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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Affaire Al Dura : Accusée de mise en scène, France 2 porte plainte, Daniel Psenny
23/09/2007

Cet article, paru en novembre 2004, est inaccessible sur le site du "Monde". Je reproduis, ci-après, la copie que j’en avais faite, à l’époque, aux fins de documentation de cette affaire brûlante. Rappelons qu’elle vient de rebondir, avec l’exigence, formulée par la Cour d’appel de Paris *, que France 2 remette au tribunal les 27 minutes de prises de vues, que la chaîne nationale française refuse obstinément de rendre publiques, depuis octobre 2000. (Menahem Macina)

* Voir le "Compte rendu d’audience à la Cour d’appel, à propos de l’affaire al-Dura", réalisé par Véronique Chemla, pour Guysen Israel News.

 

20 novembre 2004

Le Monde


La diffusion d’un reportage tourné dans la bande de Gaza en 2000, où un enfant se faisait tuer, avait contribué à relancer l’Intifada.

France 2 a décidé de déposer plusieurs plaintes contre X pour "diffamation publique" suite aux accusations de "mise en scène" d’un reportage réalisé le 30 septembre 2000 dans la bande de Gaza où l’on voyait un jeune Palestinien, Mohamed Al Dura, se faire tuer par balles et son père Jamal gravement blesser lors d’un échange de tirs croisés entre l’armée israélienne et des combattants palestiniens.

Ces images tournées par le cameraman palestinien, Talal Abou Rahmeh, et commentées par Charles Enderlin, le correspondant de France 2 à Jérusalem, avaient fait le tour du monde. Elles montraient le père et l’enfant, serrés l’un contre l’autre, essayant de s’abriter des balles derrière un bidon avant que le gamin ne meure aux pieds de son père. La diffusion de ce reportage en France avait provoqué, à l’époque, de violentes réactions d’une partie de la communauté juive contre France 2, accusée de faire de "la propagande palestinienne". La diffusion de ces images avait contribué au déclenchement de la nouvelle Intifada dans les territoires palestiniens.

Jeudi 18 novembre, lors d’un point de presse au siège de France Télévisions, Arlette Chabot, directrice déléguée à l’information de France 2, a répondu à ces accusations de "mise en scène", lancées depuis plusieurs semaines sur le site Internet de l’agence Metula News Agency (Mena), dont le siège est situé dans une petite localité au nord d’Israël. Ce site militant a pour ambition de proposer une information "plus équilibrée et objective" sur la situation au Proche-Orient. Il y a quelques années, la Mena avait rebaptisé l’Agence France Presse (AFP) en Agence France Palestine.

En janvier 2003, un livre avait aussi été publié en France par Gérard Huber sous le titre Contre-expertise d’une mise en scène, accusant déjà France 2 d’avoir manipulé les faits. M. Huber fait partie d’un "collectif" qui, le 2 octobre 2002, a remis le "prix Goebbels de la désinformation" à M. Enderlin, devant le siège de France 2. Et la semaine dernière, le député Roland Blum (UMP, Bouches-du-Rhône) a interpellé le gouvernement sur cette affaire.

"Depuis six mois, on essaye de lancer une rumeur selon laquelle France 2 s’est prêtée à une manipulation, que le garçon n’est pas mort, que son père n’a pas été blessé et que tout ceci a été une mise en scène complaisamment filmée par France 2,a déclaré Mme Chabot. La chaîne n’accepte pas que le professionnalisme et l’impartialité de ses journalistes soient mis en cause et porte plainte pour mettre fin à cette campagne de diffamation."

Pour prouver la bonne foi de M. Enderlin et de son cameraman, Mme Chabot a projeté leur reportage tel qu’il avait été diffusé sur la chaîne ainsi qu’un autre reportage tourné au même moment, mais sous un autre angle, par l’agence Reuters. Les deux séquences prouvent qu’une "mise en scène" est hautement improbable. En outre, pour répondre aux accusations selon lesquelles Jamal Al Dura n’aurait jamais été blessé, un autre reportage de la télévision jordanienne, tourné le 1er octobre 2000 à l’hôpital militaire Al Hussein à Amman, montre le prince Abdallah rendant visite au père du jeune Mohamed, transporté en Jordanie pour y subir plusieurs opérations.

Enfin, France 2 a demandé il y a un mois au cameraman Talal Abou Rahmeh d’aller interviewer Jamal Al Dura à Gaza, où il vit toujours. Montrant sa carte d’identité pour bien se faire identifier, l’homme a accepté de se déshabiller devant la caméra pour montrer que ses cicatrices correspondaient bien à ses blessures filmées sur son lit d’hôpital. Concernant le petit Mohamed, France 2 a, par ailleurs, effectué une comparaison entre les photos de l’enfant, prises à la morgue, avec ses blessures au visage et les arrêts sur image de son visage lors de la fusillade.

"Il s’agit bien du même enfant et nous sommes prêts à livrer ses photos pour une expertise officielle",

a souligné Mme Chabot.

Déjà en 2002, une enquête de la journaliste allemande Esther Shapira, diffusée sur la chaîne d’outre-Rhin, ARD, avait émis des doutes sur cette fusillade et mis en cause les Palestiniens. Or, la commission d’enquête mise en place par Tsahal n’a pu déterminer si la mort du petit Mohamed avait été causée par des tirs israéliens ou palestiniens.

En France, c’est Luc Rosenzweig, ex-journaliste du Monde et aujourd’hui collaborateur occasionnel de la Mena, qui est à l’origine d’une contre-enquête réalisée il y a quelques mois à Gaza et en Israël.

"J’ai des convictions et je suis tout à fait favorable à ce que produit cette agence",

a-t-il déclaré au Monde. Selon lui, plusieurs "faits troublants" viennent étayer l’hypothèse de la mise en scène lors de la fusillade à Gaza.

"Talal, le cameraman, dit avoir filmé la scène pendant vingt-sept minutes et M. Enderlin, qui n’était pas sur place, a déclaré publiquement, notamment dans Télérama, avoir lui-même coupé les scènes trop insoutenables comme l’agonie du petit Mohamed, indique M. Rosenzweig. Or, France 2, qui a diffusé seulement quelques minutes de la scène, n’a jamais voulu montrer les rushes du reportage."

Par ailleurs, ajoute-t-il, dans son commentaire,

"Charles Enderlin affirme sans preuves que les balles venaient du côté israélien et explique que la fusillade s’est déroulée à 15 heures, alors que les médecins de l’hôpital de Gaza se rappellent que le corps de l’enfant est arrivé entre 11 et 13 heures. Cela fait beaucoup de mensonges."

Enfin, poursuit M. Rosenzweig,

"il demeure des doutes pour savoir si le corps de l’enfant enterré est bien celui de Mohamed et si les blessures du père sont bien réelles. Selon mes sources, le père qui a toujours refusé de me rencontrer, était un dealer. Il avait déjà été blessé à la main lors d’une bagarre."

Il y a trois mois, M. Rosenzweig a présenté sa contre-enquête à Denis Jeambar, le directeur de la rédaction de L’Express, pour une éventuelle publication, ainsi qu’à Daniel Leconte, producteur indépendant de télévision qui souhaitait en faire un document d’investigation. Tous deux ont accepté de le suivre et de l’accompagner dans son enquête, à condition que le secret soit bien gardé. Or, en octobre, une dépêche de l’agence La Mena révélait le travail de M. Rosenzweig. Alertée par cet article, Mme Chabot a rencontré à deux reprises MM. Jeambar et Leconte pour leur montrer les preuves de la bonne foi de France 2. Pas tout à fait convaincus, mais ne souhaitant pas porter des accusations sans preuves formelles, MM. Jeambar et Leconte ont préféré renoncer à poursuivre leur collaboration avec M. Rosenzweig.

Sollicité par Le Monde, M. Jeambar n’a pas donné suite et, de son côté, M. Leconte n’a pas souhaité faire de déclarations sur cette affaire.

Le mystère demeure sur l’origine des tirs

Quelques jours après la fusillade de Gaza, le 30 septembre 2000, l’état-major de Tsahal a mis en place une commission d’enquête pour savoir si les coups de feu qui ont tué Mohamed Al Dura avaient été tirés des positions israéliennes, ou palestiniennes. Après enquête dans ses rangs, l’armée israélienne n’a pas pu conclure, et le mystère reste entier sur l’origine des tirs.

Invoquant l’angle de tir, les militaires israéliens avaient exclu, dans un premier temps, que l’enfant ait été tué par leurs propres balles. Selon eux, pour mener à bout [lire : "à bien"] cette enquête, il aurait fallu la collaboration des combattants palestiniens. Par ailleurs, l’endroit où a eu lieu l’incident a été rasé par les Israéliens ce qui a empêché toute reconstitution.

Le 2 octobre 2000, le chef d’état-major adjoint de l’armée israélienne, le général Moshe Yaalon, avait reconnu que ses hommes pouvaient être responsables de la mort du petit Mohamed (Le Monde du 4 octobre 2000).

"L’armée israélienne ne tire pas sciemment sur des enfants, mais je peux garantir que de telles choses ne se reproduiront pas dans l’avenir",

avait indiqué le général.

 

Daniel Psenny

© Le Monde

 

Mis en ligne le 23 septembre 2007, sur le site debriefing.org