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Éditorialistes

Interview de Djamel Bouras, candidat du MoDem, par Michel Zerbib sur Radio J
08/06/2007

Sincère ou non, la palinodie de ce sportif qui a mis au tapis plus d’un partisan d’Israël, dans des émissions populaires, vaut son pesant de concessions. L’avenir dira s’il s’agit d’une "conversion", ou d’une "reconversion" à des fins électorales, et s’il fallait faire confiance à ce champion de judo, qui a encore, à n’en pas douter, plus d’une prise dans son sac de champion, pour déséquilibrer, au moment opportun, son adversaire, d’un "sutemi" (sacrifice) politique bien placé. Chacun se fera son opinion. (Menahem Macina).

08/06/07

Nous retranscrivons l’intégralité de l’interview exclusive de Djamel Bouras, qu’a réalisée Michel Zerbib, sur Radio J.

 

 

Michel Zerbib : Vous avez rencontré des membres de la communauté. Etait-ce une rencontre nécessaire par rapport aux positions que vous avez eues ces dernières années ? Iriez-vous manifester aujourd’hui pour soutenir la chaîne Al Manar ?

 

Djamel Bouras : J’ai été piégé une fois, je ne le serai pas deux.

 

MZ : Pourquoi avez-vous été piégé ?

 

DB : Parce que le comble, c’est que des Libanais chrétiens qui sont venus me voir et qui m’ont dit qu’il y avait une chaîne arabe qu’on allait enlever, donc ils sont venus au nom de la solidarité, c’est après que j’ai appris que c’était une chaîne du Hezbollah, je n’avais pas tous ces éléments, sinon je n’y serais pas allé.

 

MZ : Et votre soutien à Dieudonné ?

 

DB : Je me suis exprimé là-dessus depuis bien longtemps. Au début, c’était par rapport à la liberté d’expression que nous l’avons soutenu (avec Djamel Debbouze et Daniel Prévost) parce qu’on ne trouvait pas ça normal. Quand il a pété les plombs, quand Claude Askolovitch m’a appelé pour m’expliquer la réalité, j’ai compris qu’il (Dieudonné) avait un problème, j’ai préféré ne plus le soutenir.

 

MZ : On vous reproche votre cohabitation avec Mohamed Latreche, du parti des musulmans de France ?

 

DB : Je ne connaissais pas ce mouvement j’arrivais sur la laïcité comme J.C. Lagarde ou Jean Boberot. C’était contre l’exclusion, cette loi, plusieurs personnes l’ont votée, ce qui ne fait pas d’eux des intégristes. Je suis un véritable laïc ; heureusement que la laïcité est là. C’est moi qui ai demandé à rencontrer le rabbin et Samy Gozlan ; j’ai trouvé super cette rencontre : tout le monde peut faire des erreurs dans sa vie.

 

MZ : Vos propos ont pu émouvoir, le comprenez-vous ?

 

DJ : Oui, même si cela n’a pas été médiatisé, lorsque j’ai rencontré des amis juifs, j’ai compris. Je suis désolé si j’ai pu toucher la sensibilité de certains, mais c’était une mauvaise compréhension, ou moi qui me suis mal exprimé, ou des fois, c’étaient des pièges de certains.

 

MZ : Vous pensez qu’on a voulu utiliser votre prestige, votre nom ?

 

DB : Ca, c’est une certitude. Quand vous êtes comme moi vous êtes neutre, vous êtes pour la paix ; moi, en plus, qui suis contre l’antisémitisme. Le vrai piège c’est qu’on ne connaît rien du tout du Moyen-Orient. On doit aider de par nos valeurs, si on peut apporter des valeurs de paix, même là-bas, pour qu’il y ait deux Etats, l’un à côté de l’autre. C’est à nous d’aider au lieu de souffler sur les braises.

 

MZ : Il y a du racisme en France, un regain d’antisémitisme. Est-ce que, pour vous, un jeune beur ou un jeune black antisémite, ça vous choque ?

 

DB : Cela me choque, on ne peut pas comparer l’antisémitisme avec l’islamophobie, ou autre. Il faut se servir de la Shoah comme exemple par rapport à tous ces jeunes, pour leur montrer que ça a vraiment existé et que c’était il n’y a pas très longtemps. C’est très grave, ce qui s’est passé et plus jamais ça. Aujourd’hui on voit qu’au Darfour ça continue, peut-être pas dans le même sens, mais là-bas, ces massacres continuent. C’est pour ça que je pense que c’est intéressant de montrer ce qui a pu se passer, ce que l’être humain peut arriver à faire.

 

MZ : Certains peuvent penser que vous avez des relents antisémites, ça vous blesse ?

 

DB : Oui, c’est pour ça que j’ai essayé de les rencontrer, je me présente à la députation à Saint-Denis pour les législatives, et on se sert de ça pour me faire des coups bas et pour lancer des calomnies. Tout à coup, il y a des dossiers qui sortent. Les communistes me disent : « Djamel t’as changé, et la Palestine et tout ça… et il y a énormément de problèmes ici ». Déjà, ça me paraît bizarre que le député sortant (Patrick Braouzec, PC) ait, sur un tract, le mouvement euro-palestine qui le soutient.

 

MZ : Des gens utilisent le conflit au Proche-Orient pour semer le trouble dans les banlieues ?

 

DB : Il faudrait prendre des jeunes de banlieue pour les envoyer là-bas, en Israël, pour qu’ils découvrent ce qui se passe et la vérité.

 

MZ : Il faut se battre contre le racisme et l’antisémitisme côte à côte ?

 

DB : Je le dis déjà. C’est clair, je veux me battre contre le racisme et l’antisémitisme. Si je suis député, je ne ferai plus ces erreurs (soutenir Al Manar ou Dieudonné. NDLR), et même si je ne le suis pas. Quand vous avez une espèce de pression, on vous dit qu’il y a des injustices, des fois, vous ne savez pas vraiment et vous y allez, et ça a été mon tort.

 

MZ : Vous n’avez pas peur d’être taxé de récupération par le « lobby juif sioniste » ?

 

DB : Ne vous inquiétez pas, je m’y attends. Au contraire, si je peux faire le pont, je le ferai.

 

MZ : Vous êtes un vrai démocrate ?

 

DB : J’espère être un vrai démocrate et un vrai républicain, je suis pour le vivre ensemble, pour que toutes les confessions et les diversités vivent ensemble en paix et qu’on ne mélange pas tous les problèmes sociaux avec le racisme notamment.

 

MZ : Vous n’êtes pas du tout un candidat communautariste ?

 

DB : Pas du tout, au contraire. Je me bats contre ça : ma communauté à moi, c’est la France.

 

MZ : Quels sont vos rapports avec François Bayrou ?

 

DB : Je pense qu’il a été surpris, comme moi, de toutes ces attaques ; je me suis expliqué là-dessus avec lui, parce qu’il y a des pièges que lui ignorait, donc je lui ai expliqué. Il a compris, je lui ai dit que j’allais faire le maximum pour arranger tout ça, pour que ce soit transparent et pour qu’on regarde l’avenir ensemble.

 

 

© Radio J et M. Zerbib

 

[Texte repris des Brèves de l’UPJF, no 98, du 7 juin 2007.]

 

Mis en ligne le 8 juin 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org