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A-Dura / France-2 (développements récents)

Affaire Al-Dura: un documentaire télévisé enflamme les passions en Israël (Parties 1 et 2) J. Tsadik

10/03/2008
Un article d’une remarquable justesse. Je l’apprécie d’autant plus que je viens d’achever la traduction intégrale de l’émission de "Mabat sheni" [1], dont traite ci-après Jean Tsadik [2]. En cette qualité, je puis dire qu’il a fort bien campé les référents choisis par Yoram Shifer pour son émission consacrée à l’affaire Al-Dura, et que ses jugements les concernant sont rigoureusement exacts. J’espère que la Ména ne m’en voudra pas de mettre en ligne cet article. Je ne le fais pas pour récupérer des marrons tirés du feu par cette Agence, mais pour contribuer, à ma manière au triomphe de la thèse que Stéphane Juffa - dûment guidé par le physicien Nahum Shahaf, qui fut le premier à se persuader que toute l’affaire était une mise en scène – défend, depuis des années, contre vents et marées et dans l’indifférence générale d’abord, puis, sous les lazzis et les insultes de très nombreux opposants, dont surtout des Juifs, hélas. (Menahem Macina).

09/03/08

 

Info # 020903/8) [Analyse]

 

1ère partie : Courage fuyons !

 

La fièvre autour de l’Affaire Al-Dura a enfin gagné Israël. Pendant des années planait le doute sur l’intérêt que portaient les Israéliens et leurs autorités au bras de fer qui met aux prises Charles Enderlin–France 2 à la Ména, ainsi que leurs alliés et sympathisants respectifs. Le doute en question fit longtemps les affaires de la chaîne publique française, qui se plaisait à isoler notre démarche, tentant de la présenter comme l’initiative d’hurluberlus que personne ne suivait, même dans leur propre pays.

 

Au niveau des autorités, le Bureau Gouvernemental du Journalisme, rattaché à celui du Premier ministre, avait pourtant, dès 2004, mis les points sur les i et affirmé sans réserves, par l’intermédiaire de son directeur, Daniel Seaman, que le reportage de FR 2 était une mise en scène.

 

Le porte-parole de l’armée, quant à lui, défend que Tsahal n’a pas tué Mohamed Al-Dura, dans l’attente, pour se prononcer sur l’accusation de mise en scène, de recevoir les rushes qu’il a demandés par écrit à la chaîne française. La réponse qu’il a reçue à ses courriers est pour le moins déroutante : c’est non, mais Enderlin se propose de présenter lui-même, en séance privée, des images à des généraux supérieurs. Ce qui fait une belle jambe à Tsahal, intéressée par l’analyse professionnelle des rushes d’Abou Rahma afin de faire avancer son enquête.

 

L’armée israélienne, première concernée selon la décision du Tribunal correctionnel de Paris, est ainsi empêchée de consulter les rushes présentés à la justice française en présence d’un public nombreux. Vous avez dit bizarre, c’est effectivement bizarre…

 

Mais, pendant qu’à Paris, Philippe Karsenty s’escrimait, fin février, à la Cour d’appel, contre Mademoiselle Chabot et Charles Enderlin [voir l’excellent compte rendu de Véronique Chemla "France 2 et Charles Enderlin n’expliquent pas à la Cour d’appel de Paris les incohérences et contradictions relatives à l’incident al-Dura" pour Guysen], lundi dernier, l’Affaire était le sujet de l’une des émissions-phare de la 1ère chaîne israélienne. Mabat shéni (Second regard) est l’équivalent sur notre chaîne publique d’"Envoyé spécial" ; elle avait commandité l’auteur de documentaires chevronné, Yoram Shefer, afin de faire le point sur la Controverse de Nétzarim et de donner la parole aux principaux protagonistes du différend.

 

A quand une initiative similaire de la part d’un média tricolore, se demandent en soupirant les Français désireux de se faire une conviction sur la base des conclusions des uns et des autres, et non sur les seules insultes de Mademoiselle Chabot et d’Enderlin contre leurs détracteurs ?

 

Yoram Shefer fit les choses en grand, n’hésitant pas à se rendre dans la capitale française à l’occasion du visionnement des rushes. Les enquêteurs de l’Affaire, Nahum Shahaf et Stéphane Juffa, pour notre agence, de même que la journaliste allemande, Esther Shapira, répondirent favorablement à la demande d’entrevue de Shefer. Les autres personnes mêlées à la dispute et au procès Karsenty firent de même, ainsi qu’un professeur israélien, spécialiste des médias.

 

Lorsque vint le tour d’Enderlin d’être sollicité, celui-ci invoqua une action en cours, intentée contre l’Etat par l’association d’avocats, Shurat ha-din (Le for [3] de la Justice), à la Cour suprême à Jérusalem (1), pour arguer qu’il ne pouvait pas participer à l’enquête. Surpris, le réalisateur se tourna vers l’étude d’avocats Aaronsohn Sher Aboulafia Amoday & Co., ayant accepté de représenter le correspondant de FR2 en Israël, pour obtenir les détails du refus. Maître Louise Sportas infirma les allégations de son client, expliquant qu’il ne s’agissait pas de la même affaire et qu’il était libre de participer à l’émission.

 

Me Sportas accompagna toutefois son acceptation de la condition, très inhabituelle en matière médiatique, que Charles Enderlin fût accompagné de son conseil lors de l’interview. Re-surprise du réalisateur, qui, après avoir pesé le pour et le contre, soucieux de permettre à l’un des principaux intéressés de s’exprimer sur un différend qui le concerne au premier chef, décida de se plier à l’étrange condition posée par l’interviewé.

 

S’ensuivit une longue discussion de préparation entre Shefer et Enderlin, à laquelle le premier cité fut prié de se rendre sans micro et sans caméra et de s’engager à ne rien dévoiler du contenu de cette rencontre - Enderlin nage décidément dans la transparence. A l’issue de la rencontre, en dépit de la concession extraordinaire octroyée par Shefer aux usages journalistiques, [Enderlin] préféra ne pas participer au documentaire.

 

Toujours animé du même souci d’équité, le réalisateur demanda à Enderlin de lui indiquer le nom de quelqu’un qui pourrait représenter son point de vue lors du débat qui suivrait l’émission. Enderlin avança le nom de l’ex-numéro 2 du contre-espionnage israélien, Israël Hasson. Tout laisse à penser que les deux hommes se connaissent bien, puisque, quelques jours plus tard, Enderlin rappela Shefer pour lui demander pourquoi il n’avait pas encore contacté Hasson.

 

Finalement, Israël Hasson participa au débat. Un débat qui réunit deux autres intervenants : Gideon Levy, qui collabore à Haaretz, et Daniel Seaman, le directeur, déjà cité, du Bureau Gouvernemental du Journalisme.

 

Seaman répéta, lors de la discussion, que le reportage de FR 2 relevait assurément d’une mise en scène. Levy, l’un des chefs de file du post-sionisme et vedette israélienne d’Al Jazzera, annonça que, bien qu’il n’ait pas consulté la moindre enquête au sujet de l’Affaire Al-Dura, il était certain que Tsahal avait bel et bien tué l’enfant.

 

Quant à Hasson, son intervention changea l’issue de l’émission, de virulent K.O contre Enderlin-France 2, en nette victoire aux points de leurs adversaires. Hasson fut le canot de sauvetage du navire des "antidreyfusards" qui, lundi dernier, prit l’eau de toutes parts.

 

Parlant bien, distingué, mais surtout auréolé par sa pénultième fonction, Hasson adopta une ligne de défense peu orthodoxe : il choisit de ne rien prendre en compte des preuves de la mise en scène, qui pullulaient dans le film de Shefer. Il annonça, en vrac, avec un sang-froid qui le disputait à l’inconséquence, qu’aucun élément du documentaire n’apportait la moindre évidence de l’existence d’une mise en scène.

 

Même l’analyse de l’expert médical, le chirurgien, retrouvé par la Ména, Yehuda David, qui avait opéré le "père", Jamal Al-Dura, en 1994 à l’hôpital Tel Hashomer, ne vint pas troubler la tactique du partisan d’Enderlin. Pourtant, parmi les nombreuses preuves indiscutables référencées dans le film, le témoignage du Dr David est pour le moins incisif. Ce dernier démontra que les images des cicatrices, distribuées à la presse par Arlette Chabot, lors de sa "réunion d’information" de novembre 2004, censées apporter la preuve de ce que Jamal avait été blessé par les balles de Tsahal en septembre 2000, sont en fait des cicatrices dues à une altercation avec des miliciens palestiniens en 1992, soit huit ans avant l’"incident" de Nétzarim. Qui plus est, Yehuda David fit la démonstration médicale de ce que les cicatrices exhibées par Chabot étaient le résultat de blessures causées par un objet coupant, un couteau ou une hache, et non par des balles.

 

Ce qui interloque, dans cette seule démonstration scientifique, c’est que l’analyse peut être refaite par n’importe quel médecin légiste, et qu’elle mènera invariablement aux mêmes conclusions. Ce qui interpelle, c’est qu’il s’agit en fait d’une seconde imposture de la part de France 2, venant s’ajouter à la diffusion mondiale des images de la mise en scène de Nétzarim.

 

 

"Mohammed du matin", ou de l’après-midi ? (Cliché extrait de l’émission Mabat Shani, ici ajouté par www.upjf.org)

 

A la chaîne française, qui a réitéré son offre, devant la Cour d’appel, d’exhumer le corps du Mohammed du matin [4] – ce que nous avons accepté immédiatement, sans pour autant causer d’effet chez nos contempteurs, – nous proposons de commencer par présenter les cicatrices de Jamal à des médecins légistes neutres, au lieu de les faire filmer par un caméraman parjure.

 

Il y a fort à parier que le clan des "antidreyfusards" fera comme s’il n’avait pas lu cette suggestion, ce qui démontre, si c’était encore nécessaire, que leur démarche consiste à enterrer la réalité et non à la porter au grand jour.

 

Jean Tsadik

 

© Metula News Agency

 

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Note de l’auteur

 

(1) Shurat ha-din demande à la Cour suprême d’Israël que le gouvernement retire les accréditations journalistiques de Charles Enderlin et de Talal Abou Rahma pour leur mise en scène de l’Affaire Al-Dura.

 

A suivre…

 

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Notes de la Rédaction d’upjf.org

 

[1] Voir : " «Al-Dura : spin ou symbole ?». Reportage exclusif de la TV israélienne ".

 

[2] J’avais signalé cette émission, le 4 mars, dans mon bref article " « Al-Dura, diversion médiatique ou symbole ? » L’affaire Al-Dura à la TV israélienne ".

 

[3] "Mot qui vient du latin. Chez les Romains, le tribunal se trouvait établi sur la place publique, le ’Forum’. Il s’emploie dans certaines expressions juridiques tel "la loi du for", traduction de "lex fori" utilisée en particulier en droit international pour exprimer que la loi qui doit être appliquée à une situation déterminée est la législation du lieu où la juridiction qui a été saisie, est établie." (Dictionnaire du Droit privé, par S. Braudo, Conseiller honoraire à la Cour d’appel de Versailles, 2004). En langage courant, on parle aussi de "for interne", ainsi que de "for externe", et par métaphore, de for intérieur - la conscience. En ce qui concerne le nom symbolique (tiré du Talmud) que s’est donné l’association d’avocats Shurat haDin, je le traduirais plutôt par "le cadre de la loi".

 

[4] Allusion à la découverte du physicien Nahum Shahaf, qu’un enfant, mort dans des circonstances inconnues, avait été amené à l’hôpital avant midi, alors que l’enfant censé avoir été tué par Tsahal serait mort vers 15h le même jour. D’où la question : les photos montrées à la presse par le médecin palestinien sont-elles celles du « Mohammed du matin », comme le dit ironiquement Tsadik, ou celles du Mohammed de l’après-midi, prétendument tué par des tirs de Tsahal ?

 

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Mis en ligne le 09 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

 

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2ème partie : Vous avez dit "d’extrême droite" ? (suite et fin), Jean Tsadik
(info # 011003/8) [Analyse]

 

09/03/08 

 

Retour à Yisraël Hasson, qui allégua que si l’Etat d’Israël avait eu des doutes quant à ce qui s’est réellement passé, le 30 septembre 2000 à Nétzarim, il aurait chargé le Shabak (le Contre-espionnage, dont Hasson était le no. 2) de l’enquête, et que la vérité n’aurait pas échappé à ces spécialistes tout-puissants. Le Shabak est l’œil qui voit tout et qui sait tout, c’est du moins sa réputation.

 

Excellente démonstration de jeu en touche du champion d’Enderlin, il faut le reconnaître. Mais il est impossible de s’arrêter sur cette prestation sans parler un peu plus en détails de son auteur : car, depuis qu’il a quitté le Shabak, ce Monsieur Hasson est entré en politique. Et pas dans n’importe quel parti, puisqu’il s’agit d’"Israël Beiténou", (Israël notre maison), la formation d’Avigdor Lieberman. Or, si le Likoud représente la droite israélienne et le Mafdal (Parti des religieux nationaux), les partisans de ce que Charles Enderlin appelle les "colons", Israël Beiténou est encore plus à droite. A l’endroit depuis lequel, plus à droite encore, il n’y a plus qu’un immense précipice.

 

Le chef de file du désormais député Hasson, 3ème de liste, est une réplique intéressante du Christophe Blocher suisse, ou de Jean-Marie Le Pen. C’est Lieberman et le parti de Hasson qui proposent le transfert forcé de tous les Arabes israéliens vers le territoire de l’Autorité Palestinienne. C’est encore Lieberman qui, en temps de paix, avait suggéré de bombarder le barrage d’Assouan afin de noyer l’Egypte sous les eaux du Nil.

 

C’est ici l’endroit ou jamais de rappeler que Mlle Chabot, Enderlin et leurs amis ont coutume d’user contre nous de l’injure politique, en diffusant à la cantonade que nous ferions partie de l’extrême droite israélienne. Pour ma part, j’avoue ne jamais avoir eu aucun contact avec les populistes d’Israël Beiténou et que je préférerais me couper un bras plutôt que de serrer la main de l’un de ses députés. Dont acte.

 

Ce qui n’est pas moins intéressant, c’est de remarquer que Hasson n’a pas rejoint immédiatement les bancs du parlement après avoir quitté le service national. Il a d’abord transité par les affaires de pétrole, jouissant de l’appui financier d’un personnage glauque du nom d’Ovadia Coco. Un individu qui s’est rempli les poches – ce n’est pas nous qui le disons, mais notre confrère Uri Blau, dans un article d’investigation très léché de huit pages, consacré à Hasson et Coco, publié (en hébreu uniquement) dans la livraison d’Haaretz du 1er mai 2006 – en vendant du pétrole à l’Autorité Palestinienne.

 

Or, Blau s’étonne que Hasson prétende qu’il n’avait jamais entendu parler d’Ovadia Coco pendant qu’il était sous-chef du Shabak. "Parmi tous les agents du Shabak dans le monde", écrit Blau, "c’est Hasson qui prétend avec force qu’il n’avait jamais entendu les rumeurs au sujet des appartements secrets de Coco, de ses démêlés devant la justice pénale et de ses relations avec la direction palestinienne".

 

Pourtant, au Bureau du contrôle de l’habitant – qui ne connaît ni ne voit tout, à la différence du Shabak, on connaît très bien Coco. Des ex-agents de Hasson dans le Shabak, savent parfaitement de qui il s’agit. "Des articles ont été publiés à son sujet, dès 1998, et vous (Hasson), vous n’avez pas entendu son nom durant votre service", s’interroge Blau. Yisraël Hasson joue l’étonné, insistant sur le fait que, durant son service, il ne savait presque pas qui était ce personnage "qui allait et venait, à sa guise, entre les bureaux de Rajoub, Dahlan et Rachid. Ces bureaux qu’il (Hasson) avait personnellement la tâche, dans le cadre de ses fonctions au Shabak, de surveiller".

 

Voilà, en résumé, pour le pedigree et la crédibilité de celui qui vient de sauver Enderlin de la grande tasse, par un tour de passe-passe digne de Dany Larry. Le Shabak aurait dû tout connaître de l’Affaire A-Dura, mais son numéro deux ignorait les activités sulfureuses de son sponsor Ovadia Coco. Coco, qui promenait les enfants des huiles frelatées de l’AP dans les centres commerciaux israéliens pour les couvrir de jouets. Dur à avaler, non, mon cher Watson ?

 

Le site d’information Ynet, qui appartient au quotidien israélien jouissant de la plus large diffusion nationale, a publié, deux jours après la projection du documentaire, dans sa rubrique "Opinions", un article (en hébreu) au vitriol, d’Yzar Beer, le directeur général de l’association "L’écoute-Centre pour la Défense de la Démocratie en Israël". Dans ce texte, Beer accuse "les médias israéliens qui refusent de croire que l’enfant a été tué par des balles de Tsahal".

 

De plus, l’auteur de cette réaction remet en doute – sans en donner la raison - les preuves techniques, notamment balistiques, établissant que l’enfant du film de FR2 n’a pas pu être la cible des soldats israéliens. Beer y dénigre le physicien Nahum Shahaf, le qualifiant d’illuminé, et y dépeint la Ména sous les traits d’une "agence de presse de droite".

 

Il prétend qu’"Enderlin a remporté ses procès en diffamation, ce qui implique que ses reportages journalistiques ont été vérifiés par le tribunal français et se sont avérés véridiques".

 

La lettre de Beer à Ynet a soulevé un immense tollé parmi les lecteurs, qui ont réagi en publiant des centaines de commentaires écoeurés. En outre, de très nombreuses personnes ont appelé notre rédaction à Métula pour nous signaler que leur commentaire avait été censuré par Ynet.

 

J’ai traduit pour vous certains titres des réactions des lecteurs, qui donnent une idée précise de leurs sentiments : - Vous faites erreur ! Le sujet (la Controverse de Nétzarim) revêt une importance sans pareille – Peut-être est-ce vous qui refusez d’admettre la vérité ! – Ca devient ennuyeux d’entendre à nouveau des Juifs qui se haïssent eux-mêmes – Une atteinte à l’intelligence – Une tentative de fermer les bouches – Beer le pathétique tente de sauver la propagande ignoble de l’ennemi – La mort de l’enfant Mohamemd A-Dura est une accusation arabe typique – Quelle relation existe-t-il entre vous et la démocratie ? – En résumé : nous avons crucifié Jésus et à chaque fête de Pâque, nous égorgeons quelques bébés – Démagogie – Le libre choix d’être… aveugle – Nous avons tous vu les images du mort qui se met tout à coup à courir – Naïveté ou stupidité ? – Le Monsieur ignore donc ce qu’est la démocratie – La balistique est un outil objectif lors d’un procès pénal – Des mensonges comme les vôtres démontrent à quel point il est encore plus important de dévoiler la vérité – etc.

 

En dépit des réactions quasi unanimes des lecteurs et de l’intérêt suscité par la lettre d’Yzar Beer, Ynet refuse, jusqu’à maintenant, et pour une raison opaque, de publier les articles d’opinion qu’il a reçus de ses contradicteurs, notamment la réaction de Nahum Shahaf, insulté par Beer.

 

C’est alors un autre media Internet, de la même importance que Ynet – les deux figurent parmi les 20 000 sites les plus fréquentés au monde – Nfc (News First Class) – qui a répondu à Yzar Beer, par la plume de l’éditorialiste Boaz Moscowitch. Son article (en hébreu) débute par le sous-titre suivant : "L’homme qui se prétend le défenseur de la démocratie israélienne s’oppose au droit de personnes différentes de lui de se servir de la science, d’enquêter sur la vérité et de publier leurs conclusions. Qui est ici original et illuminé ?".

 

La suite n’est pas tendre pour Beer, c’est le moins que je puisse en dire : à preuve sa photographie, avec la légende : "Fasciste typique".

 

La photo d’Yzar Beer dans Nfc

munie de la légende : "Fasciste typique"

 

Quant à l’auteur du documentaire, Yoram Shefer, il a rédigé une lettre ouverte à Yzar Beer, dont il a bien voulu nous faire parvenir une copie. Shefer y dresse la liste des contrevérités apparaissant dans le texte de Beer, qu’il affirme être " (…) parsemé d’erreurs et de distorsions, et dicté par la colère sacrée, qui ne recèle pas, ne serait-ce que d’un seul argument rationnel établi ".

 

Le réalisateur y reprend Beer à propos des procès qui se déroulent en France, pour lui assener que les quatre personnes poursuivies l’ont été pour avoir tenu des propos outrageants et que "cela n’a aucun rapport avec l’authenticité du reportage original d’Enderlin. Dommage que vous ayez déformé les faits. J’aurais demandé", poursuit Shefer, "comment se fait-il que les Français n’assignent pas Nahum Shahaf ou Stéphane Juffa, que vous mentionnez dans votre article, et qui ont tenu des propos autrement plus graves. Et la réponse est qu’ils n’osent, semble-t-il, pas, car ils perdraient le procès".

 

A propos de Shahaf : "en dépit du dédain qu’il suscite auprès de personnes spécifiques, c’est un homme extrêmement sérieux (…) Un personnage sérieux à faire peur, et l’analyse balistique qu’il a réalisée sur l’incident du carrefour ne s’approche pas du plancher de ses capacités scientifiques".    

 

Au sujet de Stéphane Juffa : "il ne dirige pas une agence de presse de droite. Il s’agit d’une idiotie absolue n’ayant jamais subi le moindre contrôle. Il fut observateur de scrutin pour Meretz (parti de la gauche israélienne) lors d’élections récentes. Il compte parmi les instigateurs de Shalom Akhshav (oui, Shalom Akhshav) et l’agence emploie également des rédacteurs du Liban, de Jordanie et de l’Autorité Palestinienne. De même que Luc Rosenzweig [1], un ex-rédacteur en chef du Monde, pas précisément un média caractéristique de droite. La Ména est reprise dans tout le monde francophone, c’est vérifié.

 

Pourquoi faites-vous abstraction des contradictions intérieures du photographe Talal Abou Rahma ? " Qui a affirmé à Nahum Shahaf (pièce enregistrée. Ndlr.) "Je n’ai jamais prétendu que ce sont les soldats israéliens qui ont tué l’enfant".

 

Ce ne sont pas "des amis qui parlent de Talal"", précise Shefer, "c’est Talal lui-même qui s’embrouille. Comme j’ai tenté de le faire entendre à Enderlin, un témoin qui présente des contradictions internes est un témoin non crédible, et Talal est le témoin central de cette affaire".

 

Yoram Shefer termine sa lettre à Beer par ce paragraphe, qui témoigne d’une grande intégrité intellectuelle. Je vous le livre également tel quel, ne trouvant rien à y ajouter :

 

"C’est le lieu, par ailleurs, de préciser que, personnellement, je ne crois pas que l’incident A-Dura ait été mis en scène. Mais, d’abord, ma conviction intime n’a pas d’importance et n’a pas été exprimée dans mon reportage. Secondement, j’admets qu’il s’agit d’une perception subjective de ma part. Je n’ai, malheureusement, aucun élément concret à opposer à Nahum Shahaf et à Stéphane Juffa. D’où que j’aie tenté de les surprendre (et croyez-moi que je n’ai pas cessé d’essayer durant les interviews), ils ont pu répondre à chaque argument. Parallèlement, je pense qu’Enderlin a décidé dans l’empressement, sans s’appuyer sur aucun fait solide, que les soldats de Tsahal ont tué A-Dura, et qu’ainsi, il s’est érigé en juge. A cause de ce manque de prudence, il aurait dû, à mon avis, présenter ses excuses, ce qu’il n’a jamais fait.".

 

La projection du film de Yoram Shefer n’est qu’un début ; maintenant qu’il s’en est saisi, le public israélien n’abandonnera pas l’Affaire avant que la vérité soit révélée au grand jour. Les Israéliens sont parfois lents à la détente, mais ils sont têtus comme des mules et amoureux passionnés de la vérité, ce sont des traits de caractère bien connus chez eux. Quant au débat global, la contribution du député d’extrême droite, Yisraël Hasson, et les mises au point de Shefer ont permis de déterminer qu’il traverse les frontières politiques, et que les tentatives d’Enderlin et de Chabot de nous faire effectuer le salut nazi n’étaient qu’une misérable échappatoire.

 

C’est aussi une leçon de démocratie pour ceux qui croyaient qu’Israël, dans son entièreté, soutenait la thèse de la mise en scène. Israël est divisé, à l’image des Juifs français. C’est irritant, agaçant de voir des intellectuels israéliens soutenir, sans avoir le moindre argument à présenter, les auteurs d’une parodie grossière d’assassinat, destinée uniquement à ternir leur propre image. C’est certes insupportable de stupidité, mais c’est la loi de la véritable démocratie : laisser chacun s’exprimer, même s’il ne dispose d’aucun argument sérieux, et surtout lorsqu’on n’est pas d’accord avec lui.

 

C’est une leçon d’éthique populaire administrée par Shefer et les Israéliens à Enderlin, Chabot, les médias français, Yzar Beer et leurs partisans. Leur option consiste à bâillonner leurs contempteurs, par des invectives sectaires et des actions en justice contre des seconds couteaux. Ils vont payer très cher cette leçon de civisme médiatique. D’ailleurs, ils ont déjà commencé à régler leur ardoise.

 

Jean Tsadik

 

 

Note :

 

[1] Notre ami Luc Rosenzweig a cessé, en 2006, sa contribution à la Ména.

 

 

© Metula News Agency

 

Mis en ligne le 09 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org