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Post-sionisme
Guerre entre Juifs

A propos du procès en diffamation, intenté par J. Weisz à l’écrivain G. Millière et à Primo-Europe
07/02/2008

On le sait, j’ai pris l’initiative de soutenir mon ami, l’écrivain Guy Millière, par fidélité d’abord, mais aussi parce que j’ai été convaincu par son texte, que j’ai d’ailleurs mis en ligne [*]. Des responsables de Primo, mis en cause directement, m’ont interpellé pour déplorer que je ne donne qu’une version unilatérale des griefs sans faire la moindre allusion à la position de Primo. Je leur en donne acte et ce qui suit vise à fournir à nos internautes une vue plus large des échanges, parfois amers qui ont précédé l’audience récente devant la 17e chambre correctionnelle de Paris. L’un des responsables de Primo me reproche de me joindre à une "campagne anti-Primo" - dont j’ignorais tout -, laquelle, précise-t-il, est "en train de détruire une des très rares associations françaises qui défendent Israël". Je tiens donc à dire ici, sans ambiguïté, que mon soutien à mon ami Millière n’a rien d’une offensive hostile à Primo-Europe, dont j’ai dit, à plusieurs reprises, tout le bien que je pensais de la qualité de son action et surtout de l’excellence de ses interviewes. A mon grand regret, la confusion est telle autour de cette affaire, que quiconque la prend en marche pourrait croire qu’il s’agit d’un procès qui oppose Primo et Guy Millière. Cette situation est infiniment regrettable et, pour ma part, je ne souhaite rien tant que de la voir se pacifier, si c’est possible. Primo est une association valeureuse, et il n’est pas question de la saboter. Par ailleurs, Guy Millière est un penseur et un écrivain dont l’élévation morale, la droiture et le courage sont connus de tous ceux qui ne lui font pas de procès d’intention. Primo affirme défendre Israël: c’est incontestable. Mais Millière est le plus valeureux des non-Juifs à faire de même, et il est à nos côtés dans tous les combats que mène notre peuple contre ceux qui le diffament et ceux qui veulent le détruire. On ne peut pas me demander de choisir entre l’un et l’autre. En attendant que se dissipent les ondes délétères de cette polémique nuisible, et que les plaies qu’elle a causées se cicatrisent, je ne vois pas de meilleure contribution à proposer, dans l’immédiat, que ce dossier, qui n’est certainement pas complet, mais qui expose des positions contrastées et devrait - du moins je l’espère - contribuer à aider nos internautes à mieux comprendre les positions antagonistes et à nuancer leurs jugements à l’endroit de l’une ou l’autre parties. Et que la paix revienne entre gens qui luttent pour les mêmes causes, même s’ils se déchirent comme on le fait, hélas, dans beaucoup d’excellentes familles, sans cesser pour autant de s’aimer, ou du moins de s’apprécier. (Menahem Macina).

* Guy Millière, "Un certain nombre de choses précises sur l’affaire qui m’oppose à Johan Weisz, et sur Primo-Europe".

Dossier

Compte-rendu d’audience

 

http://www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=Ch-164470333

 

Ce 22 janvier 2008, Pierre Lefebvre, Président de Primo et Guy Millière comparaissaient devant la 17e chambre correctionnelle pour injures et diffamation, suite à la plainte de Johan Weisz.

Johan Weisz, auteur avec Cécilia Gabizon, du livre « OPA sur les juifs de France » a porté plainte du chef de diffamation publique envers un particulier ; injure publique envers un particulier.

L’audience a commencé par un bref interrogatoire de Monsieur LEFEBVRE en sa qualité de directeur de la publication.

Le président du tribunal a demandé quelques explications relatives au contexte et tout d’abord ce que signifiait le nom du site "Primo Europe". Monsieur Lefebvre a répondu qu’il s’agissait d’un acronyme « Pour une Réflexion sur l’information sur le Moyen-Orient ».

La vie statutaire de l’association ainsi que les motivations des bénévoles qui consacrent leur temps à l’association ont été ensuite décrites par Pierre Lefebvre.

Celui-ci, en réponse à la question posée par son propre avocat, Me Gyslain DI CARO, a confirmé avoir bien lu le texte incriminé.

Ce fut ensuite le tour de Guy MILLIERE. Il a expliqué son parcours, son statut de professeur d’université.

Sur le texte examiné par la cour, il s’en est suivi une certaine confusion. En effet, contre toute attente, Monsieur MILLIERE, dans ses conclusions adressées au tribunal, aura décidé de faire volte-face, indiquant émettre toute réserve quant aux propos publiés.

Devant l’insistance du Président à voir ce point éclairci, Monsieur MILLIERE a indiqué, sans équivoque, qu’il était bien l’auteur de l’article dans sa totalité, ce dont le Tribunal a pris acte.

La partie civile ainsi que ses avocats, Me Patrick KLUGMAN et Me Michaël GHNASSIA, se sont ensuite exprimés, reprenant point par point les termes litigieux de l’article, et saluèrent la qualité du livre de leur client et de son travail d’enquête.

A l’issue de leur plaidoirie, Me Klugman a réclamé que soient condamnés Pierre Lefebvre et Guy Millière.

Le procureur, dans son réquisitoire, a estimé que les infractions étaient constituées et a donc sollicité du tribunal qu’il entre en voie de condamnation.

Puis Me DI CARO, avocat de Pierre Lefebvre, prit la parole et commença sa plaidoirie en rappelant un contexte, c’est-à-dire un premier article critique de Monsieur Jacques TARNERO du livre « OPA sur les juifs de France », paru sur Primo, puis l’entretien en réponse de Johan WEISZ où celui-ci met directement en cause Guy MILLIERE, et enfin la réaction de ce dernier.

Par ailleurs, Me DI CARO a salué la volonté de Monsieur MILLIERE de répondre, en intellectuel, aux critiques de Monsieur WEISZ, et a fait valoir qu’il était regrettable que, de son coté, Monsieur WEISZ ait préféré la voie contentieuse, compte tenu du fait que les colonnes de Primo lui demeuraient ouvertes.

L’avocat évoqua encore l’émulsion (sic!) qui régnait à l’époque au sein de Primo, qui avait alors bien vite été envahi de mails et d’appels téléphoniques en tout genre, de personnes se disant blessées par les propos tenus lors de ces différents échanges et qui exigeaient, menaçants, des explications.

De surcroît, pour lever toute ambiguïté sur ce point, Me DI CARO précisa qu’il existait une réelle convergence de points de vues entre Primo et Millière s’agissant stricto sensu des thèses contenues dans l’ouvrage de Monsieur Weisz, tout en semblant se montrer plus réservé quant à l’usage de certains termes employés dans l’article incriminé.

Me DI CARO a enfin invoqué la bonne foi de Monsieur LEFEBVRE, lequel n’était alors animé, dit-il, d’aucun sentiment de vindicte ou d’animosité vis-à-vis de quiconque et dont le dessein était uniquement de permettre aux protagonistes de s’exprimer sur un sujet aussi polémique.

Pour finir, la collaboratrice de Me GOLDNADEL, intervenant en faveur de Monsieur MILLIERE a contesté la qualification pénale des faits et a fait valoir, d’une part la bonne foi de son client, et d’autre part la provocation dont ce dernier a, dit-elle, été la cible.

L’avocate a par ailleurs contesté l’existence du moindre préjudice de la partie civile qui, affirme-t-elle, n’en a pas rapporté la preuve comme cela lui incombait.

Le jugement a été mis en délibéré au 5 mars 2008.

 

© Primo, 23 janvier 2006

 

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Communiqué de Primo

http://www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=Ch-209774465

Johan Weisz, co-auteur d’un livre « OPA sur les Juifs de France » a porté plainte contre Guy Millière, auteur d’un article réactif, et contre Primo pour l’avoir mis en ligne.

Le sujet traité par ce livre aurait mérité une réflexion plus approfondie, surtout dans un tel contexte national et international.

Nous pouvons comprendre que, sur la forme, certains des propos tenus par Monsieur Millière ont pu être sincèrement considérés par Johan Weisz comme insultants. Nous pouvons comprendre que ces propos, relayés par Primo, ont pu blesser Johan Weisz. Telle n’était pas notre intention.

Nous savons, pour l’avoir nous-même expérimentée, la souffrance que peut générer une accusation, voire une calomnie. C’est pour cela que nous avons offert aux deux protagonistes la possibilité d’échanger leurs points de vues.

Quoi qu’il en soit Primo adresse ses sincères regrets à Johan Weisz et veillera, dans la suite de ce débat, à continuer de privilégier le contenu, tout en se montrant vigilant quant à la forme du propos.

Nous restons toujours ouverts aux débats de fond.

Nous sommes donc prêts, pour cela, à prêter nos colonnes à Johan Weisz pour une discussion équitable et apaisée et nous nous engageons à laisser de côté les invectives qui n’apportent jamais rien de bon au débat d’idées.

Primo, le 22 janvier 2008

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Repentance (info # 010303/7) [Analyse] Par Guy Millière

 

© Metula News Agency

Premier épisode. Scène vue à Paris, au mois de novembre 2006. Un salon du livre. Un auteur, venu pour signer sa production, se fait apostropher par diverses personnes indignées. L’une de ces personnes est mon épouse. L’auteur en question s’appelle Cécilia Gabizon. Elle est venue pour un ouvrage intitulé « OPA sur les juifs de France ». Sa thèse est qu’Israël a besoin d’habitants supplémentaires et est prêt à tout pour les attirer, notamment en instrumentalisant la peur des Juifs de France et en utilisant l’argument de l’antisémitisme dans l’Hexagone, y compris en s’appuyant sur de sales types d’extrême-droite, racistes, et j’en passe. Mon épouse interpelle Cécilia Gabizon, parce que je suis justement l’un des sales types dénoncés dans l’ouvrage. Elle explique à Gabizon que son livre est malveillant et diffamatoire, lui déclarant que, malgré la certitude qu’il y avait largement matière à le faire, je n’ai pas porté plainte. Gabizon répond humblement qu’elle est de bonne foi, qu’elle va faire son possible pour remédier à la situation. Elle a co-écrit le livre avec Johann Weisz qui, lui, n’est pas venu.

Second épisode. Février 2007. Je suis convoqué par la police pour enquête, suite à une plainte pour diffamation et injure publique déposée par Cécilia Gabizon (qui remédie de cette façon à la situation ?) et par Weisz. Mes crimes ? Avoir dit que les procédés utilisés par Weisz, consistant à se présenter à des gens sous de faux prétextes et à leur prêter ensuite des propos qu’ils n’ont jamais tenus, ne relèvent pas du journalisme, mais peut-être d’une autre profession que je ne puis absolument pas nommer ici car la police de la pensée veille. Weisz et Gabizon semblent penser, au contraire, que de tels procédés constituent une excellente méthode journalistique et que je porte atteinte à leur respectabilité. Dont acte.

Ils m’accusent d’avoir soutenu qu’ils faisaient le jeu de l’antisémitisme. J’ai effectivement déclaré que le fait de dénoncer des collusions de Juifs avec des sales types d’extrême-droite peut inciter à penser que les Juifs en question ne sont pas irréprochables. Dont acte encore. Je dois m’être trompé : un Juif qu’on nomme et qu’on présente comme manipulateur ayant, de surplus, des liens troubles avec de sales types d’extrême-droite, ne risque absolument pas, en France actuellement, de se trouver en butte à des menées antisémites. Evidence absolue !

La France d’aujourd’hui considère comme de la probité intellectuelle d’accuser un auteur comme moi, dont on connaît les idées libérales, l’amitié pour Israël et les Etats-Unis, et le combat contre l’antisémitisme, d’être un sale type d’extrême-droite. Dont acte toujours. Le libéralisme est d’extrême-droite, chacun le sait, et John Locke, en écrivant sa Lettre sur la tolérance était assurément un fasciste !

Si l’on continue sur cette lancée, Israël et les Etats-Unis sont des pays aux mains de la pire extrême-droite, et Condi Rice ou Ehud Olmert ont de quoi faire peur, à la différence du sympathique Ahmadinejad. La lutte contre l’antisémitisme est elle-même considérée comme d’extrême-droite, car, comme chacun le sait, celle-ci a bâti sa réputation en luttant farouchement et sans répit contre l’antisémitisme ! Mêler des propos déformés à des citations extraites d’un quotidien proche du Front National serait donc le comble de l’honnêteté. Si Gabizon et Weisz travaillaient outre-Atlantique, ils auraient pu obtenir le prix Pulitzer !

A la sortie du livre, je n’ai pas porté plainte, donc. J’estimais que la police et la justice ont mieux à faire que de s’occuper de délits d’opinions et de propos, fussent-ils gravement diffamatoires. Je préfère laisser l’idée d’exercer une police de la pensée à d’autres et user de la liberté de parole pour y répondre. Weisz et Gabizon semblent juger, eux, que le rôle de la police et de la justice consiste à détruire tout discours critique, pamphlétaire, et de placer des gens comme eux au-dessus de toute réfutation et débat intellectuel. Je ne doute plus que c’est moi qui ai tort et qu’ils ont raison. Il doit y avoir une seule pensée dans la France d’aujourd’hui, la Vraie, l’Authentique ! Il doit exister un droit de dénoncer, de déformer et d’amalgamer si c’est pour la bonne cause. Et il importe de restreindre davantage encore ce qui reste de la liberté de parole, voire de la supprimer, ce qui correspond à une attitude démocratique et pluraliste bien connue.

J’ai reçu, après la publication d’ « OPA sur les juifs de France », une nouvelle bordée d’insultes antisémites et de menaces, mais je comprends maintenant que c’était uniquement le fruit du hasard. J’avais porté plainte autrefois pour des menaces de mort, mais la procédure s’est enlisée. Cette fois-ci, je n’ai même pas demandé de protection policière : les sales types d’extrême-droite que dénoncent de courageux journalistes français ne méritent pas d’être protégés, je le savais d’avance.

J’ai vu des éditeurs qui me prenaient pour un sale type après la publication d’« OPA sur les juifs de France ». Certes, ils avaient entendu parler du livre, mais assurément, son contenu ne les avait absolument pas influencés, et c’est une stricte coïncidence s’ils pensaient que j’étais proche du Front National : strictement personne ne les avait induits en erreur ; c’était une idée spontanée, selon toutes les apparences.

Alors je fais publiquement repentance avant de risquer de me voir infliger une lourde amende. Gabizon et Weisz sont, je l’affirme, un exemple glorieux pour tous les jeunes journalistes français. Tous devraient procéder comme eux. Leur style approche du génie. La vérité qui se dégage de leur livre mériterait qu’on jette sous leurs pas des pétales de roses.

Les jeunes journalistes français juifs, surtout, devraient prendre exemple sur eux : sans des gens aussi nobles, notre pays aurait pu céder à un « complot juif » (sic) destiné à déstabiliser la France et ourdi par l’Etat d’Israël et son antenne secrète l’Agence juive ! Mais grâce à des gens aussi nobles que Cécilia Gabizon et Johann Weisz, l’antisémitisme est en net recul en France, toutes les données disponibles le prouvent. Et si des gens comme moi, qui ne suis pas juif, se font traiter de « suppôts des Juifs » ou de sale type, si on leur dit, en les insultant, qu’on a lu « Offre publique d’achat sur les juifs de France », ce n’est qu’une simple coïncidence…

Je serais directeur de publication, j’engagerais immédiatement Weisz et Gabizon : des gens de cette trempe, on n’en rencontre pas tous les jours. Je regrette vivement que personne n’ait déjà eu l’idée de leur proposer des postes dignes de leurs qualités.

Et je fais repentance, oh oui ! C’est la moindre des choses en attendant le moment où je devrai répondre de mes crimes abominables devant le tribunal.

Promis, je le dis : Cécilia Gabizon est le plus radieux des rayons de soleil. Johann Weisz est un grand leader incapable de se tromper. Sa pensée illumine mon esprit de pauvre ver de terre. Pour mieux faire repentance, je vais conseiller « Offre publique d’achat sur les juifs de France » autour de moi. Sa lecture devrait être obligatoire. Qu’on l’impose à l’école ! Et j’envisage, au titre de preuve de ma bonne volonté, de dénoncer aux autorités ceux qui auraient la malhonnêteté de ne pas l’avoir encore lu.


Post Scriptum : Par charité pour ceux qui n’auraient pas le temps de le lire, je résume ici quelques passages du livre, afin qu’ils comprennent que c’est néanmoins leur devoir de s’imprégner de sa substantifique moelle.

- Des intellectuels juifs font « cause commune » avec des « recrues de l’extrême-droite » pour « fustiger la France antisémite et pro-arabe ».

- Il existe une « rencontre flagrante » entre « le sionisme et les techniques directes de marketing », les juifs sont des « clients » qu’il faut « séduire ».

- Il existe, dit le titre d’un chapitre, une «aubaine de la haine » (quelle aubaine d’être détesté, en effet !).

- « Beaucoup de juifs » ont « délaissé les valeurs de tolérance » et, « par milliers », ils ont « sombré dans les amalgames racistes ».

- « De nombreux leaders communautaires s’avèrent prêts à fermer les yeux sur le radicalisme de droite ».

- Des auteurs d’extrême droite participent au « salon du livre du Bnai Brith France », et un « responsable de communication du Bnai Brith » se révèle acquis à un procès mental paranoïde fait à la presse et aux médias et il laisse passer « une coulée de rage et d’amertume ».

- J’ai été (moi, Guy Millière) embarqué dans une aventure d’ « union avec le Front national » et je suis en faveur d’une « recomposition de l’extrême-droite » (je ne le savais pas, j’en apprends tous les jours).

- Pierre-André Taguieff et Jacques Tarnero sont des suppôts de « l’extrême droite ». Roger Cukierman, lui, incarne « une ligne populiste » qui lui vaut le « mépris de l’intelligentsia ».

- Le grand rabbin Sitruk incarne un « intégrisme religieux » et la relance des « tribunaux rabbiniques ».

- France 2 redoute les manœuvres du « petit noyau d’individus qui la harcèle », parmi lesquels l’ « exalté » Serge Farnel.

- Il existe autour de nous « une nébuleuse de sites extrémistes juifs et d’extrême-droite », et une presse juive « démagogique » qui ose parler de « meurtre antisémite à Paris », sous le prétexte qu’un juif aurait été assassiné par un musulman parce qu’il était juif.

- Raphaël Lellouche est un malade : il a osé déduire du fait qu’un homme portant un keffieh rue des Rosiers et dénonçant « la colonisation en Palestine » est « un militant actif de la cause palestinienne ».

- « Une certaine frange de la jeunesse juive s’emporte »… lorsqu’elle se sent en position de force et ne rate pas « l’occasion d’agressions au faciès contre les Maghrébins sur les Champs-Élysées ».

- Dans une certaine ville, « tous les dimanches, les adolescents juifs se réunissent sur la grande place, discutent, et s’en prennent parfois aux jeunes de banlieue qui auraient le tort de passer par là ».

Je pourrais ajouter d’autres passages mais je préfère m’arrêter là. Pour une raison que j’ignore et qui n’a strictement rien à voir avec le livre, je le jure à la police de la pensée, je sens en moi monter une irrépressible envie de vomir.

 

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Interview de Johan Weisz, co-auteur de [lire : "avec"] Josiane Sberro

http://www.primo-europe.org/selection.php?numdoc=In-88012747  

Récemment, la sortie d’un simple ouvrage d’enquête s’est vue accompagnée [sic] d’un battage exemplaire de la presse. Sept pages dans Le Point, six dans Marianne, une succession d’articles de la MENA. S’agirait-il d’une affaire d’Etat ? Non. Tout simplement de : "OPA sur les juifs de France, enquête sur un exode programmé 2000-2005", de Cecilia Gabizon, reporter au Figaro, et Johan Weisz, journaliste à Radio Shalom et Proche-Orient Info (Grasset).

Des personnalités mises en cause dans l’ouvrage et se sentant outragées par la teneur de certains articles ont aussitôt réagi avec vigueur. (lire les réactions).

Primo-Europe, fidèle à ses engagements de libérer la parole, a ouvert ses pages à cette manifestation de colère. Johan Weisz, co-auteur de l’ouvrage, nous a contactés. Il tenait à nous démontrer que son livre subissait des attaques injustifiées.

Rendez-vous a donc été pris avec Johan Weisz pour une longue interview corrigée et approuvée par son auteur.

Pour permettre à nos lecteurs de se faire une idée plus équilibrée, nous avons contacté tous les responsables officiels des instances objets de cette enquête, et leur avons demandé leur point de vue d’acteurs directs. Leurs réactions feront l’objet d’une parution séparée.


PE: Johan Weisz, bonjour. Vous avez contacté Primo après la parution sur notre site de deux articles critiques de votre enquête. Nous vous avons proposé d’expliciter votre démarche intellectuelle. Et vous nous avez aussitôt répondu positivement. Dans un premier temps, pourquoi avoir choisi ce titre ?

JW: J’ai écrit "OPA sur les Juifs de France". Cela représente deux ans et demi de travail. C’est un livre de reportage. Ce n’est pas un livre à thèse. C’est un carnet de route de cinq ans de vie de la communauté juive de France. C’est un livre qui voulait poser la question de l’Alya. Quand Ariel Sharon, en Juillet 2004, apparaît sur toutes les télévisons en France pour dire aux Juifs : "Votre pays ce n’est pas la France, c’est Israël, venez immédiatement", cela a été perçu comme une OPA, en France en tous cas ! Les Français se sont simplement demandé pourquoi on voulait leur dérober "leurs" Juifs.

Nous sommes donc allés voir quel était l’organisme, l’Agence Juive, censé encourager l’Alya des Juifs du monde, de la diaspora et des Juifs de France, et qui [l’Agence Juive] est "censée" œuvrer pour la réussite de votre Alya.

Nous sommes allés voir les nouveaux immigrants en Israël ; voir comment se passe leur vie là-bas ; puis nous avons enquêté et découvert le pourcentage de ceux qui reviennent. C’est un chiffre jalousement gardé : 30% à 40% des nouveaux immigrants s’en retournent vivre en France dans les cinq années qui suivent leur départ.

PE: Quant à l’affirmation d’Ariel Sharon, il nous faut préciser que sa présentation en est erronée : Ariel Sharon ne s’est jamais adressé aux Juifs de France; il était aux Etats-Unis, invité d’instances juives inquiètes de la montée de l’antisémitisme en France. Sa réponse fut simple: "si les Juifs de France ont des problèmes d’antisémitisme, Israël les attend". « OPA sur les Juifs de France », vous avez choisi votre titre, on ne vous l’a pas imposé ?

JW: Bien sûr ! Je crois qu’un auteur, à un moment donné, travaille avec son éditeur. Nous sommes deux auteurs. Le livre est un produit de Cecilia Gabizon et Johan Weisz; nous avons travaillé main dans la main avec l’éditeur. "OPA sur les Juifs de France" est un titre qui me plaît pour trois raisons.

D’abord, c’est qu’effectivement l’opération de l’Agence Juive sur les Juifs de France est, quoi qu’on dise, une opération unilatérale, vis-à-vis de la France tout du moins !

Ensuite, c’est la conjonction historique de l’antisémitisme, qui est très fort en France à cette époque-là – et qui l’est toujours -, de la volonté d’action de l’Agence Juive qui est très active à partir de 2004, et de l’action de certains responsables communautaires et de militants dans les communautés ou hors communauté, de cercles très à droite. Tout cela a eu un impact. Il ya eu une d’OPA intellectuelle sur la manière de penser, de voir le monde, d’une partie des Juifs de France.

Enfin, remarquons que si le titre choque aujourd’hui, dans les années 1980, Schmuel Trigano écrivait un article titré « Non à l’OPA sur le judaïsme !», et personne ne s’en émouvait ! Certes, aujourd’hui, le contexte a changé. Mais ce qui est important pour moi dans le choix d’un titre, c’est qu’il choque et qu’il casse des réflexes automatiques. Il y a eu pas mal de réflexes automatiques avec la sortie de ce livre, souvent fondés sur le titre, ce qui prouve que ce ne sont que des réflexes automatiques. J’attends une pensée autonome.

PE: Titre choc ou idée préconçue quand vous parlez d’OPA sur les Juifs ? 250 000 jeunes diplômés quittent la France tous les ans pour un avenir meilleur. 3000 Juifs (hommes, femmes, enfants) vont faire leur Alya dans l’année, et cela donne lieu à ce concept analytique. La divergence d’approche est telle que l’on ne peut éviter de s’en étonner, voire de s’en émouvoir. Et si l’on y ajoute les réactions dans la presse.

JW: Le magazine Le Point a effectivement fait 7 pages sur le livre, avec des extraits des bonnes feuilles ; Marianne a fait aussi 6 pages, avec essentiellement des extraits des bonnes pages. Que des journalistes chevronnés comme Joseph Macé-Scaron, ancien du Figaro, ou Emilie Lanez au Point reconnaissent la qualité du travail journalistique, c’est bien ! J’attends que Tribune Juive et Actualité Juive fassent de même, car c’est un débat qui intéresse autant la communauté française que la communauté juive.

PE: Les journaux ont publié les bonnes pages; mais quand, sur la couverture de Marianne, journal souvent vendu pour ses couvertures, on découvre, en titres énormes, "l’OPA et la collusion des Juifs avec l’ultra droite", il y a de quoi être outré. Comment se fait-il que l’on ait pu utiliser votre livre pour enfermer tous les Juifs de France dans cet immonde magma ? Erreur de parcours, volonté de nuire, comment cela a-t-il été possible ?

JW: Parlons du fond, c’est ce qui doit nous intéresser. Il y a une volonté d’OPA d’une partie de l’extrême droite sur la communauté juive. Simples exemples : Sur le site de Primo-Europe, on invite à des conférences d’Alexandre del Valle, et aujourd’hui, en une, de Guy Millière. Je ne suis pas là pour juger, je suis là pour donner l’information. Je constate une permanence de la présence de personnalités de la droite extrême dans certains cercles communautaires. C’est un constat factuel. Pas un jugement. A chacun de trancher à partir des faits.

PE: Sur Primo, del Valle ou Guy Millière hier, et vous aujourd’hui, Johan Weisz. Nous n’avons aucune exclusive quand il s’agit de donner la parole en dehors des extrêmes et des idéologies toutes faites. Primo n’est pas un site communautaire, faut-il le rappeler ? Nous sommes de toutes obédiences, de toutes croyances, de toutes sensibilités politiques. C’est une question de respect de la liberté d’expression.

JW: Très bien. C’est votre choix. Souvenez-vous de la critique que vous portiez aux altermondialistes qui défilaient côte à côte avec des militants de l’islamisme politique. Vous leur disiez de faire le ménage dans leurs rangs ! Eux répondaient notamment en invoquant la liberté d’expression.

PE: Vous voyez que vous êtes dans l’exclusion et l’exclusive.

JW: Revenons au chapitre IV de mon livre, il est important. Je rappelle que la 11e chambre de la Cour d’Appel de Paris a jugé qu’Alexandre del Valle a "fréquenté tour à tour les milieux royalistes légitimistes, les milieux intégristes catholiques, les milieux de la droite païenne antisémite, ceux de la droite radicale, ceux du Grece et de la Nouvelle droite, les milieux fascistes identitaires européens".

PE: La vie d’Alexandre del Valle nous importe peu. Ce qui nous importe c’est le contenu des ses livres. Et sur le sujet qui est le sien il est d’un apport incontournable.

JW: Dans les dernières années qui ont été des années troubles, certains dans la communauté ont accueilli avec plaisir des conférenciers non juifs (et ils étaient rares !) qui partageaient les mêmes thèses qu’eux. Or, certains de ces conférenciers venaient de la droite extrême et ont pu, du coup, trouver un public acquis à leur cause. En quelque sorte, la communauté juive leur a donné une audience et un crédit. Je pose cette question : la communauté juive doit-elle aller chercher ses appuis dans la droite extrême ?

PE: De quel pseudo appui parlez-vous ? Tout juif est un citoyen français, libre des ses choix... Vos propos relèvent de la méprise et de la globalisation primaires. Effet d’annonce de Marianne et instrumentalisation. Un certain comique peut donner un spectacle des plus sectaires au Zenith sans soulever une ligne de dérision. L’annonce d’une conférence suffit à vous faire frémir !

JW: Quand il y a des collusions étranges entre les altermondialistes et des islamistes antisémites, je l’écris, je fais mon métier de journaliste. Quand Marianne reprend un extrait de mon livre dans lequel je dis "que des militants de la droite extrême sont accueillis à bras ouverts dans ces cercles de la communauté juive", Marianne prend ce chapitre, c’est tout à son honneur, car, du point de vue factuel, c’est un chapitre irréprochable.

PE: Allez-vous comprendre que les Juifs concernés par votre OPA, à Sarcelles, ont bien d’autres soucis, de nos jours, que l’adhésion à une idéologie ? Les Juifs de votre OPA ont des questions vitales : comment par exemple, des Noirs proches voisins et amis, sont soudainement devenus si violemment antisémites ? Antisémitisme de compensation.

JW: Oui. Je crois tout de même que les enjeux dont nous parlons sont éminemment politiques. Or, quand on fait de la politique, il faut avoir en tête à qui on parle. Quel est l’objectif de la personne avec qui je m’allie et quel est mon objectif à long terme ? Les combats politiques de la communauté juive sont-ils les mêmes que ceux d’intellectuels qui prônent – c’est le cas de Guy Millière -, de marcher dans les pas d’Alain Sanders, du journal catholique intégriste Présent. Mon livre est là pour vous donner les éléments du problème.

PE: Revenons à votre livre. Votre enquête a débuté en 2000. Vous avez tenté de comprendre comment l’Agence Juive avait surfé sur la vague de peur. Or, l’année 2000 c’est l’affaire Al Dur’ha et la deuxième Intifada.

JW: Oui et non. Il y a une conjonction historique. La France connaît un violent antisémitisme qui se poursuit. Au même moment, en Israël, les chiffres de l’Alya sont au plus bas. Cessons de réfléchir avec angélisme. L’Agence Juive est certes un organisme sioniste. Ce qui permet son existence, c’est qu’elle produit de l’Alya, sinon elle met les clés sous la porte et tous les fonctionnaires de l’Agence se retrouvent au chômage, on pourrait l’imager en disant : "L’Agence, dont les soutiens financiers se fragilisent, a pour contrainte existentielle de créer de l’Alya, et faute de résultats significatifs ses dirigeants se retrouveront au guichet de l’ANPE !".

L’Agence Juive constate que les réservoirs d’immigration juive, en ex-URSS ou en Ethiopie sont épuisés. Par contre, les Juifs de France apparaissent en difficulté.

L’erreur que va faire l’Agence Juive en montant l’opération Sarcelles d’abord, c’est qu’elle va raisonner pour les Juifs de France en terme d’Alya de secours, de sauvetage "rescue Alya". Ils vont monter un plan en envoyant des délégués, avec des listes des membres de la communauté juive ils vont faire du porte à porte. Cela va se révéler être un échec, car même s’il y a un antisémitisme terrible en France, les Juifs ne montent pas en Israël pour cela.

PE: Si l’Alya s’arrête, les envoyés de l’Agence juive vont pointer à l’ANPE ; conception originale mais erronée ! Ce sont des fonctionnaires de l’Etat d’Israël, ils rentreront au pays pour mettre leurs compétences au service d’autres causes.

JW: C’était une image. Mais l’Agence Juive est une organisation dont le seul but est de produire de l’Alya. 50% de son budget est financé par des donateurs américains. Eux raisonnent en termes d’investisseurs. S’il n’y a pas d’Alya, pourquoi donner 150 millions de dollars par an à l’Agence Juive ? Et sans ces financements, l’Agence Juive fermerait ses portes !

PE: Mais l’Agence Juive disparaît d’elle-même quand elle n’a plus de raison d’être. Dans les pays arabes sa mission est terminée avec la disparition des Juifs.

JW: En 2004, le but escompté par l’Agence était de faire immigrer 30 000 Juifs de France. Seuls 2415 Juifs ont émigré. L’Agence Juive se rend ensuite compte de son erreur d’appréciation. Une Task force est créée et constate que la logique d’Alya de secours était inadaptée et va passer d’une méthode de "rescue alya" à une "alya by choice". Les businessmen de cette Task force font appel à des consultants d’IBM Business Consulting Services, rémunérés 300 000 dollars par an pour produire une étude marketing, sur deux communautés : celle de France et des Etats-Unis. Marketing, positionnement, quelles catégories de Juifs en France ? Quoi proposer aux Juifs de France pour "vendre" le produit Israël. Ces mots ne sont pas une invention de ma part, ce sont simplement les mots employés aujourd’hui par les dirigeants de l’Agence…

PE: N’y a-t-il pas inversion du problème ? Pourquoi l’Agence Juive s’active-t-elle à certains moments de l’histoire des communautés ? Il y a quinze ans seulement, en France, l’Agence juive avait même fermé ses locaux de la rue Fortuny. Pourquoi ?

JW: Dans ce livre à aucun moment nous ne disons "c’est bien" ou "c’est mal". Nous décrivons l’état des lieux sans jugement. Dans les séminaires des dirigeants de l’Agence, on découpe les communautés juives en tranches de camemberts et on discute sur des diagrammes de positionnement pour répondre à la question "Comment vendre Israël ?".

Parmi les dirigeants historiques de l’Agence Juive, les sionistes socialistes, ce procédé a choqué au départ, mais ensuite ils ont bien dû l’accepter.

On parle aussi de sionisme dans ce livre. Force est de constater qu’aujourd’hui, dans le camembert de l’identité juive en diaspora, la part israélienne de l’identité juive est plus importante qu’hier.

PE: Pourquoi ?

JW: Le leader sioniste Ahad ha’am voyait en Israël un centre culturel et "national-spirituel" pour le judaïsme auprès duquel la diaspora périphérique vient s’y ressourcer. Mon sentiment est que l’on va vers cela.

PE: Pourquoi depuis 2000 l’identité juive a-t-elle pris une forte connotation israélienne ?

JW: Elle n’est pas devenue plus israélienne ; elle est devenue plus active pour la défense politique d’Israël. Là, nous arrivons au problème des médias communautaires qui fonctionnent en miroir. Aujourd’hui, la communauté juive est crispée sur des mots. Par exemple quand on entend "colon" sur France info, on n’est pas content. On réagit typiquement en disant "on n’est pas d’accord avec ces gens-là !". On tente, après coup, de légitimer la crispation ; mais en entendant "colon" on va dire : "ces gens-là ont un parti pris contre Israël !"

Je pense qu’à un moment donné, il faut penser par soi-même et ne pas se crisper. L’autodérision a toujours été la force du peuple juif. Il nous manque dans la communauté juive une autonomie de la pensée. C’est-à-dire penser par soi-même et non penser contre. A utiliser 90% de notre intelligence à lutter contre, on oublie juste qui on est.

PE: Si je n’accepte pas le mot "colon", ce n’est pas par crispation mais par simple raison sémantique. Un colon vit sur une terre d’appartenance désignée. Le roi de Jordanie, après Septembre Noir, a abandonné à Israël la Cisjordanie, et l’Egypte a "oublié" Gaza dans le giron d’Israël après avoir récupéré le Sinaï. Ces terres sont en fait libres de droit. Que les occupants juifs de ces régions doivent céder la place à un peuple naissant est un fait, mais le terme "colons" est impropre. Donc inacceptable !

JW: C’est une vérité historique, mais ce terme est passé dans les usages.

PE: C’est cet état de fait que je refuse.

JW: Evidemment que chaque mot a un sens. Mais parle-t-on ici de l’essentiel ? Vous allez me reprendre, moi Johan Weisz sur Radio Shalom, parce que j’utilise parfois le mot "colon" et j’ai peut-être mes raisons aussi. Vous allez par contre écouter avec émerveillement tel ou tel évangéliste américain qui ne va refuser le mot "colon" parce qu’il est "pro-israël mais qui est, par ailleurs, un antisémite notoire.

On peut aussi parler des rabbins et de leur rôle. On s’intéresse dans le livre aussi bien aux Juifs de France, qu’aux francophones en Israël. On se dirige vers une sorte de franco-israéliens, avec des rabbins qui ont un grand succès en Israël. Ils organisent des week-ends, des repas, des regroupements et séminaires. Ils ont été actifs dans l’Alya des Juifs de France vers les territoires.

PE: Là, j’accepte d’entendre parler de marketing. Ne vaut-il pas mieux que ce soit l’Agence Juive peuplée de fonctionnaires d’un Etat démocratique qui se charge de l’Alya, plutôt que de laisser ce rôle à l’idéologie et à certains rabbins ?

JW: Les dirigeants de l’Agence Juive sont élus par le Congrès Sioniste. Mais ça n’a pas empêché l’Agence d’encourager jusqu’en 2004 les installations de familles françaises à Gaza.

PE: C’était la politique du moment d’un Etat organisé. Avec le repli ce ne sera plus possible.

JW: C’est vrai. Il y a un discours sur les Arabes, chez certains Juifs de France ou de francophones en Israël, qui m’a beaucoup étonné. Si l’on remplaçait le terme "arabe" par "Juif" dans la même phrase, leurs auteurs eux-mêmes crieraient à l’antisémitsime !

PE: Où habitez-vous, Johan ? Vous êtes à l’image de tous les Parisiens. Il faut venir en banlieue pour comprendre l’exaspération.

JW: J’habite dans le centre de Paris, à deux pas de la rue des Rosiers. J’ai beaucoup de chance d’habiter dans ce quartier magique. Maintenant, encore une fois, je ne juge rien. Quand un rabbin répète dans des cassettes enregistrées – c’est donc un discours assumé - : "Avec les arabes, ou tu cognes, ou tu te fais cogner. Y’a pas de kavod à faire à un arabe. Ou bien il est sous tes pieds, ou bien tu es sous les siens. (…) Sarah, l’épouse d’Abraham, veut nous faire comprendre quelque chose : Attention à l’Arabe!"… et bien je m’étonne qu’on me tombe dessus parce que je retranscris des propos assumés et répétés à l’envie… plutôt qu’on ne vienne demander des éclaircissements à ce rabbin très apprécié chez les francophones en Israël.

PE: Vous parlez dans le livre d’un malaise au sein des institutions juives et du CRIF. Vous en concluez la création du groupe AMI pour aider à l’émigration francophone. Vous les mettez sur le même plan. Or le CRIF n’a rien à voir avec l’émigration. Il n’a pas à s’en mêler de près ou de loin.

JW: Il y a une sorte de compétition entre les instances communautaires pour conquérir l’assentiment de la communauté. Il y a un flou. Nous sommes allés voir les responsables, les institutionnels et les anonymes. Nous avons interviewé 250 personnes, du simple individu au ministre, en France comme en Israël, pour écrire ce livre.

On sent que les Juifs se demandent quelle carte jouer. Celle du lobby par exemple, choisie par les patrons de l’UPJF qui s’alignent derrière Nicolas Sarkozy ; de l’autre côté il y a la carte républicaine. Alors que la France va vers une société des communautés, cette interrogation est dans toutes les têtes des gens que nous avons rencontrés.

PE: Ce partage de la France des communautés nous est imposé de l’extérieur.

JW: Luc Rozensweig qui est un ancien journaliste, nous insulte sans avoir pris la peine d’ouvrir notre livre. Quel sérieux ! Quel souci de l’intelligence ! Simplement parce que Marianne a publié un chapitre de notre livre. Pourquoi se braquer quand on parle de Marianne ? Chacun a son avis sur la presse, mais se représenter un canard qui a soutenu à bout de bras les accords de Genève comme un tissu d’immondices, c’est un peu fort de café.

PE: A cause de l’usage de titres accrocheurs qui ne reflètent pas toujours le contenu des articles.

JW: Nous essayons dans ce livre avec des mots simples de mettre la réalité à la portée de tous. Nous aurions pu l’appeler "les Juifs pour les nuls". Au-delà des reportages, on apporte la contextualisation. Expliquer Théodore Hertzl, abolir les fantasmes qui concernent le lien avec Israël, la double fidélité. Ce livre fait exploser les préjugés. Voilà comment ça fonctionne ; si madame Cohen veut acheter un appartement à Ashdod, qu’elle le fasse. Que l’on comprenne enfin que ce lien à Israël est ancré dans la vie juive. Dans le contexte de mondialisation d’aujourd’hui, pourquoi empêcher un juif d’aimer deux pays ? Ceux qui avaient des fantasmes sans lire le livre les garderont. Et ceux qui liront le livre y verront plus clair.

Un dernier mot : Sur le blog du livre, blogoptimist.com nous ouvrons le débat. N’hésitez pas à nous faire part de vos remarques, coups de gueules, récits vécus.

Propos recueillis par Josiane Sberro pour Primo-Europe ©

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Réactions à l’interview de Johan Weisz

http://www.primo-europe.org/showdocs.php?rub=6.php&numdoc=Do-140026631

mai 2006

A la sortie du livre OPA sur les juifs de France, les titres de la presse laissent supposer l’arrivée d’une tornade : "Le livre qui sème la division" (Le Point) "OPA sur les naïfs de France" (La MENA), "l’Alya mentale" de Pierre-André Taguieff et le cri de colère de Jacques Tarnero. Apres avoir lu le livre et longuement écouté l’un des auteurs Johan Weisz (lire son interview par Josiane Sberro), Primo-Europe tente d’aller plus loin.

Nous pensions entendre Johan Weisz nous démontrer que l’Agence Juive de France avait un projet cynique de vider le pays de ses Juifs. Nous avons assisté à l’énumération d’une collection d’arguments éthérés, scolaires, mal ingérés. Des convictions affirmées sans aucune démonstration, avec une assurance désarmante. Péché de jeunesse pourrait-on dire, si le fait d’accéder à la parole publique de nos jours était moins sujet à conséquences comme nous l’a prouvé la triste affaire Halimi.

Malgré l’insistance de nos questions, nous avons perçu un monologue d’auto-persuasion : les Juifs de France non contents d’être de simples objets de consommation pour l’Agence Juive ("l’Agence Juive produit de l’Alya"), sont phagocytés par une droite des plus extrêmes. "Il y a eu une OPA intellectuelle sur la manière de penser (...) d’une partie des Juifs de France". Monsieur Weisz s’exclut de ce collectif et tient à nous le faire comprendre ; il est et reste de gauche, mais encore ?

Les statistiques des immigrants quittant Israël "sont jalousement gardées" affirme-t-il. Agence Juive et action secrète nous y sommes. Tout est trouble et pervers dans cette institution. D’autant plus que pour atteindre ses objectifs en France, cette agence crée une Task force, à l’image de Tsahal conquérant. Dit en anglais le terme est bien plus convaincant car moins bien compris.

Primo-Europe baptisé organe communautaire pour l’occasion, (ce qui fera plaisir à l’ensemble de ses membres hors communauté), en est un reflet typique.

Est prise à témoin une conférence de Guy Millière annoncée le jour même sur notre site, pour France Israël Dijon, qui ne compte pas un juif parmi ses membres !

Quant au portrait obsessionnel qui est fait d’Alexandre del Valle et de Guy Millière, Primo-Europe leur donnera un droit de réponse des plus justifiés.

Raphaël Lellouche, est, à son tour, gravement mis en cause à propos d’une mésaventure récente exploitée et artificiellement montée en épingle. Pour le récit biaisé et mensonger qu’il fait de cette affaire, Johan Weisz a puisé son information, dans des sites néonazis et islamistes, dont il adopte le point de vue. Quand on connaît Raphaël Lellouche, signataire notamment, avec Pierre Lefebvre, du rapport du "Collectif contre tous les racismes", le caractère grotesque et infamant du portrait qu’en fait Johan Weisz est criant. Traité de "raciste d’extrême droite", Raphaël Lellouche, qui est un ancien de l’Hachomer Hatzaïr, nous fait savoir qu’il entendait porter plainte en justice pour diffamation. Il s’expliquera d’ailleurs prochainement à ce sujet, dans un entretien sur PRIMO.

Les médias juifs en dehors de "moi Johan Weisz de Radio Shalom" sont épinglés pour leur manque d’objectivité et la permanence des sujets abordés, centrés sur la communauté. Le vocabulaire utilisé est imposé par "recommandations écrites". Pour sa part Monsieur Weisz utilise parfois le mot "colon et j’ai peut-être mes raisons aussi". Notre journaliste de gauche a donc parfois des raisons cachées de pervertir le sens des mots ? Il estime que la sémantique n’a rien d’essentiel et escamote rapidement ce débat.

L’ensemble des médias juifs qui ne traite que de problèmes internes à la communauté ? Monsieur Jean Corcos de Judaïques FM a été profondément blessé par ce propos, lui qui s’acharne à recevoir dans son émission tous les quinze jours une personnalité du monde arabo-musulman. Les personnalités politiques de tous bords reçues sur RCJ et ailleurs sont passées aux oubliettes. Miracle de diversité accompli sur une fréquence partagée en quatre chaînes à longueur de journée.

Nous pourrions poursuivre à l’infini l’analyse critique de cet entretien, mais nous n’irons pas plus loin. Il est temps de donner une parole directe à chacun des protagonistes de cette enquête.

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Monsieur Olivier Rafowicz, Directeur Général Agence Juive France en 2004

Nous avons contacté monsieur Olivier Rafowicz en Israël. Il est directement concerné par cette enquête, en tant que Directeur Général de l’Agence Juive de France ces dernières années. Il a reçu et accompagné les deux journalistes. Il a sans problème répondu à toutes nos questions.

O.R : Je vois très bien qui est monsieur Weisz, nous étions heureux de tout leur montrer. Nous n’avons rien à cacher, dans cette vieille maison née en 1929 avant la création de l’Etat d’Israël. Nous avons reçu ce journaliste et pris en charge ses frais de transport afin de lui faciliter la tâche.

PE : La question qui nous préoccupe, Monsieur Rafowicz, est celle des statistiques des retours en France dans les cinq ans de l’alya.

O.R : Quelles statistiques ? Il ne peut y en avoir, pour une raison simple : les Juifs qui émigrent en Israël sont comptabilisés, il y a établissement d’un dossier. Dans l’année de leur Alya, ils deviennent Israéliens. A partir de ce moment, comme dans tout pays démocratique, les citoyens vont, viennent, quittent le pays, reviennent, cela ne vient pas à l’idée de les comptabiliser ! Parler de statistiques dans ce domaine est pure fantaisie.

PE : Avez-vous une idée des retours au moins sur ces dernières années ?

O.R: L’Alya de ces dernières années est une formidable réussite. C’est une Alya de choix de vie et non de détresse. Nous n’avons pas encore assez de recul. C’est une Alya très mobile. On installe un enfant, puis deux ; on achète une maison, sans quitter la France pour autant. C’est une Alya exigeante qui ne demande souvent à l’Agence juive qu’une aide minimale administrative. C’est un mode d’approche totalement neuf et intéressant. L’Alya d’Occident ouvre un mode de relation plus autonome entre les postulants au départ et l’Agence Juive. Plus exigeant aussi. On se renseigne longuement, on pose les questions de fond ; on ne se presse pas de réaliser le départ. Ce que ces deux enquêteurs ont fait de leur recherche est restrictif, peu intéressant, faux sur l’analyse fine du détail.

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Monsieur Roche, Directeur Général actuel de l’Agence Juive de France

Pour étayer ce propos, nous avons contacté aussitôt, sans les mettre en contact, Monsieur Roche, Directeur Général actuel de l’Agence Juive de France.

M. Roche : Nous connaissons en effet ces deux journalistes. Nous les avons reçus au Border Governers de l’Agence Juive en Israël ! Pensez donc, c’est comme d’être reçu à la Knesset. S’il y a une quelconque confidentialité, c’est là qu’elle se situe.

Nous leur avons tout ouvert. Il n’y a rien à cacher. Ils ne nous ont jamais dit que c’était pour un livre. Ils voulaient tout savoir et nous avons répondu à toutes les demandes. Leur livre nous a blessés. Sans jamais le dire ouvertement, ils laissent entendre que notre action est secrète, voire clandestine. Allez donc sur Agence Juive.org; tout est affiché là au grand jour. Nous sommes une grande maison née en 1929. Notre seule mission est de se mettre au service du peuple juif à travers le monde !

On ne nous a laissé aucune chance : il n’y a pas eu d’interview, alors que nous avons gardé Madame Gabizon dans la voiture de la direction. Ce n’est pas honnête comme procédé de journaliste, car il y a comme une idée avant de faire l’enquête et il faut démontrer cela par tous les moyens.

Il y a des temps et des moments pour ces actions. Il est vrai qu’au début des années 2000, en France, la communauté juive a connu des hésitations quant à son avenir. Mais la France est le pays d’Europe qui a réagi le plus vivement à cette crise d’antisémitisme, sur les plans éducationnel, judiciaire. Ariel Sharon l’a reconnu et affirmé. Aujourd’hui nous reprenons en France, une action calme et de raison.

PE : Nous aurions voulu avoir, Monsieur Roche, des confirmations sur le pourcentages de retours d’Israël. Que disent les statistiques ?

M. Roche : Quelles statistiques ? C’est une plaisanterie ? Comment voulez-vous que l’on compte les Israéliens qui sortent, qui vont, reviennent, vont travailler à l’étranger ? Cela ne peut se trouver à l’Agence Juive. 300 000 français vivent à Londres. Croyez-vous que la France passe son temps à compter leurs allers-retours ?

PE : Pour séduire les juifs de France, Monsieur Roche, l’Agence juive a créé une "Task force" et contacté un cabinet de Consulting IBM. Qu’en est-il exactement ?

M. Roche : L’Alya d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier, pour des populations en danger physique pour leur vie. Les Juifs qui veulent faire leur vie en Israël ont des problèmes précis; problèmes d’emplois, d’équivalences de diplômes, etc. Nous devons travailler de façon plus adéquate à notre époque, et plus professionnelle. L’un de nos agents en Israël travaille chez IBM (IBM est installé en Israël depuis 1950). C’est donc à un israélien d’IBM en Israël que nous avons demandé un service organisationnel. Qu’y a-t-il d’anormal à cela ?

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Monsieur Gil Taïeb, Président de l’association AMI

Enfin, Primo s’est intéressé à l’association AMI, citée dans le livre. Nous avons interrogé son président, Monsieur Gil Taïeb.

PE : Monsieur Taïeb qu’est-ce que l’AMI ?

GT: L’AMI est une création récente et originale. C’est une association 1901. Nous ne faisons pas partie de l’Agence Juive. Nous sommes des partenaires, en France, pour une prestation particulière. Avec quelques amis, nous sommes partis d’un constat : des Juifs de France veulent partir en Israël pour réaliser un rêve sioniste, ou simplement fuir des moments difficiles.

Cette aspiration sioniste ne suffit pas sur le plan de la réalisation du projet. Les Juifs de France, après leur départ, ont des besoins spécifiques. Nous avons analysé ces besoins. Par une bonne connaissance du terrain et l’établissement d’un réseau cohérent, nous les aidons à réussir leur intégration sur place.

Pour les aider à rester sur place nous les aidons efficacement sur des plans précis : l’acquisition de la langue, l’aide à l’emploi, trouver la correspondance pour le suivi des études des enfants. Il n’y a rien de secret dans notre action. Il vous suffit d’aller sur le site d’AMI sur Internet et vous saurez tout de nous. Nous présenter sous un aspect ésotérique est mal venu et malintentionné. Cela nous importe peu.


Nous avons tenté d’éclairer le lecteur de façon précise sur les points clés de ce livre sujet à contestation. A nos lecteurs de réagir.

Dossier réalisé par Josiane Sberro pour Primo Europe © mai 2006

 

Mis en ligne le 6 février 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org