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A-Dura/France-2/Karsenty: depuis l'arrêt de la Cour d’appel du 21 mai 2008

Al Dura : Sortir de l’impasse, Eric Gaillot

08/06/2008

08/06/08

 

Sur le blog "Point mort" 



Le
5 juin, je faisais remarquer que « le Tribunal n’a pas tranché sur le fond de l’affaire qui ne peut l’être, éventuellement, que par une commission d’enquête internationale.” Le 7 juin, Freddy Herschkowitz (via UPJF) confirme : En ayant diffusé un reportage bidouillé incitant à la haine, ayant entraîné de nombreuses victimes, ils [Enderlin et France 2] devront alors comparaître devant un Tribunal d’Assises, ou peut-être même un Tribunal International, pour crime de guerre …». Sans doute, mais cela n’aura jamais lieu parce qu’après avoir été rangé à Neuilly, Philippe Karsenty a été relaxé, point barre. L’affaire en restera là.

Pourtant, Freddy Herschkowitz a peut-être eu une intuition en concluant son article par une phrase paradoxale : « Donc vivement une enquête judiciaire pour laver France 2 et Enderlin de tout soupçont. » Et pourquoi pas ?

Nous vivons dans un monde entièrement sous l’emprise de l’outil postindustriel (mondial) de la communication. « Le reportage bidouillé » de Charles Enderlin est une sorte de catastrophe naturelle médiatico-culturelle, un enchaînement rapide de décisions non réfléchies, mais respectant, semble-t-il, les procédures professionnelles, tout au moins jusqu’à sa diffusion mondiale gratuite. Pourquoi avoir dérogé aux règles professionnelles en distribuant gratuitement ce reportage ? N’est-ce pas justement cette décision-là qui a multiplié à l’infini l’imposture (volontaire ou pas ?) provoquant immanquablement des réactions disproportionnées de la part des milieux culturellement ultra sensibles au sujet montré ?

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec l’affaire des caricatures de Mahomet, voire à celle du discours de Ratisbonne, de Benoît XVI. Dans toutes ces affaires, ce qui provoque les violences, c’est la diffusion mondiale d’un produit non formaté pour cette échelle de diffusion, mais, au départ, réservé à un public ciblé et parfois extrêmement limité. Même dans le cas de l’affaire Al Dura, si le reportage n’avait été diffusé que sur France 2, il serait certainement passé comme une lettre à la poste et sans conséquences outrageusement dramatiques comme de nombreux autres reportages pourtant tout aussi faux (guerre psychologique, propagande, etc.) et destinés aussi à maintenir l’audimat des JT en jouant sur l’émotion aux heures de grande écoute. (Ces valeurs sont critiquables, mais ce n’est pas l’objet de ce post). Les productions "pallywoodiennes" ne sont pas une exclusivité de France 2, mais, sur ce coup-là, quelqu’un, à France 2, a commis une très grave faute professionnelle ayant entraîné la mort (sans intention de la donner ?) en distribuant gratuitement ce reportage.

C’est cela qu’une enquête judiciaire sérieuse et indépendante devrait mettre au jour pour permettre - pourquoi pas ? - de « laver France 2 et Charles Enderlin de tout soupçon », mais surtout de mettre en évidence les risques et les dangers de jouer avec la mondialisation comme certains pyromanes inconscients, pervers ou cyniques, jouent avec le feu. J’en arrive à soupçonner que, contrairement à certaines réactions forts enthousiastes au sujet de la relaxe de Philippe Karsenty, le Tribunal n’ait, en réalité, détourné les regards du vrai coupable qui ne sera probablement jamais inquiété, afin de sauvegarder les intérêts supérieurs de la France.

 

Eric Gaillot

 

© Point mort

 

Mis en ligne le 8 juin 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org