21 octobre 2007
Sur le blogue de l’auteur.
Des amis me demandent des exemples illustrant les contradictions et le trouble de Charles Enderlin, lorsque celui-ci explique la mort de Mohammed Al Dura, d’autant que celui-ci a commenté la décision de la Cour d’Appel de Paris de visionner les rushes tournés le 30 septembre et le 1er octobre 2000 par Talal Abou Rahmeh, le correspondant de France 2 à Gaza, en affirmant qu’il était personnellement extrêmement satisfait de ce « souhait ». Il poursuit ainsi :
« Nous avons toujours affirmé que nous ne communiquerons ces images de la mort de Mohammed Al Dura que dans le cadre d’une procédure judiciaire en bonne et due forme. Pas à des militants ou a un organisme qui serait partie prenante dans cette affaire. De mon point de vue, le tribunal français donne toutes les garanties de sérieux et d’indépendance. Cela permettra de crever l’abcès, de montrer l’authenticité des images et, je l’espère, mettre un terme à l’ignoble campagne de diffamation dont France2 et moi même sommes les victimes depuis bientôt sept ans. Charles Enderlin. »
Je conçois la perplexité de mes correspondants, étant donné que personne, à part moi, ne s’est jamais donné la peine de croiser méthodiquement les images du reportage de
L’article est "Between the lines" [Entre les lignes]. Il a été publié sous la mention : (info # 012905/3), le 29 mai 2003, à
« VSD: Qu’avez-vous ressenti après les accusations à votre encontre sur de fausses informations à propos de la mort du petit Mohamed Al-Dura devant les caméras, le 30 septembre 2000 ?
CE: C’est de la diffamation propagée par des organisations d’extrême droite qui ont prétendu que cette image était une mise en scène.
L’armée israélienne n’a jamais enquêté. Nous lui avons proposé de nous contacter pour obtenir les rushes, mais aucune demande n’est parvenue au service juridique.
Voici mon commentaire réactualisé :
1. « C’est de la diffamation propagée par des organisations d’extrême droite qui ont prétendu que cette image était une mise en scène ».
Enderlin confond « diffamation » à l’endroit de sa personne et « fausses informations » l’ayant conduit au commentaire de l’image en question, que je rappelle : « Ici, Jamal et son fils Mohamed sont la cible des tirs venus des positions israéliennes ».
Au cours de la projection du reportage télévisuel "Rêve Brisé" (novembre 2002), il a été obligé par
Par ailleurs, il confond « diffamation » à l’endroit de sa personne et affirmation que « cette image était une mise en scène ».
En effet, l’enquête de Nahum Shahaf et ma contre-expertise indiquent clairement que la mise en scène est attribuée aux réalisateurs et caméramans palestiniens, et en aucun cas à Charles Enderlin. À aucun moment, Enderlin n’est désigné comme auteur de la fiction et du spectacle, il est seulement identifié comme un journaliste qui n’est pas là où le film est pris (il est alors à Ramallah), et qui commente les images sans prendre la précaution de vérifier le bien fondé de l’affirmation du meurtre de l’enfant.
Je rappelle, si besoin est, qu’il a lui-même affirmé : « Quant au moment où le garçon reçoit les balles, il n’a même pas été filmé » (en 2003, cela était lisible sur un site pédagogique d’Aix-Marseille cité dans mon livre, Contre-expertise d’une mise en scène (2003) : http://pedagogie.ac-aix-marseille.fr/histgeo/pedago/ecjs/-mano_007.htm. Aujourd’hui, en 2007, une nouvelle recherche s’impose, le site ayant été déplacé).
Pour le dire autrement, selon les dires d’Enderlin, il n’est pas besoin d’aller voir dans les rushes de France 2 s’ils contiennent les images de l’instant où l’enfant aurait été atteint par des balles : ces images n’existent pas.
Pour autant, dit Enderlin, « j’ai coupé l’agonie de l’enfant, c’était trop insupportable », ce qui veut dire qu’il a réellement cru que l’enfant avait été tué, malgré l’absence d’impacts de balles sur son corps et de traces de sang. Je rappelle, d’ailleurs, que le reportage d’Esther Schapira, qui présente aussi d’autres rushes que ceux de France 2, montre que cette lacune n’avait pas échappé aux Palestiniens, puisque, lorsque ceux-ci y montrent l’endroit du pseudo-"crime", bien plus tard, ils donnent à voir une tache de sang rouge vif, oublieux que le sang vire au noir très vite après avoir été répandu. Ils répondent ainsi, par anticipation et dans la précipitation, à des objections que d’ailleurs personne ne leur oppose.
Toute leur pseudo-démonstration est construite sur le même modèle. Anticipant le fait qu’on va leur demander s’il y a eu autopsie du cadavre de l’enfant, ils diront que ce n’est pas la peine, du moment que l’on sait que « ce sont les Israéliens qui l’ont tué ». Et lorsque les médecins montreront le corps d’un enfant affreusement mutilé à l’hôpital de Gaza, ils ne se soucieront même pas du fait que si le corps de l’enfant a été à ce point déchiré par des balles, il est incompréhensible que les impacts de ces balles et le sang n’aient pas été visibles sur son corps dans le reportage de France 2.
De la même manière, lorsque Enderlin se rend compte que l’adulte et l’enfant auraient pu s’enfuir de l’endroit où ils se trouvaient derrière le baril, puisque d’autres passent devant eux en courant, et que leur passage a été filmé, il répond par avance à une objection que personne ne lui fait, en affirmant qu’ils ne s’enfuient pas, parce qu’ils sont pétrifiés par la peur, alors que tout indique qu’ils restent sur place dans la prévision de la mise en scène.
2. « L’armée israélienne n’a jamais enquêté. Nous lui avons proposé de nous contacter pour obtenir les rushes, mais aucune demande n’est parvenue au service juridique.
Affirmer que « l’armée israélienne n’a jamais enquêté » est une contre-vérité. Tout le monde connaît les conclusions de cette enquête, révélées fin novembre 2000 par le Commandant de la région sud, incluant la bande de Gaza, Yom Tov Samia. Si Enderlin annule rétroactivement l’existence de cette enquête, c’est qu’il est au courant des déclarations publiques que Samia, devenu Général de réserve, a faites, le 4 avril 2003, au Jerusalem Center for Public Affairs. Samia affirme :
« Si [l’enfant] a réellement été tué lors de cet affrontement - c’est la première fois qu’il laisse entendre que le meurtre de l’enfant peut ne pas voir été une réalité (NdA) -, l’enfant ne l’a pas été par des tirs de soldats israéliens ».
Il attire également l’attention sur deux déclarations du caméraman, Talal Abou-Rahma, et du père.
« Celui qui comprend l’arabe entend le père (et ou d’autres gens Ndlr.) dire explicitement : "l’enfant est mort" bien avant qu’il semble avoir été tué, dans le film ? bien avant qu’on ne le voie mort ».
Et il souligne aussi que, lorsque Talal Abou Rahma dit qu’il n’y a eu de tirs que d’un côté - « juste derrière moi » -, il désigne, de fait, la position palestinienne appelée « Pita ». Enderlin sait aussi que Samia met en cause France 2, qui refuse toujours de montrer tout le matériau filmé (27 minutes) autour de l’événement. Le caméraman, Talal Abu-Rahma, ne mentionne d’ailleurs que 6 minutes de film, et l’on sait que le reportage de
« Charles Enderlin ment, à deux reprises : la première fois, lorsqu’il dit qu’il est prêt à communiquer ses rushes à qui le souhaite; la seconde, quand il déclare les avoir transmis à qui les demandait ».
En fait, il semble établi que l’état-major de l’armée israélienne n’avait alors jamais demandé officiellement au service juridique de France 2 de lui remettre la totalité des films, et l’on sait que France 2 n’était disposée à les donner qu’à la condition que la demande fût explicitée de manière claire et sans détour : ce qui signifie dans un contexte judiciaire. Cette condition est à présent remplie, puisque le visionnage aura lieu le 14 novembre 2007, à la suite de la décision du Tribunal qui, le 19 septembre 2007, a examiné l’appel interjeté par Philippe Karsenty.
Pour autant, l’essentiel de la question n’est pas que judiciaire, mais éthique, et je regrette que les protagonistes de cette affaire refusent de la traiter sur le plan de l’éthique de l’information.
Lorsque les journalistes ne vérifient pas leurs sources (ou pas suffisamment), les problèmes qui résultent de la désinformation doivent être traités de deux manières :
- Sur le plan déontologique. Il faut alors enquêter, investiguer, contre-expertiser, afin d’établir la vérité. C’est ce que j’ai fait.
- Sur le plan éthique. Il faut alors prendre ses responsabilités et porter le débat sur la place publique, en espérant qu’il débouchera sur une enquête déontologique et internationale.
On le voit, les affirmations d’Enderlin à VSD mêlaient plusieurs inexactitudes qui étaient de nature à mettre en évidence la confusion qui régnait alors dans l’esprit du journaliste. Plus tard, confronté à Nahum Shahaf sur le plateau d’une TV israélienne, Enderlin avait rappelé que France 2 et lui-même avaient déposé des plaintes à Paris, mais lorsque Shahaf lui avait demandé pourquoi il n’en avait pas déposé une contre lui, il s’était bien gardé de répondre. Comme il s’était bien gardé de mentionner que des médias américains tels que World NetDaily et Atlantic Monthly (auxquels venait de se joindre HonestReporting) avaient pris au sérieux l’enquête de Nahum Shahaf et ma contre-expertise.
© Gérard Huber
Mis en ligne le 25 novembre 2007, par M.