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France et Pays arabes

L’Union Méditerranéenne, La charrue avant les bœufs, Gabriel Lévy

04/04/2008

3 avril 2008.

 

 

La paix d’abord ? Telle est la problématique exposée dans un récent débat (1).

 

Pour M. Henri Guaino, l’initiateur du projet d’une Union Méditerranéenne, il ne faut pas « conditionner la coopération avec la Méditerranée à la résolution des questions politiques », tandis que pour M. Pascal Boniface « certes, le conflit israélo-palestinien est moins central en méditerranée que ne l’étaient alors les relations franco-allemandes en Europe… Mais on ne pourra bâtir sereinement des projets de coopération si le conflit israélo-palestinien n’est pas réglé ».

 

Selon le premier, « c’est en avançant sur des coopérations concrètes, de plus en plus étroites, que l’on peut créer  des liens de solidarité entre les peuples ». Selon le second, « c’est parce que les Français et les Allemands ont accepté d’effacer leur querelle historique qu’ils ont pu faire la CECA (Communauté Européenne Charbon Acier, 1951) ».

 

La question posée est essentielle.

 

Pour préfigurer cette Union Méditerranéenne, nous disposons d’un exemple en miniature : celui du Liban, où un conflit permanent, ethnique et religieux, paralyse les institutions, interdit les projets et enfante des guerres. Là aussi, les gouvernements français, amateurs de colloques, forums et symposiums, ont cru qu’il suffisait, « pour avancer », de convoquer à Paris, en janvier 2007, une « conférence internationale sur le soutien au Liban », de verser 500 millions d’euros, et de réunir, en juillet 2007, à La Celle Saint-Cloud, les 14 formations politiques, dont un groupement terroriste, dans le but de  « trouver une solution pour régler la crise actuelle du Liban ». L’échec était prévisible. Il est maintenant patent, car le conflit est profond, et tant qu’il n’existera pas, entre les partis, le désir absolu d’une entente définitive, il débordera sur les pays de la région.  

 

Or, selon le projet, « l’Union Méditerranéenne doit s’efforcer de promouvoir le dialogue entre ces différentes cultures, seule alternative (au) conflit permanent ». Toutefois, la commission parlementaire rappelle le propos de M. Guerrato (2) selon lequel : « le dialogue culturel est, en dernier ressort, influencé par les leaders politiques et d’opinion ».

 

La remarque est d’autant plus pertinente, que les torrents d’injures, déversés pendant 50 ans par des médias - haine tolérée, voire entretenue par l’Europe et la France, en subventionnant des manuels scolaires odieux -, ont eu raison du déroulement du Salon du Livre de Paris en 2008. Mais, en la circonstance, ce n’était pas Israël qui était boycotté mais le pays invitant, la France. La France n’a pas eu plus de succès pour faire admettre un pays, à l’évidence francophone, dans l’Organisation Internationale de la Francophonie, dont elle est pourtant l’initiatrice et, par nature, l’élément primordial. Ces deux échecs ne paraissent pas la dissuader de son activisme en faveur d’une union factice, inefficace, coûteuse, contraignante. Bref, d’un boulet.

 

M. Boniface a donc raison. De nombreuses difficultés sont à résoudre avant de tenter la moindre approche de coopération collective en Méditerranée. Mais ce constat ne se résume pas, comme il l’écrit, à un seul conflit. Même la Ligue Arabe, dont le projet prévoit (pour des raisons non précisées) qu’elle soit « membre de droit » de cette union méditerranéenne, apportera ses propres rivalités (l’échec du sommet de Damas des 28 et 29 mars en témoigne), ainsi que ses propres conflits (Soudan, Libye, Comores, etc.). En outre, comme la commission parlementaire le reconnaît (3) : « le conflit du Sahara oriental, opposant l’Algérie et le Maroc n’est pas près de s’éteindre, puisque « le Maroc rejette "totalement" le plan Baker et… considère l’Algérie comme étant responsable de ce conflit datant de 1975 ». De  même que « le futur des relations gréco-turques, le sort de Chypre, l’avenir du Liban », qui restent incertains.

 

« Le dialogue entre les différentes cultures » ne paraît pas non plus efficace : la langue et la culture berbères ne sont pas admises en Algérie (la Kabylie est le théâtre d’émeutes récurrentes),  le christianisme n’a effectivement pas droit de cité dans le Maghreb et les pays d’Orient.

En définitive, la France, qui sacralise les institutions internationales, va ainsi organiser une enceinte, où « les désaccords entre les différents membres amènent parfois à des déclarations politiques virulentes » (4), une tribune, une caisse de résonance pour permettre toutes les exigences et toutes les surenchères.

 

Rien là qui concoure à la paix. Qu’importe, tout ceci flatte notre vanité et permet le tourisme (de masse) de nos délégations. N’est-il pas vrai qu’en France un diplomate sur quatre est inemployé (5) ?

 


©
Gabriel Lévy

 

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1. Le Figaro du 28 mars 2008. "Faut-il croire à l’union pour la méditerranée ?" M. Guaino, conseiller spécial du président de la république. M. Boniface, directeur de l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS).

2. Audition du 12 septembre 2007, de M. Lucio Guerrato, directeur exécutif de la Fondation Anna Lindh. In Rapport d’information n° 449, Assemblée Nationale, décembre 2007, page 69.

3. Ibid., M. Jean Roatta, page 143.

4. Ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU au sujet des discussions au Conseil de Sécurité sur le Moyen-Orient.

5. Cour des Comptes. In Le Figaro du 2 avril 2008.

 

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Mis en ligne le 3 avril 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org