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'Les peuples ont les dirigeants qu'ils méritent'. Et si c'était l'inverse ? G. Lévy

19/04/2005
18 avril 2005

Toujours à propos de la Constitution européenne.


Tous les journaux s'accordent à remarquer l'étonnement, la stupeur, de notre président de la République devant les questions d'un échantillon de jeunes, invités à débattre avec lui de la constitution européenne. C'est ainsi qu'ils ont tous retenu cette phrase du président : «Votre peur, je ne la comprends pas. A vrai dire, cela me fait de la peine».

Ainsi, nos dirigeants n'auraient-ils que le peuple qu'ils méritent ? Des citoyens gavés d'avantages, d'assistance, de cellules de soutien psychologique (fournies par l'Etat, et non par la famille ou les amis), de principe de précaution (obligatoirement stérilisant), dopés - il le faut bien ! - aux divertissements ineptes, au ballon-roi, aux grand-messes sportives. "Du pain et des jeux !" Un «pouvoir déguisé en nourrice», un peuple infantilisé, incapable d'espérer autre chose qu'un emploi de l'Etat pour être assuré, sa vie durant, que rien ne changera et une retraite, maigre peut-être, mais sécurisante. Un lamento constant dans lequel il se complaît et des remèdes qui ne le font apparaître «qu'en fauteuil roulant, avec prothèses et tranquillisants, dans le suivi de psys devenus les anges gardiens du dolorisme» (Claude Imbert). Une combativité seulement réveillée pour le «toujours plus».

Des jeunes sans projet… mais nous en sommes responsables (les bacs plus 5 émigrent !), sans la moindre perspective européenne, même en cette circonstance exceptionnelle pour eux (les ors de l'Elysée et le dialogue avec un président). Selon une éditorialiste, Michèle Stouvenot : «C'étaient de vrais petits vieux. A quoi pensent-ils ? On a enfin la réponse : à eux. Jacques Chirac leur parlait valeurs, droits de l'homme, paix ; ils répondaient chômage, salaire, précarité… Comme s'en est indignée une auditrice : "Les jeunes, dans leurs lamentations, ils n'ont oublié qu'une chose : leurs points de retraite !"».

Et le président répétait «Un jeune doit être confiant dans l'avenir». Etonnant qu'il ne se soit pas attiré comme réponse, de la part de ceux à qui l'on n'a appris que le présent : «L'avenir, c'est quoi ?». Pourtant, dans le même journal, un américain (Richard Perle) notait que notre fierté patriotique faisait peut-être défaut ; que lorsqu'un «immigré parvient à acquérir la nationalité américaine, c'est une vrai joie pour lui» ; «que le rêve américain n'est pas un mythe». Pas étonnant, en revanche, que des chefs usés (quel que soit le parti dont ils sont issus) soient incapables d'entraîner le peuple qu'ils ont façonné pendant 50 ans dans le «rêve européen».

Nos dirigeants découvrent qu'ils ne savaient rien sur ces «jeunes» qu'ils n'avaient pourtant de cesse de cajoler, alors que l'«on sait tout sur les handicapés, sur les pervers, les autistes, les violés, les qui souffrent de la solitude, qu'on n'ignore plus rien des bobos, des bobos du show-biz, des angoisses existentielles d'une Lorie, ou des seins de Loana».

Voilà le résultat de ce dernier demi-siècle, où parents et dirigeants de l'Etat ont tout accordé, oubliant d'enseigner la vertu de l'effort, du courage, mais aussi celle de l'exemple et de la probité. Certes, n'est pas Jean Paul II qui veut, mais, chères élites, «votre peur, je ne la comprends pas. A vrai dire, cela me fait de la peine».

© Gabriel Lévy


Mis en ligne le 19 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.