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France et Pays arabes

Le discours dualiste de M. Sarkozy en Israël, par Michel Darmon* & Guy Millière**
01/07/2008

La réputation de l’amiral Darmon n’est plus à faire. Celle de Guy Millière non plus. Le texte qu’ils nous confient est d’une grande justesse et d’une extrême pondération. Il témoigne aussi de la lucidité de ces hommes d’expérience, qui, sans ignorer les contraintes et les responsabilités d’un chef d’Etat, tiennent tout de même, à propos de l’initiative israélienne récente du Président français, un langage de vérité. En lisant ce texte, je perçois l’écho de l’angoisse qui taraude le coeur et l’esprit de nombre d’entre nous - Israéliens, Juifs et amis d’Israël - devant les exigences inouïes que formulent à l’égard d’Israël les grands de ce monde qui s’affirment amis de l’Etat hébreu. Bien qu’ils le disent avec beaucoup de tact, il est clair que M. Darmon et G. Millière considèrent les attentes pacifistes du Président Sarkozy, comme irréalistes. En bons connaisseurs de l’histoire du conflit arabo-israélien et de l’irrédentisme qui caractérise les Arabes du Proche-Orient, en général - partisans d’un Etat panislamiste -, et les Arabes palestiniens, en particulier - partisans d’un Etat uninational qui phagociterait l’identité du peuple juif -, M. Darmon et G. Millière ne se font aucune illusion sur la possibilité concrète qu’ont les bons conseilleurs européens et français de garantir, comme ils se font fort d’en être capables, la sécurité d’Israël. Ils savent parfaitement que la survie d’Israël ne pèsera pas lourd face aux intérêts des nations, qui se trouvent coïncider avec ceux du monde arabe. Ils sont particulièrement choqués par l’insistance du Chef d’Etat français sur le caractère inéluctable et l’urgence de la création d’un Etat palestinien, parce qu’ils savent qu’il y a de bonnes raisons de craindre "qu’il serve de base d’agression à des forces arabes, au nord de Tel Aviv, à moins de 15 km de la mer". Ils sont atterrés d’entendre N. Sarkozy "dire... que le peuple juif doit partager Jérusalem, sa capitale". Ils ont raison de considérer que cette déclaration est "difficilement conciliable avec l’amitié proclamée" et qu’elle "constitue surtout, en fait, un geste envers les dirigeants du monde arabo-musulman". Tout porte à craindre, hélas, que ces voix prophétiques ne soient totalement inaudibles dans le désert impitoyable de la raison des Etats, pour lesquels Israël constitue de plus en plus "une pierre à soulever" (cf. Za 12, 3). J’ajouterai que, pour mieux comprendre sur quel terreau s’enracinent ces considérations, il serait souhaitable que nos internautes puissent entendre ou lire la remarquable interview que l’amiral Darmon a donnée aujourd’hui, de 17 à 18h sur Radio Chalom [***]. J’en ai été très impressionné. Je ferai de mon mieux pour en mettre le contenu à la disposition des internautes, si je puis obtenir une transcription de l’enregistrement. (Menahem Macina).

* Michel Darmon, Ingénieur général du Génie maritime (cr) - Président d’honneur de France-Israël / Alliance Général Kœnig.

** Guy Millière, Professeur des Universités, Président de l’Institut Turgot.

[***] Voir Radio Chalom Nitsan

 

25 juin 2008

 

            Le Président de la République a prononcé le 23 juin devant la Knesset des paroles d’amitié pour Israël d’une chaleur, d’une noblesse et d’un courage qui font honneur à la France.

            Il a proclamé sa solidarité avec Israël, même face à l’Iran, pays envers lequel il a appelé à « une extrême fermeté ». Il a affirmé que « la France ne transigera jamais avec la sécurité d’Israël ». Nul ne pourrait formuler de meilleures déclarations.

            Mais, quand on connaît les capacités militaires de la France, on peut penser que sa solidarité ne pourra pas dépasser beaucoup le niveau verbal des déclarations d’amitié. Israël sait bien qu’il est le seul véritable gardien de sa sécurité, et nul ne l’ignore.

            Il reste que l’affirmation de cette amitié et de cette solidarité rompt enfin avec un passé où la France donnait, sur la scène occidentale, le ton de l’offensive contre Israël.

            Mais elle ne rompt en rien, absolument en rien, avec la ligne diplomatique de cette offensive.

            Que le gouvernement d’Israël, de guerre lasse, déclare accepter un État palestinien ne signifie pas que la création de celui-ci apportera la stabilité et la paix au Proche-Orient. Israël sait parfaitement que le risque est grand que le contraire soit vrai, et il agira en conséquence. Mais, quand c’est le Président de la République française qui appelle à la création d’un État palestinien, il conforte puissamment les politiques arabes qui, avec la longue complicité de notre diplomatie, ont su fabriquer une mythologie palestinienne sans consistance historique, instrument cependant efficace de leur poussée antisioniste. Fût-ce au prix des souffrances de la population palestinienne.

            Nul n’ignore que les conditions posées par M. Sarkozy « État indépendant, moderne, démocratique et viable » sont, au vu de la situation présente, irréalisables avant longtemps. Au contraire, beaucoup de conditions sont aujourd’hui réunies pour que cet État palestinien, s’il devait voir le jour, soit géré comme Gaza, lance tôt ou tard des roquettes sur Jérusalem et sur l’aéroport international Ben Gourion, et pour qu’il serve de base d’agression à des forces arabes, au nord de Tel Aviv, à moins de 15 km de la mer.

            « Les enfants de la Méditerranée doivent cesser de se haïr… On ne doit pas apprendre cela à ses enfants », a dit notre Président, mettant ainsi sur le même plan Israël, qui aspire sans cesse à la paix, et ceux qui appellent tous les jours à sa destruction.

          Dire, à la face de ses représentants, que le peuple juif doit partager Jérusalem, sa capitale, relève d’une forme de hardiesse difficilement conciliable avec l’amitié proclamée et constitue surtout, en fait, un geste envers les dirigeants du monde arabo-musulman. L’intérêt de la France ne justifiait pas qu’en plus, il soit décidé de faire fleurir par Madame le Ministre Alliot-Marie la tombe d’Arafat, l’un des plus sinistres personnages du Proche-Orient.

            Les déclarations pro-palestiniennes, y compris à un degré moindre celle sur Jérusalem, ont recueilli des applaudissements, certes mitigés, de la Knesset. Ceux-ci montrent, avant tout, le désarroi et la confusion qui règnent dans une partie de la classe politique israélienne, de plus en plus déconnectée de la masse du peuple israélien. Admirablement, ce peuple résiste mieux que nombre de ses dirigeants à la contamination des esprits. Avec ses amis de France, il comprendra que, malgré le versant du discours dualiste de M. Sarkozy, incontestablement chargé d’amitié, de noblesse et de courage, l’autre versant, en opposition irréductible, ajoute aux dangers qui assaillent Israël.

 

© Michel Darmon & Guy Millière

 

 

Mis en ligne le 1er juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org