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Iran

Pourquoi il faut bombarder l’Iran, Norman Podhoretz
27/06/2007

Malgré son titre un brin provocateur, il faut lire avec attention cette analyse d’un observateur qui a fait preuve, à maintes reprises, de perspicacité dans ses prévisions. (Menahem Macina).

Commentary, juin 2007


Traduction française : Fred Rothenberg pour www.nuitdorient.com – Révisée et corrigée par Menahem Macina pour www.upjf.org


Original anglais : "The case for bombing
Iran".

 

Bien que beaucoup persistent à le nier, je persiste à croire que le 11 septembre 2001 nous a plongés, la tête la première, dans rien de moins qu’une nouvelle guerre mondiale. Je l’appelle la quatrième guerre mondiale parce que je crois également que ce qu’on a généralement appelé la guerre froide était en fait la troisième, et que la guerre actuelle est plus proche de cette dernière que de la seconde. Comme l’historien militaire, Eliot Cohen, a été le premier à le comprendre, à l’instar de la guerre froide, celle que nous vivons a des racines idéologiques qui nous confrontent à l’islamo-fascisme, mutation du virus totalitaire que nous avions d’abord défait en tant que nazisme et que fascisme, puis en tant que communisme. Cette guerre a un objectif mondial, elle est menée à l’aide d’une large variété d’armes, certaines non militaires, et elle durera probablement plusieurs décennies [*].

Ce qui découle de cette analyse des cinq dernières années, c’est qu’on ne peut pas considérer les campagnes militaires d’Afghanistan et d’Irak comme des guerres limitées. Au contraire, nous devrions les considérer comme des fronts ou des théâtres d’opérations, ouverts dans les premiers stades d’un conflit mondial de longue durée. Il en va de même pour l’Iran. En tant que centre effectif de l’idéologie islamo-fasciste contre laquelle nous nous battons depuis le 11 septembre, et, à en croire le dernier rapport du Département d’Etat sur le sujet, en tant que principal commanditaire du terrorisme, qui est l’arme de choix de cet islamo-fascisme, l’Iran est, lui aussi, un front de la quatrième guerre mondiale. En outre, son projet de se constituer un arsenal nucléaire fait de lui l’ennemi le plus dangereux de tous.

Les Iraniens ont, bien entendu, toujours nié avoir l’intention de se créer un tel arsenal, et pourtant, ils n’hésitent pas, dans un même souffle, à décrire l’usage qu’ils en feraient. Leur première priorité, comme le répète sans relâche leur président, Mahmoud Ahmadinejad, est "d’effacer Israël de la carte", un objectif prioritaire qui ne peut être atteint au moyen d’armes conventionnelles.  

Mais les ambitions d’Ahmadinejad ne sont pas limitées à la destruction d’Israël. Il veut aussi dominer le grand Moyen-Orient et contrôler les champs de pétrole de la région et le flux de pétrole à travers le Golfe Persique. S’il parvenait à disposer d’un potentiel nucléaire, il n’aurait même pas besoin d’y recourir pour parvenir à ses fins. L’intimidation et le chantage suffiraient. D’ailleurs, les ambitions d’Ahmadinejad ne se limitent pas à la région. Il a de plus hautes aspirations : développer la puissance et l’influence de l’islam dans l’Europe entière et, cela aussi, il espère l’obtenir en jouant sur la crainte que la résistance à l’Iran ne conduise à une guerre nucléaire. Et finalement, se fait jour le plus grand de tous ses rêves : ce qu’Ahmadinejad n’hésite pas à qualifier d’un "monde sans l’Amérique". Aussi mentalement dérangé qu’il puisse être, il est difficile de penser qu’Ahmadinejad puisse imaginer effacer l’Amérique de la carte, même avec des armes nucléaires. Mais ce qu’il envisage peut-être est une diminution de la volonté américaine de lui résister : c’est-à-dire que, à défaut d’un monde sans l’Amérique, il accepterait, du moins à court terme, un monde où l’influence américaine serait amoindrie.

Rien de surprenant à ce que les experts américains traditionnels en politique étrangère, et de nombreux autres, considèrent ces rêves comme les chimères d’un fou. Ils qualifient aussi ceux qui ne pensent pas comme eux de néo-conservateurs alarmistes, susceptibles d’entraîner le pays dans une autre guerre insensée, qui ne servirait pas les intérêts des Etats-Unis, mais seulement ceux d’Israël. Cependant, l’ironie des choses veut que les rêves d’Ahmadinejad soient plus réalistes que leurs démentis qui les qualifient d’illusions. Pour comprendre pourquoi, une analogie avec la troisième guerre mondiale [l’auteur appelle ainsi la guerre froide de l’époque du ’rideau de fer’] s’avère utile. 

A certains moments de la précédente guerre, certains parmi nous craignaient que les Soviétiques ne prennent le contrôle des puits pétroliers du Moyen-Orient, et que l’Occident ne soit placé devant l’alternative de céder à leur domination, ou d’essayer de les arrêter, au risque d’un affrontement nucléaire, et qu’il choisisse de capituler. Dans ce cas, pensions-nous, le résultat serait ce qu’on appelait alors une finlandisation comme l’historien militaire, Eliot Cohen, a été le premier à l’admettre.

En Europe, où il y avait d’importants partis communistes, la finlandisation consistait à permettre à ces partis d’accéder au pouvoir pour établir des régimes ressemblant à un "Vichy rouge", comme celui qui fut alors mis en place en Finlande - régimes dont la soumission aux Soviets, tant à l’intérieur qu’en politique étrangère, rendait l’occupation militaire inutile et préservait ainsi un degré minimum d’indépendance nationale.

Aux Etats-Unis, où il n’y avait pas de parti communiste digne de mention, nous pensions que la finlandisation prendrait une forme plus subtile. En diplomatie, les politiciens et les gourous célébraient l’avènement d’une nouvelle ère de paix et d’amitié, grâce à laquelle la politique de guerre froide et d’encerclement serait abandonnée, donnant ainsi aux Soviétiques une liberté complète de s’étendre sans rencontrer d’obstacles significatifs. Et en politique intérieure, la finlandisation signifierait que les seuls candidats à des postes, qui pourraient être élus, seraient ceux qui s’engageraient à oeuvrer pour un système sociopolitique plus en harmonie avec celui des Soviets, que l’injuste ploutocratie capitaliste sous laquelle nous vivions.

Bien sûr, grâce à Dieu, aux dissidents de derrière le rideau de fer et à Ronald Reagan, nous avons gagné la troisième guerre mondiale et nous avons fait l’économie du pillage que la finlandisation nous aurait causé. Hélas, nous sommes loin de connaître ce que sera le résultat de la quatrième.

Pourtant, en analysant l’Europe aujourd’hui, nous voyons se mettre en place un processus analogue à celui de la finlandisation, qui a été appelé, à juste titre, l’islamisation. Considérez, par exemple, ce qui s’est passé [récemment] lorsque… les Iraniens ont capturé quinze marins britanniques et les ont détenus en otage. La Royal Navy, qui, jadis, s’enorgueillissait de sa domination maritime, a-t-elle répliqué immédiatement à cet acte d’agression, ou même seulement menacé de le faire si les captifs n’étaient pas libérés séance tenante ? Pas le moins du monde. Au contraire, l’usage de la force fut la dernière chose que les Britanniques envisagèrent, et ils l’ont fait savoir. En fait, ils se sont fiés à la "diplomatie tranquille", si appréciée des Européens "évolués" et de leurs "compagnons de route" [1] américains.

Mais ensuite comme si cette démonstration d’impuissance n’était pas suffisamment humiliante, les Britanniques ne furent même pas capables de mobiliser la "diplomatie tranquille". L’Union européenne, dont ils sont membres, refusa de menacer l’Iran d’un gel des importations. Quant à l’ONU, sous les auspices mêmes de laquelle les marins britanniques sillonnaient les eaux internationales, elle montra à nouveau son véritable visage en refusant de condamner les Iraniens. Le maximum que le Conseil de Sécurité s’autorisa fut d’exprimer "sa grave préoccupation".

Simultanément, un membre du cabinet britannique réussit à faire encore mieux que le Conseil de Sécurité. Ne trouvant rien à redire aux photos de propagande de la seule femme-otage qui avait été forcée de troquer son uniforme pour un vêtement islamique, la Secrétaire à la Santé, Madame Patricia Hewitt, jugea "déplorable" qu’elle se soit permis d’être photographiée une cigarette à la bouche.

"Ceci", expliqua Hewitt, "envoie un message totalement négatif à nos jeunes".

D’après John Bolton, notre ancien ambassadeur à l’ONU, les Iraniens ont testé les Britanniques pour voir s’ils auraient un prix quelconque à payer pour ce qui aurait été considéré autrefois comme un acte de guerre. Ayant reçu la réponse, Ahmadinejad put même ensuite se payer le luxe, comme l’a expliqué le commentateur, Daniel Johnson, d’apparaître comme "un bienfaiteur", en libérant les otages, tout en commanditant encore davantage d’attaques en Irak, et même de continuer à armer les organisations terroristes, qu’elles soient chiites (Hezbollah) ou sunnites (Hamas). Pour les chiites fanatiques, Ahmadinejad et ses semblables mettent de côté les oppositions confessionnelles, lorsqu’il s’agit de nouer des alliances pour le djihad contre les infidèles.

Si, alors, dans ces circonstances, Ahmadinejad a pu amener [les Britanniques au] degré de servilité qui résulta de l’enlèvement des marins, que n’obtiendrait-il pas s’il avait des bombes nucléaires susceptibles d’être placées sur des missiles capables d’atteindre l’Europe ? Dans ce contexte, Robert G. Joseph, l’envoyé spécial américain pour la non-prolifération nucléaire, nous indique ce qui suit :

"[L’Iran] développe ce qui est, d’ores et déjà, la plus importante force offensive de missiles de la région. En outre, il travaille en étroite collaboration avec la Corée du Nord, le disséminateur numéro un de missiles dans le monde, pour mettre au point des missiles balistiques encore plus perfectionnés".

Et Joseph de confirmer :

"C’est la raison du consensus des analystes sur le fait que, dans un avenir prévisible, l’Iran sera équipé de missiles à moyenne et longue portée ; et c’est pourquoi aussi nous pourrions nous réveiller, un matin, face à un Iran qui prendrait en otage Berlin, Paris, ou Londres pour obtenir la satisfaction de ses exigences du moment, quelles qu’elles soient".

 

Norman Podhoretz

 

© Commentary

 

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Note de nuitdorient.com

[*] Selon une interview réalisée par sa fille, Ruthie Blum, pour l’édition internationale du Jerusalem Post (15/21 Juin 2007- n°2433), N Podhoretz pense que la 4ème guerre mondiale durera entre 30/40 ans, et que les forces de la liberté finiront par l’emporter. Il pense qu’aussi bien le Pakistan que l’Arabie sont des ennemis des Etats-Unis, qui, à terme, seront défaits et se rallieront au libéralisme occidental, mais que l’Iran reste la priorité immédiate. En ce qui concerne la Syrie, il pense que l’occasion a été manquée de se débarrasser du régime des Assad, au début de l’invasion de l’Irak.

 

Note du correcteur d’upjf.org

[1] "Compagnons de route". Le traducteur a mal compris l’expression "American fellow travelers", qu’il a rendue, de manière étrange, par "leurs homologues américains en visite sur leur continent". Il s’agit, en fait, de l’expression bien connue de "compagnons de route", qui désignait, à l’époque du prestige énorme du communisme auprès des gauches du monde dit libre, celles et ceux – majoritairement des socialistes - qui, tout en n’étant pas membres du parti communiste, en étaient des sympathisants et des alliés politiques objectifs.


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Mis en ligne le 27 juin 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org