06/04/08
Avant d’examiner si l’accusation ou le soupçon qu’évoque mon titre, sont fondés ou non, j’ai reproduit, en synopse, les deux versions que séparent 27 années... En rouge, les différences.
1. Aperçu synoptique des deux versions et des modifications du texte de l’original
Version originale (1966) Version recyclée (1993)
J’ai vu l’Orient dans son écrin J’ai vu l’Orient dans son écrin
Avec la lune pour bannière Avec la lune pour bannière
Et je comptais en un quatrain Et je comptais en un quatrain
Chanter au monde sa lumière Chanter au monde sa lumière
Mais quand j’ai vu Jérusalem Mais quand j’ai vu Jérusalem
Coquelicot sur un rocher Coquelicot sur un rocher
J’ai entendu un Requiem J’ai entendu un Requiem
Quand sur lui je me suis penché Quand sur lui je me suis penché
Ne vois-tu pas, humble Chapelle Ne vois-tu pas humble Chapelle
Toi qui murmures paix sur la terre Toi qui murmures paix sur la terre
Que les oiseaux cachent de leurs ailes Que les oiseaux cachent de leurs ailes
Ces lettres de feu: "Danger frontière" Ces lettres de feu: "Danger frontière"
Le chemin mène à la fontaine Mais voici qu’après tant de haine
Tu voudrais bien remplir ton seau Fils d’Ismaël et fils d’Israël
Arrête-toi Marie-Madeleine Libèrent d’une main sereine
Pour eux ton corps ne vaut pas l’eau Une colombe dans le ciel
Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah
Et l’olivier pleure son ombre Et l’olivier retrouve son ombre
Sa tendre épouse son amie Sa tendre épouse son amie
Qui repose sur les décombres Qui reposait sur les décombres
Prisonnière en terre ennemie Prisonnière en terre ennemie
Sur une épine de barbelés Et par dessus les barbelés
Le papillon guette la rose Le papillon vole vers la rose
Les gens sont si écervelés Hier on l’aurait répudié
Qu’ils me répudieront si j’ose Mais aujourd’hui, enfin il ose
Dieu de l’enfer ou Dieu du ciel
Toi qui te trouves où bon te semble
SUR CETTE TERRE D’ISRAËL
IL Y A DES ENFANTS QUI TREMBLENT
Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah
Les femmes tombent sous l’orage
Demain le sang sera lavé
La route est faite de courage
Une femme pour un pavé
Mais oui j’ai vu Jérusalem
Coquelicot sur un rocher
J’ENTENDS TOUJOURS CE REQUIEM
Lorsque sur lui je suis penché
Requiem pour SIX millions d’âmes Requiem pour LES millions d’âmes
QUI N’ONT PAS LEUR MAUSOLEE DE MARBRE De ces enfants, ces femmes, ces hommes
Et qui malgré le sable infâme Tombés DES DEUX CÔTES du drame
ONT FAIT POUSSER SIX MILLIONS D’ARBRES Assez de sang, Salam, Shalom
Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah, Inch’Allah
2. Le témoignage du recycleur/rééquilibreur lui-même
(1) "Je revendique mon côté fleur bleue", entretien avec S. Adamo, L’Humanité, 16 février 2007
Q. - Vous venez de fêter vos soixante-trois ans. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Adamo - « Aujourd’hui, les gens redécouvrent les chansons des années soixante où on pouvait afficher de bons sentiments, sans engendrer l’ironie. Ce qui n’empêchait pas de chanter des choses plus graves. Je pense à Inch’Allah, que j’ai écrite en octobre 1966. C’était bien la preuve qu’on pouvait être fleur bleue et s’intéresser aux malheurs du monde. Cette chanson, je n’ai pas eu l’occasion de l’enlever de mon répertoire, parce qu’elle est toujours d’actualité. À tel point que j’ai dû la nuancer au gré des quelques espoirs de paix. J’ai changé quelques strophes, mais je me suis rendu compte que je n’allais pas jusqu’au bout du message. J’ai ainsi réécrit une autre chanson dans l’album Zanzibar sur le problème du Moyen-Orient, "Mon douloureux Orient", où je fais allusion à la souffrance du côté palestinien. Une chanson qui dit : quelles qu’aient été les raisons de cette haine ancestrale, il faut l’oublier pour vivre l’un à côté de l’autre. »
Mon commentaire
« Cette chanson, je n’ai pas eu l’occasion de l’enlever de mon répertoire, parce qu’elle est toujours d’actualité j’ai dû la nuancer ». Qu’avons-nous besoin d’un autre aveu. Le message du boycott arabe, vous l’avez reçu 5 sur 5, Monsieur Adamo. Personnellement, j’eusse préféré que vous supprimiez carrément cette chanson de votre répertoire, plutôt que de vous voir la profaner de votre propre initiative. D’autant que le résultat, permettez-moi de vous le dire, sent le labeur et non l’inspiration, et en tout cas, pas la sincérité.
(2) "Adamo, un sentimental engagé", Sur le site RFI/Musique (6 novembre 2003)
Q. - On remarque aussi, sur votre nouvel album, trente-sept ans après Inch Allah, une nouvelle chanson sur les drames d’Israël, Mon douloureux Orient
Adamo - « On peut se demander pourquoi, moi qui suis catholique d’éducation, je suis resté fidèle à une émotion de 1966, que j’ai traduite d’une façon qui a été malheureusement mal interprétée dans pas mal de pays arabes où j’ai été interdit. Cet été, le 15 août [2003], pour la première fois depuis cette époque, j’ai pu chanter dans un pays arabe, en Tunisie. J’ai chanté Mon douloureux Orient et les gens applaudissaient à certains mots pendant la chanson. J’ai voulu dire qu’il est temps que ces deux peuples vivent en paix. On ne leur demande pas de s’aimer, mais d’arrêter de s’entretuer. Avec le recul, je me suis rendu compte de quelle strophe avait valu [sic] mon interdiction: « Sur cette terre d’Israël/J’ai vu des enfants qui tremblent ». On m’a dit que c’était choisir un camp. Mais je voulais parler de la terre biblique tout entière, Israël et Palestine ensemble. Je n’ai pas fait cette nouvelle chanson pour «rattraper» quoi que ce soit, mais pour avoir la conscience en paix. »
Mon commentaire :
« Israël et Palestine ensemble ! » Monsieur Adamo, soit vous nous prenez pour des bufs, soit vous êtes un ignare. En 1966, les Arabes d’Israël n’avaient pas conscience de former un peuple, il n’y avait pas encore d’Autorité Palestinienne, la Guerre des Six Jours n’avait pas eu lieu, le monde arabe constituait bien une menace, mais pas pour "la Palestine". A l’époque et dans les années qui suivirent, les seuls enfants qui tremblaient étaient Israéliens. Bien avant que vous ne procédiez au recyclage de votre chanson et que vous en effaciez, purement et simplement, la phrase que l’on vous reprochait ("Sur cette terre d’Israël, il y a des enfants qui tremblent"), elle s’est malheureusement avérée prophétique. En effet, le 11 avril 1974, sept mois après la Guerre de Kippour, des terroristes s’infiltrent du Liban à Maalot, ville du nord d’Israël. Ils pénètrent dans la maison de la famille Cohen, tuent le mari, la femme et leur fils de quatre ans. Ils prennent ensuite le contrôle de l’école Nativ Méir. 105 élèves sont retenus en otage. Finalement devant l’intransigeance des terroristes et après que des rafales d’armes automatiques aient été entendues à l’intérieur de l’école, les forces de sécurité donnent l’assaut. Au total, vingt-deux adolescents et cinq adultes trouveront la mort dans cette tragédie.
Conclusion
Monsieur Salvatore Adamo s’est fait, de longue date, une réputation de "gentil garçon". Ses manières gauches et timides (spontanées ou étudiées? nul ne le sait...), sa simplicité, sa discrétion, sa pudeur et sa modestie (même remarque), ont fait de lui une star très populaire. Et chacun sait que les stars font souvent la pluie et le beau temps en matière d’opinion. Alors, malheur à celui ou celle (personne privée, institution ou nation), que la vedette fustige, ou simplement à qui il fait les gros yeux ! Malheur, donc, à Israël, qui a eu la malchance de se voir supplanté, dans l’estime d’Adamo, par les "gentils" Palestiniens. Du coup,
Après cet exercice, Adamo pourrait bien pasticher les "Trompettes de la renommée" de Brassens. Cela donnerait à peu près cela :
" Les gens de bon conseil ont su me faire comprendre
qu’à l’homme de la rue [arabe] j’avais des comptes à rendre,
et que sous peine de choir dans un oubli complet,
j’devais mettre au rancart mes sionistes couplets ! "
Pauvre Adamo, il faut le comprendre. Il nous l’a expliqué lui-même : "On m’a reproché d’avoir choisi mon camp" - entendez : Israël. Pas très politiquement correct, n’est-ce pas?... Alors, tant pis pour le peuple aux Six Millions de victimes : intimidé, honteux de sa partialité, Adamo le doux (non, je n’ai pas dit "le mou"!), incapable de peiner le dernier interlocuteur qui le remet en cause, s’est mis au travail... Vous avez lu, plus haut, ce que cela a donné. C’est médiocre, poussif, absolument pas convaincant. Moi, à la place des Arabes et des Palestiniens (victimes eux aussi, ne l’oubliez pas... Quoi Six Millions? Oh! lâchez-nous les baskets avec vos "Six Millions"! Vous n’avez donc que "ça" à la bouche !?), donc, moi, à la place des Arabes et des Palestiniens, je serais horriblement vexé...
Alors, ma conclusion personnelle? Après les analyses qui précèdent, elles ne font certainement plus de doute pour vous :
Il y a beau temps que j’ai ôté le "gentil" Adamo de mes podcasts préférés. Si vous cherchez une chanson sioniste équivalente, amis internautes, j’ai une bonne nouvelle pour ceux qui l’ignorent : il existe un "tube" bien meilleur que celui d’Adamo, et surtout plus sincère. Il s’appelle "Terre promise" : les paroles, simplissimes, sont de
Menahem Macina
© upjf.org
* Note sur l’équivalence morale.
Voir, entre autres, Yossi Alpher, "Gaza : le dilemme d’Israël". Extrait :
" La plupart des Israéliens croient qu’il n’existe pas d’équivalence morale entre des civils israéliens délibérément visés par des terroristes palestiniens et des civils palestiniens tués par inadvertance lors d’attaques ripostant au terrorisme . Je crois que l’argument israélien de l’équivalence morale est un argument fort : les terroristes visent délibérément des civils ; nous pas. Lorsque nous nous protégeons nous-mêmes, nous hésitons longuement avant de toucher des civils. Il y a un élément du « choc des civilisations » dans cette équation. Nous pourrions avoir à l’invoquer pour expliquer au monde les représailles massives des F.D.I. [Tsahal] contre le Hamas et les autres groupes terroristes à Gaza. "
[Merci à Max Sitbon de m’avoir incité à rouvrir ce dossier.]
Mis en ligne le 6 avril 2008, par M.