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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Affaire Al-Dura: Copie de l’entretien exclusif d’E. Schemla avec Ch. Enderlin
07/10/2007

Cette copie a pour but de répondre par avance à toute remise en question de la réalité et du contenu de cette interview, alors que le site Proche-Orient Info n’existe plus

1er octobre 2002 / 09 h 45
Un entretien exclusif avec Charles Enderlin, deux ans après la mort en direct de Mohamed Al-Dura à Gaza
Par Élisabeth Schemla 

Ce 2 octobre, à 19H30, une manifestation aura lieu devant France 2 à Paris pour protester contre la chaîne et attribuer à Charles Enderlin le « Prix de la désinformation ». Correspondant à Jérusalem depuis vingt ans, Enderlin porte la très lourde responsabilité de la couverture du conflit israélo-palestinien pour la chaîne publique française. Couverture très contestée par beaucoup de juifs francophones – car France 2 est regardée partout dans le monde, y compris en Israël. Ils lui reprochent un parti-pris délibéré pro-palestinien, et surtout d’avoir attribué aux soldats israéliens la mort du petit Mohamed Al-Dura, au début de l’Intifada, images qui ont fait le tour de la planète et assis la « vérité » de cette guerre. Pour la première fois, Enderlin s’exprime sur cette affaire.


Élisabeth Schemla  Une partie de la communauté juive française vous reproche d’avoir attribué sans preuve à Israël, le soir même de l’événement le 30 septembre 2000, la mort du petit Mohamed al-Dura à Gaza. Ce 2 octobre 2002 à Paris, devant le siège de France 2 et à l’appel de nombreuses organisations, juives ou pas, aura même lieu une grande manifestation lors de laquelle vous sera « décerné » le Prix de la désinformation, que certains des organisateurs préfèrent appeler « Prix Goebbels » Que vous inspire cette haine ?

Quand un juif proclame qu’un autre juif est un nazi, il le désigne à la vindicte populaire


Charles Enderlin  Quand j’ai entendu parler la première fois de ce « Prix Goebbels » décerné à d’autres confrères, j’ai d’abord cru qu’il était attribué par des néo nazis. J’ai été ahuri de découvrir qu’il l’était par des juifs. Des juifs français qui pactisent et s’associent, en l’occurrence, à la Ligue de Défense juive du rabbin Kahana, un mouvement raciste dont je rappelle qu’il est interdit en Israël. Quand, dans une manifestation, ici, les kahanistes brandissent leur drapeau qui porte un poing, il est aussitôt saisi par la police
J’ai du mal à comprendre comment les mêmes ont libre cours, à Paris, pour proclamer des faussetés, et pire, des menaces. Car quand un juif proclame qu’un autre juif est un nazi, cela veut dire que c’est un ennemi du peuple juif, c’est le désigner à la vindicte populaire. Faire délibérément de l’incitation à la haine, à la violence …

E. Schemla  Qui n’est pas sans rappeler, dans l’esprit, ce qui s’est passé avec Rabin, traité de « rodef »…

C. Enderlin  Je ne me comparerai certainement pas à Rabin, vous vous en doutez ! Mais je ne peux manquer de rapprocher ce qui se passe aujourd’hui en France à mon égard des menaces de mort que nous avons eues, ma famille et moi, à Jérusalem après le début de l’intifada. Sur les conseils de la police israélienne, pendant près de huit mois, nous avons eu autour de notre domicile des rondes, la nuit, effectuées par une société de gardiennage. Mon épouse a été agressée dans la rue, deux plaintes ont été déposées à la police. Cela fait partie, il est vrai, du danger que doit affronter un correspondant de presse. Cela relève aussi des manœuvres d’intimidation de gens qui sont dans une obsession, refusent de regarder la réalité en face, ne sont absolument pas intéressés par ce qui se passe sur le terrain. Et qui veulent changer la couverture journalistique de ce conflit.

Élisabeth Schemla  Quand vous venez en France, et notamment à Metz, votre ville natale, comment vivez-vous cette hostilité ?

C. Enderlin  Ma mère est décédée le mois dernier à Metz. La communauté juive est venue m’exprimer ses condoléances. Plusieurs personnalités juives m’ont dit : « Nous ne venons pas seulement pour votre maman mais aussi pour vous, dans ce moment difficile où l’on dit le kaddish. » Ne croyez pas qu’il y ait uniquement cette haine. Heureusement, je reçois aussi beaucoup de messages de soutien.

E. Schemla  Venons-en à la pseudo « affaire Al Dura » elle-même, sur laquelle vous acceptez pour la première fois depuis deux ans de vous exprimer officiellement. Je voudrais d’abord préciser que, contrairement à tous ceux qui parlent de la bande vidéo sans l’avoir jamais vue, je l’ai visionnée à Gaza à plusieurs reprises fin octobre 2000, dans le bureau de Talal Abu Rahme, pour les besoins d’un ouvrage. Je me suis également rendue sur les lieux au carrefour de Netzarim. Le procès qui vous est fait concernant cette affaire est sans fondement. Pour moi, votre reportage, dans le 20 heures de France 2, le soir de l’événement, comportait deux points contestables mais qui n’ont rien à voir avec tout ce que l’on entend depuis. Le premier : il eut été plus prudent de dire en commentaire à chaud que, dans ces tirs croisés, il était impossible d’attribuer à l’une des deux parties la responsabilité de la mort de ce gamin. Le second : devant l’importance dramatique de ces images, il eût mieux valu passer la totalité de la bande, ce qui aurait permis au public de constater - dès le deuxième jour de cette intifada ! - que les enfants et les jeunes Palestiniens étaient en fait bel et bien encadrés par les policiers palestiniens armés, et tirant. J’ajoute enfin, pour une clarté totale, que j’ai écrit moi- même : « L’intégralité de la bande vidéo prise par le correspondant de France 2 à Gaza, Talal Abu Rahme, désormais star du nationalisme palestinien, ne laisse guère de doute : il est peu probable que dans la fusillade, et compte tenu des angles de tir, Mohamed Al-Dura ait été abattu par des balles palestiniennes. » Aujourd’hui, on vous reproche ainsi qu’à France 2, de ne pas avoir coopéré lors de l’enquête menée par l’armée israélienne et d’avoir refusé de montrer les rushes. Qu’avez-vous à répondre ?

Toutes les grandes chaînes européennes protègent leurs sources


C. Enderlin  Je ne suis ni rédacteur en chef ni directeur de FR2. Je n’ai pas l’autorité pour donner des images, à qui que ce soit. Je ne peux le faire sans avoir le feu vert de la direction de ma chaîne et du service juridique.
Mais commençons par le commencement. D’abord, FR2 a décidé d’offrir gratuitement ces images à toutes les chaînes de télévision et les agences de presse qui en ont fait la demande, tout en en gardant les droits. A l’époque, j’ai donc renvoyé toute personne qui s’est adressée à moi pour les avoir vers le service commercial. Je crois pouvoir dire que tout le monde y a eu accès. Quant aux journalistes de passage à Jérusalem, les envoyés spéciaux, ils ont pu les voir intégralement dans notre studio, à mon bureau.
Dès qu’il a été question d’une enquête de l’armée israélienne, c’est évidemment, le service juridique de France 2 qui prenait les décisions. En concertation avec la direction bien sûr, ce service a refusé en effet de fournir le matériel brut. D’abord parce que la règle de notre maison veut que par principe la chaîne ne fournisse pas les « rushes », le matériel brut d’un reportage, à une autorité quelconque. C’est vrai partout, en Israël comme chez les Palestiniens –et j’ai protesté violemment lorsqu’une de nos cassette a été saisie par la police palestinienne à Gaza. C’est le principe de protection des sources d’un journaliste qui est appliqué par toutes les grandes chaînes européennes, y compris l’ARD. Essayez d’obtenir les rushes d’Esther Shapira ! Et puis, il s’est passé par ailleurs des choses assez curieuses, de bout en bout de cette histoire.

E. Schemla  Lesquelles ?

C. Enderlin  Dans les heures qui ont suivi la mort du petit Mohamed, et avant de passer la séquence dans le 20 Heures, j’ai appelé le service du porte-parole de l’armée pour lui dire : « Attention, nous avons des images très importantes, très graves, et vous devriez venir les voir pour me donner une réaction officielle immédiatement ». On m’a envoyé balader et personne n’est venu. Une cassette de cette séquence a même été préparée, avec l’accord de la direction de FR2, elle est restée dans mon bureau très longtemps avant qu’un militaire, enfin, vienne la chercher. Il y a donc eu au départ sous estimation de l’impact de ces images. Juste avant la diffusion, l’armée m’a donné une première réaction, que je n’ai pas diffusée, pas tout de suite.

E. Schemla  Pourquoi ?

C. Enderlin  Elle ne concernait pas l’événement lui-même. En l’absence d’autre réaction, nous avons diffusé ce communiqué dans le sujet suivant.

E. Schemla  Que s’est-il passé ensuite ?

C. Enderlin  Dans les heures qui ont suivi la mort de Mohamed Al-Dura, une première enquête rapide de l’armée a eu lieu. Le général Giora Eyland a déclaré le 3 octobre : « selon ce que nous comprenons, l’enfant a été touché par notre feu » (en anglais : « to the best our knowledge, the boy was hit by our fire). Le 10 novembre 2000, le mensuel de Tsahal, Bamahaneh, citait le porte parole de l’armée : « selon nous, les deux versions sont possibles ». Pour ma part, je rappelle ce que j’ai dit dans le premier reportage : « Des Palestiniens ont tiré à balles réelles. Les Israéliens ripostent. Ambulanciers et passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils sont la cible de tirs venus de la position israélienne… »
Entre- temps, le 19 octobre 2000, nous avons reçu une première lettre d’un certain Nahum Shahaf qui nous demandait les originaux du tournage de Gaza afin, je cite, de les « présenter devant divers publics professionnels, y compris des écoles de cinéma » A côté de sa signature figurait « Œil à Œil Communication », ce qui donnait l’impression qu’il s’agissait d’une société de production. En fait, c’était une start up. Ce n’est que un peu plus tard que j’ai appris qu’il participait à une enquête commanditée par le général Yom Tov Samia, qui commandait à l’époque la région militaire sud.

E. Schemla  Pour bien comprendre de quoi il retourne, qui est Nahum Shahaf ?

« L’expert » Nahum Shahaf avait déjà voulu prouver que Ygal Amir n’a pas tué Rabin


C. Enderlin  Un physicien assez génial de l’université de Beer Sheva, qui par ailleurs se prévaut d’une qualité d’expert. Déjà après l’assassinat de Rabin, il avait prétendu qu’il pouvait prouver, grâce à l’analyse des angles de tirs, que Ygal Amir n’a pas tué le premier ministre….

E. Schemla  Avez-vous reçu des autorités militaires israéliennes une preuve écrite du mandat de Nahum Shahaf ?

C. Enderlin  Absolument jamais. Je dis bien : jamais. Nous avons à plusieurs reprises reçu des lettres signées - différemment d’ailleurs - de Shahaf, mais jamais l’armée israélienne ne nous a jamais informés qu’il était mandaté pour recevoir des images quelles qu’elles soient….Et France 2 n’a jamais reçu une demande officielle de qui que ce soit - cela par écrit comme il se doit dans une affaire comme celle-ci- pour participer à une enquête quelconque.

E. Schemla  Ce qui signifie que seul le général Yom Tov Samia était décideur, et pas l’Etat major ? Pourtant, une reconstitution de la scène de Netzarim a bien eu lieu dans le désert du Neguev, pour analyser les angles de tirs ?

L’enquête de l’armée israélienne était en fait une initiative personnelle du général Yom Tov Samia


C.Enderlin  Le 8 novembre2000, le général Shaul Mofaz, le chef d’état major, a déclaré devant la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset que cette enquête était une initiative personnelle de Yom Tov Samia. C’est ce dernier qui a invité Nahum Shahaf à y participer. Selon les rares journalistes qui ont pu y assister, cette reconstitution n’a pas été réalisée sur la base des distances réelles. Aucun expert indépendant n’a pu y participer. Alors…
Lors d’une interview à la télévision israélienne en novembre 2000, Samia a dit : « Enderlin refuse de nous donner des images, sauf si je vais devant la Haute Cour de justice pour les obtenir ». Il a ajouté : « Je n’ai pas le temps d’aller devant un tribunal ». En vérité, ce n’est pas moi, Enderlin, mais FR2 qui refuse d’examiner une telle requête si elle n’entre pas dans le cadre d’une procédure en bonne et due forme. Là aussi, je ne comprends pas. Tsahal a un département juridique qui emploie des dizaines d’avocats et de juristes. Puisque le général n’avait pas le temps de faire une démarche, pourquoi un lieutenant/avocat ne s’est-il pas occupé du dossier ? Le service juridique de l’armée a- t-il refusé de s’en mêler ?
De fait, le 5 décembre 2000, nous avons reçu un coup de téléphone d’une jeune femme se réclamant des services du porte-parole, le général Ron Kitrey à l’époque. Le service juridique de FR2 a répondu que par principe la chaîne ne remettait de matériel journalistique à aucune autorité, mais qu’il était prêt à examiner la demande israélienne, s’il était informé au préalable de la composition de la commission d’enquête, de son objectif, de son cadre judiciaire et légal, par écrit toujours. Personne ne nous a jamais répondu. Personne, dans l’armée israélienne, ne nous a demandé officiellement ce matériel. Seulement Nahum Shahaf.

E. Schemla  Tout ceci ne pouvait que donner l’impression que vous aviez quelque chose à cacher…

C. Enderlin  Vous avez vous-même visionné tout le film. Avant la scène fatidique, que voit-on ? Au carrefour de Netzarim, le clash classique : des manifestants qui jettent des pierres sur la position israélienne, l’armée qui utilise les gaz lacrymogènes, le croisement est encore ouvert, et au milieu de tout ça, Abu Rahme fait des interviews de manifestants, un entretien en pleine rue avec Hakim Abdel Awad, chef de la Shabiba, les Jeunesses du Fatah à Gaza, qui explique en anglais que tout ça va durer deux, trois jours, qu’il s’agit de montrer aux Israéliens l’importance pour les Palestiniens du Haram Al Sharif, le Mont du Temple. Et soudain, on entend et on constate que des échanges de tirs ont lieu, très violents, car subitement les Palestiniens ont ouvert le feu [ ndlr : d’un poste de police palestinien, situé dans l’alignement du mur, entre les Al-Dura et la position israélienne, donc tirant dans l’autre sens que le père et son fils. Ce poste était placé sous l’autorité du brigadier général Osama Al-Ali, président du Comité régional de sécurité, membre du Fatah et du Conseil National Palestinien]. Les manifestants prennent la fuite, le père et Mohamed se cachent derrière le tonneau, Talal est presque au milieu du croisement, il réussit à s’abriter derrière une camionnette. Lui-même et tous ces événements sont filmés également en direct par Associated Press et Reuters, sous un autre angle, car les deux autres équipes de cameramen se mettent à l’abri, elles, des deux côtés du fameux mur. D’ailleurs, sur les images tournées par Reuters, on voit un des cameramen et un photographe qui filment et prennent des clichés, juste derrière le gosse, et prennent ensuite la fuite quand les tirs sont trop violents. La suite, Abu Rahme se trouvant exactement en face des Al-Dura, de l’autre côté de la rue, à l’abri de la camionnette, on la connaît.

E. Schemla  Pourquoi les confrères qui ont filmé tout ceci ne sont-ils pas intervenus dans la polémique qui vous met en cause ?

C.Enderlin  Mais, vous vous trompez ! Nous avons ces images qui sont passées aux EVN, les échanges internationaux, et je les ai diffusées le 27et le 28 novembre 2000 sur France 2 dans des sujets sur la conférence de presse de Yom Tov Samia, qui les a aussi. La vraie question concernant cette affaire est la suivante, me semble-t-il : pourquoi le père et le fils restent-ils derrière le tonneau ? Ma réponse, c’est qu’ils sont paralysés par la peur.

E. Schemla  C’est en effet le sentiment que l’on a au visionnage. Alors, que vous inspirent de récents propos de Shahaf – très proches de ceux qu’il tenait dès le début de cette affaire, comme en témoigne un article de Haaretz en anglais que nous produisons ci joint –, prétendant que ce n’est pas le petit Mohamed qu’on voit sur ces images, et que tout ceci n’est qu’une mise en scène des Palestiniens qui auraient sacrifié un de leurs enfants ? Propos repris à leur compte par une partie des juifs français.

C. Enderlin  C’est n’importe quoi, une ignominie. Shahaf nous a bombardé de coups de téléphone, il est même venu dans mon bureau à Jérusalem le 5 avril 2001, et il a été expulsé par la sécurité du studio

E. Schemla  C’était au moment où, en Israël, les chaînes de télévision faisaient des sujets sur le film qu’Esther Shapira venait de réaliser pour la chaîne de télévision allemande ARD, film qui sera projeté ce mercredi soir à Paris en extérieur, lors de la manifestation contre vous. Pourquoi France 2 refuse-t-il obstinément de le montrer aux téléspectateurs français ? Parce qu’il pourrait introduire un doute dans leur esprit, contredire votre propre travail ? Qu’avez-vous à craindre ?

C. Enderlin  Rien. Jamais, nous n’avons reçu de plainte de l’armée ou d’un autre organisme officiel israélien ni sur l’affaire Mohamed A Doura, ni à propos d’un quelconque reportage du bureau de Jérusalem. Quelqu’un imagine t’il que ce bureau pourrait encore fonctionner en Israël s’il y avait le moindre soupçon à notre égard ? En fait, nos relations avec toutes les administrations israéliennes sont bonnes et professionnelles, de même d’ailleurs qu’avec les Palestiniens. Sans cela, nous serions obligés de fermer boutique. Encore une fois, je suis journaliste, pas directeur. Ce n’est pas moi qui décide de ce qui passe à l’antenne, des films, des documentaires qui sont diffusés. Je ne valide pas mes propres sujets dans le journal. Pour cela, il y a une hiérarchie professionnelle… Tout est visionné par les responsables de l’édition, comme il se doit. Les gens qui m’accusent d’empêcher le passage à l’antenne du documentaire allemand font preuve d’une ignorance totale du fonctionnement d’une chaîne de télévision.

E. Schemla  Quelles réflexions personnelles vous inspire le film de Shapira ?

Le film d’Esther Shapira en apprend plus sur les médias que sur la mort du petit Al-Dura


C. Enderlin  Là encore, il y a des choses curieuses. Elle a interviewé des soldats qui auraient été dans le poste israélien le 30 septembre 2000. Elle les appelle Ariel, Alexei et Idan. Or, les soldats qui se trouvaient dans la position étaient des Druzes, et ils ne peuvent donc pas se prénommer ainsi. Elle nous accuse de cacher des images, ce qui est complètement faux. Je cite : « C. Enderlin, le chef de Bureau de France 2 dit qu’il a diffusé les 50 secondes disponibles alors que Talal Abou Rahmeh, le cameraman, m’a parlé avec certitude d’une cassette de six minutes » A un confrère qui, lui, a pris la peine de me demander des explications, j’ai répondu : « Madame Shapira pouvait prendre son téléphone et me poser la question. Dans la séquence de cinq minutes que dure l’échange de tirs, il y a les cinquante secondes avec le gosse. » Pour le reste, je partage entièrement l’avis de Tom Segev, journaliste et historien, qui en a fait la critique dans Haaretz. Ce film nous en apprend plus sur les médias et l’échec du service du porte-parole de l’armée que sur la mort de l’enfant. Segev a suivi l’affaire de très près, il est allé en Jordanie interviewer le père, il s’est rendu à Netzarim, il est venu voir toutes les images. Le seul scoop de Shapira, dit-il, c’est une vidéo tournée par l’employeur israélien du père de Mohamed, où l’on voit ce Palestinien participer à la bar mitzva du fils de son patron.. A ce jour les chaînes israéliennes n’ont pas diffusé ce documentaire. Il y a là des insinuations, aucune démonstration convaincante.

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1er octobre 2002 / 09 h 45
Un entretien exclusif avec Charles Enderlin, deux ans après la mort en direct de Mohamed Al-Dura à Gaza
Par Élisabeth Schemla 

Ce 2 octobre, à 19H30, une manifestation aura lieu devant France 2 à Paris pour protester contre la chaîne et attribuer à Charles Enderlin le « Prix de la désinformation ». Correspondant à Jérusalem depuis vingt ans, Enderlin porte la très lourde responsabilité de la couverture du conflit israélo-palestinien pour la chaîne publique française. Couverture très contestée par beaucoup de juifs francophones – car France 2 est regardée partout dans le monde, y compris en Israël. Ils lui reprochent un parti-pris délibéré pro-palestinien, et surtout d’avoir attribué aux soldats israéliens la mort du petit Mohamed Al-Dura, au début de l’Intifada, images qui ont fait le tour de la planète et assis la « vérité » de cette guerre. Pour la première fois, Enderlin s’exprime sur cette affaire.

Élisabeth Schemla  Une partie de la communauté juive française vous reproche d’avoir attribué sans preuve à Israël, le soir même de l’événement le 30 septembre 2000, la mort du petit Mohamed al-Dura à Gaza. Ce 2 octobre 2002 à Paris, devant le siège de France 2 et à l’appel de nombreuses organisations, juives ou pas, aura même lieu une grande manifestation lors de laquelle vous sera « décerné » le Prix de la désinformation, que certains des organisateurs préfèrent appeler « Prix Goebbels » Que vous inspire cette haine ?

Quand un juif proclame qu’un autre juif est un nazi, il le désigne à la vindicte populaire


Charles Enderlin  Quand j’ai entendu parler la première fois de ce « Prix Goebbels » décerné à d’autres confrères, j’ai d’abord cru qu’il était attribué par des néo nazis. J’ai été ahuri de découvrir qu’il l’était par des juifs. Des juifs français qui pactisent et s’associent, en l’occurrence, à la Ligue de Défense juive du rabbin Kahana, un mouvement raciste dont je rappelle qu’il est interdit en Israël. Quand, dans une manifestation, ici, les kahanistes brandissent leur drapeau qui porte un poing, il est aussitôt saisi par la police
J’ai du mal à comprendre comment les mêmes ont libre cours, à Paris, pour proclamer des faussetés, et pire, des menaces. Car quand un juif proclame qu’un autre juif est un nazi, cela veut dire que c’est un ennemi du peuple juif, c’est le désigner à la vindicte populaire. Faire délibérément de l’incitation à la haine, à la violence …

E. Schemla  Qui n’est pas sans rappeler, dans l’esprit, ce qui s’est passé avec Rabin, traité de « rodef »…

C. Enderlin  Je ne me comparerai certainement pas à Rabin, vous vous en doutez ! Mais je ne peux manquer de rapprocher ce qui se passe aujourd’hui en France à mon égard des menaces de mort que nous avons eues, ma famille et moi, à Jérusalem après le début de l’intifada. Sur les conseils de la police israélienne, pendant près de huit mois, nous avons eu autour de notre domicile des rondes, la nuit, effectuées par une société de gardiennage. Mon épouse a été agressée dans la rue, deux plaintes ont été déposées à la police. Cela fait partie, il est vrai, du danger que doit affronter un correspondant de presse. Cela relève aussi des manœuvres d’intimidation de gens qui sont dans une obsession, refusent de regarder la réalité en face, ne sont absolument pas intéressés par ce qui se passe sur le terrain. Et qui veulent changer la couverture journalistique de ce conflit.

Élisabeth Schemla  Quand vous venez en France, et notamment à Metz, votre ville natale, comment vivez-vous cette hostilité ?

C. Enderlin  Ma mère est décédée le mois dernier à Metz. La communauté juive est venue m’exprimer ses condoléances. Plusieurs personnalités juives m’ont dit : « Nous ne venons pas seulement pour votre maman mais aussi pour vous, dans ce moment difficile où l’on dit le kaddish. » Ne croyez pas qu’il y ait uniquement cette haine. Heureusement, je reçois aussi beaucoup de messages de soutien.

E. Schemla  Venons-en à la pseudo « affaire Al Dura » elle-même, sur laquelle vous acceptez pour la première fois depuis deux ans de vous exprimer officiellement. Je voudrais d’abord préciser que, contrairement à tous ceux qui parlent de la bande vidéo sans l’avoir jamais vue, je l’ai visionnée à Gaza à plusieurs reprises fin octobre 2000, dans le bureau de Talal Abu Rahme, pour les besoins d’un ouvrage. Je me suis également rendue sur les lieux au carrefour de Netzarim. Le procès qui vous est fait concernant cette affaire est sans fondement. Pour moi, votre reportage, dans le 20 heures de France 2, le soir de l’événement, comportait deux points contestables mais qui n’ont rien à voir avec tout ce que l’on entend depuis. Le premier : il eut été plus prudent de dire en commentaire à chaud que, dans ces tirs croisés, il était impossible d’attribuer à l’une des deux parties la responsabilité de la mort de ce gamin. Le second : devant l’importance dramatique de ces images, il eût mieux valu passer la totalité de la bande, ce qui aurait permis au public de constater - dès le deuxième jour de cette intifada ! - que les enfants et les jeunes Palestiniens étaient en fait bel et bien encadrés par les policiers palestiniens armés, et tirant. J’ajoute enfin, pour une clarté totale, que j’ai écrit moi- même : « L’intégralité de la bande vidéo prise par le correspondant de France 2 à Gaza, Talal Abu Rahme, désormais star du nationalisme palestinien, ne laisse guère de doute : il est peu probable que dans la fusillade, et compte tenu des angles de tir, Mohamed Al-Dura ait été abattu par des balles palestiniennes. » Aujourd’hui, on vous reproche ainsi qu’à France 2, de ne pas avoir coopéré lors de l’enquête menée par l’armée israélienne et d’avoir refusé de montrer les rushes. Qu’avez-vous à répondre ?

Toutes les grandes chaînes européennes protègent leurs sources


C. Enderlin  Je ne suis ni rédacteur en chef ni directeur de FR2. Je n’ai pas l’autorité pour donner des images, à qui que ce soit. Je ne peux le faire sans avoir le feu vert de la direction de ma chaîne et du service juridique.
Mais commençons par le commencement. D’abord, FR2 a décidé d’offrir gratuitement ces images à toutes les chaînes de télévision et les agences de presse qui en ont fait la demande, tout en en gardant les droits. A l’époque, j’ai donc renvoyé toute personne qui s’est adressée à moi pour les avoir vers le service commercial. Je crois pouvoir dire que tout le monde y a eu accès. Quant aux journalistes de passage à Jérusalem, les envoyés spéciaux, ils ont pu les voir intégralement dans notre studio, à mon bureau.
Dès qu’il a été question d’une enquête de l’armée israélienne, c’est évidemment, le service juridique de France 2 qui prenait les décisions. En concertation avec la direction bien sûr, ce service a refusé en effet de fournir le matériel brut. D’abord parce que la règle de notre maison veut que par principe la chaîne ne fournisse pas les « rushes », le matériel brut d’un reportage, à une autorité quelconque. C’est vrai partout, en Israël comme chez les Palestiniens –et j’ai protesté violemment lorsqu’une de nos cassette a été saisie par la police palestinienne à Gaza. C’est le principe de protection des sources d’un journaliste qui est appliqué par toutes les grandes chaînes européennes, y compris l’ARD. Essayez d’obtenir les rushes d’Esther Shapira ! Et puis, il s’est passé par ailleurs des choses assez curieuses, de bout en bout de cette histoire.

E. Schemla  Lesquelles ?

C. Enderlin  Dans les heures qui ont suivi la mort du petit Mohamed, et avant de passer la séquence dans le 20 Heures, j’ai appelé le service du porte-parole de l’armée pour lui dire : « Attention, nous avons des images très importantes, très graves, et vous devriez venir les voir pour me donner une réaction officielle immédiatement ». On m’a envoyé balader et personne n’est venu. Une cassette de cette séquence a même été préparée, avec l’accord de la direction de FR2, elle est restée dans mon bureau très longtemps avant qu’un militaire, enfin, vienne la chercher. Il y a donc eu au départ sous estimation de l’impact de ces images. Juste avant la diffusion, l’armée m’a donné une première réaction, que je n’ai pas diffusée, pas tout de suite.

E. Schemla  Pourquoi ?

C. Enderlin  Elle ne concernait pas l’événement lui-même. En l’absence d’autre réaction, nous avons diffusé ce communiqué dans le sujet suivant.

E. Schemla  Que s’est-il passé ensuite ?

C. Enderlin  Dans les heures qui ont suivi la mort de Mohamed Al-Dura, une première enquête rapide de l’armée a eu lieu. Le général Giora Eyland a déclaré le 3 octobre : « selon ce que nous comprenons, l’enfant a été touché par notre feu » (en anglais : « to the best our knowledge, the boy was hit by our fire). Le 10 novembre 2000, le mensuel de Tsahal, Bamahaneh, citait le porte parole de l’armée : « selon nous, les deux versions sont possibles ». Pour ma part, je rappelle ce que j’ai dit dans le premier reportage : « Des Palestiniens ont tiré à balles réelles. Les Israéliens ripostent. Ambulanciers et passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils sont la cible de tirs venus de la position israélienne… »
Entre- temps, le 19 octobre 2000, nous avons reçu une première lettre d’un certain Nahum Shahaf qui nous demandait les originaux du tournage de Gaza afin, je cite, de les « présenter devant divers publics professionnels, y compris des écoles de cinéma » A côté de sa signature figurait « Œil à Œil Communication », ce qui donnait l’impression qu’il s’agissait d’une société de production. En fait, c’était une start up. Ce n’est que un peu plus tard que j’ai appris qu’il participait à une enquête commanditée par le général Yom Tov Samia, qui commandait à l’époque la région militaire sud.

E. Schemla  Pour bien comprendre de quoi il retourne, qui est Nahum Shahaf ?

« L’expert » Nahum Shahaf avait déjà voulu prouver que Ygal Amir n’a pas tué Rabin


C. Enderlin  Un physicien assez génial de l’université de Beer Sheva, qui par ailleurs se prévaut d’une qualité d’expert. Déjà après l’assassinat de Rabin, il avait prétendu qu’il pouvait prouver, grâce à l’analyse des angles de tirs, que Ygal Amir n’a pas tué le premier ministre….

E. Schemla  Avez-vous reçu des autorités militaires israéliennes une preuve écrite du mandat de Nahum Shahaf ?

C. Enderlin  Absolument jamais. Je dis bien : jamais. Nous avons à plusieurs reprises reçu des lettres signées - différemment d’ailleurs - de Shahaf, mais jamais l’armée israélienne ne nous a jamais informés qu’il était mandaté pour recevoir des images quelles qu’elles soient….Et France 2 n’a jamais reçu une demande officielle de qui que ce soit - cela par écrit comme il se doit dans une affaire comme celle-ci- pour participer à une enquête quelconque.

E. Schemla  Ce qui signifie que seul le général Yom Tov Samia était décideur, et pas l’Etat major ? Pourtant, une reconstitution de la scène de Netzarim a bien eu lieu dans le désert du Neguev, pour analyser les angles de tirs ?

L’enquête de l’armée israélienne était en fait une initiative personnelle du général Yom Tov Samia


C.Enderlin  Le 8 novembre2000, le général Shaul Mofaz, le chef d’état major, a déclaré devant la commission des Affaires étrangères et de la défense de la Knesset que cette enquête était une initiative personnelle de Yom Tov Samia. C’est ce dernier qui a invité Nahum Shahaf à y participer. Selon les rares journalistes qui ont pu y assister, cette reconstitution n’a pas été réalisée sur la base des distances réelles. Aucun expert indépendant n’a pu y participer. Alors…
Lors d’une interview à la télévision israélienne en novembre 2000, Samia a dit : « Enderlin refuse de nous donner des images, sauf si je vais devant la Haute Cour de justice pour les obtenir ». Il a ajouté : « Je n’ai pas le temps d’aller devant un tribunal ». En vérité, ce n’est pas moi, Enderlin, mais FR2 qui refuse d’examiner une telle requête si elle n’entre pas dans le cadre d’une procédure en bonne et due forme. Là aussi, je ne comprends pas. Tsahal a un département juridique qui emploie des dizaines d’avocats et de juristes. Puisque le général n’avait pas le temps de faire une démarche, pourquoi un lieutenant/avocat ne s’est-il pas occupé du dossier ? Le service juridique de l’armée a- t-il refusé de s’en mêler ?
De fait, le 5 décembre 2000, nous avons reçu un coup de téléphone d’une jeune femme se réclamant des services du porte-parole, le général Ron Kitrey à l’époque. Le service juridique de FR2 a répondu que par principe la chaîne ne remettait de matériel journalistique à aucune autorité, mais qu’il était prêt à examiner la demande israélienne, s’il était informé au préalable de la composition de la commission d’enquête, de son objectif, de son cadre judiciaire et légal, par écrit toujours. Personne ne nous a jamais répondu. Personne, dans l’armée israélienne, ne nous a demandé officiellement ce matériel. Seulement Nahum Shahaf.

E. Schemla  Tout ceci ne pouvait que donner l’impression que vous aviez quelque chose à cacher…

C. Enderlin  Vous avez vous-même visionné tout le film. Avant la scène fatidique, que voit-on ? Au carrefour de Netzarim, le clash classique : des manifestants qui jettent des pierres sur la position israélienne, l’armée qui utilise les gaz lacrymogènes, le croisement est encore ouvert, et au milieu de tout ça, Abu Rahme fait des interviews de manifestants, un entretien en pleine rue avec Hakim Abdel Awad, chef de la Shabiba, les Jeunesses du Fatah à Gaza, qui explique en anglais que tout ça va durer deux, trois jours, qu’il s’agit de montrer aux Israéliens l’importance pour les Palestiniens du Haram Al Sharif, le Mont du Temple. Et soudain, on entend et on constate que des échanges de tirs ont lieu, très violents, car subitement les Palestiniens ont ouvert le feu [ ndlr : d’un poste de police palestinien, situé dans l’alignement du mur, entre les Al-Dura et la position israélienne, donc tirant dans l’autre sens que le père et son fils. Ce poste était placé sous l’autorité du brigadier général Osama Al-Ali, président du Comité régional de sécurité, membre du Fatah et du Conseil National Palestinien]. Les manifestants prennent la fuite, le père et Mohamed se cachent derrière le tonneau, Talal est presque au milieu du croisement, il réussit à s’abriter derrière une camionnette. Lui-même et tous ces événements sont filmés également en direct par Associated Press et Reuters, sous un autre angle, car les deux autres équipes de cameramen se mettent à l’abri, elles, des deux côtés du fameux mur. D’ailleurs, sur les images tournées par Reuters, on voit un des cameramen et un photographe qui filment et prennent des clichés, juste derrière le gosse, et prennent ensuite la fuite quand les tirs sont trop violents. La suite, Abu Rahme se trouvant exactement en face des Al-Dura, de l’autre côté de la rue, à l’abri de la camionnette, on la connaît.

E. Schemla  Pourquoi les confrères qui ont filmé tout ceci ne sont-ils pas intervenus dans la polémique qui vous met en cause ?

C.Enderlin  Mais, vous vous trompez ! Nous avons ces images qui sont passées aux EVN, les échanges internationaux, et je les ai diffusées le 27et le 28 novembre 2000 sur France 2 dans des sujets sur la conférence de presse de Yom Tov Samia, qui les a aussi. La vraie question concernant cette affaire est la suivante, me semble-t-il : pourquoi le père et le fils restent-ils derrière le tonneau ? Ma réponse, c’est qu’ils sont paralysés par la peur.

E. Schemla  C’est en effet le sentiment que l’on a au visionnage. Alors, que vous inspirent de récents propos de Shahaf – très proches de ceux qu’il tenait dès le début de cette affaire, comme en témoigne un article de Haaretz en anglais que nous produisons ci joint –, prétendant que ce n’est pas le petit Mohamed qu’on voit sur ces images, et que tout ceci n’est qu’une mise en scène des Palestiniens qui auraient sacrifié un de leurs enfants ? Propos repris à leur compte par une partie des juifs français.

C. Enderlin  C’est n’importe quoi, une ignominie. Shahaf nous a bombardé de coups de téléphone, il est même venu dans mon bureau à Jérusalem le 5 avril 2001, et il a été expulsé par la sécurité du studio

E. Schemla  C’était au moment où, en Israël, les chaînes de télévision faisaient des sujets sur le film qu’Esther Shapira venait de réaliser pour la chaîne de télévision allemande ARD, film qui sera projeté ce mercredi soir à Paris en extérieur, lors de la manifestation contre vous. Pourquoi France 2 refuse-t-il obstinément de le montrer aux téléspectateurs français ? Parce qu’il pourrait introduire un doute dans leur esprit, contredire votre propre travail ? Qu’avez-vous à craindre ?

C. Enderlin  Rien. Jamais, nous n’avons reçu de plainte de l’armée ou d’un autre organisme officiel israélien ni sur l’affaire Mohamed A Doura, ni à propos d’un quelconque reportage du bureau de Jérusalem. Quelqu’un imagine t’il que ce bureau pourrait encore fonctionner en Israël s’il y avait le moindre soupçon à notre égard ? En fait, nos relations avec toutes les administrations israéliennes sont bonnes et professionnelles, de même d’ailleurs qu’avec les Palestiniens. Sans cela, nous serions obligés de fermer boutique. Encore une fois, je suis journaliste, pas directeur. Ce n’est pas moi qui décide de ce qui passe à l’antenne, des films, des documentaires qui sont diffusés. Je ne valide pas mes propres sujets dans le journal. Pour cela, il y a une hiérarchie professionnelle… Tout est visionné par les responsables de l’édition, comme il se doit. Les gens qui m’accusent d’empêcher le passage à l’antenne du documentaire allemand font preuve d’une ignorance totale du fonctionnement d’une chaîne de télévision.

E. Schemla  Quelles réflexions personnelles vous inspire le film de Shapira ?

Le film d’Esther Shapira en apprend plus sur les médias que sur la mort du petit Al-Dura


C. Enderlin  Là encore, il y a des choses curieuses. Elle a interviewé des soldats qui auraient été dans le poste israélien le 30 septembre 2000. Elle les appelle Ariel, Alexei et Idan. Or, les soldats qui se trouvaient dans la position étaient des Druzes, et ils ne peuvent donc pas se prénommer ainsi. Elle nous accuse de cacher des images, ce qui est complètement faux. Je cite : « C. Enderlin, le chef de Bureau de France 2 dit qu’il a diffusé les 50 secondes disponibles alors que Talal Abou Rahmeh, le cameraman, m’a parlé avec certitude d’une cassette de six minutes » A un confrère qui, lui, a pris la peine de me demander des explications, j’ai répondu : « Madame Shapira pouvait prendre son téléphone et me poser la question. Dans la séquence de cinq minutes que dure l’échange de tirs, il y a les cinquante secondes avec le gosse. » Pour le reste, je partage entièrement l’avis de Tom Segev, journaliste et historien, qui en a fait la critique dans Haaretz. Ce film nous en apprend plus sur les médias et l’échec du service du porte-parole de l’armée que sur la mort de l’enfant. Segev a suivi l’affaire de très près, il est allé en Jordanie interviewer le père, il s’est rendu à Netzarim, il est venu voir toutes les images. Le seul scoop de Shapira, dit-il, c’est une vidéo tournée par l’employeur israélien du père de Mohamed, où l’on voit ce Palestinien participer à la bar mitzva du fils de son patron.. A ce jour les chaînes israéliennes n’ont pas diffusé ce documentaire. Il y a là des insinuations, aucune démonstration convaincante.

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Mis en ligne le 6 octobre 2007, par M. Macina, sur le site debriefing.org