Debriefing.org
Google
Administration
Accueil
Tous les articles
Imprimer
Envoyer
S’inscrire
Nous contacter

Informations, documents, analysesDebriefing.org
A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Procès France 2/ Enderlin contre détracteurs: Un chrétien dans l'engrenage judiciaire, M. Macina
27/10/2006


27/10/06

Le procédé qui consiste à réaliser un florilège d'extraits tronqués d'un texte original reproduit dans son intégralité par un média quelconque, est universellement utilisé pour mettre en tort un adversaire idéologique. L'absence de contexte, alors remplacé par des points de suspension, peut amener à faire dire à un texte le contraire de ce qu'il dit. Pour ne citer qu'un seul exemple parmi des centaines d'autres. On peut invoquer la Bible elle-même à l'appui de la négation de l'existence de Dieu. Il suffit d'extraire les mots "Il n'y a pas de Dieu", du Psaume 14, verset 1, en omettant le contexte, que voici : "Du maître de chant. De David. L'insensé a dit en son cœur : « Il n'y a pas de Dieu ». Ils se sont corrompus, ils ont commis des actions abominables; Il n'en est aucun qui fasse le bien. " Le contenu de la citation à comparaître, analysée ci-dessous, est de cette nature.
 

Un sympathique ami chrétien, créateur et responsable du site www.bethel-fr.com, m'informe qu'il a reçu une convocation pour première comparution devant le juge d'instruction du Tribunal de Grande instance de Paris. Motif : Mise en ligne, sur son site, d'un texte « portant atteinte à l'honneur ou à la considération de Mr Charles Enderlin, à raison de son appartenance à la religion juive, en l'espèce, en diffusant les propos suivants :

"Revenons aux Juifs et aux méthodes qu'ils ont développées pour soutenir le regard des autres. Un regard chargé de réprobation et de critiques, à cause de la répression inhumaine qu'Israël ferait subir aux Palestiniens, à en croire les journalistes de la promotion ‘Politique arabe de la France' " ;
…"Quelques journalistes triés pour leur antijuivisme, d'extrême droite, d'extrême gauche, d'ambition extrême ou d'extrême démence"… "Un reproche qui devient toutefois de plus en plus permanent et encombrant dans la vie de tous les jours des Français juifs" ;
…"Les troisièmes sont les plus lâches, mélange de haine de soi et de leurs origines ; ils devancent l'autocritique que l'on attend d'eux, n'hésitant pas à imputer à leurs frères des meurtres rituels de leur invention, tout droit sortis des cabales tsaristes ou de la propagande nazie"… ;
…"Et, enfin, l'assassinat sadique des enfants non-juifs par Charles Enderlin, véritable pyromane de guerre" ;
Faits qualifiés diffamation publique envers particulier à raison de son origine, son appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion… »
----------------------

Après avoir lu ce texte, effectivement sévère, je demande à mon ami chrétien qui - soit dit en passant - a la plus grande estime pour le peuple juif et ne compte pas parmi les contempteurs de l'Etat d'Israël : « Mais enfin, pourquoi as-tu mis ces propos en ligne, et d'abord qui les a écrits ? Ce n'est tout de même pas toi ? »

J'apprends alors qu'il s'agit d'extraits de la deuxième partie d'un article de Stéphane Juffa , mis en ligne par ce dernier, le 23 février 2006, sur son site Metula News Agency .

Curieux, je consulte le texte original pour prendre connaissance de ce que les points de suspension ont passé sous silence, dans le florilège ci-dessus. Et voici ce que cela donne (en grasses rouges, les phrases incriminées, en bleu, les passages du texte original qui ont été omis) :

"Revenons aux Juifs et aux méthodes qu'ils ont développées pour soutenir le regard des autres. Un regard chargé de réprobation et de critiques, à cause de la répression inhumaine qu'Israël ferait subir aux Palestiniens, à en croire les journalistes de la promotion ‘Politique arabe de la France :

« J'ai relevé chez eux quatre manières de faire face au reproche d'être qui ils sont, d'être responsables de faits sur lesquels ils n'ont pas prise, qui n'ont pas lieu, et qui utilisent les services de quelques journalistes triés pour leur antijuivisme d'extrême droite, d'extrême gauche, d'ambition extrême, ou d'extrême démence, pour devenir la norme . Un reproche qui devient toutefois de plus en plus permanent et encombrant dans la vie de tous les jours des Français juifs .

Les premiers, les plus nombreux, la jouent couché/caché, le moins juif possible, feignant de ne pas entendre les murmures réprobateurs qui suivent leur passage. Les seconds sont les Juifs fiers de l'être, les résistants, les militants, toujours prêts, à un contre mille et sous les ricanements de leurs concitoyens, certains des certitudes qu'ils voient à la TV et lisent dans Le Monde, à exprimer – avec plus ou moins d'exactitude et de talent – ce qu'ils savent de leur vérité artisanale, mais à jamais incapables de faire dévier conséquemment le courant redoutablement puissant issu des médias de masse.
 
Les troisièmes sont les plus lâches, mélange de haine de soi et de leurs origines ; ils devancent l'autocritique que l'on attend d'eux, n'hésitant pas à imputer à leurs frères des meurtres rituels de leur invention, tout droit sortis des cabales tsaristes ou de la propagande nazie . C'est le viol systématique des jeunes filles palestiniennes, pour Sara Daniel, par les soldats de Tsahal, dans le but de les faire exécuter par leurs familles. Le sadisme atavique et la propension à massacrer les plus faibles, les non-juifs, pour Edgar Morin-Nahum. L'espionite et la disposition à la traîtrise, une réécriture modernisée des reproches faits à Alfred Dreyfus, pour Sylvain Cypel. Le complot de l'Internationale juive, pour Dominique Vidal, renaissant de ses cendres chaque fois que l'antisémitisme a besoin d'arguments, et, enfin, l'assassinat sadique des enfants non juifs par Charles Enderlin, véritable pyromane de guerre. » .
Et le texte de poursuivre en évoquant "les Juifs du quatrième type" : les nouveaux émigrants en Israël…

Le contexte ayant été restitué, il est clair maintenant que les Juifs que fustige Stéphane Juffa – lui-même Juif et Israélien -, dans ce texte pugnace, sont ceux qui ont honte de la mauvaise réputation de leurs coreligionnaires israéliens, voire qui pactisent avec les ennemis jurés de ces derniers.

Il ne s'agit donc pas d'un tissu d'infâmes calomnies envers des « particuliers… à raison de leur origine, appartenance ou non-appartenance…" à la nation juive , comme le laisse supposer le contenu de la citation à comparaître, mais, au mieux, d'un lavage de linge sale en famille, au pire, d'une guerre idéologique entre membres d'un même peuple. Ce n'est certainement pas de l'antisémitisme. En effet, les propos – au demeurant, indéniablement blessants –, que leur décoche Juffa, visent à stigmatiser le mal qu'ils causent, selon lui, aux Juifs sionistes, ou à tout le moins attachés à la terre d'Israël et soucieux de sa sécurité.

A cela, il convient d'ajouter que c'est en toute bonne foi (je parlerais même de candeur) et visiblement sans l'avoir examiné, que mon ami chrétien a reproduit ce texte, sur la foi de réputation qu'à tort ou à raison, il estime excellente, de Metula News Agency.

Si le juge d'instruction décide de l'inculper, il devra, pour être équitable, faire de même pour le responsable du site menapress.com, d'où est issu le texte incriminé, ainsi que pour deux autres sites qui, eux aussi, ont mis en ligne cet article  : Guysen.News.israel, et Infolive-TV .

Pour conclure, on me permettra de trouver pour le moins curieux que la justice traite en calomniateur antisémite un responsable de site chrétien, mu par des idéaux exclusivement spirituels, et qui, de surcroît, témoigne d'une grand empathie envers le peuple juif.

Menahem Macina

© Debriefing.org

Mis en ligne le 27 octobre 2006 sur le site debriefing.org