charles Enderlin. J’ai moi-même organisé deux rencontres avec France 2 afin de demander à Arlette Chabot de montrer les rushes complets. J’ai en outre proposé qu’une émission soit réalisée sur le modèle de celle qui avait été faite sur l’affaire Baudis pour montrer clairement les erreurs d’Enderlin et les conséquences graves des images de l’affaire Al Dura.

M. Karsenty se trompe de cible en m’accusant de la sorte. Il devrait se concentrer sur les résultats à obtenir plutôt que d’attaquer ceux qui travaillent avec d’autres méthodes que les siennes mais avec un objectif commun.

Je fais partie de ceux qui n’ont aucune hésitation à dénoncer l’attitude de Charles Enderlin dans cette histoire, particulièrement sur le fait qu’il ait déclaré que les tirs venaient des soldats israéliens.. Je soutiens également la demande de commission d’enquête, ou de commission indépendante, qui permettra de comprendre ce qui s’est réellement passé au carrefour de Netzarim. Je rappelle d’autre part que l’American Jewish Committee s’est félicité du résultat du procès relaxant Philippe Karsenty.

Vous trouverez, ci-joint, les lettres de soutien de Richard Prasquier, président du CRIF et de Ken Weinstein, PDG du Hudson Institute, que Philippe Karsenty avait cités dans une lettre m’accusant. Lorsque l’on se fait le chantre de la vérité, il est important, pour être crédible, de ne pas accuser sans preuve. Je ne peux que vous suggérer de lui demander de vous fournir les preuves de ses accusations. De mon côté, j’ai déjà demandé à Philippe Karsenty une rencontre pour éclaircir cette situation, ce qu’il refuse.

Je reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire et vous permets d’utiliser ces propos dans votre journal.

Valérie Hoffenberg

Directrice de l’American Jewish Committee-France

Conseiller de Paris, Déléguée auprès du Maire du 16e arrondissement

 

Richard Prasquier à Valérie Hoffenberg

Chère Valérie

 

Je vous confirme ici que je me désolidarise totalement, dans le fond et dans la forme, des insultes et des attaques qui sont portées contre vous par Philippe Karsenty. Je n’ai qu’un seul souci, celui de connaître la vérité sur le reportage de France 2 du 30 septembre 2000. Je soutiens le travail légitime et, à mon avis, remarquable, effectué à ce sujet par M. Karsenty, depuis plusieurs années, dans des conditions difficiles. Je demande la constitution d’une commission d’enquête indépendante pluridisciplinaire pour établir la réalité des faits. Je suis heureux d’apprendre que telle est aussi votre position, et que vous l’aviez exprimée à France 2, quand vous les aviez vus avec David Harris. Quoi qu’il en soit, je trouve intolérable et irresponsable la campagne de dénigrement menée en jetant votre nom en pâture.

Richard Prasquier

Président du Crif

© Israël Magazine


Mis en ligne le 28 octobre 2008 sur le site convertissez-vous.com