25 octobre 2007
Sur le blogue de l’auteur.
Dans son article de l’UPJF, Menahem Macina affirme que la lettre par laquelle le Directeur du service de presse du gouvernement israélien, Dany Seaman, accuse France 2 de mise en scène de la mort de Mohammed Al Dura, « n’aurait », sous toutes réserves, pas reçu l’aval du Bureau du Premier ministre.
Or, s’il rappelle judicieusement qu’il y avait, depuis plusieurs années, des « personnes privées » qui, « ayant réalisé ou fait réaliser des analyses détaillées des rushes disponibles » avaient déjà conclu qu’il s’agissait bien d’une mise en scène, il ne fait pas la distinction entre :
- Ma position qui, au terme d’une contre-expertise, avait introduit l’expression « mise en scène » dans le débat (http://www.primo-europe.org/dossiers.php?dossier=1) et expliqué que seule une commission d’enquête internationale conduirait à résoudre une « énigme », d’une part,
- Les condamnations que tous les autres avaient alors formulées contre
La différence entre « énigme » et « affaire » est pourtant simple. Pour entreprendre de résoudre une énigme, il est nécessaire de ne pas anticiper quelque explication que ce soit. Il suffit d’avancer selon un processus de déconstruction de la vérité, en appui sur des faits progressivement avérés.
En revanche, qui dit « affaire » situe immédiatement l’issue du problème posé dans le cadre de la solution qui lui convient, en la faisant dépendre d’un rapport de forces – ici politiques, mais l’on constate qu’il en est de même sur les plans idéologique ou scientifique - qu’il s’agit seulement de faire basculer en sa faveur.
D’où, par exemple, la position de Shourat HaDin, une organisation israélienne composée de juristes, avec laquelle je dis mon désaccord, qui conclut hâtivement :
« That mounting evidence proved that cameramen and news editors from
Aux Etats-Unis, l’American Jewish Committee semble partager le point de vue de l’« énigme », lorsque, saluant les efforts, en France, en Israël et aux Etats-Unis, visant à examiner « all the available evidence », il appelle la demande du Tribunal de visionner les rushes de France 2 :
« A critical contribution to the search for truth »
Est-il, pour autant, prêt, ce Comité, à admettre que la position d’Israël fait partie de l’« énigme », lui qui, jusqu’à présent, n’a jamais rien dit qui puisse construire une problématique de vérité sur ce sujet ?
Est-il prêt à se donner pour tâche de comprendre pourquoi un État, qui est le résultat de l’esprit du judaïsme et qui s’inscrit dans l’histoire du peuple juif comme un instrument géopolitique anti-antisémite, ne s’est pas opposé de toutes ses forces à la diffusion de ce qui se révèle être le premier faux antisémite (télévisuel) de l’histoire du XXIe siècle, aux effets dévastateurs (attitude qui, sept ans après les faits, est encore incarnée par le silence actuel de l’Ambassade d’Israël).
Quant à la position de France 2, est-il prêt à admettre qu’elle fait aussi partie de l’« énigme » ? Ce n’est pas sûr, sinon il aurait souligné que France 2 n’est pas obligée d’accepter que ses rushes soient visionnés, lors de l’audience du 14 novembre 2007, et donc que, si elle accepte, elle nous donnera une réelle indication de son propre positionnement vis-à-vis de l’« énigme » et de sa résolution.
Enfin est-il prêt à admettre que les positions des médias, des Etats-Unis, de la France, de l’ONU, d’Amnesty International, et même des Juifs de la planète (une majorité ayant, au soir du 30 septembre 2000, admis et excusé la responsabilité d’Israël, une minorité s’étant précipité haineusement sur les images pour y voir la preuve qu’Israël était devenu un État massacreur d’enfants palestiniens) font aussi partie de l’« énigme » ?
Ces questions, je ne les pose pas seulement à l’American Jewish Committee, mais aussi au Conseil Représentatif des Institutions Juives de France [CRIF].
Au lendemain du visionnage des rushes par le Tribunal, un débat public s’imposera sur le fond des questions. Il s’impose d’ailleurs depuis que Enderlin a affirmé (http://pedagogie.ac-aix-marseille.fr/histgeo/pedago/ecjs/-mano_007.htm):
« Quant au moment où le gamin reçoit les balles, il n’a même pas été filmé »
Mes lecteurs peuvent compter sur moi pour faire en sorte que ce débat ne dérape pas vers des invectives, mais porte sur des questions fondamentales, et par exemple celle-ci : comment, dans la société des images, a-t-il été possible de confondre l’image d’un enfant jouant son agonie avec
© Gérard Huber
Mis en ligne le 25 novembre 2007, par M.