Constitution européenne: des gouvernements français incohérents, G. Lévy
22 mars 2005.
Toute «l'élite» politique du PS, de l'UMP et de l'UDF craint désormais le désaveu du «peuple» Français sur la constitution européenne qu'ils ont élaborée. Deux faits ont alimenté leur crainte, ces derniers jours : le non-respect du pacte de stabilité par la France et la directive Bolkestein.
Dans les deux cas, il s'agit de non-événements, puisqu'ils avaient été déjà décidés précisément par cette «élite» politique. Le pacte de stabilité est né à Maastricht avec l'institution de la monnaie unique, créée, en théorie, pour ne pas être soumise aux aléas (voire à la prépondérance) de la monnaie américaine et pour contraindre les pays européens à la vertu en matière économique. Que se passe-t-il aujourd'hui ? Un très petit nombre de pays ont respecté les règles qu'ils s'étaient imposées. D'autres ont même triché. Qu'en sera-t-il de l'immense corpus juridique gravé dans le marbre d'une constitution trop contraignante ? La charrue est mise avant les bœufs.
Or, aujourd'hui l'euro paraît surévalué par rapport au dollar, ce qui gêne considérablement nos exportations et le tourisme, mais nous n'avons plus la possibilité de réajuster notre monnaie pour faire face à nos difficultés, car les pays vertueux seraient pénalisés par la dévaluation de l'euro… Hommage du vice à la vertu !
La libéralisation des servicesLe Figaro du 22 mars 2005 confirme que, «malgré la pression, Bruxelles ne retirera pas le texte sur la libéralisation des services, essentiel pour la croissance et l'emploi… et approuvé, faut-il le rappeler, par les deux commissaires français de l'époque, Pascal Lamy et Michel Barnier» (NDRL : l'un, «élite» socialiste, et l'autre, «si élite» qu'il est devenu ministre des affaires étrangères de la France).
«Nous n'allons pas renoncer à notre programme économique parce qu'il y a un référendum en France», a expliqué, hier, José Manuel Barroso.
«Nous sommes vingt-cinq, je ne peux pas prendre une décision en fonction d'un seul pays. Il faut faire des compromis. Cette directive est jugée très bonne, en l'état, par certains, mauvaise par d'autres. Il faudra trouver un équilibre. A cause de la France, la Commission a déjà annoncé qu'elle était prête à bouger, à s'adapter. Nous ne pouvons pas faire plus.» La singularité française s'accentue à Bruxelles, où l'Hexagone est considéré comme l'archétype du pays «'Vieille Europe', impossible à réformer».
«Impossible à réformer». C'est pourquoi nous persistons dans nos incohérences : «nous sautons comme des cabris en criant : l'Europe, l'Europe !…» et nous refusons d'en tirer les conséquences !
Et si l'accélération – imprudente – de la mise en place de cette constitution européenne ne servait que la vanité de quelques-uns ?
© Gabriel LévyMis en ligne le 23 mars 2005 sur le site www.upjf.org.