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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Des cas d’enderlinite signalés en Israël, Ilan Tsadik
06/10/2007

Des cas d’enderlinite signalés en Israël (info # 012709/7) *

Par Ilan Tsadik

© Metula News Agency http://www.menapress.com/

Thursday 27 September [15:37:00 BST]

 

* Attention : Ce texte est reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et de Metula News Agency. Cette reproduction est assujettie à une clause qui en limite la diffusion à mon site. En conséquence, tout site, ou liste de diffusion qui reprendraient ce texte, en excipant du fait qu’il figure sur debriefing, s’exposeraient à des poursuites légales. (Menahem Macina).  

 

Notre enquête sur la Controverse a probablement démontré que Charles Enderlin était un journaliste médiocre, qui collectionne la diffusion de contrevérités en quantités astronomiques. En revanche, le correspondant de FR2 est tout aussi assurément un expert des relations publiques et personnelles : le nombre de journalistes prêts à sacrifier tout de leur curiosité professionnelle, de même que leur respectabilité, pour prendre la défense du commentateur de la mise en scène de Nétzarim est en effet étonnant.

En France, ces confrères se comptent par dizaines. En citant Schneidermann et Vincent Hugeux de l’Express, Dominique Vidal et Nicolas Delesalle de Télérama, on ne fait qu’effleurer la liste de ceux qui sont disposés à dire ou écrire n’importe quoi, à médire sur la qualité de n’importe qui, dans le seul but d’épargner à Enderlin l’obligation de s’expliquer sur l’imposture de Nétzarim et d’en rendre compte.

On trouve ainsi des "enderlinistes" parmi les dirigeants politiques de l’Hexagone – le plus célèbre d’entre eux étant l’ex-président Chirac -, dans les media, et jusqu’au sein des organisation représentatives de la communauté israélite. Des gens qui considèrent que faire la lumière sur l’une des plus sanglantes affaires d’accusation de meurtre rituel juif, qu’Enderlin a contribué à confectionner et à diffuser, a moins d’importance que sauver la culotte de leur héros.

Dans l’atmosphère de licéité à fustiger Israël, sans discernement, pour tous les actes qu’elle commettait, qui prévalait à Paris sous la Chiraquie, on peut se faire une raison, sans pour autant leur trouver des excuses, du choix, déontologiquement inqualifiable, qu’on fait ces personnes. On continue cependant à s’étonner que l’"enderlinite" frappât également de ce côté-ci de la Méditerranée.

Car ce virus malin est solidement implanté dans les murs du ministère israélien des Affaires Etrangères, et il a également inoculé un nombre inquiétant de journalistes. Parmi eux, Nicolas Rosenbaum, l’un des rédacteurs en chef de l’information de la principale radio d’Etat, Réshet Bet, qui n’a pas hésité à qualifier par écrit son homologue de la Ména de nazi, pour sa responsabilité éditoriale dans la conduite de l’enquête sur la Controverse de Nétzarim.

Comme ce fut le cas lors de l’Affaire Dreyfus, les "enderlinés" n’ont aucun argument sérieux à opposer aux centaines d’indices et aux dizaines de preuves de l’imposture que notre enquête a réunis, aussi, s’attèlent-ils à invectiver personnellement les Dreyfusards, à leur coller des étiquettes politiques infamantes, dont on ne peut objectivement soupçonner qu’elles soient leurs, et à diffuser de gras mensonges, qui appartiennent autant au journalisme que la cueillette des cèpes est liée au Mont Sinaï. Cela nous chagrine de le dire, mais on connaît ces méthodes de dialogue et les périodes durant lesquelles elles ont sévi.

Ce qui caractérise encore les enderlinés, c’est leur propension chronique à l’évitement : évitement de citer correctement les thèses qui condamnent leur Charles ; évitement d’aller chercher au-delà d’un intérêt nano superficiel dans les faits établis ; évitement de tout dialogue avec les Dreyfusards, et, bien sûr, évitement de toute confrontation publique des thèses avec ceux d’en face.

 

En prenant connaissance d’un article dans la livraison du 22 courant d’Haaretz, nous avons eu la douloureuse tâche de constater que leur éditorialiste-phare, Tom Segev, avait été enderliné. Tous les symptômes du diagnostic, que j’ai listés plus tôt, sont repérables dans la partie intitulée Qui a tué Mohammed al-Dura ? du commentaire de Segev, Payer pour les péchés des fils. Tous.

Cela débute (mal pour Segev) par deux affirmations aventureuses dans sa seule première proposition : "Mohammed Al-Dura mourut le 1er octobre 2000 (…)".

D’abord, en affirmant que Mohammed est mort, en tête d’article, alors que cela constitue précisément l’objet de la polémique en cours, on ne laisse pas beaucoup d’espace à la réflexion partagée. Ensuite – il aurait tout de même fallu que le confrère se documente un minimum -, le reportage-imposture de Fr2 situe au 30 septembre à 15 heures la date de l’assassinat du petit palestinien par les méchants soldats de Tsahal, non le lendemain.

Erreur technique, je veux bien, mais qui situe tout de même assez bien le degré de connaissance de l’affaire par son auteur. Alors allons directement au plat principal du menu que Tom Segev veut faire avaler à ses lecteurs : "Il y a quelque chose de pathétique à propos des efforts visant à prouver que France 2 a fabriqué cette histoire, comme si cela pouvait démontrer le bien-fondé de l’occupation israélienne. (…)".

Symptôme connu de l’enderlinite : qu’est-ce qui permet à Segev de penser que les enquêteurs de cette controverse entendent justifier (ou condamner d’ailleurs) l’occupation israélienne ? Evidemment, si l’éditorialiste du Haaretz avait pris la peine de nous appeler avant d’affirmer une telle sottise, il en rirait aujourd’hui avec nous.

Mais cette ineptie porte bien plus à conséquence qu’il n’y paraît initialement. A en croire son auteur, il faudrait obligatoirement poursuivre un but politique lorsque l’on se pose la question de l’authenticité d’une image d’actualité. Y a-t-il vraiment quelque chose de pathétique à vérifier qu’une chaîne de télévision occidentale n’est pas à l’origine de la construction de l’icône de l’Intifada ? L’icône au nom de laquelle le processus d’Oslo a été interrompu, Daniel Pearl, au Pakistan, et d’autres otages aux mains des islamistes, ont été décapités au couteau de boucher, des milliers d’Israéliens et de Palestiniens ont perdu la vie ?

Si l’on suit cette voie de la négation de l’importance de la véracité du fait réel, au profit de la symbolique "vraie" qu’il est censé représenter, il faut mettre un terme à l’exercice de la profession de reporter. On devrait, sur la même lancée, accepter l’affirmation selon laquelle Israël a rasé jusqu’aux fondations la cité de Djénine, et qu’elle avait massacré sa population, même si l’on a constaté de visu que Djénine était intacte, et que sa population était saine et sauve.

En faisant un pas de plus dans la direction proposée par Segev, il serait pathétique de décrire la vérité, dans l’accomplissement de notre métier, en affirmant que l’Etat hébreu n’est pas engagé dans le génocide du peuple palestinien, et qu’environ 4 000 morts, lors d’un conflit armé de sept ans, participent de la guerre la moins létale de l’histoire des guerres modernes.

Il faudrait alors laisser à des "artistes", genre Abou Rahma et Enderlin, le soin de mettre en scène les symboles qu’ILS jugent importants pour l’illustration d’un différend. Pour Segev, dénoncer, preuves à l’appui, que des mythes fauteurs de guerre ont été fabriqués par des mains scélérates n’est pas seulement pathétique, c’est aussi inutile, puisqu’il poursuit : "Plus d’un enfant palestinien a été tué par le feu de guerre de l’armée, sans que leurs morts n’aient été filmées. Quoi qu’il en soit (même s’il s’agit d’une mise en scène. Ndlr.) ces images ont désormais acquis une viabilité mythologique qui n’est plus dépendante de la question de savoir si ce qu’elles montrent a véritablement existé".

Nous sommes en présence du copié-collé de la réponse faite par Enderlin à l’article de Juffa dans le Wall Street Journal et à Jeambar et Leconte dans les pages d’opinion des lecteurs du Figaro : la prééminence de la vérité symbolique sur la vérité factuelle. Cette réponse d’Enderlin lui avait valu, à l’époque de son apparition, une cinglante leçon de journalisme de la part de Daniel Schwammenthal dans le WSJ et de Daniel Leconte, dans le Fig.

L’arrogance et la volonté de sauver le soldat Enderlin à tout prix ne feront pas accepter par l’opinion publique, que l’on a le droit de mettre en scène une situation si l’on pense qu’elle illustre une réalité. Cela nécessiterait, pour les gens qui pensent, de déléguer leur droit à juger d’une situation au profit de certains journalistes-metteurs en scène. Il fallait toute l’arrogance d’un Charles Enderlin, sûr de son réseau d’amis, pour imaginer que le public et les intellectuels allaient lui confier un mandat de ce genre. Que, pour lui épargner l’accusation d’imposteur et de fauteur de guerre, ils allaient accepter, au vol, d’entériner une révolution si absurde et dangereuse des conditions dans lesquelles se fait l’information.

Tom Segev vient de répéter l’impudicité d’Enderlin, il faut lui pardonner, car il ne sait pas ce qu’il écrit ! Lui dire que la Ména n’a rien fait qu’analyser un reportage qui avait été créé par d’autres. Et que le pathos, nous en sommes sûrs, de même que la suspicion d’une démarche de propagande, sont le lot de ceux qui ont inventé la mort d’un enfant palestinien, et non celui de ceux qui ont dévoilé l’imposture.

Il est transparent que, dans son article, le confrère d’Haaretz a repris, sans les examiner, les arguments fallacieux exprimés par le correspondant de FR2. Il n’a pas procédé à la moindre vérification – il est vrai que, pour lui, les faits sont surtout des mythes – et n’a pas pris la peine de confronter les mensonges d’Enderlin à la dure réalité revendiquée par ses contempteurs. C’est ainsi que Segev réitère la tentative d’escroquerie que son camarade de galère avait tentée, en direct, sur les téléspectateurs de FR2 lors de l’émission l’Hebdo du médiateur du 17 juin 2006 : un tribunal de Tel-Aviv aurait jugé que l’enquête de Tsahal sur l’Affaire Al-Dura aurait été non professionnelle et non scientifique.

Bah, bah, bah, Segev… La Ména, qui veille au grain, avait déconstruit cette autre minable tentative de fuite d’Enderlin, avec tous les détails nécessaires, dans son article Enderlin à nouveau pris par la Ména en flag de contrevérité. En fait, le tribunal en question, présidé par Madame Shoshana Almagor, en mai 2006, avait eu à trancher dans une affaire en diffamation, opposant un certain Yossef Doriel (plaignant), à Aaron Hauptman, pour une lettre que ce dernier avait publiée au courrier des lecteurs de Haaretz. Les remarques du juge concernaient une enquête privée, menée par Doriel (dont une copie est en notre possession), et en aucun cas celle diligentée par l’armée israélienne sur l’"assassinat" de Mohammed. Priée par nos soins de confirmer les faits, Tsahal s’était fendue d’un communiqué, qui figure dans notre article en lien. Enderlin n’a pas dû parler de cet article à Segev.

Toujours dans son article, Tom Segev nous apprend que France 2 a froidement opposé une fin de non recevoir à l’armée israélienne, qui lui demandait une copie des rushes de Talal Abou Rahma pour son enquête. "C’est comme si l’armée demandait à un journaliste de lui transmettre ses notes", aurait répondu la chaîne publique. Certes, sauf qu’il ne s’agit pas de notes, mais de l’élément central du témoignage judiciarisé, fourni volontairement par le cameraman de FR2 à Gaza, le seul témoin de l’"assassinat" de Mohamed Al-Dura.

Inquiétude : Segev, l’ânonneur de service des circonvolutions d’Enderlin, fait état, parlant des rushes, "des chutes brutes du film qui ont été prises pendant l’événement", et dont la durée serait "d’environ 20 minutes de film".

Que nenni ! Au cas où Enderlinfrancedeux songerait à embrouiller la Cour d’appel de Paris, qui a exigé de voir les rushes – plus rien de leur part ne nous surprendrait ! –, les rushes dont parle le tribunal sont ceux cités par Talala Hassan Abou Rahama dans son témoignage : il s’agit "d’environ 27 minutes" que Rahama affirme avoir photographiées "de l’incident" (et non durant l’événement, ce qui est très différent), qui s’est déroulé sur 47 minutes.

De Metula, où le virus de l’enderlinite n’a pas encore frappé, nous veillerons discrètement à ce que FR2 ne se trompe pas, une fois de plus, d’images, devant la cour d’appel. Et tiens, nous diffuserons également une version du présent article en hébreu, histoire que les Israéliens saisissent bien le principe de la prééminence de la vérité symbolique sur la vérité factuelle, selon Tom Segev.

 

Ilan Tsadik


©
Metula News Agency

 

Mis en ligne le 6 octobre 2007, sur le site debriefing.org