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Christianisme
Benoît XVI

Tullia Zevi au pape : « Soit la conversion, soit le dialogue », interview de U. De Giovannangeli
21/07/2007

"La prière pour la conversion des juifs remise en vigueur par le pape : «Une décision préoccupante, nous risquons de ne plus nous rencontrer »." ("L’Unita").

 09/07/2007

 

Article paru dans la revue italienne L’Unita

 

Texte original italien (sur le site La voce di Fiore) : "Tullia Zevi a Ratzinger: «O converte o dialoga»

 

 

Traduction française : Menahem Macina

 

 

« Espérer la conversion est légitime et c’est dans la nature du catholicisme. Ce qui n’est pas acceptable c’est d’agir en vue de la conversion. Ou l’on se convertit ou l’on dialogue. C’est pourquoi je suis préoccupée de la remise en vigueur, décidée par Benoît XVI, de la prière pour les Juifs "à convertir" ».

 

Celle qui s’exprime ainsi est une des figures les plus notables et représentatives du judaïsme italien : Tullia Zevi, ancienne présidente de l’Union des communautés juives d’Italie. Et de souligner :

 

« C’est un principe fondamental, tout ce qui peut servir à dissiper les équivoques et à éliminer les erreurs est important. »

 

« D’où l’importance du dialogue religieux, insiste-t-elle, parce que personne ne peut accorder ni obtenir quoi que ce soit sans une consultation réciproque permanente. Ma crainte est que ce besoin de dialogue ne s’assoupisse. »

 

Partant de cette déclaration de principe exigeante, je vous le demande : comment concilier la nécessité de la relance du dialogue interreligieux avec le rétablissement, par le Pape Ratzinger, de la prière pour que les juifs « se convertissent » ?

 

« Ou l’on se convertit, ou l’on dialogue. Je pense qu’il est important d’insister sur un rapport dialogique équivalent, dans lequel les deux parties soient vraiment équivalentes, et que le dialogue soit vraiment un dialogue. Ma crainte est que diminue l’esprit de dialogue. Il me semble que nous nous rencontrons peu et que nous parlons encore moins. Il y avait un secrétariat qui devait présider aux rapports religieux entre christianisme et judaïsme : que fait-il pour favoriser le dialogue ? Il serait nécessaire que se produise un réveil, que se créent des occasions et des lieux de rencontre ! Je pense aussi à un échange à trois qui inclue aussi les évangéliques. »

 

Je voudrais revenir sur la prière contestée, dont on a supprimé le passage qui parlait des « juifs perfides », mais dans laquelle subsiste la prière pour la conversion [des juifs]. Cela peut-il se concilier avec le dialogue ?

 

« Non, ce n’est pas faisable. Personne ne peut empêcher [les chrétiens] d’espérer la conversion [des juifs], mais la demander ou prier pour qu’elle se produise, non. Il est dans la nature du christianisme d’aspirer à la conversion, mais ce qui est inacceptable, c’est d’agir pour qu’elle se produise. Parce que c’est en contradiction avec la recherche du dialogue. Il y a aussi un autre point qu’il faudrait souligner… »

 

Lequel, Madame Zevi ?

 

« La recherche de la conversion est toujours à sens unique, et donc intrinsèquement inégale. Parce que nous autres, juifs, ne cherchons pas à convertir, et pour ce qui est de la vérité, nous ne faisons pas non plus d’énormes efforts pour la conserver… »

 

Avez-vous le sentiment que derrière certains discours, derrière certaines « restaurations » liturgiques, peut se cacher le virus de l’antisémitisme ?

 

« Il n’y a pas de symptômes extérieurs, je dirais que l’aspiration à convertir est incoercible, parce que c’est la nature du christianisme, religion évangélique, apostolique et "convertisseuse". Le christianisme, surtout le catholicisme, appelle [tout le monde] à lui. L’important est que cette "ardeur" à convertir ne force pas, qu’il ne devienne pas agressif au point de rendre vains les motifs du dialogue. De ce point de vue, il n’y a pas de doute que les rapports avec les [évangéliques] vaudois sont moins compliqués. Permettez-moi d’ajouter que cette recherche du dialogue a comme présupposé fondamental la connaissance que l’autre a de lui-même : c’est pourquoi je continue à considérer comme fondamental le rôle de l’école, qui doit devenir toujours plus un lieu de dialogue que d’évangélisation. »

 

Jusqu’ici, nous avons réfléchi au rapport interreligieux, aux espoirs et aux craintes pour la fécondité de son développement. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de plus : un défi de progrès auquel personne ne devrait se soustraire ?

 

« Le saut de mentalité que nous devrons faire tous ensemble, au-delà des appartenances  religieuse, culturelle, ou politique, consiste à passer d’une culture de la tolérance à une culture du dialogue. La tolérance doit finalement céder le pas au dialogue égalitaire entre majorité et minorités. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, mais nous devons continuer dans cette voie ».

 

 

Umberto De Giovannangeli

 

© L’Unita

 

Mis en ligne le 19 juillet 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org