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Réponses à Triton et à Yehoshoua
En commentaire de mon billet « Vers une résolution de l’énigme de la mort de Mohamed Al Dura ? », un ami, Triton, me fait savoir, dans sa « Lettre ouverte à Gérard Huber l’un des principaux, parmi les premiers acteurs de cette recherche de vérité autour de l’« Affaire Mohamed Al Dura », que ma conclusion se trouverait entachée de mon empathie pour la gauche, que je voudrais vertueuse, malgré tout. Puis, rejoignant sans le savoir l’opinion qu’un autre ami lecteur, Yehoshoua, a émise, à savoir que je chercherais à déculpabiliser Enderlin (http://www.modia.org/infos/israel/bulletin9.07.html#actu), il m’affirme qu’il n’est pas partisan du « Pardonnez-leur, Seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils disent ». J’ai retenu ces objections, parce qu’elles visent le fond du problème.
La première objection – politique – ne s’explique pas sans une connaissance approfondie des idéologues français, qui, de droite comme de gauche, ont refusé, à l’exception de Jacques Tarnero et d’Alain Finkielkraut, que le questionnement sur « l’énigme Mohamed Al Dura » soit portée à la connaissance de tous. Par idéologues, j’entends aussi bien les intellectuels que les journalistes qui ne perçoivent la réalité qu’à travers leur grille de lecture, sans se soumettre aux faits. Triton sait aussi que tous ces idéologues, y compris cette fois, ceux que je viens de nommer, se sont opposés à ce que mes conclusions soient publiquement discutées, soit parce qu’ils tenaient à leurs propres conclusions, soit parce qu’ils estimaient que ce n’était pas comme ça qu’il convenait de porter un débat sur la place publique. Enfin, il sait que, même convaincus par mes conclusions, d’autres idéologues, d’extrême gauche notamment, se sont opposés à ce que l’on parle de mon livre, au prétexte que, selon eux, un mensonge valait parfois mieux qu’une vérité pour révéler ce qu’ils estimaient être la réalité des faits. Mais je dois répondre à Triton que, si les Amis de Shalom Archav, par exemple, n’ont jamais accepté de m’inviter à faire une conférence sur mon livre, ce n’est pas pour rien. En effet, l’idée d’une manipulation palestinienne heurtait profondément les catégories de leur entendement à l’uvre dans leur analyse politique. J’ajoute qu’il en a été de même des organisations de droite et que la projection du film de Métula News Agency (http://www.guysen.tv/?vida=1779) auquel j’ai pris part comme conseiller, n’a jamais pu aller plus loin que de provoquer l’endormissement bienheureux d’un ancien ministre des Affaires étrangères qui ne savait plus, au réveil, de quoi il s’agissait. À quoi je dois ajouter des phénomènes aussi caractéristiques que la sidération du psychanalyste Tisseron, qui a vraiment cru que l’image de la mort de l’enfant au pied de son père reflétait la réalité au même titre qu’un tableau de Goya, ou bien la confiance donnée, a priori, à l’authenticité du fait de guerre par des États, ou une ONG comme Amnesty International. Je pourrais ajouter de nombreux autres comportements qui, tous relèvent de l’effet hypnotique. C’est ainsi que Paul Moreira (Lundi Investigations, sur Canal +) m’invita à lui présenter le film de Métula News Agency et envoya un journaliste faire une interview dans mon bureau, avant que de me qualifier publiquement de « barjot » et « d’attiseur de haine », ce dont, au passage, il ne s’est jamais excusé. Et comment interpréter autrement le jugement du très triste Claude Askolovitch qui, dans Le Nouvel Observateur, n’hésita pas, courageusement (!), à traiter, mais en se gardant bien de le nommer, l’auteur des conclusions de Contre-expertise de « mini-révisionniste communautaire ».
Cher Triton, la seule rupture avec l’effet d’hypnose, je l’ai constatée chez un journaliste et chez une grande dame du théâtre qui, découvrant le film de Métula News Agency, pleuraient à chaudes larmes.
Oui, cher Triton, l’hypnose peut conduire ceux dont elle s’empare – quelles que soient leurs idées et leur profession - à s’aveugler et à s’enfoncer dans leur aveuglement. C’est pourquoi, je me suis toujours désolidarisé de ceux qui portaient des jugements à l’emporte-pièce et faisaient des attaques ad hominem (et même "ad familiam") et je les ai condamnés.
En citant Hyppolite Bernheim, j’ai voulu montrer combien aride serait le chemin du désert par lequel tout ce beau monde devra un jour passer, s’il veut renouer, en la matière, avec la réalité. Et tu as bien de la chance, cher Triton, de n’avoir jamais cédé à quelque forme d’hypnose médiatique que ce soit.
J’en viens à la seconde objection. Je n’ai jamais accusé quiconque de manipulation, je ne vais donc pas, aujourd’hui, tenter de disculper qui que ce soit. Je ne suis pas un idéologue, encore moins un procureur. Seulement un psychanalyste. J’ai toujours soutenu que seule une commission d’enquête internationale ferait la lumière sur les faits. Je ne puis, à moi tout seul, la remplacer. Il est temps que ceux qui sont en position politique de l’organiser le fassent, de concert entre la
1. Sur la question de la « cible »
Je rappelle une fois encore les paroles de Charles Enderlin, qui a commenté les images en provenance de Netzarim (Bande de Gaza), le 30 septembre 2000 :
« Ici, Jamal et son fils Mohammed sont la cible de tirs venus de la position israélienne
Mais une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père, gravement blessé ».
Le mot « cible » signifiant le « but que l’on vise et contre lequel on tire » (définition du Petit Robert), tous les téléspectateurs ont donc pensé que l’enfant n’avait pas été tué accidentellement, mais qu’il avait bien été visé, avant que d’être tué par l’armée israélienne. Il faut rappeler que Charles Enderlin n’était pas sur place. C’est le caméraman Talal Abu Rahma qui a capturé les images et qui a été témoin de la scène. Or celui-ci a démenti, le 30 septembre 2002, avoir jamais dit que l’armée israélienne avait tué l’enfant « intentionnellement et de sang-froid », tout en affirmant : « d’où j’étais, je voyais que le tir venait de la position israélienne ». Il était donc possible de remettre en cause l’interprétation que Charles Enderlin avait donnée de ces images, sans pour autant douter de sa bonne foi.
2. Sur la question de la mise en scène palestinienne
Pour parvenir à cette hypothèse, j’avais multiplié mes sources. J’avais lu tout ce qui avait été écrit sur le reportage, étudié les déclarations, articles et documents disponibles en provenance des Palestiniens, les résultats et commentaires de l’enquête israélienne, les articles de journalistes israéliens, le documentaire de la journaliste allemande, Esther Schapira réalisé en 2001, puis visionné tous les rushes que détenait l’enquêteur israélien (dont certains de Reuters et les 2 minutes et demi du reportage de France 2, donnés à l’armée israélienne).
J’ai alors conclu qu’il n’y avait pas eu de commission d’enquête digne de ce nom, ni du côté palestinien, ni du côté israélien, et que personne n’était capable de donner une version cohérente et sans faille de ce qui s’était passé, le 30 septembre 2000, à Netzarim. J’ai aussi appris que Charles Enderlin avait toujours affirmé qu’il avait coupé les images de l’agonie de l’enfant, parce que « c’était trop insupportable », alors que ceux qui ont visionné les rushes de France 2 affirment - semble-t-il – qu’ils ne montrent aucune image de cette agonie. Puis, j’ai découvert, comme beaucoup de journalistes après moi, qu’il avait existé une propension des Palestiniens à mettre en scène et à filmer des « jeux de guerre » et non des faits de guerre, ce jour-là, sur place, au même moment. Enfin, après avoir procédé à de nombreux arrêts sur les images de la mort du petit Mohammed, j’ai constaté qu’il n’y avait pas de trace visible d’impact de balles ni de sang sur les corps de l’enfant et de l’adulte, et repéré des procédés techniques pouvant indiquer une mise en scène.
Voilà pourquoi, il était rationnel de croire en la bonne foi de Charles Enderlin et de penser, en toute bonne foi, que les images de la mort filmée de Mohamed Al Dura pouvaient être une mise en scène palestinienne.
Bonne foi et effet d’hypnose ne sont pas incompatibles, loin s’en faut. Mais seul un travail critique et de remise en question de ses propres conclusions prouve que la bonne foi n’est pas un effet de l’hypnose.
Dans ce contexte, il est également important de ne pas confondre vérité historique et vérité judiciaire.
a) La vérité historique
b) La vérité judiciaire
Le 14 novembre 2007, le Tribunal jugera de la vérité judiciaire, lors du procès en diffamation intenté par France 2 à l’encontre de Philippe Karsenty. Le fait qu’il ait eu besoin d’un complément d’information – le visionnage des rushes de France 2 – est important, mais il n’y a pas à attendre de lui qu’il se prononce sur la vérité historique, seulement sur la vérité judiciaire du bien fondé ou non de la poursuite en diffamation.
En conclusion, je demande à chacun de se tenir à sa place, et aux responsables politiques et médiatiques concernés d’avoir suffisamment de courage moral et de confiance en la raison pour uvrer à ce que toute la lumière soit faite sur « l’énigme de la mort de Mohamed Al Dura ».
© Gérard Huber
Mis en ligne le 25 novembre 2007, par M.