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Éditorialistes
Caroline B. Glick

De l’asservissement intellectuel, par Caroline Glick

31/12/2003
26 décembre 2003

The Jerusalem Post

[Traduction française de Menahem Macina pour upjf.org.]
Original anglais : www.jpost.com/servlet/Satellite?pagename=JPost/JPArticle/ShowFull&cid=1072326002827


"Comment avez-vous pu rendre compte de la guerre en Irak en faisant cause commune avec les Américains?"

"Comment pouvez-vous dire que George Bush est meilleur que Saddam Hussein?"


Telles sont quelques-unes des questions les plus modérées que m’a adressées un public d’environ 150 étudiants de licence du Département de Science Politique de l’Université de Tel Aviv. C’était à l’occasion d’une causerie que j’ai donnée en tant que conférencière invitée, le mois dernier, sur mes expériences en tant que journaliste intégrée dans la 3ème Division d’Infanterie de l’armée américaine, pendant la guerre d’Irak.

Plusieurs des étudiants ont visiblement été choqués par mon affirmation que le patriotisme des soldats américains était stimulant. Ceux d’entre eux qui donnaient de la voix furent scandalisés quand j’arguai du fait que les journalistes doivent être capables de faire des distinctions morales entre le bon et le mauvais, quand de telles distinctions existent, s’ils veulent donner à leur lectorat une image précise des événements qu’ils relatent dans leurs comptes-rendus.

"Qui êtes-vous pour émettre des jugements moraux? Ce que vous affirmez bon peut être mauvais pour quelqu’un d’autre."

"Je suis un être sain d’esprit, capable de distinguer le bien du mal, exactement comme tout autre être sain d’esprit", ai-je répondu. "En termes de droit pénal, on est mentalement aliéné et justiciable si l’on ne peut distinguer entre le bien et le mal. À moins d’être fou, on doit être en mesure de faire la différence."

Quand le ’spectacle’ fut terminé, et alors que le flot des étudiants s’écoulait hors de la salle de conférence, une jeune femme s’est approchée de moi.

"Excusez-moi", a-t-elle dit, avec un accent russe prononcé.

"Comment pouvez-vous dire que la démocratie est meilleure qu’une dictature ?"

"Parce qu’il vaut mieux être libre qu’être esclave", ai-je répondu.

Sans se laisser impressionner, elle a insisté : "Comment pouvez-vous soutenir les Etats-Unis, alors que l’Amérique est un Etat totalitaire ?"

"C’est en Russie que vous avez appris cela ?", ai-je demandé.

"Non, ici", a-t-elle répondu.

"Ici, à l’université de Tel Aviv ?"

"Oui, c’est ce que mes professeurs disent", a-t-elle affirmé.

Durant les semaines qui se sont écoulées depuis cette conférence, j’ai été incapable de chasser de mon esprit le souvenir de ces étudiants.

Alors qu’il est notoire, dans tout le monde occidental, que des campus sont des nids de radicalisme, il est difficile de croire que des étudiants israéliens - qui ont eux-mêmes servi dans Tsahal, et qui, en tant que civils, ont subi plus de trois ans d’attentats terroristes incessants contre leurs cafés, leurs boîtes de nuit, leurs campus, leurs routes et leurs autobus - puissent souscrire à de telles vues. Comment peuvent-ils croire qu’il est impossible de faire des distinctions morales entre ceux qui combattent le terrorisme et les régimes totalitaires, et ceux qui commettent des actes terroristes et dirigent de telles dictatures?

C’est un secret de polichinelle que les savants et professeurs israéliens les plus en vue partagent les convictions des franges radicales de la gauche de l’éventail politique israélien.

Le Département des Sciences Politiques de l’Université de Tel Aviv a été, pendant des années, dominé par des dirigeants du Mouvement "La Paix Maintenant". Le corps enseignant des Sciences humaines est le foyer professionnel de certains des dirigeants d’organisations encore plus radicales, telles que "Ta’ayoush" et "Yesh Gvoul".

Des professeurs israéliens ont signé des pétitions appelant au boycott des produits israéliens. Certains ont même soutenu le boycott des chercheurs israéliens par les universités étrangères et les publications scientifiques.

La radio d’Israël relatait cette semaine que la lettre - écrite par 13 réservistes de l’unité de commando d’élite, Sayeret Matkal -, par laquelle ils proclamaient leur refus de servir dans les territoires, a été rédigée pour eux par un professeur de l’Université de Tel Aviv.

Le professeur Rafi Yisraeli de l’Université Hébraïque remarque : "L’ironie de la situation, c’est que des présidents d’universités et le ministre Natan Sharansky organisent en ce moment une campagne pour faire cesser le boycott des chercheurs israéliens dans les universités étrangères". [1]

Il y a un an, je discutais de ce problème, ainsi que de l’antisémitisme, qui fait florès dans les campus européens, avec le Président de l’Université de Paris. Il m’a dit : "Qu’attendez-vous de nous ? Nous ne faisons que redire ce que nous entendons de la bouche de professeurs israéliens."

C’est précisément le cas du professeur de droit, Andrei Marmor, de l’Université de Tel Aviv.

Marmor est actuellement professeur invité à la Faculté de Droit de l’Université de Californie du Sud [UCS]. Récemment, il a publié à l’UCS un document d’orientation politique dans lequel il affirme que les prétentions d’Israël sur les territoires qu’il a conquis durant la guerre d’indépendance de 1948-49, ne sont pas différentes de ses prétentions sur les territoires conquis lors de la Guerre des Six Jours de 1967. De son point de vue, les unes et les autres sont illégitimes.

Marmor poursuit en affirmant que le sionisme ne peut prétendre être un mouvement libéral tant qu’il n’accepte pas le "droit au retour" des Palestiniens en Israël.

Au milieu des années 90, un diplômé de l’Université de Tel Aviv a réalisé une enquête sur les opinions politiques des professeurs d’université.

Il a découvert non seulement que les professeurs s’identifiaient de façon massive aux partis politiques de l’extrême gauche et aux partis arabes, mais aussi que la plupart d’entre eux ne toléraient absolument pas que des professeurs ayant des points de vue de droite, ou même centristes, fussent autorisés à enseigner dans leurs départements. Et l’un deux d’affirmer : "Il faudrait me passer sur le corps".

Toute cela est bien connu. Toutefois, être au courant du radicalisme des professeurs, et voir les effets de vues aussi dogmatiques sur des étudiants d’université, sont deux choses différentes.

Depuis mon échange – évoqué plus haut - avec ces étudiants, j’ai parlé à des professeurs et à des étudiants dans les cinq principales universités israéliennes, afin d’essayer de comprendre comment la tyrannie intellectuelle de la Gauche radicale, sur les campus, influence leurs expériences éducatives et professionnelles.

Des étudiants parlent d’un régime de crainte et d’intimidation dans les salles de classe. Ofra Gracier, candidate au doctorat à la Faculté de Sciences humaines de l’Université de Tel-Aviv décrit ainsi le processus:

"Cela commence par le syllabus (polycopié). Dans un cours d’introduction à la théorie politique, par exemple, vous ne verrez jamais indiqués des auteurs comme Leo Strauss, ou Friedrich Hayek, ou Milton Friedman. Vous aurez seulement Marx et Rousseau, ou des personnalités de ce genre. Ainsi, si vous voulez objecter à Marx, vous êtes tout seul. Vous ne savez rien d’autre.

Mais supposons que vous vouliez contester votre professeur. J’ai eu comme enseignant, pour ce cours, Yoav Peled, un communiste avéré. Il expliquait pourquoi le capitalisme est mauvais. J’évoquai le miracle économique asiatique – Corée du Sud, Japon, Singapour.

Il est sorti de ses gonds et a passé le reste du cours à crier sur moi.

"Puis, il y a l’échelle des notes. Dans le cadre d’un cours d’histoire que j’ai suivi, j’ai adopté un point de vue sioniste dans un travail de recherche. Mon professeur m’a donné une note peu élevée, en m’expliquant que ma note était la conséquence de mon argumentation.

A cause de cette discrimination dans l’attribution des notes, la plupart des étudiants se conforment à la ligne de gauche, même lorsqu’ils sont en désaccord avec elle. Si vous avez des notes faibles, vous ne serez pas admis au cycle de maîtrise et si, en maîtrise, vous avez des notes médiocres, vous ne pourrez pas être admis au cycle de doctorat."

Avi Bell, maître de conférences à la Faculté de droit de l’Université Bar Ilan, relate un problème différent, mais apparenté. "L’an dernier, j’ai donné un cours sur les aspects légaux du conflit arabo-israélien. La plupart de mes étudiants étaient visiblement sionistes et également bien informés en matière d’histoire israélienne.

Mais, quand ils m’ont remis leur travail de séminaire, en fin de semestre, j’ai constaté que la plupart d’entre eux avaient utilisé des arguments antisionistes.

La raison en est la terrible rareté des bourses d’études dans certains secteurs. Par exemple, si vous voulez faire des recherches sur la question des pratiques discriminatoires palestiniennes à l’encontre des Juifs, en matière de terre, vous devez lire des recherches de première main. Or, personne n’a écrit un livre sur ce sujet, bien qu’il s’agisse d’un énorme problème. Mais si vous voulez faire une recherche sur la prétendue discrimination juive à l’encontre des Arabes, en matière de terre, vous avez une étagère complète de livres à votre disposition."

Effectivement, le Dr Martin Sherman, du Département de science politique de l’Université de Tel-Aviv n’a pu obtenir du Centre Jaffee de l’université pour les Etudes Stratégiques qu’il publie son travail original sur l’impact hydro-stratégique d’un Etat palestinien sur Israël. Sherman, qui a obtenu ses grades de physique et de géologie et acquis une expérience pratique en tant que conseiller en matière hydraulique au ministère de l’agriculture, est un expert reconnu dans ce domaine.

"Mon étude montrait, de manière convaincante, que la création d’un tel Etat impliquerait le transfert aux Palestiniens du contrôle sur 60 à 70 pour cent des ressources en eau d’Israël... Shai Feldman [le directeur du Centre Jaffee] m’a fait lanterner durant de longs mois, jusqu’à ce qu’il s’avère finalement que l’étude ne serait pas publiée."

Citer des publications soutenant d’autres points de vue, n’est pas davantage permis dans un travail de recherche. Une autre étudiante diplômée explique que son professeur a noté sévèrement son travail parce qu’elle avait cité une recherche publiée dans le magazine Netiv. "C’est un périodique de propagande de droite, édité dans les Territoires Occupés", lui a-t-on dit. Son argument selon lequel la plupart des articles de Netiv sont écrits par des universitaires et basés sur des recherches de première main n’a pas été entendu.

Elle s’est heurtée à un problème similaire pour avoir cité un article publié dans la revue Azur du Centre Shalem.

La plupart des universitaires et des étudiants avec lesquels je me suis entretenue étaient heureux d’exposer leur situation, mais refusaient pourtant qu’on cite leur nom. "J’ai un poste en vue", et "j’ai encore besoin que mon projet de dissertation [doctorale] soit approuvé" - telles sont quelques-unes des explications les plus fréquentes.

Un sondage sur l’attitude des Israéliens à l’égard de l’Etat, réalisé par l’Israel Democracy Institute - de la mouvance gauchiste -, a été publié jeudi [25 décembre] dans Haaretz. Selon ses résultats, seuls 58% des Israéliens sont fiers de l’être, alors que 97% des Américains et des Polonais sont fiers de leur identité nationale. [2]

Les Mexicains, les Chiliens, les Norvégiens et les Indiens ont tous un degré plus élevé de fierté de leur identité nationale que les Israéliens. Est-il possible que nos despotes universitaires soient pour quelque chose dans l’incapacité où se trouvent 42% des Israéliens de tirer de la fierté de ce qu’ils sont?

Caroline Glick


© The Jerusalem Post pour l’original anglais, et upjf.org pour la version française.


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Notes de la Rédaction d’upjf.org

[1] Voir l’article de Natan Sharansky, "Pourquoi le Sionisme se fait ’coller’ sur les campus"

[2] Un fait récent, dont j’ai été le témoin, tendrait à corroborer ce sentiment de quasi-honte nationale chez certains Israéliens. Au cours d’un reportage télévisé - dont j’ai oublié l’occasion -, une jeune femme ravissante, à qui l’intervieweur demandait de quel pays elle était originaire, répondit, d’un ton badin et avec un large sourire : «Je suis Israélienne, mais je me soigne !» (Menahem Macina).


Mis en ligne le 01 janvier 2004 sur le site www.upjf.org