Le syndrome de Rome, Gabriel Lévy
09/03/2005
10/03/05
Quand le blâme éthique se conjugue à la culture, cela nous vaut une belle variation sur les expressions de la peur et de la capitulation, en l'espèce du titre néologique particulièrement bien trouvé de ce billet d'humeur, et une chute non moins fulgurante, en l'espèce du cinglant pastiche, que fait l'auteur, d'une phrase de Corneille. Si le trait en est court, sa blessure est profonde. Menahem Macina.Après le syndrome de Stockholm, qui se manifeste par la sympathie qu'accordent les otages à leurs geôliers, puis le syndrome de Madrid, qui se caractérise par la justification offerte par les victimes à leurs bourreaux, il faudra enrichir cette pathologie par le syndrome de Rome.
Une journaliste italienne couvre l'information en Irak sans cacher, pas plus que son entourage, sa détestation des Américains et son empathie pour les «résistants». Or, c'est justement elle qui est capturée pour servir de monnaie d'échange dans un chantage. En exprimant devant les télévisions ses craintes pour sa vie - termes de l'ultimatum - elle est contrainte de manifester une complicité objective avec la cause de ses geôliers.
Elle est libérée, sans que l'on sache la raison de la mansuétude de ses ravisseurs, puisque le gouvernement italien n'a pas accepté de retirer ses troupes. Pourquoi a-t-elle subi cette détention ? Est-ce l'anarchie qui règne en Irak qui ne permet pas de distinguer les journalistes amis, Français et Italiens, des autres ressortissants étrangers ?
Dans un climat, où tout est mis en œuvre pour éviter les attentats sanglants perpétrés par des commandos-suicide - qui n'ont de commisération ni pour la vie de leurs compatriotes, ni pour la leur -, la voiture de l'ex-otage est mitraillée par des soldats américains et un officier de sécurité est tué en protégeant cette dernière.
L'entourage de l'ex-otage accuse les soldats américains de s'être délibérément livrés à une tentative d'assassinat. Aucun commentaire n'est fait sur les raisons de sa capture, ni aucune condamnation des ravisseurs. Ils paraissent étrangers à la tragédie. Pourtant, sans cette prise d'otage, il n'y aurait pas eu la mort de son compatriote.
Qui, en définitive, est responsable ?
Comme dans les deux précédents exemples, il y a détournement de la responsabilité.
Comme dans le syndrome de Madrid, la responsabilité est obligatoirement celle des Etats-Unis, «unique objet du ressentiment» [1].
© Docteur Gabriel Lévy----------------------
Note de la Rédaction d'upjf.org[1] Pastiche de l'imprécation de Camille, dans Horace, la tragédie de Corneille (Acte IV) : "Rome, l'unique objet de mon ressentiment !", qui pourrait se rendre, pour respecter le nombre de pieds de cet alexandrin : 'US, unique objet de leur ressentiment'.
Mis en ligne le 10 mars 2005 sur le site www.upjf.org.