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Pense-t-on convaincre avec ce galimatias ? G. Lévy

25/04/2005
Constitution européenne

25 avril 2005

Selon Ivan Rioufol, du Figaro, "dans son livre de défense de la Constitution, Villepin chante l'Europe : «Face à la tentation du repli [...] nous pouvons être un lien précieux, un passeur d'universel»… «Modeler la matière, étreindre l'autre, se laisser gagner par d'autres rythmes, d'autres couleurs : voilà l'esprit avec lequel nous devons renouer, car il y a une nouvelle histoire à écrire. Nous devons laisser battre plus fort, en nous, l'éblouissement de la création»".

La phrase est toujours belle, avec notre chantre, et qu'importe le contenu, même s'il s'agit «d'une fuite vers une modernité indiscernable» ! Pourtant, le charme de Merlin l'enchanteur est rompu, et il est le seul à ne pas s'en aviser.

En effet, quotidiens et hebdomadaires s'accordent pour conclure que la prestation de M. Chirac "a révélé la distance entre le pouvoir et le pays", qu'à force "de s'être désintéressé de la Nation", ce référendum devient le révélateur du malaise de nos concitoyens, qu'il est désormais perçu comme un plébiscite, et qu'il convient de sanctionner le monarque. Ce mot est ainsi employé 6 fois par l'éditorialiste du Point (l'hebdomadaire le plus lu en France), et un nombre de fois non négligeable dans le reste des pages (par exemple, ce titre : "Une monarchie inavouée"). L'impertinence n'était pas aussi fréquente jusqu'à ce jour.

Nos "élites" seraient sourdes si elles n'entendaient pas gronder le rejet d'un système, où la représentation du peuple n'a plus aucun pouvoir ; où un président peut bousculer les élus en décidant seul, le 17 décembre 2004, de nous marier, contre notre gré, avec la Turquie ; où un premier ministre affirme "n'avoir qu'un seul électeur : le président" ; où presque tous les ministres, même les plus talentueux, sont aux ordres.

C'est là une telle dérive de notre propre constitution (l'article 20 stipule, pourtant, que le premier ministre détermine et conduit la politique de la Nation), qu'elle aboutit, tout à la fois, au rejet de la constitution européenne, à celui de notre constitution actuelle, et au regret de la Quatrième république : "L'étouffement d'une véritable démocratie représentative, la soumission du monarque aux sondages, l'aplatissement devant la rue, les excès de complaisance démagogique, nous font ressentir les perversités de la démocratie directe, dont le référendum est l'instrument idéal. Dieu sait où ils nous entraînent !" (Claude Imbert).

Même diagnostic de Max Gallo : "ce traité appartient déjà au passé, car les élites ne voient pas, ou refusent de voir ce qui est en gestation dans ce mouvement de volonté identitaire, de resurgissement (sic) des identités nationales". Etait-il nécessaire aussi de rejeter nos racines judéo-chrétiennes (pour séduire qui ?), au moment où l'on souligne le rôle du pape précédent dans la chute du communisme, le mal européen par excellence ?

Avant d'accepter une constitution européenne pratiquement irréversible, "que pensez-vous de la démocratie représentative en France, il n'y a qu'à répondre : Ce serait une bonne idée." (Le Point). Commençons par là !

© Gabriel Lévy



Mis en ligne le 25 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.