[*] Voir : "Texte précis de l’interview de Denis Jeambar et Daniel Leconte, diffusée sur RCJ le 1er février 2005" [1].
[**] Voir : "Affaire al-Dura: Témoignage de Luc Rosenzweig, à l’attention de la Cour d’appel de Paris" [2].
[***] Il y en a d’autres, tel le cinéaste Pierre Rehov, auquel nous devons un des premiers reportages détaillés concernant cette affaire (2002), qui fut largement et outrageusement pillé depuis. On peut le consulter sur le site de l’Upjf : « La mort du petit Mohammed et la salissure programmée d’Israël (Complicité de FRANCE 2 ou naïveté partisane ?) »
[Rappel : On peut lire la quasi-totalité des articles traitant (en français et en anglais) de cette affaire sur mon site personnel Debriefing.]
26 mai 2008
Texte repris du site Desinfos.com
La phase judiciaire de l’affaire " Charles Enderlin - France 2- Al Dura" vient de connaître son aboutissement, le 21 Mai, avec l’arrêt de la Cour d’appel de Paris. Infirmant le jugement en première instance de la 17ème chambre du tribunal de Grande Instance, la Cour a débouté Charles Enderlin, chef du bureau de France 2 en Israël, et la direction de la chaîne dans les poursuites en diffamation engagées contre
Ce dernier, sur son site Internet "Media Ratings" avait accusé Charles Enderlin et son cameraman, Talal Abou Rahma, d’avoir réalisé et diffusé les images de la prétendue mort, le 30 septembre, à Gaza, sous les balles israéliennes, d’un enfant, Mohammed Al Dura, dans les bras de son père, Jamal, ce dernier ayant été grièvement blessé par les tirs. Pour Karsenty, ce reportage relevait de la supercherie médiatique, du bidonnage - en argot de métier.
Ces images, reprises par les télévisions du monde entier avaient soulevé une émotion planétaire, et porté gravement atteinte au crédit moral de l’Etat d’Israël et de son armée. Cet enfant, devenu icône, symbolisait la brutalité de la "soldatesque sioniste" contre les civils palestiniens désarmés.
Il aura fallu près de huit ans, et le travail opiniâtre de quelques personnalités animés du souci de la vérité et de la justice pour que la chape de plomb, que France 2 voulait maintenir sur cette affaire, soit soulevée et que les doutes, plus que légitimes, relatifs à la véracité de ce reportage deviennent une vérité judiciaire.
Dès le premier jugement, d’ailleurs, pourtant favorable à France 2, il était établi que rien ne permettait à Charles Enderlin, qui n’était pas sur place, d’affirmer, dans son commentaire du journal de 20h [du 30 septembre 2000], que l’enfant était mort victime des tirs venus de la position militaire israélienne.
La Cour d’appel va plus loin, en affirmant que
Ces derniers [France 2 et Ch. Enderlin], aujourd’hui, tirent prétexte d’un recours en cassation – qui, rappelons-le, ne se prononcera que sur la forme, et non pas sur le fond du jugement -, pour maintenir leurs positions : selon eux, les images diffusées et les commentaires reflètent l’exacte vérité de ce qui s’est passé le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim.
Il faut rendre hommage à la présidente de la 11ème chambre de la Cour d’appel de Paris, Laurence Trébucq, d’avoir exigé de France 2 la diffusion, devant les juges et le public, des rushes tournés par Talal Abou Rahma à Gaza. Leur rétention, ou leur diffusion restreinte devant un public trié sur le volet, ne relevaient pas, comme l’affirmait la direction de la chaîne, d’un "souci de protection des sources". Cette attitude s’explique beaucoup plus prosaïquement par le malaise qu’elles produisent chez tout professionnel, et même toute personne de bonne foi qui les regarde. On n’y trouve pas les "scènes insoutenables" de l’agonie de l’enfant que Charles Enderlin prétendait avoir coupées au montage, mais, en revanche, des mises en scène répétées de blessures factices dont auraient été victimes les manifestants. Quant à la scène du père et de l’enfant, abrités derrière un baril subissant des tirs nourris venus de la position israélienne, elle pose également des questions jusque là restées sans réponses :
· Pourquoi aucune trace de sang n’apparaît sur le T-Shirt blanc de Jamal (le père), alors qu’il affirmera, plus tard, avoir été blessé par au moins huit balles, dont plusieurs dans la partie supérieure du corps ?
· Pourquoi voit-on une dernière image de l’enfant (coupée au montage), bougeant et même jetant un regard furtif en direction de la caméra, alors que Charles Enderlin l’avait déclaré mort ?
Ce ne sont là que quelques-unes des questions et interrogations, qui ont surgi au cours de plusieurs années d’enquête, menées parallèlement par plusieurs personnes, dont l’auteur de ces lignes. Toutes se sont heurtées à l’impossibilité de mener des investigations à Gaza, et Talal Abou Rahma a été interdit de parole par France 2, après avoir tenus des propos imprudents, en 2002, à la journaliste allemande Esther Shapira dans un documentaire de la chaîne ARD.
Comment, alors, établir la preuve absolue de la mise en scène, quand son, ou ses auteurs présumés sont claquemurés dans le bunker de Gaza où règne la loi des islamistes ?
D’ores et déjà, l’"affaire Al Dura" apparaît comme un scandale médiatique de première grandeur, dont l’étouffement a failli réussir.
Aujourd’hui, France 2 et Charles Enderlin doivent la vérité au public qui leur a fait confiance. Pas une vérité bricolée à la va-vite en fonction des urgences judiciaires, mais celle qui surgit de la confrontation publique des éléments réunis par toutes les parties : les défenseurs, comme les accusateurs de France 2. Un élément nouveau, de première importance a surgi, à la veille de la dernière audience de la Cour d’appel : le professeur Yehuda David, de l’hôpital Tel Hashomer, de Tel Aviv, a rendu public le dossier médical de Jamal Al Dura. Le père présumé de l’enfant prétendu mort a été soigné et opéré en 1994 en Israël à la suite de nombreuses blessures à l’arme blanche, reçues au cours d’une rixe à Gaza. Or, un "reportage", réalisé en octobre 2004 par Talal Abou Rahma, montrant les cicatrices de Jamal, a été présenté devant un parterre de journalistes choisis par la direction de France 2 comme la preuve absolue de la réalité des affirmations de Charles Enderlin. Selon le professeur David, les cicatrices apparentes sur les diverses parties du corps de Jamal Al Dura ne peuvent en aucun cas avoir été causées par des balles. Un examen médico-légal effectué par un praticien indépendant et expert de ces types de blessures s’impose donc : oui ou non, Jamal al Dura a-t-il reçu entre huit et douze balles (selon ses diverses déclarations) ayant justifié des soins à l’hôpital Shifa de Gaza, puis à Amman, en Jordanie ? La réponse est facile à obtenir, pour autant que les autorités de Gaza autorisent la sortie du territoire de Jamal à Dura.
Le président du CRIF, Richard Prasquier, propose la constitution d’une commission d’enquête internationale et indépendante [3] qui examinerait toutes les pièces du dossier, procéderait à des auditions des témoins directs de la scène, tant israéliens que palestiniens et remettrait ses conclusions au public. A plusieurs reprises, Charles Enderlin s’est déclaré disposé à remettre tous les documents en sa possession et à témoigner devant une telle commission [4]. C’est le moment de passer des paroles aux actes.
Luc Rosenzweig
© Desinfos.com
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Notes et remarques additionnelles de Menahem Macina
[1] Témoin cet extrait d’un article de N. Delesalle et M. Belpois, dans Télérama, n° 2863, du 19 novembre 2004, "La controverse de Netzarim [A-Dura/France 2]" :
"L’ancien chroniqueur du Monde Luc Rosenzweig est la troisième figure. Retraité depuis 2001, mais assez actif pour avoir fait passer la rumeur des sites aux bureaux officiels. Collaborateur à la Mena, il a mené l’enquête sur laquelle s’est appuyé Stéphane Juffa pour écrire son scoop. Et ce sont ses arguments qui ont ébranlé Daniel Leconte et Denis Jeambar, au point de leur faire décrocher un rendez-vous auprès d’Arlette Chabot. Pour Rosenzweig, l’affaire Mohamad el-Dirah [Al-Dura] commence en mai 2004. Invité à un colloque à Tel-Aviv, il y rencontre... Stéphane Juffa : «Il voulait me montrer un truc...» Le truc est un film de douze minutes, qui circule sous le manteau et suit les thèses défendues par le physicien Nahum Shahaf, au terme d’une enquête d’abord commanditée par les autorités, qu’il a poursuivie pour son propre compte. Nous nous procurons la cassette. Ses conclusions sont formelles : le reportage de France 2 est bidon. Pas de sang, des simulations, une ambulance qui arrive trop vite. Assenées entre deux morceaux de musique à suspense, les «preuves» de Shahaf reposent sur un commentaire orienté on pense aux Lettres de Sibérie, de Chris Marker (2) , mais, tout de même, elles sèment le doute. Troublé, Rosenzweig glisse la cassette dans la poche de Daniel Leconte. Qui se tâte. Pourquoi ne pas en faire un doc pour Arte ? Dès le mois de juillet 2004, Rosenzweig se rend en Israël pour des repérages. Il en revient convaincu. Les Palestiniens lui interdisent d’entrer à Gaza pour voir le père de Mohamad, et le directeur de l’Office gouvernemental de presse (GPO), Daniel Seaman, lui aurait dit qu’il accusait «formellement France 2 de falsification»! "
[2] Rappel d’un bref résumé de ce témoignage, dans "Al-dura à Paris [Procès Karsenty]" (17 septembre 2006) :
« Deuxième témoignage, celui du journaliste Luc Rosenzweig, qui a vu les fameuses 27 minutes de France 2, avec deux autres confrères, Jeambar et Leconte. Il précise, durant l’interrogatoire du juge, que les journalistes utilisent des fixeurs quand ils travaillent au Proche-Orient. Des hommes censés les aider dans leur enquête. Luc Rosenzweig rappelle aussi qu’il a tenté de faire une contre-enquête : sans résultat. Tous ceux qu’il a voulu rencontrer se sont défilés. Pour lui, la version de la mise en scène a plus d’exactitude que celle de France 2″. ».
[3] Rappelons que c’est le psychologue Gérard Huber qui, le premier a suggéré que soit constituée une telle commission, il y est revenu, récemment (19 mars 2008), en des termes sans équivoques ; voir : Gérard Huber, "Al-Dura : Exigeons une commission d’enquête internationale et neutre".
[4] En effet, voir ce qu’il déclarait lui-même à ce propos, au Yediyot Ahronot, le 4 décembre 2007 (voir M. Macina, "Al-Dura : Enderlin pour une enquête internationale et prêt à se soumettre au détecteur de mensonges") :
« Nous sommes prêts à l’éventualité d’une enquête internationale conforme aux normes internationales. Je suis disposé à me soumettre au détecteur de mensonges, avec un accompagnement judiciaire adéquat, et nous diffuserons toute information pertinente et vérifiée ayant un lien avec l’affaire, comme nous l’avons déjà fait
»
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Mis en ligne le 28 mai 2008, par M.