28 mars 2008
Mystification, car nous n’aurons pas plus le pouvoir de nous prononcer par référendum sur cette coquecigrue, que nous n’avons eu celui de nous prononcer sur la ratification du traité européen de Lisbonne. Ce fut un tour de passe-passe pour dévoyer la volonté de rejet par le peuple français d’une "constitution européenne » ; ce sera un artifice pour imposer un mythe, celui de "l’union méditerranéenne" (1).
Mystification encore, car il nous avait été promis des ajustements de la politique étrangère française, à défaut d’une rupture avec la précédente. Il n’en est rien ; cette nouvelle institution est un habillage de la traditionnelle politique du Quai d’Orsay à l’égard des pays arabo-musulmans, puisqu’il s’agit de « restaurer la dimension politique entre les deux rives » (2).
Mystification toujours, car les contribuables ignoreront, pour la plupart, le coût exorbitant de cette institution en subventions, prébendes, dépenses de fonctionnement et gabegie de tous ordres.
Mythe car, selon le discours fondateur, prononcé à Tanger par M. Sarkozy : « l’unité de la Méditerranée est un rêve qui s’est réalisé sous l’empire romain ». Propos étrange. L’unité, ainsi rêvée, n’aura été réalisée que sous la férule des légions romaines. A ce titre, que la Yougoslavie était belle sous le maréchal Tito ! Les Etats étaient "unis" sous le joug de sa dictature et, quelle que soit leur ethnie, les conflits graves étaient absents ou estompés.
Le rêve n’a pas résisté à la confrontation avec nos partenaires européens. Le titre d’"Union Méditerranéenne" a été abandonné pour celui de "L’Union pour la Méditerranée", « l’expression retenue étant très éloignée de celle, volontiers lyrique, qui avait germé dans l’esprit du conseiller spécial de Nicolas Sarkozy » (3). Défait aussi, le rapport d’information des dix parlementaires, intitulé : « Construire l’Union méditerranéenne. Les propositions de l’Assemblée Nationale » (4).
Mythe encore, puisque ce rapport reconnaissait que « le monde méditerranéen était l’épicentre des séismes historiques », « la seule région du monde dans laquelle se superposent deux lignes de fractures de notre temps : la césure Orient-Occident et la fracture Nord-Sud » ; que rien n’était plus dissemblable que ce « confluent de trois continents », cet « écosystème fragile », ces populations, diverses par leur origine, par leurs convictions religieuses, par leur organisation sociale. Même la colonisation, système proche de l’Imperium romain, n’avait pu réaliser ce prétendu rêve !
Et le rêve devient vite tourment. « Première étape de l’immigration depuis l’Afrique noire, "le Maghreb a le sentiment d’être un sas vers l’Europe" » (audition de M. Jean-François Daguzan), tourment pour lequel le rapport propose « une réflexion conjointe » (5).
Les échecs des six précédentes « enceintes » (6), créées depuis des lustres, n’ont nullement été pris en compte. L’absurde n’épargne pas la vision grandiose qui inclut, dans les « pays de la méditerranée », la Mauritanie, la Jordanie et le Portugal, ainsi que l’Arabie, Bahreïn, les Comores, Djibouti, le Soudan, la « Ligue arabe étant membre de droit ».
Bref, un projet aussi insolite qu’une peinture d’Arcimboldo [*] ! Plus coûteux et plus dangereux. Nous y reviendrons.
© Gabriel Lévy
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(1) "L’union pour la Méditerranée, un « machin » de trop".
(2) Rapport d’information n° 449, Assemblée Nationale, décembre 2007, 187 pages.
(3) Le Monde, 12 mars 2008.
(4) Rapport cité, ci-dessus (n. 2), p. 2.
(5) Ibid., p. 18.
(6) Ibid., p. 3.
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Note de la Rédaction d’upjf.org
[*] "Giuseppe Arcimboldo, ou Arcimboldi ou Arcimboldus (Milan, 1527 - Milan, 1593), est un peintre maniériste, célèbre comme auteur de nombreux portraits suggérés par des fruits, des végétaux ou des animaux astucieusement disposés." D’après Wikipedia.
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Mis en ligne le 28 mars 2008, par M.