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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Non à la censure à la source, Charles Enderlin
27/01/2005

27 janvier 2005

Le Figaro


Je dois remercier Denis Jeambar et Daniel Leconte pour leur tribune publiée par Le Figaro (1). Evoquant la mort à Gaza du petit Mohammed al-Dura, le 30 septembre 2000, et filmée par Talal Abou Rahmeh de France 2, ils admettent qu'il ne s'agit pas d'une mise en scène. Le directeur de L'Express et mon excellent confrère, journaliste de télévision, considèrent que la Metula News Agency (NDLR : citée sous l'abréviation « Mena » dans leur article) a voulu les « instrumentaliser ». Ouf !

Pour en arriver là, il aura fallu que France 2 retourne dans le camp de réfugiés al-Boureij, à Gaza, chez le père, Jamal al-Dura, pour lui demander de montrer ses cicatrices devant la caméra. Il a répété sur la tombe de son fils qu'il était prêt à témoigner.
 
Les lecteurs du Figaro doivent savoir que cette « Agency » et d'autres sites Web mènent, depuis quatre ans, une campagne diffamatoire affirmant que toute cette histoire n'est que du cinéma tourné par les génies de la propagande palestinienne. Certains allant même jusqu'à affirmer que l'enfant serait encore vivant ! Bizarre ? Oui, mais cela a eu pour résultat que ma famille et moi-même avons reçu des menaces considérées comme sérieuses par la police israélienne.
Nous avons été obligés de prendre des mesures de sécurité avant de changer de domicile. Plusieurs plaintes en diffamation ont été déposées. En France, un individu qui m'a menacé de mort a été condamné et jugé.

Mais revenons à l'article de Denis Jeambar et Daniel Leconte. Ils posent la question suivante : pourquoi Enderlin a-t-il dit dans son reportage que les balles venaient de la position israélienne ? Voici les réponses :

D'abord, parce que, au moment de la diffusion, le correspondant de France 2 à Gaza, Talal, qui a filmé la scène, indiquait que tel était le cas. Là, je dois répéter que, journaliste reporteur d'images, Talal travaille en toute confiance pour notre chaîne depuis 1988. Dans les jours suivants, d'autres témoignages - de journalistes et de certaines sources - sont venus me confirmer les faits. Il en était de même pour les réactions des chefs de l'armée qui allaient dans le même sens tout en rejetant sur les Palestiniens la responsabilité des affrontements et, plus tard, en lançant un débat sur l'origine des tirs. Toutes choses dont j'ai rendu compte dans les journaux de France 2.

Mais, à aucun moment, l'armée ne nous a écrit pour nous proposer de collaborer à une enquête en bonne et due forme. Proposition que nous avons malgré tout faite par écrit auprès du porte-parole de Tsahal, sans jamais recevoir de réponse. Sans cela, pour les uns et les autres, le débat ne sera jamais clos.

Ensuite, parce que, pour moi, l'image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L'armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l'utilisation massive de tirs à balles réelles. D'ailleurs, Ben Kaspit du quotidien israélien Maariv révélera un secret militaire deux années plus tard : durant le premier mois de l'Intifada, Tsahal avait tiré un million de cartouches de calibre divers, 700 000 en Cisjordanie et 300 000 à Gaza (2). Des enfants palestiniens se sont retrouvés en première ligne. Du 29 septembre à la fin octobre 2000, 118 Palestiniens sont morts, parmi eux 33 avaient moins de 18 ans. Onze Israéliens ont été tués, tous adultes (3). Les envoyés spéciaux sur place et les reportages filmés sur le terrain peuvent le confirmer.

Dans ce contexte, Denis Jeambar et Daniel Leconte évoquent l'utilisation qui a été faite de l'image de la mort de l'enfant et posent ainsi un problème fondamental : lors de la réalisation de son reportage, un journaliste doit-il tenir compte de l'usage malhonnête qui pourrait en être fait ultérieurement par des groupes extrémistes ? Une telle exigence signifierait une inacceptable censure à la source.

Quant aux éléments de mon reportage qu'ils relèvent par ailleurs, je suis à leur disposition pour leur fournir toutes les explications nécessaires.

Charles Enderlin *
 

* Charles Enderlin est journaliste à Jérusalem.
 
Notes

(1) Le Figaro du 25 janvier 2005.

(2) Maariv, 6 septembre 2002. Ben Kaspit cite le général Amos Malka, chef des renseignements militaires.

(3) Chiffres du Btselem, l'organisation israélienne des droits de l'homme ( http://www.btselem. org/English/Statistics/index.asp).