Vive la France républicaine : Elle vit toujours ! (Version française), R. Landes
15/09/2006
Traduction française du site debriefing
Paris, le 14 septembre 2006
Il est tard, et je repars demain. Mais vite, un mot sur le procès de ce jour. J'en ai manqué une grande partie, attendant dans une antichambre avec les autres témoins. J'étais l'avant-dernier. Après ma propre déposition (voir
mes conversations avec Enderlin, à propos du plan des lieux[à Netzarim]), j'ai pu assister à celle de Gérard Huber, auteur de
Contre-expertise d'une mise en scène [1] seul livre complet sur l'affaire Al-Durah (mis à part, peut-être, celui de Stephanie Gutmann,
The Other War: Israelis, Palestinians and the Struggle for Media Supremacy) [2]. Puis vinrent les plaidoiries. L'avocate de France 2 ne posa aucune question aux témoins, et ne produisit aucun témoignage. Aucun des deux plaignants, Charles Enderlin et Arlette Chabot, n'étaient présents.
Après le dernier témoignage, de Gérard Huber, les juges suspendent l'audience pendant six minutes. Il est maintenant plus de 7 heures du soir. Pendant la pause, Nidra Poller me dit à quel point elle est impressionnée par le niveau des débats, en particulier les questions posées par le président du tribunal. L'audience reprend, d'abord avec l'avocate de France 2, puis avec le
procureur de la République, une fonction dont j'ignorais tout jusqu'à avant-hier. Ce magistrat, qui représente le ministère public, donne son interprétation des faits du point de vue de l'intérêt de la société, et formule des recommandations.
L'avocate de la chaîne nous gratifia d'une plaidoirie remarquablement terne, répétant le credo que Charles Enderlin et France 2 ressassent depuis des années, comme si elle n'avait rien entendu des déclarations des témoins cités, ni rien lu du volumineux dossier préparé par la défense. Elle mit en doute la confiance que l'on pouvait accorder aux témoins, minimisant leurs déclarations et récusant leur qualification. Il paraîtrait que j'aurais dit, euh… ne pas savoir grand chose, et, de toute façon, qu'est-ce qu'un médiéviste peut connaître en matière d'images [et de falsifications] ? Jamais critique ridicule ne m'avait autant amusé.
Puis, vint le tour de Madame la procureur de la République. Un auteur n'aurait pu écrire un plus excellent discours. Le meilleur de la société civile, honnêteté, responsabilité, équité, transparence, mise en perspective… Les dangers d'un quatrième pouvoir sans contrepoids… Le droit de l'opinion à l'information, et, par conséquent, le devoir, pour France 2, de diffuser les enregistrements de leur cameraman, Talal Abou Rahmeh… Oui, le prévenu a bien porté atteinte à la réputation de Charles Enderlin en tant que journaliste, mais en étayant ses accusations sur un faisceau d'éléments… Qu'il ne s'agit pas d'un cas banal de diffamation, comme lorsqu'une personne en insulte gratuitement une autre, mais de critiques soigneusement réfléchies et argumentées… Que les termes très durs utilisés n'étaient nullement injustifiés dans le cadre d'une affaire où l'on veut susciter l'attention de l'opinion publique… Que souhaiter « que Charles Enderlin tombe » n'était pas délictueux.
Elle fit aussi de nombreuses références aux dépositions des témoins, venus parfois de loin, souligna que la cause avait des implications internationales, et pas seulement françaises, et que ces images avaient eu des conséquences dommageables pour beaucoup de gens.
Puis ce fut le tour de l'avocat de Philippe [Karsenty] [3], qui aurait pu être plus concis, surtout à cette heure tardive. Le prévenu s'exprima brièvement en dernier, concluant par cette constatation - qui était la seule chose à ajouter aux réquisitions du ministère public : France 2 et Charles Enderlin ont recours aux tribunaux pour éviter de répondre aux critiques, et que, s'ils avaient rendus publics tous les enregistrements et accepté une enquête indépendante, ces poursuites n'auraient pas eu lieu d'être.
Chouette ! Les valeurs de la République ont remporté aujourd'hui une première victoire. Voici la France dont je me suis épris, enfant, puis étudiant, lecteur de
Michelet, chercheur en histoire médiévale, aux côtés d'intellectuels enthousiastes, de ce grand peuple inspiré, aux institutions avisées et équitables, aux idéaux sincères, aspirant à l'intégrité. Le peuple de la
trêve de Dieu et des premiers jours grisants de la Révolution.
Ne nous emballons quand même pas trop vite… Ce n'est qu'un haut magistrat, modèle d'intégrité, dans l'exercice parfait de ses fonctions, et un prévenu qui se défend intelligemment de son mieux.
Les juges rendront leur décision le 19 octobre, une semaine avant le procès suivant, qui se tiendra le 26, et dans lequel je témoignerai également.
La partie n'est pas jouée, et France 2, ainsi que les autres grands médias français, ont sans doute mieux, pour les défendre, qu'un avocat qui s'ennuie. Personne n'envisage sereinement une fin de carrière humiliante. Et les plaignants, Charles Enderlin, Arlette Chabot et France 2, ont encore bien des ressources à leur disposition.
Restez en ligne, et lisez Nidra Poller [4].
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Dernière minute : Remarques finales de Philippe Karsenty, lors du procès
« Je suis de bonne foi et voici ce que je voudrais rappeler à la Cour pour le prouver :
- Il y a trop d'incohérences, de contradictions et d'invraisemblances dans le film de France 2, et dans les commentaires qui ont suivi sa diffusion. Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder les photos qui figurent sur la couverture du livre de Gérard Huber.
- Ce reportage mensonger a été réalisé par le caméraman palestinien, Talal abu Rahmeh, et garanti par Charles Enderlin et sa hiérarchie.
- Quand tout est dit et fait, il ne reste que les images, et les accusations reposent sur les images… Il faut donc examiner les images.
- J'ai fait preuve de transparence durant tout ce long processus et au cours de cette procédure. J'ai présenté tous les éléments dont je disposais pour affirmer, en toute bonne foi, que l'affaire avait été mise en scène.
- France 2 cache ses 27 minutes de prises de vues qui sont supposées corroborer sa version et prouver sa bonne foi. Pourquoi ? Pourquoi ne présente-t-elle pas simplement ses 27 minutes pour nous réduire au silence ?
- Je ne peux prouver qu'un événement qui ne s'est pas produit n'a pas eu lieu. La charge de la preuve incombe à France 2.
- France 2 a voulu se servir de la justice pour faire taire ceux qui la critiquent et crédibiliser sa relation des faits. Ne les laissez pas faire. »
Professeur Richard Landes
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Notes de la Rédaction de debriefing
[4] Écrivain, Nidra Poller, qui écrit excellemment tant en anglais (sa langue maternelle) qu'en français, assure une couverture des procès relatifs à l'affaire Al-Durah sur le
blogue Pyjamas.
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Mis en ligne le 15 septembre 2006 sur le site de debriefing.org