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Éditorialistes
Millière Guy

Un soir à la télévision, Guy Millière

03/04/2008
Ma sympathie et mon admiration pour Guy Millière sont bien connues, et pourtant, ce n’est pas en tant qu’ami que j’introduis ici son article - en fait, un compte-rendu d’une émission dont il était l’un des intervenants, et que j’ai suivie à la Télévision - mais en tant que témoin de son combat. Je saisis donc l’occasion de la mise en ligne de ce texte qu’il a confié à la Ména [*], premièrement, pour rappeler que Guy Millière n’est pas Juif, et que son combat courageux en faveur d’Israël n’en est que plus méritoire ; et deuxièmement, pour dire ma stupeur admirative devant sa combativité face à la meute de ses contradicteurs. Ceux qui ne le connaissent pas sont enclins, dans un premier temps, à le jauger comme un adversaire facile. Visage juvénile, voix posée, poli et distingué, l’homme n’en impose pas par sa prestance, mais quand il ouvre la bouche pour exposer ou défendre ses points de vue, c’est une tout autre affaire. Millière ne se distingue pas seulement par ses compétences - qui en imposent même aux plus hargneux des intervenants présents sur le plateau de "Ce soir ou jamais" -, mais aussi et surtout par son aptitude, rare chez les intellectuels, à tenir tête, sans se décontenancer et sans se laisser aller à l’hystérie ambiante. Je ne saurais dire à quel point, ce soir-là, j’ai trouvé pitoyables ses contradicteurs - pour ne pas dire ses contempteurs -, engoncés dans leurs certitudes, et n’ayant à opposer à ses arguments documentés et structurés que des invectives idéologiques, généralement proférées sur des tons suraigus, tant il est vrai que la hargne, dans ces circonstances, tient lieu d’éloquence et de sagesse. Au milieu de la cohue verbale, tel un roc émergeant des vagues déchaînées, Millière m’est apparu comme le champion du langage vrai et des convictions étayées sur un savoir indiscutable. Les Juifs et Israël ont bien de la chance d’avoir un tel "champion", aussi brillant qu’incorruptible. Et un coup de chapeau, au passage, à l’animateur de cette émission, Frédéric Taddeï, qui a le courage d’inviter, une fois de plus, ce débatteur honni de la bien-pensance anti-libérale et anti-israélienne.(Menahem Macina).

[*] Le fait que nous reproduisions ici un texte sous copyright de la Ména n’autorise personne à faire de même sans l’accord de cette dernière.


29 mars 2008


Texte repris du site de
Metula News Agency (info # 022903/8) [Analyse] 


Mardi 26 mars. Une soirée encore à « Ce soir ou jamais », le talk show de Frédéric Taddeï sur France 3, une émission que j’aime et que je conseille à tous ceux qui me lisent. Les sujets abordés sortent de l’ordinaire. Il n’y a pas de censure ou de politiquement correct. Certaines fois, c’est moins bien que d’autres, mais il y a toujours des informations, des moments de vérité. Ceux qui préparent l’émission sont sympathiques et scrupuleux. Taddeï lui-même est un homme ouvert, intelligent, désireux de pluralisme et de débat vivant. C’est la seule émission où je peux dire pourquoi je défends Israël, la seule où je puis exposer mes combats contre l’antisémitisme, pour la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, la seule où je peux rétablir certains faits.

J’y assume mon statut minoritaire. Je dispose, en général, en face de moi, d’un échantillonnage de toutes les formes de la bien-pensance à la française : celle qui détient le monopole dans la plupart des autres émissions, et qui les fait ressembler à un écoulement d’eau tiède destiné à laver le cerveau.

Ce soir, on parle d’abord du Tibet, et les bien pensants, c’est intéressant à constater, partagent mon horreur du totalitarisme chinois, mon indignation face à la barbarie incarnée par une dictature néo-communiste. Certains se risquent à des comparaisons très hasardeuses, qui leur permettent de se laver aisément les mains : dès lors que les droits de l’homme ne sont pas respectés impeccablement et scrupuleusement dans l’ensemble des pays occidentaux, nous n’aurions aucun droit, disent-ils, de nous indigner des massacres commis du côté de Lhassa.

Je dois rappeler à un philosophe sorti des pages d’un quotidien failli, qu’il y a une légère différence entre mal dormir dans une prison française et recevoir une balle dans la nuque du côté de Pékin, mais je vois que je ne l’ai pas ébranlé. Le monsieur a des principes, les mains très propres et la bonne conscience qui va avec. Il pourra s’endormir en pensant aux abominations commises par l’Etat français, et en se disant, qu’après tout, entre une cellule à la Santé et le Laogai ou le Goulag, tout se vaut, qu’il n’y a rien à faire et qu’il ne reste aux vertueux qu’à exhiber pensivement leur vertu.  


Frédéric Taddeï : "
Un homme ouvert, intelligent, désireux de pluralisme"

Vient alors le second sujet, et là, je n’ai aucune raison d’être déçu : on parle des cinq ans de la guerre en Irak. Tout y passe : les soldats américains infâmes, qui massacrent des civils innocents ; Bush l’assassin, le criminel de guerre, le fasciste, l’enlisement, le bourbier, la boîte de Pandore et le yoyo en bois du Japon.

On compare la barbarie américaine à la barbarie chinoise au nom du fait que la guerre ce n’est pas bien, alors que la paix, ma chère amie, la paix… je ne vous dis que ça... Je dis au monsieur qui a des principes et qui vient de débiter une pensée pacifiste profonde digne des hippies sous LSD des années soixante - du genre « savez vous que la pluie, ça mouille - que son raisonnement a des allures pétainistes. Il semble ne pas comprendre ce que je lui dis, et feint de s’indigner. Je lui dis que le relativisme a des limites. Il s’indigne de plus belle : « je ne suis pas relativiste, puisque je dis que la guerre, c’est mal ! ».

Je préfère le laisser dans la purée où il patauge, et je tente de rappeler certains faits élémentaires : le caractère abominable du régime de Saddam Hussein, ses liens avérés avec le terrorisme islamiste, les souffrances du peuple irakien sur qui les islamistes s’acharnent. On me rabâche : Bush est un criminel, Bush a menti. Des gens qui crachent sur l’armée américaine et voient en elle la cause de tous les terrorismes, des gens qui semblent avoir la nostalgie du temps béni du dictateur « laïc » me disent que je n’ai « aucun sens humain » et aucune compassion. Des gens qui ne savent même pas qui est l’ayatollah Sistani et qui n’ont pas lu un journal en langue anglaise depuis le cours élémentaire première année, posent en doctes omniscients, parés des atours de la science infuse.

Cela mériterait un grand éclat de rire si ça n’était infiniment triste. Je ne comprends décidément rien à ce que disent ceux qui croient penser dans ce pays. Comme le proclamait Cavanna, dans sa chronique de Charlie Hebdo, voici vingt ans, « je l’ai pas lu, je l’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer, et c’est ce qui m’autorise à en parler ».

Et puis, deux millions de morts dans les charniers de Saddam, c’est mal, mais renverser Saddam, c’est mal aussi ; le terrorisme, ce n’est pas bien, mais c’est le résultat de ceux qui ont envahi un pays souverain, où on entassait les cadavres. Tout est dans tout, rien n’est dans rien, à moins que ce ne soit l’inverse. Enfin, surtout, il ne faut pas être trop brutal avec le gentil poseur de bombe. Si la brutalité vous permet de sauver mille vies, il ne faut pas être brutal quand même. Les mille morts ? Ils n’auront pas eu de chance, c’est tout. Le poseur de bombes est gentil, vous dis-je. Gentil ! Il paraîtrait même, qu’aux yeux de certains, c’est un résistant.

Jean Moulin et Ben Laden, même combat ? Je pose la question, mais je ne reçois pas de réponse. Etonnez-vous après si des gens traitent les dirigeants américains ou israéliens de fascistes mais n’emploient jamais ce terme pour qualifier les terroristes d‘al Qaida ou du Hamas. Etonnez-vous si des gens, à qui vous venez de dire que les principales victimes de l’islam radical sont des musulmans, vous traitent d’islamophobe.

Il semblerait que de trop fortes doses d’eau tiède fassent davantage que laver le cerveau et finissent par consumer les neurones. J’ose espérer qu’il reste des téléspectateurs à l’esprit intact : c’est en pensant à eux que je parle quand l’occasion m’en est donnée.

En me rendant sur le forum de l’émission, j’observe qu’avoir les neurones consumés n’empêche pas de taper sur un clavier. Je suis qualifié d’individu nauséabond, je ferais, à ce qu’il paraît, « froid dans le dos ». Et encore, ne veux-je retenir que les commentaires les plus aimables. Si cela devait représenter un échantillonnage de la population, je me dirais que ce pays est au delà du naufrage ; mais je préfère songer que ceux qui passent leur temps à dactylographier des messages indigents sont ceux qui n’ont guère mieux à faire : qu’ils se défoulent donc !

Je me dis qu’il faut décidément un esprit d’ouverture et du courage à Frédéric Taddeï et à son équipe pour m’inviter. En attendant une éventuelle prochaine fois, et pour reprendre des forces dont je sens que j’aurai très vite le plus grand besoin, je vais repartir me charger de pluralité quelques jours au-delà de l’Atlantique. Un pays où l’accès aux media et aux étagères des librairies n’est pas réservé à une caste d’amibes. Une communauté où la démocratie est protégée par l’existence de media discordants. Comme si la démocratie pouvait exister dans une autre dimension…

 

Guy Millière

 

© Metula News Agency *

 

 

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Mis en ligne le 2 avril 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org