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Israël (Société - mentalités)
Appeasement

L’"Inch’Allah" d’Adamo (1966-1993): rééquilibrage ou recyclage islamiquement correct ? M. Macina
07/04/2008

Un internaute rappelle ce que les observateurs avertis savent depuis longtemps, mais dont ils évitent de parler afin de ne pas passer pour des paranoïaques, à savoir qu’il y a deux versions de la chanson de Salvatore Adamo, "Inch’Allah". Notre correspondant précise que, dans la version de 1993, « les strophes évoquant les enfants tremblants de Jérusalem et les six millions d’âmes sont parties en ...fumée ». Il intitule amèrement la mise au point qu’il nous adresse : "La version de 1993 et le politiquement correct (un gilet pare-balles, en quelque sorte)". Il joint ensuite les deux versions de cette célèbre chanson. Avant de les mettre, à mon tour, sous les yeux de nos internautes, j’ai tenu à vérifier soigneusement l’une et l’autre et à resituer les choses dans leur contexte. (Menahem Macina).

 06/04/08

Avant d’examiner si l’accusation ou le soupçon qu’évoque mon titre, sont fondés ou non, j’ai reproduit, en synopse, les deux versions que séparent 27 années... En rouge, les différences.

  • On remarquera que les strophes 7 à 9 ont disparu de la version ’recyclée’. J’en ignore la cause.
  • Mais le plus choquant, à mes yeux, ce sont les "SIX millions d’âmes" (juives), ’diluées’ (à parts égales ?) dans LES millions "de ces enfants, ces femmes, ces hommes, tombés DES DEUX CÔTES du drame"...
  • Deux côtés? Attendez, je croyais savoir compter... Où sont les millions de Palestiniens "tombés"...
  • "On était en plein processus d’Oslo" (voir 4ème strophe), me dira-t-on sans doute, "tout le monde (ou presque), y compris en Israël, planait sur son petit nuage"... Peut-être, mais examinez bien les changements, mis en rouge (modifications effectuées pour ’coller’ au ’rêve’ d’Oslo), et en MAJUSCULES (ce qui ne pouvait pas être conservé dans la nouvelle version, parce que trop marqué Juif et Israélien, donc potentiellement blessant ou frustrant pour le "partenaire de paix"). Puis, lisez les deux extraits d’interviews d’Adamo, qui suivent. Vous serez alors en mesure de vous forger une opinion, avant de lire la mienne, à la fin du présent article

1. Aperçu synoptique des deux versions et des modifications du texte de l’original

    Version originale (1966)                                         Version recyclée (1993)  

J’ai vu l’Orient dans son écrin                             J’ai vu l’Orient dans son écrin

Avec la lune pour bannière                                  Avec la lune pour bannière

Et je comptais en un quatrain                             Et je comptais en un quatrain

Chanter au monde sa lumière                             Chanter au monde sa lumière

 

Mais quand j’ai vu Jérusalem                              Mais quand j’ai vu Jérusalem

Coquelicot sur un rocher                                      Coquelicot sur un rocher

J’ai entendu un Requiem                                      J’ai entendu un Requiem

Quand sur lui je me suis penché                         Quand sur lui je me suis penché

 

Ne vois-tu pas, humble Chapelle                        Ne vois-tu pas humble Chapelle

Toi qui murmures paix sur la terre                     Toi qui murmures paix sur la terre

Que les oiseaux cachent de leurs ailes             Que les oiseaux cachent de leurs ailes

Ces lettres de feu: "Danger frontière"               Ces lettres de feu: "Danger frontière"

 

Le chemin mène à la fontaine                             Mais voici qu’après tant de haine  

Tu voudrais bien remplir ton seau                      Fils d’Ismaël et fils d’Israël             

Arrête-toi Marie-Madeleine                                 Libèrent d’une main sereine

Pour eux ton corps ne vaut pas l’eau                 Une colombe dans le ciel               

 

Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah

 

Et l’olivier pleure son ombre                                Et l’olivier retrouve son ombre

Sa tendre épouse son amie                                 Sa tendre épouse son amie         

Qui repose sur les décombres                             Qui reposait sur les décombres

Prisonnière en terre ennemie                              Prisonnière en terre ennemie

 

Sur une épine de barbelés                                    Et par dessus les barbelés

Le papillon guette la rose                                     Le papillon vole vers la rose

Les gens sont si écervelés                                   Hier on l’aurait répudié

Qu’ils me répudieront si j’ose                              Mais aujourd’hui, enfin il ose

 

Dieu de l’enfer ou Dieu du ciel

Toi qui te trouves où bon te semble

SUR CETTE TERRE D’ISRAËL

IL Y A DES ENFANTS QUI TREMBLENT

 

Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah

 

Les femmes tombent sous l’orage

Demain le sang sera lavé

La route est faite de courage

Une femme pour un pavé


Mais oui j’ai vu Jérusalem

Coquelicot sur un rocher

J’ENTENDS TOUJOURS CE REQUIEM

Lorsque sur lui je suis penché

 

Requiem pour SIX millions d’âmes                      Requiem pour LES millions d’âmes

QUI N’ONT PAS LEUR MAUSOLEE DE MARBRE     De ces enfants, ces femmes, ces hommes

Et qui malgré le sable infâme                               Tombés DES DEUX CÔTES du drame

ONT FAIT POUSSER SIX MILLIONS D’ARBRES      Assez de sang, Salam, Shalom

 

Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah

 

 

2. Le témoignage du recycleur/rééquilibreur lui-même

(1) "Je revendique mon côté fleur bleue", entretien avec S. Adamo, L’Humanité, 16 février 2007

Q. - Vous venez de fêter vos soixante-trois ans. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Adamo - « …Aujourd’hui, les gens redécouvrent les chansons des années soixante où on pouvait afficher de bons sentiments, sans engendrer l’ironie. Ce qui n’empêchait pas de chanter des choses plus graves. Je pense à Inch’Allah, que j’ai écrite en octobre 1966. C’était bien la preuve qu’on pouvait être fleur bleue et s’intéresser aux malheurs du monde. Cette chanson, je n’ai pas eu l’occasion de l’enlever de mon répertoire, parce qu’elle est toujours d’actualité. À tel point que j’ai dû la nuancer au gré des quelques espoirs de paix. J’ai changé quelques strophes, mais je me suis rendu compte que je n’allais pas jusqu’au bout du message. J’ai ainsi réécrit une autre chanson dans l’album Zanzibar sur le problème du Moyen-Orient, "Mon douloureux Orient", où je fais allusion à la souffrance du côté palestinien. Une chanson qui dit : quelles qu’aient été les raisons de cette haine ancestrale, il faut l’oublier pour vivre l’un à côté de l’autre. »

Mon commentaire

« Cette chanson, je n’ai pas eu l’occasion de l’enlever de mon répertoire, parce qu’elle est toujours d’actualité… j’ai dû la nuancer… ». Qu’avons-nous besoin d’un autre aveu. Le message du boycott arabe, vous l’avez reçu 5 sur 5, Monsieur Adamo. Personnellement, j’eusse préféré que vous supprimiez carrément cette chanson de votre répertoire, plutôt que de vous voir la profaner de votre propre initiative. D’autant que le résultat, permettez-moi de vous le dire, sent le labeur et non l’inspiration, et en tout cas, pas la sincérité.

(2) "Adamo, un sentimental engagé", Sur le site RFI/Musique (6 novembre 2003)

Q. - On remarque aussi, sur votre nouvel album, trente-sept ans après Inch Allah, une nouvelle chanson sur les drames d’Israël, Mon douloureux Orient

Adamo - « On peut se demander pourquoi, moi qui suis catholique d’éducation, je suis resté fidèle à une émotion de 1966, que j’ai traduite d’une façon qui a été malheureusement mal interprétée dans pas mal de pays arabes où j’ai été interdit. Cet été, le 15 août [2003], pour la première fois depuis cette époque, j’ai pu chanter dans un pays arabe, en Tunisie. J’ai chanté Mon douloureux Orient et les gens applaudissaient à certains mots pendant la chanson. J’ai voulu dire qu’il est temps que ces deux peuples vivent en paix. On ne leur demande pas de s’aimer, mais d’arrêter de s’entretuer. Avec le recul, je me suis rendu compte de quelle strophe avait valu [sic] mon interdiction: « Sur cette terre d’Israël/J’ai vu des enfants qui tremblent ». On m’a dit que c’était choisir un camp. Mais je voulais parler de la terre biblique tout entière, Israël et Palestine ensemble. Je n’ai pas fait cette nouvelle chanson pour «rattraper» quoi que ce soit, mais pour avoir la conscience en paix. »

Mon commentaire :

« Israël et Palestine ensemble ! » Monsieur Adamo, soit vous nous prenez pour des bœufs, soit vous êtes un ignare. En 1966, les Arabes d’Israël n’avaient pas conscience de former un peuple, il n’y avait pas encore d’Autorité Palestinienne, la Guerre des Six Jours n’avait pas eu lieu, le monde arabe constituait bien une menace, mais pas pour "la Palestine". A l’époque et dans les années qui suivirent, les seuls enfants qui tremblaient étaient Israéliens. Bien avant que vous ne procédiez au recyclage de votre chanson et que vous en effaciez, purement et simplement, la phrase que l’on vous reprochait ("Sur cette terre d’Israël, il y a des enfants qui tremblent"), elle s’est malheureusement avérée prophétique. En effet, le 11 avril 1974, sept mois après la Guerre de Kippour, des terroristes s’infiltrent du Liban à Maalot, ville du nord d’Israël. Ils pénètrent dans la maison de la famille Cohen, tuent le mari, la femme et leur fils de quatre ans. Ils prennent ensuite le contrôle de l’école Nativ Méir. 105 élèves sont retenus en otage. Finalement devant l’intransigeance des terroristes et après que des rafales d’armes automatiques aient été entendues à l’intérieur de l’école, les forces de sécurité donnent l’assaut. Au total, vingt-deux adolescents et cinq adultes trouveront la mort dans cette tragédie.

 

Conclusion

 

Monsieur Salvatore Adamo s’est fait, de longue date, une réputation de "gentil garçon". Ses manières gauches et timides (spontanées ou étudiées? nul ne le sait...), sa simplicité, sa discrétion, sa pudeur et sa modestie (même remarque), ont fait de lui une star très populaire. Et chacun sait que les stars font souvent la pluie et le beau temps en matière d’opinion. Alors, malheur à celui ou celle (personne privée, institution ou nation), que la vedette fustige, ou simplement à qui il fait les gros yeux ! Malheur, donc, à Israël, qui a eu la malchance de se voir supplanté, dans l’estime d’Adamo, par les "gentils" Palestiniens. Du coup,

  • oubliés, les enfants d’Israël qui tremblent,
  • disparu, le Requiem,
  • éludés, les Six Millions de Juifs,
  • submergés, les mausolées de marbre,
  • passés sous silence, les Six Millions d’arbres...

Après cet exercice, Adamo pourrait bien pasticher les "Trompettes de la renommée" de Brassens. Cela donnerait à peu près cela :

" Les gens de bon conseil ont su me faire comprendre
qu’à l’homme de la rue [arabe] j’avais des comptes à rendre,
et que sous peine de choir dans un oubli complet,
j’devais mettre au rancart mes sionistes couplets ! "

Pauvre Adamo, il faut le comprendre. Il nous l’a expliqué lui-même : "On m’a reproché d’avoir choisi mon camp" - entendez : Israël. Pas très politiquement correct, n’est-ce pas?... Alors, tant pis pour le peuple aux Six Millions de victimes : intimidé, honteux de sa partialité, Adamo le doux (non, je n’ai pas dit "le mou"!), incapable de peiner le dernier interlocuteur qui le remet en cause, s’est mis au travail... Vous avez lu, plus haut, ce que cela a donné. C’est médiocre, poussif, absolument pas convaincant. Moi, à la place des Arabes et des Palestiniens (victimes eux aussi, ne l’oubliez pas... Quoi Six Millions? Oh! lâchez-nous les baskets avec vos "Six Millions"! Vous n’avez donc que "ça" à la bouche !?), donc, moi, à la place des Arabes et des Palestiniens, je serais horriblement vexé...

Alors, ma conclusion personnelle? Après les analyses qui précèdent, elles ne font certainement plus de doute pour vous :

Malgré l’affirmation contraire de Monsieur Adamo, la cure d’amaigrissement et la ’révision’ qu’il a infligées à sa chanson de 1966, n’a rien d’un "rééquilibrage". C’est du pur recyclage révisionniste, après titillage d’une conscience mal éclairée. Résultat recherché: l’équivalence morale * ! La tarte à la crème des "belles âmes" qui veulent être du bon côté du manche. Selon cette morale de chapon, (ou, si vous préférez, émasculée), une partie qui a raison et l’autre qui a tort, ça n’existe pas, alors, partageons les torts. Et ceux qui pratiquent ce genre de ’philosophie’ "droit de l’hommiste" s’estiment moraux, non partisans. On a vu ce que cela a donné au cours des deux décennies écoulées :
  • Loi du retour pour les Juifs = Droit au retour en Israël pour les Palestiniens;
  • Implantations sur le sol de l’antique patrie des Juifs = Grand Israël, colonisation, occupation;
  • Barrière de sécurité = Apartheid;
  • Autodéfense armée = Réaction disproportionnée;
  • Etat Juif = Racisme et Théocratie;
  • Holocauste = Nakba, etc.


Il y a beau temps que j’ai ôté le "gentil" Adamo de mes podcasts préférés. Si vous cherchez une chanson sioniste équivalente, amis internautes, j’ai une bonne nouvelle pour ceux qui l’ignorent : il existe un "tube" bien meilleur que celui d’Adamo, et surtout plus sincère. Il s’appelle "Terre promise" : les paroles, simplissimes, sont de
Pierre Delanoé. La musique est une adaptation du "tube" populaire international du groupe The Mamas & Papas, intitulé "California Dreamin’", et il est interprété par la belle voix, chaude, rythmée, et bien timbrée, de Richard Anthony. Cette chanson date de 1966 (tiens, la date où Adamo créait "Inch’Allah", première mouture - sincère !), mais, croyez-moi, elle n’a pas pris une ride et cela fait chaud au cœur de l’entendre. Vous la trouverez ici, et ici.

Et puis - pardonnez ce jeu de mots facile -,

 

aucun Adamo au monde ne nous séparera de notre Adamah, notre terre à nous, Eretz Israel ! 

 

Menahem Macina

 

© upjf.org

 

 

* Note sur l’équivalence morale.

 

Voir, entre autres, Yossi Alpher, "Gaza : le dilemme d’Israël". Extrait :

La plupart des Israéliens… croient qu’il n’existe pas d’équivalence morale entre des civils israéliens délibérément visés par des terroristes palestiniens et des civils palestiniens tués par inadvertance lors d’attaques ripostant au terrorisme…. Je crois que l’argument israélien de l’équivalence morale est un argument fort : les terroristes visent délibérément des civils ; nous pas. Lorsque nous nous protégeons nous-mêmes, nous hésitons longuement avant de toucher des civils. Il y a un élément du « choc des civilisations » dans cette équation. Nous pourrions avoir à l’invoquer pour expliquer au monde les représailles massives des F.D.I. [Tsahal] contre le Hamas et les autres groupes terroristes à Gaza. "

 

[Merci à Max Sitbon de m’avoir incité à rouvrir ce dossier.]

 


Mis en ligne le 6 avril 2008, par M.
Macina, sur le site upjf.org