Du voile en débat au voile de combat: la fatwa des Frères musulmans
22/12/2003
22/12/03
En réponse à la décision de Jacques Chirac de préserver la temporalité des services publics, le souverain censeur des Frères musulmans du monde et d'Europe, Scheik Al Qardawi (1), ainsi que la maison égyptienne de la fatwa, par la voix du Mufti Ali Goma (retenez leurs noms car ils ont décidé de penser pour nous), ont émis le décret suivant : le voile est religieux, ce n'est pas un simple signe, c'est une obligation religieuse stricto sensu (2), un ordre divin, en conséquence, il est interdit d'en reléguer le port.
Cet édit a été immédiatement repris par la nouvelle autorité juridique suprême de l'islam occidental : l'Union des Organisations Islamiques en Europe (3).
Que formulent ainsi nos nouveaux régisseurs à l'unisson ? En gros, que le voile n'est pas négociable. Nulle part au monde, nulle part en Occident, nulle part en démocratie, nulle part en France. Le Coran prévaut. Fi des lois de la République. Ou plutôt les lois de la République au service du Coran. Car c'est au nom des droits de l'homme, de la révolution française et des libertés que la France est semoncée. Voilà qui est dit : «les musulman(e)s ne doivent pas choisir entre se conformer à leur religion et s'intégrer à l'Europe».
Puis vient la menace, comme toujours dans la praxis coranique : «Chirac et le gouvernement français doivent prendre garde aux sérieuses conséquences du projet d'interdiction».
Et lorsque Al Qardawi exhorte les musulmans du monde entier à user de pressions - notamment économiques - sur la France, pour qu'elle abandonne son projet d'interdiction du voile islamique (4), il a du répondant. Dès samedi 20 décembre, le parti PAS (Parti Islam SeMalaysia) courroie malaisienne des Frères, s'époumonait aux antipodes de la planète contre cette affaire, pourtant à première vue de simple politique intérieure française. Exactement au même moment, le "Özgür-Der" turc (branche locale du Hamas) faisait de même (5). Idem au Liban. Dimanche, c'est l'infatigable Tarek Ramadan qui tenait audience à la mosquée d'Evry sur le sujet, devant 3000 personnes, pendant que des jeunes françaises voilées, solidement encadrées (6) par des hommes en uniforme du Tabligh (7), défilaient à Paris. Puis se sont jointes les voix de Hosni Mubarak, du ministre des Affaires étrangères d'Iran, du chef du Parlement du Soudan, du grand mufti de Syrie, du Chiite libanais Mohammad Hussein Fadlallah…
Dans la perspective des Frères musulmans dont la devise est «le coran est notre constitution», il n'y a pas de quoi s'étonner d'un tel combat. En revanche, plus insolite est la menace politique directe, non dissimulée, elle, de Al Qardawi, tant ce dernier parait sûr de lui. Plus qu'une bravade, c'est un rendez-vous d'abrogation qu'il nous fixe : «La France a des intérêts avec nous et, si les institutions et les dirigeants islamiques protestent, elle s'inclinera», a-t-il prophétisé, le vendredi 19 décembre, depuis une mosquée du Qatar (8).
Le contrat collectif de dhimmitude «Eurabia », dévoilé par Bat Ye'or (9), est la clé adéquate qui permet de comprendre ce degré de certitude. La France, comme le reste de l'Europe, est sous le coup d'une obligation de laisser l'islam se développer sans opposition, à la fois contre la promesse d'une sanctuarisation contre le terrorisme et le maintien de relations économiques stables avec les pays musulmans.
On comprend mieux l'enjeu aujourd'hui. La contractualisation de la présence islamique en Europe a ses règles qui saillissent celles de l'hospitalité judéo-chrétienne ou laïque. Aux dires de Al Qardawi, les Frères Musulmans figurent parmi les bénéficiaires officiels. Voilà pourquoi la réclamation est de plein droit pour eux. Mais de plein droit islamique.
Louis Bordenave© upjf.org
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Notes1. C'est lui qui dirige le Centre européen de la Fatwa, basé à Londres. Domicilié au Qatar en raison de son interdiction de séjour en Egypte dont il est originaire, il est, par ailleurs, le principal guide spirituel des Frères musulmans dans le monde.
2.
www.islam-online.net/English/News/2003-12/21/article08.shtml3. Maison-mère spirituelle de l'Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), d'Italie, d'Allemagne et de Navarre.
4.
Washington Post, 20 décembre 2003.
5. Cf.
www.proche-orient.org6.
Libération, daté du 22 décembre, nous révèle, pêle-mêle : «un membre du service d'ordre tente de couper le magnéto d'un journaliste de RFI» ; Un jeune manifestant (homme) est interdit de parole
manu militari : «Wahid est emmené par un homme à l'entrée du métro République, un coup de poing part». Idem pour le message d'une jeune femme : «Une femme brandit un papier […] rapidement un jeune homme saisit le message et le déchire», etc.
7. Fondé en Inde, en 1927, par Muhammad Ilyas, c'est le plus grand mouvement missionnaire de l'islam, proche des talibans. Ses adeptes font du porte-à-porte systématique pour ramener les musulmans à la pratique religieuse: la «rahla», ou la «sortie». Implanté en France depuis 1968, le mouvement le plus connu est l'Association «Foi et Pratique», affiliée au siège londonien de Dewsbury.
8.
Le Figaro,
Libération, 22 décembre 2003.
9. Voir son célèbre article :
"Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d'Eurabia" ------------------
Mis en ligne le 22 décembre 2003 sur le site www.upjf.org