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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Mystères de la mise en scène d’une vidéo-culte, D. Carvajal
07/02/2005

Dans le cadre de la collecte de documents et d’analyses de presse relatives à l’affaire Al-Dura, nous versons au dossier le récent article qui suit. Pour rappel: le but de de cette opération de mise en ligne de plusieurs articles sur l’affaire Al-Dura est de fournir aux internautes un maximum d’éléments leur permettant de se faire une opinion, par eux-mêmes, loin du "bruit et de la fureur" de la polémique violente suscitée et entretenue par les tenants d’une thèse accusatoire sans compromis, dont font les frais une chaîne nationale (France 2), son ex-directeur de l’information (Olivier Mazerolle), sa responsable actuelle de l’information (Arlette Chabot), le correspondant franco-israélien de la chaîne à Jérusalem (Charles Enderlin), et son caméraman palestinien (Talal Abu Rahme). A celles et ceux qui, intimement convaincus de la responsabilité de la chaîne et des jounalistes précités, m’accusent de ne pas publier les textes qui incriminent ces derniers, je réponds que je l’ai fait pendant des années, jusqu’à ce que leur ton et la violence de leurs accusations non étayées sur des faits indiscutables, prennent des allures et des tonalités extravagantes, m’amenant à cesser de relayer ce qui, dès lors, s’avérait être de la diffamation publique et une incitation au lynchage médiatique d’une institution et de journalistes qui, comme tout suspect, bénéficient de la présomption d’innocence tant que les faits qu’on leur reproche ne sont pas avérés, surtout s’ils n’ont pas fait l’objet d’une décision de justice. Menahem Macina.

International Herald Tribune

www.iht.com/articles/2005/02/06/business/video07.html


7 février 2005

Traduction française de Simon Pilczer

Paris - Depuis le début du second soulèvement palestinien il y a plus de quatre ans, beaucoup d’enfants sont morts sous le feu. Mais c’est l’image déchirante d’un seul garçon terrifié de 12 ans, protégé sous la vaine étreinte de son père, qui possède la puissance symbolique d’un drapeau de bataille.

La Tunisie et l’Egypte ont émis des timbres postaux de l’enfant palestinien, Mohammed al Dura, recroquevillé en position fœtale contre son père dans l’attaque lors d’une fusillade par balles en septembre 2000. L’Egypte a aussi donné son nom à une rue en son honneur, et des bombes-suicide ont invoqué Mohammed comme martyr dans des enregistrements vidéo d’adieux.

En France, loin des batailles de rue de Gaza, la scène indélébile est un tableau valant mille arguments. Ici, un débat bouillonne pour savoir si l’horrible reportage télévisé de Mohammed al Dura était authentique, mal interprété ou - comme un universitaire américain l’a dit - une pièce de théâtre « Pallywod » astucieusement mise en scène.

Les photographies de guerre ont depuis longtemps été de puissantes armes des médias, et certains images de guerre les plus mémorables ont provoqué des questions sur leur authenticité, comme l’image de l’agence « Associated Press » en 1945, montrant des Marines américains à Iwo Jima qui levèrent le drapeau deux fois, et remplacèrent le ’stars ans stripes’ [drapeau américain, ndt] par une plus grande bannière.

Au centre de la discussion se trouvent la station d’état France 2 et son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin, un journaliste vétéran qui dit que la violente critique sur le reportage exclusif de la chaîne du garçon ont conduit à des menaces de mort contre lui.

Des images de la violente confrontation de rue dans un carrefour éloigné à Gaza ont été disséquées sans fin dans des livres et dans l’univers d’expression de commentaires acerbes sur des sites internet. La vidéo a aussi été explorée par une petite agence d’informations israélienne francophone, Metula News Agency [MENA, ndt] qui a loué un théâtre pour examiner le reportage.

Et en 2002 un documentaire allemand appelé « trois balles et un enfant : qui a tué le jeune Mohammed al Dura ? » a essayé de répondre aux questions pendantes pour savoir si l’enfant avait été tué par les israéliens ou les Palestiniens.

La semaine dernière, la question a repris un nouvel élan après qu’un important rédacteur en chef français et un producteur de télévision indépendant aient rompu les rangs dans les cercles des médias du pays et publié un article prudent dans le journal de centre-droit, le Figaro, exprimant certains doutes au sujet du reportage original.

« Cette image a eu une grande influence » a déclaré Daniel Leconte, ancien correspondant de France 2. « Si cette image ne signifie pas ce que l’on nous a dit, il est nécessaire de trouver la vérité ».

Leconte a rédigé l’article du Figaro avec Denis Jeambar, le rédacteur en chef de L’Express, plusieurs semaines après que les dirigeants de la chaîne France 2 aient autorisé les deux hommes en octobre à visionner les 27 minutes de rushes bruts, soit tout le reportage filmé.

Mais leur commentaire n’a pas été publié jusqu’à ce qu’ils l’aient proposé à un autre quotidien important, Le Monde, qui l’a rejeté, selon son nouveau rédacteur en chef de la page « opinions » Sylvain Cypel. Il qualifia la totalité de la discussion de « bizarre » et propulsée par la toute petite agence de presse. Pour France 2, dont les bureaux de verre dominent la Seine, les questions obsédantes sur la totalité de l’épisode sont en débat sans cesse renouvelé, motivé par différents ordres du jour - depuis l’idéologie de groupes d’extrême droite s’efforçant de pousser Enderlin hors de son poste à Jérusalem, où il est une institution.

Quand le reportage a été diffusé pour la première fois, France 2 a offert son reportage exclusif gratuitement aux réseaux de télévision du monde entier, déclarant qu’elle ne voulait pas tirer profit de ces images.

Les scènes ont été filmées par son caméraman, Tala Abu Rahma, qui fut le seul a prendre des images de ce que Enderlin a caractérisé alors comme l’assassinat d’un enfant par la fusillade depuis une position israélienne. Enderlin n’était pas présent pendant la fusillade.

Esther Shapira, une productrice allemande d’ARD à Francfort, déclara qu’elle essaya sans succès en préparant son documentaire en 2002 de voir la copie originale de l’enregistrement et fut surprise que France 2 ne la partage pas.

Des chaînes européennes échangent couramment du matériel. « S’il n’y a rien à cacher, de quoi sont-ils effrayés ? » déclara-t-elle au sujet de la réticence initiale de France 2.

Quand des articles critiques apparurent dans des publications comme « Atlantic Monthly » aux Etats-Unis, Enderlin publia une lettre ouverte insistant : « Nous ne transformons pas la réalité. Mais en considération du fait que certaines parties des scènes sont insupportables, France 2 a été obligée d’en couper quelques secondes ».

De plusieurs façons, Enderlin argumente, la vidéo d’al Dura est devenue un prisme culturel, avec des spectateurs voyant ce qu’ils voulaient.

Richard Landes, un professeur de Boston spécialisé dans les cultures médiévales, a étudié les rushes d’autres sources d’informations occidentales ce jour-là, y compris l’enregistrement al Dura.

« Nous pouvions discuter de chaque décor » concéda-t-il. Mais après avoir regardé les scènes trois fois, il conclut que ça avait probablement été falsifié, avec un reportage sur la même bande, de combats de rue séparés et d’ambulances de secours.

« J’en vins à réaliser que les cameramen palestiniens, en particulier quand il n’y a pas d’occidentaux dans le coin, mettent en route la mise en scène systématique d’actions », déclara-t-il, qualifiant le reportage de cinéma « Pallywood ».

Certains dirigeants de France 2 ont, en privé, mis la faute sur la communication de la chaîne alors que des questions étaient soulevées. La semaine dernière, ils ont montré à l’International Herald Tribune l’original de 27 minutes de l’enregistrement de l’incident, qui inclut aussi des scènes séparées de jeunes lançant des pierres.

Le reportage du père et de l’enfant subissant l’attaque dure plusieurs minutes mais ne montre pas clairement la mort de l’enfant. Il y a une coupure de la scène que les dirigeants de France 2 attribuent aux tentatives du cameraman pour ménager une batterie faible.

Quand Leconte et Jeambar ont vu les rushes, ils ont été frappés par le fait qu’il n’y avait pas de scène montrant avec certitude que l’enfant était vraiment mort. Ils écrivirent, cependant, qu’ils n’étaient pas convaincus que cette scène particulière était jouée, mais seulement que « cette fameuse ’agonie’ sur laquelle Enderlin avait insisté comme coupée au montage n’existait pas ».

Pour contrer ses critiques, France 2 convoqua une nouvelle conférence de presse en novembre et prépara une dossier de photographies plan par plan, incluant des agrandissements pour répondre aux sceptiques comme Landes qui argumentait du fait que du sang n’était pas visible.

La chaîne envoya aussi de nouveau un journaliste en octobre, pour filmer le père du garçon, Jamal al Dura, relevant une partie de son pantalon et de ses manches de chemise pour montrer les cicatrices sur son bras droit et la partie supérieure de sa jambe droite. Ils associèrent le reportage du père recouvert de bandages dans un hôpital d’Amman, où il fut visité par le roi de jordanie. Mais des critiques comme l’ancien journaliste du Monde et animateur de radio Luc Rosenzweig réclamèrent l’opinion d’un expert médical indépendant.

"C’est une histoire de fous", a déclaré Arlette Chabot, la directrice générale adjointe de la chaîne. « Chaque fois que nous répondons à une question, une autre question surgit. Il est très difficile de combattre une rumeur. La question est que, quatre ans plus tard, personne ne peut dire avec certitude qui l’a tué, des Palestiniens ou des Israéliens ».

En automne dernier, France 2 a déposé une série de plaintes en diffamation contre certains de ses critiques, mais elle l’a fait sans nommer ses cibles, les désignant simplement comme « X ». La juriste de la chaîne, Bénédicte Amblard, a déclaré que France 2 a choisi cette approche du fait des difficultés à identifier légalement les propriétaires de sites Internet, qui lançaient des attaques corrosives contre la chaîne et Enderlin.

Mais cette tactique a enhardi des critiques comme Philippe Karsenty, qui est l’une des cibles légales visées par la chaîne ainsi que la Metula news Agency. Karsenty dirige un petit groupe de surveillance des médias basé à Paris appelé Media-Ratings qui a appelé aussi bien Chabot qu’Enderlin à démissionner.

« Nous offrons 10.000 Euros à une oeuvre de bienfaisance choisie par France 2 si la chaîne peut noud démontrer ainsi qu’à un panel d’experts indépendants que le 30 septembre 2000, le reportage montre la mort de l’enfant » a déclaré Karsenty.

Le ministère de la culture et de la communication est une agence qui a été approchée. En privé, un officiel du gouvernement a déclaré, « Nous ne pouvons prendre aucune initiative parce que ce n’est pas notre mission ou notre métier. La presse est indépendante, particulièrement dans la tradition française ».

Si bien que réaliser le débat incombe à d’autres. En fin de semaine, des partisans d’Enderlin s’organisaient pour placer une publicité dans Le Monde pour soutenir le correspondant à Jérusalem ».

Doreen Carvajal

© International Herald Tribune


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Monday, February 7, 2005

PARIS - Since the start of the second Palestinian uprising more than four years ago, many children have died in the gunfire. But it is the harrowing image of a single terrified 12-year-old boy, shielded in his father’s futile embrace, that possesses the iconic power of a battle flag.

Tunisia and Egypt have issued postage stamps of the Palestinian child, Mohammed al-Duri, crouching in a fetal position against his father under attack from a fusillade of bullets in September 2000. Egypt also named a street in his honor, and suicide bombers invoked Mohammed as a martyr in videotaped farewells.

In France, far from Gaza’s street battles, the indelible scene is a picture worth a thousand arguments. Here, a debate seethes about whether the ghastly televised footage of Mohammed al-Duri was genuine, misinterpreted or - as one American academic put it - artfully staged "Pallywood" theater.

Battle photographs have long been potent media weapons, and some of the most memorable war pictures have provoked questions about authenticity, like the evocative 1945 Associated Press image of U.S. Marines at Iwo Jima who raised a flag twice and switched Stars and Stripes for a grander banner.

At the center of the dispute is state-run France 2 and its Jerusalem correspondent, Charles Enderlin, a veteran reporter who says fierce criticism about the channel’s exclusive footage of the boy has provoked death threats against him.

Images from the violent street confrontation in a remote junction in Gaza have been endlessly dissected in books and the sharply worded universe of blog commentary. The video also has been explored by a small French-language Israeli news agency, Metula, which rented a theater to examine the footage.

And a 2002 German documentary called "Three Bullets and a Child: Who Killed the Young Mohammed al-Duri?" tried to address lingering questions about whether the child was killed by Israelis or Palestinians.

Last week, the issue gained fresh momentum after a prominent French editor and an independent television producer broke ranks in the country’s media circles and published a cautious article in the center-right national daily, Le Figaro, expressing some doubts about the original reporting.

"That image has had great influence," said Daniel Leconte, a former France 2 correspondent. "If this image does not mean what we were told, it is necessary to find the truth."

Leconte wrote the Le Figaro article with Dennis Jeambar, the editor in chief of L’Express, weeks after station executives at France 2 allowed both men in October to see the 27 minutes of raw rushes, or all of the footage shot.

But their commentary did not emerge publicly until after they offered it to another prominent national daily, Le Monde, which rejected it, according to its new opinion page editor, Sylvain Cypel. He called the entire debate "bizarre" and propelled by the tiny news agency. For France 2, whose glass offices tower over the Seine, the nagging questions about the whole episode are a constantly shifting debate that is motivated by different agendas - from the ideology of extreme rightist groups to efforts to push Enderlin out of his Jerusalem post, where he is an institution.

When the report first aired, France 2 offered its exclusive footage for free to the world’s television networks, saying it did not want to profit from the images.

The scenes were filmed by its Palestinian cameraman, Talal Abu Rahma, who was the only one to capture images of what Enderlin characterized then as the killing of a child by gunfire from the Israeli position. Enderlin was not present during the shooting.

Esther Schapira, a German producer for ARD in Frankfurt, said she tried unsuccessfully in preparation for her 2002 documentary to see a master copy of the tape and was astonished when France 2 did not share it.

European stations commonly exchange material. "If there is nothing to hide, what are they afraid of?" she said of France 2’s initial reluctance.

When critical articles started appearing in publications like The Atlantic Monthly in the United States, Enderlin wrote public letters insisting: "We do not transform reality. But in view of the fact that some parts of the scene are unbearable, France 2 was obliged to cut a few seconds from the scene."

In many ways, Enderlin argues, the al-Duri video has become a cultural prism, with viewers seeing what they want.

Richard Landes, a Boston University professor specializing in medieval cultures, studied rushes from other Western news outlets that day, including the al-Duri tape.

"We could argue about every frame," he conceded. But after watching the scenes three times, he concluded that it probably had been faked, along with footage on the same tape of separate street clashes and ambulance rescues.

"I came to the realization that Palestinian cameramen, especially when there are no Westerners around, engage in the systematic staging of action scenes," he said, calling the footage Pallywood cinema.

Some France 2 executives privately faulted the channel’s communication as questions were raised. Last week, they showed the International Herald Tribune the original 27-minute tape of the incident, which also includes separate scenes of rock-throwing youths.

The footage of the father and son under attack lasts several minutes but does not clearly show the child’s death. There is a cut in the scene that France 2’s executives attribute to the cameraman’s efforts to preserve a low battery.

When Leconte and Jeambar saw the rushes, they were struck by the fact that there was no definitive scene that showed that the child truly died. They wrote, however, that they were not convinced that the particular scene was staged, but only that "this famous ’agony’ that Enderlin insisted was cut from the montage does not exist."

To counter its critics, France 2 called a news conference in November and prepared a frame-by-frame folder of photographs, including blow-ups to respond to skeptics like Landes who argued that blood was not visible.

The station also sent a journalist back in October to film the boy’s father, Jamal al-Duri, rolling down part of his pants and shirtsleeves to show scars on his right arm and upper right leg. They compiled footage of the bandage-swathed father in an Amman hospital, where he was visited by Jordan’s king. But critics like the former Le Monde reporter and radio host Luc Rosenzweig want an independent medical expert’s opinion.

"It’s a crazy story," said Arlette Chabot, the station’s deputy general director. "Every time we address one question, then another question surfaces. It’s very difficult to fight a rumor. The point is that four years later, no one can say for certain who killed him, Palestinians or Israelis."

Last autumn, France 2 filed a series of defamation complaints against some of its critics, but it did so without naming targets, simply labeling them as "X." The station’s lawyer, Bénédicte Amblard, said that France 2 took this approach because of the difficulties of legally identifying the owners of Web sites, which were harsh in their attacks on the station and Enderlin.

But that tactic has emboldened critics like Philippe Karsenty, who is one of the station’s intended legal targets along with the Metula news agency. Karsenty runs a small Paris-based media watchdog group called Media-Ratings that has called on both Chabot and Enderlin to resign.

"We will offer €10,000 to a charity chosen by France 2 if the channel can demonstrate to us and a panel of independent experts that the Sept. 30, 2000, report shows the death of the Palestinian child," Karsenty said.

The Ministry of Culture and Communications is one agency that has been approached. Privately, one government official said, "We can’t take any initiative because it is not our mission or job. The press is independent, especially in the French tradition."

So settling the debate falls to others. By late this weekend, Enderlin’s supporters were organizing to place an advertisement in Le Monde backing the Jerusalem correspondent.

Doreen Carvajal

©International Herald Tribune



Mis en ligne le 07 février 2005 sur le site www.upjf.org.