[Cette traduction française de l’original anglais figure dans l’enquête réalisée par le cinéaste Pierre Rehov, entre octobre 2000 et juin 2001, mise en ligne sur le site debriefing.org, sous le titre "La mort du petit Mohammed et la salissure programmée d’Israël (Complicité de France 2 ou naïveté partisane ?)"]

« Je, soussigné Talal Hassan Abu Rahma, résident de la bande de Gaza portant le n° d’identité 959853849, déclare ce qui suit sous serment, après avoir reçu notification légale de Maître Raji Sourani, et de mon plein gré, concernant le meurtre de Mohammed Jamal A-Dura et les blessures infligées à son père Jamal A-Dura, tous deux touchés par des tirs des Forces israéliennes d’occupation.
Le 20 septembre 2000, je me trouvais à mon travail, dans le quartier de Netzarim depuis 7h00, effectuant un reportage sur les affrontements. À midi, alors que je m’apprêtais à terminer mon travail et à retourner au studio de télédiffusion, j’ai entendu de vives fusillades partant de toutes les directions. À ce moment, je me trouvais dans la partie nord de la rue menant au carrefour Ash-Shohada (carrefour de Netzarim). De là où je me trouvais, je pouvais voir et observer l’avant-poste des militaires israéliens, au nord-ouest du carrefour, ainsi que les deux immeubles d’appartements palestiniens situés au nord du carrefour. Je pouvais également voir l’avant-poste des forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne, situées au sud du carrefour, et un autre poste avancé des Palestiniens, 30 mètres plus loin, qui constituait un poste provisoire, où des membres des forces palestiniennes faisaient la pause.
Soudain, des tirs nourris commencèrent en travers de la rue, qui a une largeur d’une trentaine de mètres. Shams Oudeh, un photographe de l’agence Reuters, frappa mon attention, parce qu’il se tenait auprès d’un homme et d’un enfant. Tous trois se réfugiaient derrière un bloc de béton. Ce que le journaliste était en train d’observer attira mon attention. Je tentai de mettre au point sur l’avant-poste des forces de sécurité de l’Autorité Palestinienne, d’où les tirs étaient partis, et sur lesquels tirait, à son tour, l’armée israélienne, pendant les premières minutes. Soudain, j’entendis le cri d’un enfant. A ce moment, je braquai ma caméra sur le petit Mohammed Jamal A-Dura qui venait d’être touché à la jambe droite. Le père tentait de calmer son enfant, de le protéger et de le couvrir avec ses mains et son corps. Parfois, le père levait les mains pour demander de l’aide.
Les autres détails de l’incident sont tels qu’on peut les voir dans le film. J’ai passé 27 minutes environ à filmer l’incident, qui dura au total 45 minutes. Après que le père et l’enfant aient été conduits à l’hôpital en ambulance, je suis encore resté 30 à 40 minutes. Je n’arrivais pas à quitter le quartier, parce que tous ceux qui s’y trouvaient, moi compris, se trouvaient en danger, exposés aux tirs.
Les tirs provenaient d’abord de différentes sources, israéliennes et palestiniennes. Cela n’a pas duré plus de 5 minutes. Ensuite, il a été assez clair pour moi que les tirs se concentraient sur le jeune Mohammed et son père, provenant de la direction qui leur était opposée. Des tirs serrés et intermittents étaient dirigés sur eux deux, et sur les deux avant-postes des forces de sécurité de l’A.P. Ceux-ci ne tiraient pas, ils ont cessé leurs tirs après les cinq premières minutes, et à ce moment l’enfant et son père n’étaient pas encore blessés. Les blessures et le massacre n’ont eu lieu qu’au cours des 45 minutes qui ont suivi.
Je puis affirmer que les tirs qui ont touché le petit Mohammed et son père Jamal provenaient de l’avant-poste israélien susmentionné, car c’était le seul endroit à partir duquel il était possible de les atteindre. (NOTE : Voir photo et croquis des lieux. L’avant-poste en question est le seul endroit d’où il est quasiment impossible de les atteindre). C’est pourquoi, de par ma longue expérience acquise en couvrant des incidents vigoureux et des affrontements violents, et ma capacité à distinguer les bruits produits par les fusillades, je puis confirmer que l’enfant a été tué intentionnellement et de sang froid, de même que son père a été blessé par l’armée israélienne.
Le jour qui a suivi ces événements, je suis allé à l’hôpital Shifa de Gaza, pour interviewer le père du jeune Mohammed A-Dura. Cette interview a été enregistrée et diffusée. Au cours de l’interview, je lui ai demandé pour quelles raisons et dans quelles circonstances il se trouvait à cet endroit au moment des incidents. J’étais le premier journaliste à l’interviewer sur cette question. M. Jamal A-Dura répondit qu’il s’était rendu, accompagné de son fils, au marché de voitures d’occasion, qui se trouve à plus ou moins 2 km au nord du carrefour Ash-Shohada, dans l’intention d’y acheter une auto.
N’ayant pas trouvé ce qu’il cherchait, il décida de rentrer à la maison. Il prit un taxi avec son fils. Lorsqu’ils approchèrent du carrefour, ils ne purent plus avancer, à cause des combats et des fusillades. Ils descendirent alors du taxi et tentèrent de rejoindre Al-Bureij à pied. Comme les tirs s’intensifiaient, ils durent s’abriter derrière un bloc de béton. C’est à ce moment que les incidents se produisirent et que la fusillade dura pendant 45 minutes.
Je suis un journaliste professionnel et spécialisé. J’ai travaillé pendant de nombreuses années dans ce domaine. Je me sens tenu par les principes qui régissent le journalisme et engagé à communiquer la réalité sans discrimination, objectivement et en toute neutralité. C’est ce qui fait de moi un journaliste apprécié. Je dispose de mon propre bureau de presse, et je travaille comme correspondant pour la chaîne française de télévision, France 2. Je travaille également pour CNN, par l’intermédiaire du bureau de presse Al-Wataneya.
Par la présente, j’ai rendu témoignage sous serment, de mon plein gré et après avoir reçu notification légale. Je jure que tout ce qui précède est vrai et conforme à la réalité et à la loi. »
Signé : Talal Hassan Abu Rahma en présence de Maître Raji Sourani qui contresigne,
Gaza, le 3 octobre 2000
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Note de Menahem Macina
[1] Rosemary Woods était la secrétaire de Richard Nixon, à laquelle on demanda de s’accuser de la disparition des 18 minutes et demie manquantes sur les fameux enregistrements de Nixon, avant de les remettre au Grand Jury chargé d’enquêter sur l’affaire du Watergate. Son nom est devenu synonyme de brouillage de preuves. Voir l’article du professeur Richard Landes, "Al-Dura: Pari sur un mensonge, Enderlin joue la carte Rosemary Woods".
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Mis en ligne le 25 novembre 2007, par M.