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A-Dura / France-2 (développements récents)

[Affaire Al-Dura, suite] "Oseront-ils ?" par Stéphane Juffa

17/11/2007

(info # 011411/7)

© Metula News Agency

Adi Schwartz est un journaliste sérieux du quotidien Haaretz. Pour un article paru durant la première semaine de ce mois, il affirme avoir visionné les images qui ont été remises par France 2 à la justice française, et qui seront visionnées toute à l’heure au Palais de justice de Paris. Si ce qu’Enderlin lui a montré est bien ce que la cour d’appel va voir, il s’agira de la seconde imposture majeure de cette affaire, après la mise en scène de l’assassinat de Mohamed A-Dura en 2000. Cette fois ce ne sont plus les téléspectateurs que FR2 tromperait, mais les juges.

Il fait froid, dans ce petit matin de Paris, surtout préoccupée par la grève des transports qui la paralysent. Hier soir, j’ai mis deux heures et demi en voiture pour traverser la Seine. Durant près d’une heure, je n’avais avancé que de dix mètres. J’étais allé informer Philippe Karsenty, l’appelant, qui a été condamné pour diffamation à l’encontre de Charles Enderlin et de la chaîne publique en première instance, du point de vue de la Ména relatif à la procédure en cours. 

Selon Adi Schwartz, FR2 va montrer 18 minutes de film à la présidente Laurence Trébucq, à ses assesseurs et à l’assistance. Rien à voir avec les 27 minutes de l’”assassinat” du jeune Palestinien par la soldatesque de Tsahal que le tribunal avait réclamées. La cour appréciera…

Car le document qui définit les rushes et leur contenu, c’est, indéniablement, le témoignage judiciarisé de l’unique témoin de l’assassinat, le cameraman de la chaîne publique : Talal Hassan Abou Rahma. Il y prétend, sous serment, trois jours après les faits, avoir filmé 27 des 45 minutes qu’a duré la mise à mort, de sang froid et avec l’intention de le tuer, de l’enfant icône, par quinze militaires israéliens.

Ces 27 minutes, d’après le témoignage de l’intéressé, montrent ces soldats asperger de rafales la jeune victime ainsi que Jamal A-Dura, son père, dans le témoignage du reporter palestinien.

En fait, ce que le tribunal français risque de voir, ce sont dix minutes d’un attroupement de manifestants palestiniens, lançant pierres et cocktails Molotov sur la position israélienne du carrefour de Nétzarim. Suivies de deux interviews, réalisées par Abou Rahma, directement dans la ligne de tir des soldats, qui durent quatre minutes. Entre la 14ème et la 17ème minute, l’on verrait des policiers palestiniens faisant le coup de feu et les manifestants délaissant les lieux. Durant la minute restante : la scène où apparaissent l’adulte et l’enfant. Précisément la même que les téléspectateurs avaient vue, le 30 septembre 2000. Cinquante secondes, sans soldats israéliens qui tirent, sans balles qui atteignent les deux protagonistes, sans sang, et surtout, sans les images de l’agonie de Mohamed, pourtant décrites par Charles Enderlin comme ayant été coupées des rushes, car trop insupportables pour la sensibilité du spectateur.

Nous, cela fait depuis 2002 que nous usons notre encre à clamer haut et fort qu’il n’existe aucune image du pseudo assassinat outre lesdites 55 secondes. Que toute la mise en scène, que tout ce qu’a filmé Rahma de l’incident qu’il a fabriqué et qu’il a voulu montrer, ce ne sont pas 27 minutes, mais 55 misérables secondes.

Encore que ces 55 secondes sont loin d’être des rushes, mais des images en tous points montées. Elles sont coupées, réassemblées, et on y a inséré des plans intercalaires afin de cacher que Mohamed bouge durant le jingle, et qu’il regarde, sur le plan final, longtemps après être “mort sur le coup”, en direction du metteur en scène, pour voir si Rahma est satisfait de sa performance, ou s’il va demander de tourner l’”assassinat” une troisième fois.

Il semble, toujours à en croire Schwartz, et en comparant ce qu’il rapporte à ce qui avait été montré par France Télévisions à Rosenzweig, Leconte et Jeambar, fin 2004, que FR2 pourrait avoir soustrait à la sagacité du tribunal les scènes de Rahma sur lesquelles les Palestiniens jouent des scènes de guerre, d’une façon si appuyée, qu’elles avaient même déclenché l’hilarité des imposteurs de la chaîne eux-mêmes. A en croire le récit d’Haaretz, Chabot et compagnie ne désireraient pas que les juges se frappent les cuisses en pouffant.

Quant aux 55 secondes montées, qui sait si FR2 ne les a pas surbidouillées, en en faisant disparaître les plans intercalaires ainsi que le signe de Talal Abou Rahma, montrant qu’on filmait la seconde prise d’un… assassinat filmé en direct.

Dès qu’un parti s’autorise à manipuler une évidence légale, personne ne peut dire où il s’arrêtera. Difficile à concevoir que FR2 ait touché aux 55 secondes, tout de même, puisque rien ne serait alors plus facile que de comparer une hypothétique nouvelle version à celles du reportage original diffusé par la chaîne. J’ose penser que les imposteurs fauteurs de guerre ne sous-estiment pas la perspicacité du tribunal au point de s’être également prêtés à ce jeu-là.

Quoi qu’il en soit, les “27 minutes de l’incident” n’existent pas, FR2 persiste à employer et à protéger les parjures que sont Abou Rahma et Enderlin, et le tribunal va avoir la possibilité de s’en convaincre ce mercredi après-midi.

Toutes les images autres que celles décrites par Rahma dans son témoignage du 3 octobre 2000, et qui pourraient être montrées à la justice, n’ont strictement aucun intérêt, n’étant pas les rushes caractérisés par le témoin lui-même, dans leur contenu et par leur longueur. Hors de ces “rushes de la Controverse de Nétzarim”, FR2 pourrait présenter n’importe quelles images d’actualité : ceci est incontrôlable et sans rapport avec la recherche de la vérité.

Cet après-midi, si l’on veut rester sérieux, ce seront 27 minutes – et pas une de moins ! – d’images montrant “le meurtre de Mohamed Jamal Al-Dura et les blessures de son père, Jamal Al-Dura, tous deux tirés par les Forces d’Occupation Israéliennes”, comme l’a spécifiquement précisé Rahma dans son témoignage judiciarisé, sinon rien.

Et ce sera rien, car ces images n’existent pas et ce meurtre n’a pas eu lieu. Quant au fait que FR2 pourrait présenter à la justice une nouvelle mise en scène, préparée spécialement à son intention, il semble que les imposteurs, talonnés par la peur d’être découverts, n’aient pas conscience de la gravité d’un tel acte. Des centaines de milliers de personnes de par le monde attendent sereinement que la vérité connue sur cette affaire soit dite publiquement.

Si c’est ce qu’Adi Schwartz a vu que Chabot et Enderlin ont choisi de montrer à la cour d’appel, FR2 pourrait bien déclencher la troisième Intifada et première Intifada médiatique de l’histoire. Car personne, mais assurément personne, parmi ceux qui connaissent les conclusions de notre enquête, n’est disposé à les laisser s’en tirer par un nouveau mensonge.

Dehors, dans un concert de klaxons ininterrompu, pare-chocs contre pare-chocs, les automobiles bloquées dans Paris en grève entendent perturber mon écriture. En fait, elles annoncent, sans s’en douter, la résolution d’un chapitre décisif d’une monumentale imposture.

© Metula News Agency

Mis en ligne le 17 novembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org