Texte reproduit par Guysen International News.
Dans son livre Le Rêve Brisé, Histoire de l’échec du processus de paix au Proche-Orient 1995-2002 (Paris, Fayard), Charles Enderlin, correspondant permanent de France 2 à Jérusalem, décrit le tournant du 30 septembre 2001, en quoi a consisté la mort de Mohamed Al Dura en ces termes : « Selon tous les témoins de la scène, les balles qui vont bientôt blesser l’enfant mortellement proviennent de la position israélienne » (p. 291).
Quels sont ces témoins ?
Le terme de « témoins » exclut qu’il s’agisse de combattants palestiniens ou de soldats israéliens (ceux-là sont partis, pas témoins Ndlr.). S’agit-il alors de journalistes, et Enderlin peut-il s’engager sur leur impartialité ? A moins qu’il ne s’agisse de « spectateurs », si tant est qu’il y en eut ; mais alors, il les a sûrement enregistrés, lui qui ne cesse de faire état, dans son livre, de vidéos témoignant de la véracité des propos des leaders israéliens, palestiniens, américains etc. qu’il relate ?
Malheureusement, le livre n’apporte aucune réponse à toutes ces questions. En effet, ces témoins ne sont pas nommés. Du coup, ce sont autant de questions supplémentaires qui viennent densifier l’ombre déjà jetée sur les commentaires du journaliste et sur les conclusions de l’auteur.
A la place de cette démonstration, Enderlin préfère prendre parti dans la « véritable bataille médiatique » (p. 319) qui accompagne le conflit et jeter de l’huile sur le feu « entre les nations » (p. 354). Ce qui ne l’empêchera pas de s’arroger le droit de faire la morale à l’administration Clinton sur ce thème (p. 354), en exploitant un autre doute, celui de l’armée israélienne, qui, dans un effort d’honnêteté, accepte d’étudier l’hypothèse que l’origine des balles tueuses fût israélienne, pour conclure, après enquête, « qu’il est plus que probable que l’enfant ait été la victime de tirs palestiniens que de tirs israéliens ». Enfin, Enderlin, qui sait que le reportage de la journaliste allemande Esther Schapira (ARD) parvient à des conclusions opposées aux siennes, omet délibérément de le mentionner.
Le moins que l’on puisse dire est donc que Charles Enderlin n’aide pas ses lecteurs à connaître la vérité sur un sujet très sensible qui passionne les foules et qui exige une clarification des plus sérieuses.
Ce passage du Rêve Brisé ne peut que renforcer la détermination du spectateur impartial (voir mon interpellation de France 2 sur ce sujet dans un article précédent publié par La Ména "Mohamed Al Dura et FR2 : les questions en souffrance !", http://www.menapress.com/article.php?sid=220 qui s’étonne, voire s’indigne, de ce que ce journaliste ait pu laisser croire qu’il avait été le témoin direct du drame et que c’était en toute connaissance de cause qu’il pouvait affirmer au monde entier que c’étaient bien les balles israéliennes qui avaient tué le petit Mohamed Al Dura.
« Nobody is perfect », comme dit l’autre, et Enderlin a le droit d’avoir commis l’erreur professionnelle de tirer des conclusions hâtives. Mais, lorsque, par son livre, il confirme cette erreur, alors le doute n’est plus permis : que ce soient les balles israéliennes ou les balles palestiniennes qui ont tué l’enfant - le saura-t-on jamais ? -, Charles Enderlin commet, de toute manière, une faute, en confirmant son erreur, du fait que, plus que jamais, de nombreux doutes planent sur ses conclusions.
Désormais, il n’existe qu’une manière, et une seule, pour qu’il prouve qu’il ne s’agit ni d’une erreur, ni, a fortiori, d’une faute : citer ses sources.
Cette exigence est d’autant plus importante que France 2 prépare la programmation d’un reportage à visée pédagogique, réalisé par Enderlin et déjà diffusé sur PBS, sur le conflit israélo-palestinien.
Lors d’un récent entretien avec Jean-Claude Allanic, Médiateur de France 2, j’ai rappelé que je devais aux lecteurs de La Ména des réponses aux nombreuses questions que j’avais posées, à la suite d’un visionnage du reportage de Esther Schapira, et que France 2 ne m’avait ni de près ni de loin aidé à les trouver, malgré mes demandes réitérées.
En conséquence, j’ai fait une nouvelle proposition : qu’un débat de fond soit engagé entre France 2 et la
Le Médiateur s’est engagé à défendre cette idée auprès du Directeur de la Rédaction (Olivier Mazerolle) et du Directeur de l’International (Thierry Thuillier). Questionné à ce sujet, l’ancien médiateur et rédacteur de la Charte de France 2, Didier Epelbaum, a également trouvé cette idée excellente.
Wait and see ! La Ména racontera fidèlement la suite de ce feuilleton à ses lecteurs.
Gérard Huber
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Mis en ligne le 13 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org