Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
A-Dura / France-2 (développements récents)

Al-Dura, spin ou symbole ? Reportage exclusif de la TV israélienne
10/03/2008

Une émission qui fera date. C'est le document de synthèse grand public le plus complet et le mieux réussi que je connaisse sur cette affaire [*]. Ceux qui en ignorent tout, ou ne la connaissent que superficiellement et partiellement, y trouveront l'essentiel de ce qu'il faut savoir pour se faire une opinion et la défendre avec des arguments solides. Même les "al-duriens" chevronnés, celles et ceux qui suivent l'affaire depuis des années, voire qui en ont écrit dans la presse ou sur les sites, auraient tort de passer dédaigneusement devant ce document unique en son genre. Ils pourront encore découvrir des détails qui leur avaient échappé ou associer entre elles des images dispersées pour corroborer tel ou tel argument qui paraissait hasardeux. Un dernier mot : le terme "spin", du titre, fera problème à nombre d'entre nous qui en ignorent le sens métaphorique, dont les lobbyistes et propagandistes font grand usage, surtout en matière médiatique. Après avoir vainement cherché à en trouver un équivalent français satisfaisant, je l'ai laissé à l'état natif. Il suffira, j'espère, à nos internautes, pour en comprendre la finesse, d'avoir présentes à l'esprit les deux définitions suivantes : 1. Manière de présenter une histoire pour faire valoir un point de vue. 2. A spin alley = une présentation des choses, après un débat, tendant à faire croire que votre candidat a été le meilleur, même si ce n'est pas le cas. (Menahem Macina).
[*] Excellente introduction à cette émission : J. Tsadik, "Affaire Al-Dura : un documentaire télévisé enflamme les passions en Israël".

Attention ! La quasi-totalité des images contenues dans ce document sont sous copyright. C'est le cas, en particulier, de celles que la régie israélienne de la télévision nationale, a marquées de son logo. Elles ne peuvent donc pas être reproduites sans autorisation, ou au moins la mention de l'origine du Copyright.

Émission de la première chaîne nationale israélienne "Mabat Sheni", diffusée le 7 mars 2008.

Texte original hébreu : "Al-Dura, spin o semel ?".

Transcription et traduction française : Menahem Macina

Reproduction totale ou partielle soumise à autorisation expresse de l'Upjf.

Introduction par le présentateur

La mort de Mohammed Al-Dura, l'enfant qui s'est trouvé pris dans des échanges de tirs entre Tsahal et des forces palestiniennes au carrefour de Netzarim, lors de l'éclatement de l'Intifada en 2000, a fait de lui une icône pour le monde arabe.

Mais ces jours-ci se déroule en France un procès en diffamation autour de la question suivante : les incidents dans lesquels Mohammed Al-Dura a été impliqué ont-ils été mis en scène, ou ont-ils réellement eu lieu ? Les séquences-vidéo qui sont censées montrer les instants où Al-Dura a été touché, sont-elles des images préparées et mises en scène en vue de créer un symbole médiatique, dont le but était de choquer le monde et de monter l'opinion publique contre Tsahal ?

L'examen de l'événement suscite de nombreuses questions concernant les faits qui ont été alors rapportés par la chaîne France 2. Quant à cette dernière, elle a déposé une plainte en justice contre quiconque l'accuse de contrefaçon, et ces jours-ci a lieu un procès au cours duquel apparaissent des faits nouveaux concernant l'événement. Un événement qui a été à l'origine d'une grande fureur dans le public palestinien, d'actes de vengeance et d'attentats-suicide. Un événement qui risque de se révéler être une contrefaçon à des fins de propagande.

Rédacteur et présentateur : Itai Landesberg.


Itai Landesberg


Un père et son fils sont bloqués au carrefour de Netzarim, le 30 septembre 2000, alors que, sur place, il y a des échanges de tirs entre les positions israélienne et palestinienne. Que cherchaient-ils en ce lieu au moment des tirs et pourquoi sont-ils restés sur place ? Il semble qu'on ne le saura jamais. Mais une séquence, filmée pour la télévision française, et diffusée en France et ensuite dans le monde entier, a valu à Israël, à l'époque, des attaques sans précédent. 8 ans après, a eu lieu en France un procès en diffamation, dans lequel la chaîne française, qui a filmé et diffusé l'événement, s'efforce de défendre sa bonne réputation contre Philippe Karsenty, citoyen français qui avait affirmé que la chaîne avait trompé le public. En première instance, Karsenty perd le procès, mais il fait appel, et maintenant apparaissent des faits nouveaux, précisément en France.

Voici le reportage de Yoram Shefer, enquête : Avital Ben Moshe : "Al-Dura, incitation médiatique ou symbole ?"

[Le reportage commence par la diffusion de quelques secondes de la fameuse séquence de 59 secondes, de France 2, diffusée dans le monde entier].




Les intervenants



Stéphane Juffa, fondateur et directeur de Metula News Agency

« Cet incident est devenu la plus grande mise en scène de l'actualité de tous les temps, depuis qu'existe la télévision. Je ne sais pas qui a tiré sur Mohammed Al-Dura, et aujourd'hui encore, je l'ignore, et je ne sais pas si on le saura un jour. Mais je sais qui n'a pas tiré sur lui : les soldats de cette position [israélienne] n'ont pas tiré [sur l'enfant]. »


Yoram Shefer


Fin septembre 2000, la visite de Sharon sur l'esplanade du Temple met le feu aux poudres d'une situation déjà explosive.


Membres de la Police israélienne, sur l'esplanade du Temple
à l'aplomb de la place du Mur occidental, que l'on voit en contrebas



Sharon sur le Mont du Temple (29 septembre 2000)


Yoram Shefer

Le lendemain, les échanges de tirs commencent au carrefour de Netzarim.


 


Présentateur du Journal de la chaîne, fin septembre 2000

Le présentateur de l'époque


« Une position de Tsahal à Netzarim continue d'essuyer la majorité des coups de feu tirés par des policiers palestiniens. »



Émeutiers palestiniens devant la porte d'une usine désaffectée non loin de la position israélienne. Sur le cliché de droite, On distingue mieux les lieux. Incrustation : "Carrefour de Netzarim aujourd'hui". C'est-à-dire le 30 septembre 2000.

[Clameurs de la foule et tirs fous à l'arme automatique, certainement palestiniens. Un homme fait semblant d'être touché, il tombe d'abord assis sur le trottoir, puis s'allonge…]


Des combattants palestiniens quittent l'abri de l'usine, traversent en courant la route du carrefour, tandis que d'autres semblent se mettre à couvert
sous les tirs qu'on entend crépiter; mais que fait l'un deux, debout, tranquille et qui ne semble pas craindre les balles ?

[On entend la voix d'Enderlin] :
« Ici Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne [À ce moment, on entend crier : "l'enfant est mort"]. Mohammed a douze ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes, mais une nouvelle rafale : Mohammed est mort et Jamal [son père], gravement blessé. »





Plusieurs vues, image par image. Chose curieuse, on distingue l'arrière d'une tête qui semble être celle de Talal Abu Rahma, le caméraman palestinien...


Yoram Shefer

« La caméra de la chaîne française se trouve là. Le caméraman, Talal Abu Rahma, enregistre ce qui deviendra le symbole de la cruauté israélienne. Le commentaire est ajouté par le correspondant [de France 2 en Israël] Charles Enderlin, qui ne se trouvait pas sur place. »


Images filmées sur un écran de télévision, le jour de leur diffusion par France 2 (30.09.00)


À gauche, sous-titre en hébreu : "Ici, Jamal Al-Dura et sont fils. À droite : "de la position israélienne"


À gauche, sous-titre en hébreu : "Son père tente de le protéger. À droite : "Mohammed est mort"


 

Présentateur de l'époque

« Il y a un peu moins d'une heure, le Président des États-Unis a également réagi aux événements survenus en Israël, et d'emblée il a fait allusion à la fameuse image de l'enfant et de son père pris sous les tirs intenses. Voici ce qu'a dit le Président Clinton:



Bill Clinton (au moment de l'incident de Netzarim (2000)
Sous-titre en hébreu : "La première fois que j'ai vu cela, je ne savais pas comment cela s'était terminé."


« La première fois que j'ai vu cela, je ne savais pas comment cela s'était terminé, et je me suis demandé s'il y avait autre chose que le père pût faire pour protéger son fils. Il semblait… J'ai regardé la scène comme s'il s'agissait de quelqu'un que je connais, vous savez. C'était un crève-coeur. »


Yoram Shefer 


« Le mythe est né. Mohammed Al-Dura devient le symbole de la victime. »


À gauche, le jeune défunt, présumé être Mohammed. À droite, incrustation : "Camp de Al Bourej, aujourd'hui" [30.09.00].


Scène d'enterrement. Beaucoup d'enfants et d'adolescents, qui crient et font des gestes menaçants. Al Dura a un enterrement de martyr.

Personne ne reste indifférent. Les réactions en Israël furent rapides et violentes.



Présentateur du JT à l'époque

« Bonsoir, et bienvenue à vous. Jour d'émeutes dans les territoires et dans la Ligne Verte... »

[Images de violences, barricades et pneus en feu… En incrustation : "Octobre 2000".]



Correspondant de l'époque


« Les obsèques des morts d'hier ont eu lieu. Au carrefour d'Ayosh, de nouveaux échanges de tirs. À Damas comme dans d'autres États arabes, manifestations de solidarité avec les Palestiniens. »

 




De telles émeutes n'ont pas eu lieu depuis les dix dernières années.


Yoram Shefer


Dégradation et aggravation des émeutes.


Incrustation : "Octobre 2000". Il s'agit des émeutes en Cisjordanie


La commission Or, qui enquête sur les événements d'octobre, décrète, à l'article 172, que la mort de Mohammed Al-Dura, diffusée par les médias a alimenté les événements qui ont poussé le secteur arabe a envahir les rues le 1er octobre 2000. 


Incrustation en hébreu : "Débats de la Commission Or". Sur la photo de droite : audition d'Ehud Barak.

12 jours après l'incident, a lieu à Ramallah le lynchage de deux réservistes qui s'étaient égarés là. La foule rugissait : "Vengeance pour le sang de Al-Dura!"



Scènes de Lynchage à Ramallah (octobre 2000)

L'enfant al-Dura qui implore pour ne pas mourir est représenté de toutes les manières dans le public palestinien et dans le monde arabe.



Représentations picturesques de la célèbre scène...


Extraits de chansons et de séquences télévisées à la gloire de Al-Dura, et reconstitution de la scène de sa mort sous les balles "israéliennes".



Un chanteur face à la photo des Al-Dura et d'un mur - À droite: une chanteuse avec, en toile de fond, une reconstitution de la fusillade

Les enfants palestiniens apprennent l'anglais grâce à lui. 

Un instituteur et ses élèves

Le maître, montrant le mot au tableau : « Killed » [elle a tué]
Les élèves reprennent, sur un registre assourdissant : « Killed »

Le maître : « Our friend » [notre camarade (Al-Dura)]
Les élèves : « Our friend »

Le maître : « The Israeli Army » [l'armée israélienne]
Les élèves : « The Israeli Army »

Le maître : « Killed » [a tué]
Les élèves : « Killed »

Le maître : « Our friend » [notre camarade]
Les élèves : « Our friend »

Le maître : « Shame on them ! » [Honte à eux!]
Les élèves : « Shame on them !»


À gauche: le maître au tableau montre le mot "killed" (elle a tué) - À droite les enfants répètent : "Israeli army" (l'armée israélienne)

Le maître : "Shame on them!" (Honte à eux) - La classe : "Shame on them!" 



Suivent des "hou ! hou !" soigneusement rythmés.


Autre forme de propagande centrée sur Al-Dura :extrait d'écran d'une émission de la chaîne de télévision palestinienne consacrée à Al-Dura (cliché de Palestinian Media Watch), avec une phrase en arabe traduite en hébreu


La phrase arabe et sa traduction en hébreu.


« Je vous fais signe de la main, non pas pour vous quitter, mais pour que vous vous joigniez à moi. Mohammed Al-Dura. »


Extrait télévisé montrant Bin Laden, un fusil à la main.


Yoram Shefer

Dans une cassette pour mobiliser des combattants, Oussama Bin Laden consacre une élégie à Al-Dura.


Bin Laden


Chaque passage de son incantation est suivi d'un message quasi subliminal: on entend une détonation et le nom de Mohammed répété comme un leitmotiv.

  • C'est en vain que s'est dissipé ton jeune âge
  • Que tout dirigeant qui abjure à tes yeux
  • qui ne prend part à la guerre,
  • soit une réprobation et une accusation (bis)
  • D'une distance de mille mots, il met en garde.
  • Oh, enfant, mort de la main des Juifs…


Daniel Pearl

Environ un an après l'affaire, des combattants d'Al-Qaida enlevèrent le journaliste américain Daniel Pearl. Ils le décapitèrent face à la caméra. Et tandis qu'ils l'exécutaient, était diffusée l'image de Mohammed Al-Dura.

Sur la cassette on entend Pearl répéter mécaniquement :

« Ma mère est Juive, mon père est Juif, je suis Juif, ma famille est pratiquante… »


Richard Landes


Prof. Richard Landes - site : The Second Draft


« Pour le monde occidental et surtout pour les Européens, [le présumé meurtre de l'enfant palestinien] était un ticket qui les exonérait des sentiments de culpabilité qui découlaient de la Shoah. Immédiatement, les accusations de meurtre et la possibilité de comparer les Israéliens aux nazis devinrent légitimes. Alors, eut lieu la manifestation dans Paris, au cours de laquelle, pour la première fois depuis la Shoah, la foule hurlait "Mort aux Juifs ! Mort à Israël !". Et il y a eu cette banderole géante représentant une étoile de David avec le signe égal devant une croix gammée, et la photo des Al-Dura [derrière le baril]. Et au-dessus, l'inscription : Ils tuent aussi les enfants. »



On remarque, sur le cliché de gauche, la photo des Al-Dura. À droite manifestation de Paris: ici, la place de la République


À gauche, zoom sur le cliché précédent: "Ils tuent aussi des enfants".

« Et il y a eu cette journaliste française extrêmement en vue [Catherine Nay, journaliste à Europe 1], qui a dit que cette image effaçait celle de l'enfant juif du Ghetto [de Varsovie]. »


À gauche, la célèbre photo de l'enfant juif, mains levées. À droite, le montage blasphématoire illustrant que Varsovie et Ramallah, Shoah et conflit palestino-israélien, c'est du pareil au même et que ceci équivaut à cela.

Yoram Shefer


En Israël, les réactions étaient confuses. Au début il y eut une expression de regret pour la mort de l'enfant Al-Dura. 


Conseil des ministres présidé par Ehud Barak - À droite, le Chef d'état-major qui parla trop vite...

« J'éprouve de la peine pour sa mort, mais en aucun cas je n'assume la responsabilité du tir contre l'enfant », déclare le Chef-d'état-major devant les ministres; et il ajoute un peu vite que l'enfant Mohammed Al-Dura, âgé de 12 ans, a bien été tué par un tir de Tsahal. »


Professeur Gaby Wayman, de l'université de Haifa


Professeur Gaby Weiman

« Je pense que Tsahal et les Israéliens en général, ont échoué dans l'affaire Al-Dura. Nous avons fait un certain nombre d'erreurs typiques dans la gestion des relations avec la presse. Premièrement, nous avons reconnu que nous l'avions fait, et nous vérifions ensuite. Il y a d'abord eu des excuses, et ensuite recherche d'éclaircissement. » 


Zvi Mazal, ancien ambassadeur d'Israël en Égypte


 


Zvi Mazal


« Le porte-parole de Tsahal ne connaît pas son travail, il ne fait pas son travail, et cela je l'ai vu durant toute l'Intifada. Mais le Ministère des Affaires étrangères a aussi sa part [de responsabilité] dans cette histoire. Et comme pour gérer des relations sérieuses avec la presse, il faut qu'il y ait une coordination entre Tsahal et le Ministère des Affaires étrangères, et que chacun sache faire son travail. Mais ici, nous avons complètement échoué. »


Yoram Shefer


Dans le vide qui s'est créé, arrive Nahum Shahaf, physicien et concepteur de fusées [???]: un simple civil. Il s'adresse, de sa propre initiative, au général commandant la région sud et lui propose de vérifier les faits de près. Le général donne son accord.


Nahum Shahaf, enquêteur de l'affaire Al-Dura. À droite une page de journal reprenant le début du commentaire d'Enderlin : "Il est 15 heures..."


Shahaf


« L'incident a commencé à 3 heures de l'après-midi. "Three o'clock in the afternoon", c'est comme je vous l'ai dit, l'incident commence. J'ai le témoignage du médecin selon lequel l'enfant mort est arrivé à l'hôpital avant midi. Intéressant ! L'incident, qui a été mis en scène avec préméditation, l'a été du début à la fin. Mohammed al-Dura n'a pas été atteint, son père non plus, ce fut tout simplement un spectacle pour les caméras. »


Yoram Shefer


Selon Shahaf, l'enfant qu'on a emmené au cimetière est un autre enfant, qui est mort ou a été tué dans des circonstances inconnues. Voici les photos que détient Shahaf. À droite, Al-Dura sur une photo de famille, à gauche photo de l'enfant mort à l'hôpital.


À gauche, l'enfant mort amené à l'hôpital avant midi, à droite, photo de famille de Mohammed

Il est difficile de trancher en faveur de la ressemblance ou de la dissemblance. Shahaf tire ses matériaux de toute source possible. Il effectue des vérifications d'angles des tirs.


Shahaf mesure la distance entre le cameraman et les Al-Dura, dont le rôle est tenu par des figurants.

Du fait qu'une partie des observations nécessaires à l'enquête n'ont pu être réalisées pour des raisons de sécurité… on se base sur le plan de l'endroit de l'incident. Comme on peut le voir sur le croquis, la position de Tsahal se trouve en diagonale par rapport à l'angle qui est derrière l'endroit où sont recroquevillés l'enfant et son père…. La position palestinienne se trouve à 90 degrés, à la perpendiculaire [il s'agit de la position qui figure, à gauche sur le cliché ci-dessous].


De gauche à droite : Position palestinienne (en rouge) - Le fût (en jaune) - Position palestinienne (en rouge) - La position israélienne (en bleu)


Shahaf


« Tout d'abord, nous avons un instant rare, durant lequel nous voyons un impact de balle au-dessus de la tête de l'enfant. Et nous voyons que s'est créé un nuage blanc dont le diamètre est de 30 centimètres comme l'indique le bloc qui a une hauteur de 20 centimètres. »


Texte : "Que peut-on conclure du nuage de poussière du coup de feu?"

Et nous voyons un autre projectile qui frappe au-dessus de la tête de l'enfant, et dont le diamètre [du nuage de fumée] est de trente centimètres. Et quand un soldat israélien, lors du même exercice de reconstitution de tir, auquel nous avons procédé, a effectué un tir direct dans le mur de parpaings, nous avons obtenu le même nuage de poussière d'un diamètre de quelque trente à trente-cinq centimètres.


Légende de la photo de gauche : "Test de tir perpendiculaire - nuages de 30 cm de diamètre"

Par contre, quand nous avons tiré sur le même mur de parpaings, mais en diagonale, ce qui correspond à la situation de la position israélienne, nous voyons que nous obtenons un nuage de poussière dont le diamètre est plus de cinq fois plus grand que le diamètre de poussière qui résulte d'un tir direct. » 


Légende photo de gauche "Test de tir en diagonale, caractéristique du nuage : 150 cm (4 à 5 x plus de volume, soit 100 x plus que dans un tir perpendiculaire)"



Croquis des impacts, vue en 3D du dessus du baril

Yoram Shefer
« Vous voulez dire que si les soldats de Tsahal avaient tiré sur l'enfant Al-Dura, nous aurions vu sur les images de l'événement sur place... nous aurions vu un grand nuage, alors qu'ici nous voyons un tout petit nuage ? »


Comparaison des deux types d'impacts : à gauche, tir en diagonale, à droite tir de face 

Shahaf
« Très petit. Regardons encore une fois...»

Yoram Shefer
« Ce qui prouve que ce que nous voyons n'était pas un tir de Tsahal. »

Shahaf :
« Exactement. »

Yoram Shefer

« L'endroit où se trouvent le père et son fils semble tout à fait sûr. Comme on va le voir tout de suite, pendant les échanges de tirs, d'autres gens se sont joints à eux. »


[Comme cet homme, ils sont filmés par le caméraman de l'AP. Ci-dessous, plusieurs instantanés d'arrêts sur image détaillant les mouvements d'approche d'un homme qui court vers l'endroit où le caméraman de Associated Press est tapi...]



Yoram Shefer
Ici on voit le caméraman de l'agence Reuters, juste derrière Mohammed Al-Dura.


À gauche, incrustation : Angle de vue du caméraman d'AP. À droite, désigné par une flèche : "Caméraman de l'agence Reuters"

Ici on voit la jambe de l'enfant.

 

Un autre homme rejoint l'abri improvisé, précisément quand les tirs sont censés provenir de la position israélienne.


[À gauche, on distingue, en gros plan, le trépied de caméra qui figure dans le petit film de France 2]. À droite, incrustation et flèche : "jambe de Mohammed"

Contrairement à Mohammed et à son père qui étaient protégés par un baril de béton, ces hommes supplémentaires étaient visibles de la position israélienne.


De sorte que s'il y avait eu tir avec intention de tuer, ces hommes eussent été les premiers atteints.


Dessin illustrant la situation topographique. Incrustation : "Ligne de feu de la position de Tsahal".


Yoram Shefer (s'adressant à Juffa) :
« Vous regardez les informations chaque jour. C'est votre métier. Qu'est-ce qui vous a amené à vous arrêter sur cette affaire et à la soumettre à une enquête approfondie ? »


Incrustation: "Stéphane Juffa Agence de Presse MENA"


S. Juffa 
« On nous a conseillé d'aller voir le matériau recueilli par le physicien Nahum Shahaf, à l'époque où il était à la tête de l'équipe de travail d'enquête sur ce sujet pour le compte de l'armée et par la suite. Et même là-dessus, au début je ne l'ai pas compris. Je n'ai pas compris ce qu'il m'a montré. Il m'a fallu trois visites chez lui pour que je commence à voir que quelque chose clochait. »


Yoram Shefer
 
Juffa veut parler de cette image [on voit l'image brouillée, censée montrer la salve fatale] sur laquelle, malgré le flou, on distingue les doigts du caméraman Talal faisant le signe 2. C'est le signe convenu de deuxième prise, c'est-à-dire qu'on filme à nouveau la même scène, ce qui a pour but de préparer un montage. 


Sur ces photos, on distingue nettement deux doigts, tout près de l'objectif, d'où le flou (Ces deux clichés se suivent sur les rushes)


S. Juffa
« Si on fait défiler le film de France 2 à vitesse lente, on voit la prise 2 [illustration ci-dessus], et je me suis demandé: qu'est-ce que c'est "prise 2" ? Nous avons questionné l'entourage de Talal Abu Rahma : qu'est-ce que c'est "prise 2" ? Et avec un sourire, ils nous ont dit que c'est un signe de victoire. Alors, on leur a demandé: un signal de victoire pour un enfant mort ? Quelle victoire avez-vous remportée ? Vous avez vaincu Tsahal ? »



Le V de la victoire ? Sur Tsahal ? questionne ironiquement Juffa

Yoram Shefer
L'enquête de Shahaf a été cause d'autres étonnements. Deux jours après l'incident, le caméraman Talal Abu Rahma fait une déposition sous serment [photos, ci-après] devant un notaire du nom de Rashi Sorani, à Gaza. Il y relate que l'enfant Al-Dura a été froidement assassiné et que l'événement a duré 45 minutes, durant lesquelles les soldats ne sont pas parvenus à massacrer le père et son fils.


À gauche, page de la déposition sous serment du cameraman de France 2, Talal Abu Rahma. À droite, vue partielle indiquant clairement qu'il a filmé durant 27 minutes.


Observons l'illustration des trous laissés dans le mur par les projectiles tirés. Contrairement à ce à quoi on aurait pu s'attendre d'après la description, par Talal, de rafales ininterrompues en direction du père et de son fils. De plus, les traces d'impacts sur le mur ne semblent pas différentes après que les deux aient été censés atteints.


Incrustation de gauche : "Carrefour de Netzaril, hier". En bas, à gauche, "Mabat" (coup d'oeil [sur l'information]); en bas à droite : "Photo : France 2"

Le journaliste français Daniel Leconte, qui a visionné les prises de vues, a fait remarquer que pour que les balles israéliennes atteignent le père et l'enfant, il aurait fallu qu'elles changent de direction durant leur course.


Texte anglais en haut de l'image : "Blessures impossibles à partir de la position de Tsahal". Au milieu, en hébreu: "fût de béton". Plus bas, à gauche, en hébreu: "emplacement du père et du fils". En bas à droite, en hébreu: "Angle de tir de la position de Tsahal".


Dans le même témoignage, Talal relate que le tir a été effectué dans la direction qui est en face du père et de son fils. Sauf qu'un examen de la topographie du carrefour montre que le poste de Tsahal se trouve en diagonale par rapport au père et à l'enfant, et non en face d'eux. La direction des trous dans le mur indique que les tirs provenaient de la position palestinienne, qui se trouve face au père et à son fils.


Texte hébreu, en haut :"Trou de la perforation en diagonale vers la gauche. On voit la paroi interne". À gauche, sous le dessin en coupe, "Illustration du trou [laissé par] l'entrée [du projectile provenant] d'une direction en diagonale, côté gauche". À droite sous la photo, "Aspect des trous dans le mur à Netzarim".



Incrustations : de gauche à droite : "Position palestinienne" (en rouge) - "Le fût" (en jaune) - "Position palestinienne" (en rouge) - "La position israélienne" (en bleu)


Au cours de l'enquête, le général commandant d'alors, Yom Tov Samiah, a remarqué que le cri : « L'enfant est mort » se fait entendre alors que, tout le monde s'accorde là-dessus, l'enfant vit encore. 


C'est sur ces images que l'on entend crier, en arabe : "Mat al-walad!". Traduit en hébreu, à l'écran


[À nouveau projection de l'extrait du film de France 2, jusqu'à la rafale prétendument fatale.]


Cependant on peut voir ici que, après sa mort supposée, l'enfant lève la tête et regarde la caméra. Ce signe de vie a été coupé au montage du reportage français. [Le passage du coup d'oeil de l'enfant à la caméra est projeté à nouveau, au ralenti et image par image.]


[Prises de vue, image par image, de l'instant où l'enfant semble regarder vers la caméra. Les sceptiques affirmeront que l'enfant se débat dans les affres de l'agonie.]


Mais l'analyse de ce passage après que l'enfant soit censé mort permet de découvrir des changements dans la position du corps, qui sont caractéristiques de quelqu'un de vivant. La comparaison des mouvements nous apprend que l'enfant bouge après sa mort présumée. »



[Illustration des changements de position par détourage en blanc]


Nahum Shafaf a pris contact, par téléphone, avec Jamal, le père, qui répéta que l'enfant était mort sur le coup. [Ci-après, extrait d'un échange téléphonique entre Shahaf et Jamal Al-Dura] :

Shahaf : « Il a bougé, il a bougé »

Jamal : « Qu'est-ce que [vous entendez par] il a bougé ?

Shahaf : « Il a bougé ».

Jamal : Il a bougé de l'endroit, Yaani [vraiment] ?

Shahaf : Yaani, parce que l'enfant était mort ? Il n'était pas mort. Il a bougé sans arrêt.

Jamal : Non, il est mort. Il est mort sur le coup.




Incrustation en haut des captures d'écran: "Représentation graphique des mouvements de l'enfant". En bas : quelques extraits de la conversation transcrite ci-dessus. 


Yoram Shefer
Shahaf contacta également le caméraman, Talal [Abu Rahma], et ils eurent de longues conversations téléphoniques. Et alors, se produisit quelque chose de surprenant.


En haut, incrustation : "Conversation téléphonique avec Talal, le caméraman qui a filmé l'événement". Sous-titre hébreu (Shahaf]: "Vous dites que vous êtes sûr que ce sont les soldats israéliens qui ont tué l'enfant" 

Shahaf : « Vous dites que vous êtes sûr que les soldats israéliens ont tué l'enfant.

Talal : Je ne dis pas que les soldats israéliens ont tué l'enfant !


Shahaf : Autrement dit, il nie ce que les Palestiniens ont dit, ce que les Israéliens ont dit. Toute l'Intifada armée qui est née des images de Mohammed Al-Dura, sont niées. Alors qu'est-ce que c'est que cette histoire ? À ce moment-là, toute mon enquête se termina. C'est la dernière ligne de l'enquête. »


Stéphane Juffa
« C'est une imitation grossière. Nous avons relevé des dizaines de choses qui n'auraient pu exister dans un reportage filmé authentique. »


L'animateur et réalisateur de l'émission: Yoram Schiffer


Yoram Shefer
Au cours d'une conversation avec Enderlin, le correspondant [de France 2] qui a diffusé les images pour la première fois, celui-ci donne une explication aux changements de position des pieds de l'enfant. Selon les dires de médecins auprès desquels il a pris conseil, ils sont caractéristiques d'une personne qui agonise. D'où, selon lui, il s'avère qu'il s'agit des derniers soubresauts de l'enfant avant sa mort. 

En outre, il est quelqu'un qui pense que les relevés balistiques et les mesures d'angles de tirs sont stériles, voire hypocrytes. 

[Le journaliste s'entretient avec Gideon Lévy]



Gideon Levy


Yoram Shefer
« Est-ce que Tsahal a tué Mohammed Al-Dura ? »

Gideon Levy
« Premièrement, je n'ai aucun doute sur le fait que Tsahal a tué cet enfant. Je ne l'ai jamais vérifié. Je me souviens seulement que ce n'est pas la question qui convient. Tsahal a tué 850 Al-Dura, et c'est pour moi la question terrible qui aurait dû résonner d'une extrémité du monde à l'autre. Ce sont 850 Mohammed Al-Dura que nous avons tués [2]. Aussi, toutes les questions sur les circonstances et l'angle de tir, que se posent ces gens à propos de [la mort de] Mohammed Al-Dura, cela m'émeut profondément de voir à quel point ils se soucient du sort d'un seul enfant palestinien. Vraiment, comme c'est touchant [de voir] des Juifs du monde entier, des Israéliens, des scientifiques, qui s'intéressent tellement au sort d'un seul enfant. »



Nahum Shahaf

Nahum Shahaf
« Gideon Levy dit que tout le monde est d'accord, que personne ne... [phrase laissée en suspens par Shahaf]. Je ne suis pas d'accord. Je dis : S'ils ont pu mettre en scène un événement comme celui de Al-Dura devant les caméras, ils n'ont aucun problème pour faire croire à d'autres affaires. »


Yoram Shefer
L'affirmation selon laquelle la partie palestinienne met en scène des blessures, découle de l'examen de films.


Voix de Richard Landes


« Mais attendez, il est censé être blessé du côté droit de sa jambe droite, probablement par une balle.


Et cependant, quand on le met sur une civière, on ne voit aucune trace de sang, de ce côté de sa jambe droite. Et alors, les infirmiers le déposent sur la partie supposée blessée ! Et ce sans signe de protestation du blessé lui-même. Se peut-il que la saynète ait été mise en scène ? Se peut-il que l'arrivée immédiate de l'ambulance ait fait l'objet d'un signal ? »


Incrustation dans le haut des images : "Voix de Richard Landes. Extrait du film "Pallywood". Les sous-titres en hébreu sont des extraits du commentaire ci-dessus


Professeur Wayman


Incrustation : Professeur Gaby Waiman, Université de Haïfa

« Au début, c'était un événement isolé, ce jour-là, au carrefour de Netzarim. Mais j'ai enquêté sur tout ce qui a été filmé, tout le matériau qu'on a reçu ce jour-là. Il y a eu beaucoup de mises en scènes médiatiques. Il y a des gens qui se sont fait passer pour blessés. Il y avait un blessé qui était dans une ambulance, et tout de suite après, il est apparu indemne. Il y avait un metteur en scène, un producteur et un caméraman. »


[Vu de loin, cet homme semble blessé...


Mais il suffit de s'approcher pour constater qu'il compose un numéro sur son portable. Un autre semble blessé, mais, comme le dit le professeur Wayman, on le retrouvera plus tard, parfaitement sain et actif...]


Voix de Richard Landes


« Un Palestinien armé tire dans une brèche du mur. Cela ressemble au moment de tension d'un combat de rue, maison par maison.


Des séquences filmées plus tôt nous permettent de regarder à l'intérieur de la brèche en question. Le combattant de rue discute avec ses camarades à l'intérieur de la pièce qu'il arrosera bientôt de balles.


Soudain, des ordres sont donnés de dégager les lieux.


Des hommes en uniformes militaires s'alignent [le long du mur] comme s'ils se mettaient à l'abri, mais de quoi ? Pas des tirs israéliens.



Et maintenant, le combattant de rue court en direction de la brèche du mur et tire. »...


[...dans la pièce vide et délabrée montrée plus haut...]



Gideon Levy (Haaretz)

Gideon Lévy
« Je crois que même Shahaf, qui joue les sceptiques, ne prétendra pas non plus maintenant que les 850 enfants se sont tous suicidés, ont été mis en scène, ou ont sauté d'un toit. Tout de même, vous savez, même l'absurdité a des limites. Les scepticismes aussi ont des limites de vraisemblance. »


Professeur Wayman

 


« Je pense que Gideon Lévy commet lui-même le péché qu'il dénonce. Même les reportages de Gideon Lévy ne reflètent pas toute la souffrance des Palestiniens. Lui aussi choisit : une photo, une famille, une victime, et il en fait un symbole. »

Yoram Shefer
Il faut noter qu'au fil des années, se sont fait entendre des arguments concernant les tendances politiques de ceux qui ont enquêté sur cette affaire, du fait de leur manque d'honnêteté professionnelle. Toutefois, nous allons voir le rapport d'un expert français indépendant, Jean-Claude Schlinger reconnu par les tribunaux français comme expert en analyses balistiques. [À l'écran, on voit son papier à en tête, avec son logo et ses titres : "expert en armes et munitions près la Cour d'Appel de Paris, agréé par la Cour de Cassation...").


À gauche, papier à en tête de l'expert. À droite, un extrait de son rapport.

« Si Jamal et Mohammed Al Doura ont été atteints par balles, les tirs ne pouvaient techniquement pas provenir du poste israélien, mais seulement du poste palestinien.

En tenant compte du contexte général et des nombreuses mises en scène que nous avons constatées sur l'ensemble des documents étudiés, aucun élément objectif ne nous permet de conclure que l'enfant a été tué… Il est donc sérieusement possible qu'il s'agisse d'une mise en scène. »


Yoram Shefer
Entre temps, l'affaire Al-Dura vit sa vie propre sur Internet. Face à l'absence de la communication du porte-parole de Tsahal et du Ministère des affaires étrangères de la scène de la hasbara, des personnes privées, Israéliens et Juifs de l'étranger, se lancèrent dans une opération de hasbara de leur cru.



Échantillons de publications consacrées à l'affaire sur Internet.


En réaction, la chaîne France 2 organise une conférence de presse en 2004. Cette fois, on voit le père, Jamal Al-Dura, et les blessures par balles que sont censés lui avoir infligées les soldats de Tsahal sont montrées à la caméra [de Talal Abu Rahma].


L'agence Ména, dirigée par Stéphane Juffa qui suit l'affaire depuis longtemps, doute de la vérité du reportage.


Une page du site de la Ména


Les enquêteurs de la Ména découvrent que, 8 ans avant l'incident du carrefour de Netzarim, Jamal Al-Dura a été attaqué par des Palestiniens à coups de couteau et de hache, et qu'il a reçu des soins en Israël.


À gauche imprimé d'hospitalisation, sur lequel on distingue le nom du patient: "Jamal Al-Dura", sa profession : "Ouvrier", et la date de son admission: "16.3.94". Sur l'imprimé de droite, on distingue :"à l'admission et entre (... ) Sauf le pouce"


Voici ce qu'en dit le médecin qui l'a soigné et l'a d'ailleurs sauvé de la paralysie:


Incrustation : "Dr Yehuda David. A opéré Jamal Al-Dura six ans avant l'incident"


« J'ai pris des tendons, que j'ai sectionnés des muscles de son pied gauche, et je les ai greffés sur le muscle de sa main droite, qui fonctionnait encore.


Il semble qu'il s'agisse du compte-rendu d'hospitalisation de l'hôpital Tel-Hashomer


Tout cela, bien sûr, laisse des cicatrices. Et apparemment, ces cicatrices, selon les images que montre Jamal Al-Dura comme des blessures résultant de tirs de soldats de Tsahal ne peuvent absolument pas être des blessures par balles.


Ce document semble être une lettre rendant compte de l'état du patient au terme de son hospitalisation.


Avant de prendre contact avec les médias, j'ai voulu être sûr de ne pas me tromper, j'ai pris conseil de gens qui s'y connaissent en chirurgie de la main et savent quelle apparence a une cicatrice, du fait qu'ils travaillent dans ce domaine depuis quelque 40 années, et tous sont d'accord avec moi : les cicatrices que montre Jamal Al-Dura comme étant des cicatrices de blessures par balles sont des cicatrices de coupures soit d'un scalpel, soit d'une arme du type hache ou couteau. »


Vue plus rapprochée de la main accidentée de Jamal Al-Dura


Visionnage des rushes au Palais de Justice de Paris (14 novembre 2007)



Incrustations, à gauche : "Paris, France, fin 2007". À droite : " Tribunal de Paris. 'Palais de Justice' "


À gauche : façade de l'Office national français de télévision - À droite :L'article reproché à Karsenty, sur son site Medias-Ratings


Yoram Shefer
En 2006, la chaîne française et son correspondant déposent plainte contre quatre citoyens français qui avaient accusé la chaîne et son journaliste, sur Internet, de tromperie de téléspectateurs, de manquements aux principes de l'éthique journalistique et d'inexactitude [dans l'exposé] des faits de l'affaire Al-Dura.


Entrée principale du Palais de Justice


Les quatre sont reconnus coupables de diffamation. L'un d'entre eux, Philippe Karsenty, fait appel. 


Le sous-titre donne une traduction en hébreu de la mention qui figure sur la plaque.

Le tribunal ordonne à la chaîne France 2 de présenter sans délai la totalité des rushes bruts qui ont été filmés au carrefour [de Netzarim], sans montage. L'affirmation d'Enderlin selon laquelle il a évité au public les  passages difficiles à visionner est sur le point d'être éclaircie.

Karsenty


Incrustation : "Philippe Karsenty accusé d'avoir diffamé Enderlin". Sous-titre: "Nous affrontons France 2, qui est une chaine appartenant à l'État"

« La vérité, c'est que nous avons affaire à France 2, qui est une chaîne nationale française, et ils ne peuvent admettre qu'ils ont fraudé, mais ils ont commis un grand mensonge. Aussi peut-être ne verrons-nous pas la vérité - l'enregistrement des 27 minutes, peut-être verrons nous une autre vidéo, peut-être quelques images extraites de la vidéo de 27 minutes.»

Yoram Shefer
La tension monte devant la salle d'audience. Tandis que la juge examine les rushes, une altercation éclate entre les partisans et les opposants de Charles Enderlin.


Texte hébreu : "Et je le dis clairement..."

Un journaliste juif, partisan d'Enderlin, provoque une altercation. Il crie :"Je n'ai pas peur, j'ai mes preuves et je le dis clairement".

- Son antagoniste : "Vous n'avez pas à me parler comme ça !" (bis).

Un gendarme intervient, d'une voix d'abord modérée mais menaçante :




« Si vous continuez comme ça, il n'y aura rien du tout. La présidente on va faire évacuer tout le monde… » (Brouhaha)... (Il hurle:) « Laissez-moi finir ! Vous êtes d'une impolitesse incroyable... »


Fin de l'audience. Charles Enderlin sort de la salle. Il dit quelques mots (inaudibles) à quelqu'un et s'en va. À l'écran, on voit la foule qui quitte le Palais de Justice.

L'avocat Gilles William Goldnadel, Président de l'association France-Israël, est très entouré. Des gens qui n'ont pu entrer dans la salle d'audience lui posent des questions :


Incrustation, en haut de chaque photo : "L'avocat Goldnadel Alliance France-Israël". Sous-titres en hébreu, de gauche à droite :

À gauche : "Abu Rahma [le caméraman] a dit qu'il a filmé durant 27 minutes". À droite: "Nous n'avons vu que 18 minutes"


De gauche à droite: "Enderlin n'avait aucune explication [à donner], sauf qu'il a affirmé qu'Abu Rahma, était, semble-t-il, choqué (quand il a déclaré [avoir filmé] 27 minutes)


À gauche, question: "Est-ce qu'il y a quoi que ce soit dans les photos, qui témoigne que l'enfant vit ou qu'il est mort?". À droite, réponse de Goldnadel: "Impossible de dire avec certitude qu'il est mort. C'est clair."

Intégralité des échanges :

Goldnadel
- Abu Rahma [le caméraman] a dit qu'il avait filmé 27 minutes, nous n'avons vu que 18 minutes. Enderlin n'a donné aucune explication. Il dit que Talal Abu Rahma a dû être en état de choc (quand il a affirmé sous serment qu'il avait filmé durant 27 minutes).

Question d'un journaliste
- Est-ce qu'il y a des choses, dans l'image, qui attestent que le gamin serait vivant ou mort ? Une des deux théories.

Goldnadel
- On peut, on peut, on ne peut pas affirmer qu'il est mort…

Journaliste
- On peut affirmer qu'il est vivant ?

Godnadel
- Il bouge. Il bouge.


Interview d'Esther Shapira



À gauche, le Professeur Richard Landes, qui tient le micro. À droite :La réalisatrice Esther Shapira. Incrustation : "... qu'il a filmé durant six minutes le père et le fils qui étaient assis là.


Yoram Shefer


Esther Shapira, correspondante de la chaîne allemande ARD, qui a réalisé, dans le passé, un long reportage d'enquête sur le sujet, est aussi venue au procès.


Esther Shapira

« Talal Abu Rahma m'a dit quand je l'ai interviewé, qu'il avait filmé durant six minutes le père et son fils assis là, six minutes sur 45 minutes de tirs. Il a dit qu'il avait filmé beaucoup plus durant la même journée, mais qu'il a filmé, durant six minutes, le père et l'enfant. Par ailleurs, ce que nous avons vu aujourd'hui est plus que ce que nous avions vu dans le passé, ou du moins ce que moi j'avais vu, à savoir, si je ne me trompe, une minute et 8 secondes selon mes calculs. Je sais qu'on parle jusqu'à aujourd'hui de 52 secondes, mais c'est encore très loin de six minutes. En tout cas, une chose est sûre, l'un d'eux [Abu Rahma ou Enderlin] ment, si ce n'est les deux, mais il est impossible que l'un et l'autre nous disent la vérité. Maintenant, si Talal [le caméraman] ment – ce qui semble logique, si nous nous basons sur ce que France 2 a montré aujourd'hui, donc si Talal ment, cela veut dire que le témoin-clé de cette affaire, le seul témoin en fait, est un menteur. »

[On projette à nouveau les images finales de la fusillade.]

 
Professeur Wayman


« L'information (hasbara) officielle, tant celle de l'armée que celle de l'État [inaudible] n'est pas venue à bout [restitué par conjecture] de l'affaire Al-Dura, elle ne l'a pas découverte, ne s'est pas préparée à cette guerre. Nous avons perdu une guerre dans laquelle nous ne sommes pas engagés. Et tant les amis, les collègues, que les personnes privées qui ont mené cette guerre, l'ont fait comme s'il s'agissait d'une campagne individuelle. On ne peut gagner une guerre comme celle-ci quand on est seul. »

 
Nahum Shahaf


« Je ne crois pas à la culture du mensonge et je pense qu'une fois pour toutes, nous devons réfuter une calomnie aussi meurtrière immédiatement, dès qu'arrivera une information de l'Autorité palestinienne, d'autres journalistes, qu'ils soient israéliens ou d'ailleurs dans le monde devront se demander si c'est exact ou s'il s'agit d'un mensonge. Par ma recheche, j'ai poussé des gens à se poser des questions. »


Images finales







Générique


Spin ou symbole
Mise en scène et montage : Yoram Schiffer
Enquête : Avital Ben Moshe
Caméraman : Simon Pomin
Prise de son : Yossi Ashkenazi
Éclairage : Erez Eliav,
Menashe Moualam
Bruitage [?]: Yoram Schiffer

----------------------

Présentateur de l'émission 
Et maintenant voici une réaction de France 2 et de Charles Enderlin, telle que l'a transmise Louise Sportas, avocate, qui les représente en Israël :


« Le reportage diffusé le 30 octobre [en fait, septembre] 2000 constitue un document sur les événements auxquels a assisté le caméraman Talal Abu Rahman au carrefour de Netzarim, et nous sommes fondés à repousser toute affirmation selon laquelle il s'agit d'événements mis en scène. Mais on ne peut leur imputer la responsabilité de l'usage qu'en ont fait des organisations diverses, dont des organisations terroristes. France deux fait encore savoir qu'elle est ouverte à la perspective d'une enquête indépendante et à une exhumation de l'enfant pour réaliser une analyse pathologique. »

Réaction du porte-parole de Tsahal




« À la suite de l'incident une enquête a été diligentée et ses résultats jettent un doute sérieux sur le fait qu'un tir de Tsahal aurait atteint l'enfant, mais il n'est pas possible de décider de manière indubitable des circonstances de la mort de l'enfant.

Tsahal affirme qu'il n'est pas partie prenante dans le jugement, qu'il a demandé tout le matériau brut [rushes], les 27 minutes qui ont été filmées à l'époque de l'incident, pour compléter la vérification, mais qu'il n'a pas reçu de réponse jusqu'ici. »


Débat avec intervenants et invités


Présentateur de l'émission
« Maintenant, nous avons fait appel à trois personnes : le député Israël Hasson, de Jérusalem, Daniel Seaman, ancien directeur du Bureau de presse du Gouvernement – toujours en poste -, et l'avocat Jawad Bouloud, à Haifa. »



Incrustation : "Député Israël Hasson. Ancien directeur adjoint du contre-espionnage israélien"



Incrustation : "Daniel Seaman. Directeur du Service de Presse gouvernemental"


Incrustation : "Avocat Jawad Boulous" 


« Bonsoir. Jawad Bouloud, à Haifa, vous êtes avocat. Sur base des faits que vous avez vus ici dans ce reportage, vous n'avez pas la conviction que l'enfant a été tué, n'a pas été tué par les soldats de Tsahal ? » 

Jawad Bouloud

« Pas du tout. Premièrement, je n'ai vu aucun fait, j'ai vu des conjectures, des constructions, des suppositions et une tentative, à mon avis stupéfiante et révoltante. [Je parle de] plusieurs expressions entendues ici, que seul un occupant sadique peut formuler pour accuser de mise en scène et de mensonge un père qui aurait prémédité amener son enfant [en cet endroit] ? Et vraiment que l'enfant soit mort ou vive encore dans telles ou telles circonstances, je pense, mes amis, que ce qui est en question ici à propos d'un symbole, ou d'un spin, cette histoire, ce mythe que vous essayez d'appeler Al-Dura, ce n'est pas Al-Dura, le mythe est : est-ce que vraiment Israël peut ne pas être présenté non comme la victime, non comme le faible, mais bien plutôt comme le malfaisant qui tue des enfants. Je suis d'accord avec d'autres intervenants qui ont dit ce n'est pas l'histoire, le moment [le présentateur essaie de ramener l'intervenant au sujet ; celui-ci se fâche]… Je vous en prie, je voudrais terminer, une seconde… le moment… »

Le présentateur
« Oui, mais ce sont les Palestiniens qui ont fait un mythe de Al-Dura, pas Israël. »

L'avocat palestinien
« ...le moment suscite des doutes… le moment quand Israël… il y a 110 morts aujourd'hui à Gaza et parmi eux des dizaines d'enfants; [alors], le moment choisi mérite qu'on lui accorder beaucoup de sens par rapport à cette affaire. La signification [qui se dégage de] toute cette enquête… »

Le présentateur
« OK. »

Jawad Bouloud
« Ce qu'a dit monsieur Nahum Shahaf, nous devons rejeter la fiabilité de ce reportage sur place et faire en sorte que nous soit rendu ce monopole [d'être la victime]… »

Le présentateur »
« OK. »

Jawad Bouloud
« Seuls les Juifs, seuls les Israéliens… »

Le présentateur
« OK. OK. »

Jawad Bouloud
« …peuvent être victimes. Nous, [Israéliens, estiment-ils], ne pouvons être des assassins. »

Le présentateur
« OK. Daniel Seaman, pourquoi Israël a-t-il reconnu sa responsabilité dans la mort de l'enfant, d'emblée. »


Seaman

« [Étant donné] les circonstances de ce jour, l'information, ou au moins celui qui en a pris la responsabilité - un général de brigade de Tsahal - a fondé sa position sur la base des images de la télévision française… »

Le présentateur
« [Vous voulez parler de] Giora Eiland... »

Seaman
« Oui, Giora Eiland. Car il n'y avait pas de raison de ne pas y croire. En effet, Charles Enderlin était un réserviste apprécié de l'unité du porte-parole de Tsahal, et il a piloté et entraîné de nombreux personnels de Tsahal, aussi, ils n'avaient pas de raisons de croire que le reportage n'était pas vrai. L'armée, la société israélienne n'étaient pas au courant de l'importance du problème des mises en scène, de la tentative de faire de la manipulation médiatique, qui existait dans les territoires, et était le fait de journalistes palestiniens. Et les médias internationaux ont fermé les yeux sur ce phénomène. »

Présentateur
« Alors, quels faits avez-vous que nous n'avons pas encore vus dans le reportage, malgré le grand nombre de faits que nous avons détaillés ici? Quels faits connaissez-vous? Par exemple, autopsie, ou quelque chose d'autre. »

Seaman
« D'abord, toutes les preuves ne sont pas de notre fait, comme le reportage l'a prouvé ou le rapporte, mais elles sont le fait de personnes privées. Je regarde cela sous un autre angle. L'angle d'un fonctionnaire de l'État, qui s'occupe des médias. Les médias ont des choses élémentaires dont ils s'occupent ou des lois fondamentales, les normes reçues dans la presse internationale… »

Présentateur
« Qu'est-ce qui n'a pas été fait ici ? »

Seaman
« Et ici, je pose cette simple question : Est-ce que, quand on a accusé l'État d'Israël du meurtre d'un enfant, la télévision française a fondé [cette accusation] sur quelque chose, sur des faits, quels qu'ils soient ? Charles Enderlin n'était pas sur place; quant aux images, celui qui les a prises est bien connu comme étant un homme à propos duquel nous avons assez de preuves qu'il a mis des choses en scène. Est-ce qu'il y a des preuves de ces images. Est-ce qu'ils ont filmé des soldats en train de tirer ? Est-ce qu'on voit l'enfant être touché ? Est-ce qu[‘on voit que] l'enfant est mort dans l'émission [diffusée] ? La réponse à ces questions est simple : Non. Ils n'ont aucune preuve. C'est pourquoi la question élémentaire est : sur quelle base a-t-on accusé l'État d'Israël ? »

Présentateur
« Vous connaissez une enquête dans laquelle on voit l'enfant mort à l'hôpital et dont la blessure par balle est examinée ? »

Seaman
« Je connais les photos dont la télévision française a affirmé que ce sont [celles de] l'enfant. Sur ces photos on voit quelqu'un qui est opéré du ventre, et le ventre montre la trace d'une 'sortie' de balle. Si c'est le cas, les photos prouvent que le tir ne provenait pas de la direction de Tsahal. Mais, de mon point de vue, ce n'est pas le problème. Le problème est simple : est-ce que la télévision française a respecté soigneusement les normes élémentaires?… »

Présentateur
« C'est clair… »

Seaman
« …et la réponse est négative. »

Présentateur
« Mais Shahaf affirme que l'enfant n'est pas mort du tout. »

Seaman
« Je ne vous suis pas là-dessus. Cela ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse c'est l'État d'Israël. On a accusé l'État d'Israël d'avoir assassiné un enfant. Je demande : sur quel fondement ? Est-ce que la télévision française a scrupuleusement respecté les principes des journalistes agréés ? La réponse est non. »

Présentateur
« Voilà. Israël Hasson, à Jérusalem : y a-t-il eu mise en scène ou non ? Vous êtes un ancien des services secrets. »

Hasson
« Collègues, je dois vous dire que la manière dont on mène l'enquête ici, je n'ai jamais vu un tel "Rashomon" [1]). Aucune des deux parties n'a la possibilité de prendre une décision factuelle. Venir dire il y a un peu de vrai chez l'un et chez l'autre, je rappelle que nous traitons des événements d'octobre. Il n'a pas été fait d'autopsie, on n'a pas procédé à des vérifications élémentaires qui constituent vraiment des preuves factuelles. De ce fait toute preuve, ou toute affirmation peut être exacte. Je peux vous dire que si l'affirmation selon laquelle cette affaire a été mise en scène, et que l'État d'Israël n'a pas mis en œuvre des moyens extrêmement simples pour prouver qu'il [l'enfant] est vivant, c'est un dysfonctionnement plus grand que tous ceux que j'ai eu à connaître jusqu'à maintenant, de l'aspect médiatique de l'affaire. Et je dois avouer sans détour que je connais le journaliste Charles, et que je l'apprécie en tant que professionnel très très honnête (bis), aussi, ces affirmations, la tentative de bâtir je ne sais quelles théories ne sont pas fondées sur des faits, d'où qu'elles viennent, soit dit en passant. Que ce soit l'affirmation qu'Israël a tué, ou que quelqu'un d'autre a tué, ou qu'il est mort, ou qu'il n'est pas mort, à mon avis, c'est tout simplement un "Rashomon". Vous savez, je ne suis pas certain que ceux qui enquêtent aujourd'hui sur ce sujet et le montrent ne font pas, d'une certaine manière, plus de tort que de bien. »

Présentateur
« Le fait qu'on le mette à nouveau à l'ordre du jour ? »

Hasson
« On essaie de discuter d'une chose qui est devenue un symbole, d'accrocher à cela toutes les accusations terribles qui ont été formulées contre nous depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui… »

Présentateur
« Non pas toutes, mais ce cas spécifique-là qui, aujourd'hui, est examiné en France, et c'est pourquoi il est à l'ordre du jour. Il est impossible de le cacher. »

Hasson
« On provoque ça (bis). Et je vous dis franchement, en toute droiture professionnelle, moi, je n'aurais pas été capable de formuler un jugement dans un sens ou dans un autre. Et je conseillerais à quiconque accuse Israël, de faire machine arrière, et à quiconque accuse d'autres facteurs, qu'il fasse machine arrière. Il n'y a pas, selon moi, de possibilité de prouver, de manière sérieuse et professionnelle, quoi que ce soit dans cette affaire, sur la base des éléments que vous avez montrés ici. »

Présentateur
« Jawad Bouloud, à Haifa, vous voyez: quelqu'un qui est d'accord avec l'idée que les choses ne sont pas claires. Vous êtes aussi d'accord sur le fait que vous non plus ne pouvez pas prouver que l'enfant à été tué par Tsahal. »

Jawad Bouloud
« J'ai dit que, dans ce que vous avez présenté ici il n'y a vraiment rien. En tant qu'avocat, je peux contredire chaque passage qui a été présenté comme preuve ici, comme le fait que l'enfant est vivant. Qui peut décider que le centième de seconde [où il bouge] n'est pas un soubresaut d'agonie de l'enfant? Qui peut décider toutes ces histoires d'examen balistique, qui mieux qu'un avocat, et bien sûr des militaires. »

Présentateur
« Alors, les Palestiniens non plus ne peuvent pas prouver que l'enfant a été tué par Tsahal, n'est-ce pas ? »

Jawad Bouloud
« Quoi ? »

Présentateur
« Les Palestiniens non plus ne peuvent pas prouver que l'enfant a été tué par Tsahal. »

Jawad Bouloud
« La question est sans objet selon moi. Ce qui compte, c'est que cette personne est morte au cours d'un événement dans lequel les soldats de Tsahal étaient impliqués. Et je veux à nouveau souligner… »

[Le présentateur tente d'interrompre l'avocat, qui se met à parler comme une mitrailleuse]

Jawad Bouloud
« … Et excusez-moi de ce que je ne suis pas d'accord pour focaliser cette chose-là. Il y a eu des tentatives aussi dans le passé quand on a écrit, par exemple, sur l'affaire ou le massacre de Tantur, de l'historien Dany Katz… »

Présentateur
« N'abordons pas cela maintenant. Israël Hasson veut dire quelque chose. [À Hasson] Je vous en prie… »

Jawad Bouloud
« Il y a une tentative qui revient sans cesse, à chaque fois que quelqu'un veut prouver que les occupants, les soldats… »

Présentateur
« C'est clair, c'est clair… Israël Hasson, s'il vous plaît »

Hasson
« Jawad, à mon avis, vous non plus ne tomberez pas de votre chaise si l'on vous dit qu'une très grande part de ce que nous appellerons, disons, la propagande palestinienne ou dans le monde arabe, une partie non négligeable de celle-ci est de la mise en scène. Vous ne tomberez pas de votre chaise. Vous savez qu'il y a eu beaucoup de phénomènes comme ceux-là, vous savez qu'ils se produisent. Quand on traite de ce sujet, de ce sujet spécifique, je ne peux venir dire… Et mieux, vous ne pouvez décider, je ne peux pas décider, vous ne pouvez pas dire une chose est comme ci, une chose est comme ça. Mais s'il s'avère que l'État d'Israël peut prouver, avec une relative facilité, que cette affaire a été mise en scène ou non, ou que Mohammed Al-Dura est vivant, ou n'est plus en vie, elle peut le prouver très facilement. Si elle ne l'a pas fait, elle a commis une faute. »

Présentateur, s'adressant à Seaman
« OK. Alors si c'est comme ça, pourquoi l'État d'Israël n'enquête-t-il pas sur cette affaire et ne demande-t-il pas tous les moyens [pour le faire] ? »

Seaman
« Peut-être qu'il va le faire maintenant, la chose est très complexe. »

Présentateur
« Ce n'est pas de votre ressort ? »

Seaman
« Non, à mon grand regret. Ma position sur ce point est claire. Je pense qu'il y a quelque chose qui dépasse l'histoire et le symbole. Il y a ici le phénomène des mises en scène de l'accusation de l'État d'Israël. C'est une part du combat stratégique contre l'État d'Israël, du fait que les Palestiniens savent - et les Arabes aussi, y compris le Hezbollah - qu'il n'est pas possible de vaincre Israël sur le champ de bataille, la nécessité de créer toutes ces déformations médiatiques pour gagner l'opinion publique mondiale est devenue pour eux une arme stratégique pour lier les mains de l'État d'Israël. »

Présentateur
« OK. Merci à vous, merci à vous trois. C'est la fin de cette émission sur l'affaire Al-Dura. »

© IBA Reshout ha Shidour (Direction de la diffusion]

-----------------------------------

Notes du traducteur

[1] Levy emploie à deux reprises ce terme dans ses propos, au cours de l'émission traduite ici. Il semble qu'il fasse allusion au célèbre film "Rashomon", du metteur en scène Kurosawa. Le passage suivant, emprunté à un site de critique cinématographique, rend clair le sens de cette référence : "Lorsque l'on [regarde] un film, on prend souvent pour acquis que les images qui s'y retrouvent suite au montage correspondent à la réalité de l'histoire qui nous est racontée. Au cinéma, l'image ne ment pas: c'est cette croyance de base qui permet au spectateur de ne pas se perdre dans un labyrinthe de suppositions et de contradictions inextricables lorsqu'il [regarde] un film. Or, ce même spectateur écarte, par le fait même, la nature fort souvent subjective de ces images qui épousent parfois le point de vue d'un personnage ou d'un narrateur. Dans cet infini débat sur les caractéristiques et les exceptions de la réalité filmique, Rashomon fait figure de monument de recherche dont une analyse scientifique des subtilités s'avère une tâche presque impossible à mener à terme. Avec Rashomon, Kurosawa fait continuellement mentir ses images et donne au spectateur l'un des rôles-clé de son scénario, celui du juge ayant à distinguer le vrai du faux dans toute cette histoire […] Ce qui a vraiment eu lieu dans cette forêt restera à jamais un mystère, car même la perspective qui peut nous sembler définitive est voilée par le mensonge et la subjectivité." (Sur le site Panorama-Cinema). 

[2] Gideon Levy est coutumier de ce genre d'outrances. Voir, entre autres spécimens de cette littérature systématiquement philopalestinienne et anti-israélienne, ce bref extrait d'un de ses articles, paru dans Haaretz, en septembre 2007 : "Mais il est indifférent pour l'armée israélienne que ses victimes puissent être des enfants - il est un fait qu'elle ouvre le feu sur des silhouettes suspectes à ses yeux, tout en sachant - selon ses propres dires - qu'il peut s'agir d'enfants. Oui, les enfants de Gaza s'attroupent près des Qassam. C'est à peu près la seule chose qu'ils aient dans leur vie. C'est leur parc d'attractions à eux..." (Traduction française sur le site Info-Palestine.net, sous le titre "Enfants de guerre").  

-----------------------------------

[Ma reconnaissance va au Dr Giora Hod, responsable du département de chirurgie vasculaire à l'hôpital Wolfson, de Holon, et vigilant observateur de l'actualité, qui m'a indiqué l'existence de cette émission et a bien voulu corriger ou préciser la signification de quelques mots que j'avais mal compris ou mal traduits.]