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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Transcription intégrale de l’Hebdo du médiateur de France 2 du 17 juin 2006
19/06/2006

Deux téléspectateurs juifs ont défendu vaillamment, voire brillamment, la position d’Israël et de nombreux Juifs, face au nouveau lynchage médiatique dont sont l’objet l’Etat d’Israël et son armée. Face à eux, outre le Modérateur, qui a été discret et correct, deux "fauves" de la presse, Eric Monier et Charles Enderlin qui, piqués au vif, se sont livrés, l’un à un plaidoyer pro domo arbitraire et pitoyable, l’autre, fidèle à son image, à une attaque en règle de l’armée israélienne et à un rejet catégorique des reproches, pourtant modérés, adressés par les deux internautes juifs qui ont pris part au débat aux journalistes et à la Rédaction de la chaîne France 2. Le texte ci-après est la transcription intégrale de leurs échanges, souvent vigoureux. Il est suivi de mes commentaires, critiques, voire acerbes, là où il m’est apparu que les propos des journalistes méritaient un tel traitement. (Menahem Macina).
18/06/06
 
Vraisemblable : qui est, à bon droit, considéré comme vrai, qui semble vrai.
Le Petit Robert
 
Transcription réalisée par Menahem Macina, sur la base de la vidéo de l’émission.
 
 
Modérateur : La semaine dernière, une explosion sur la plage de Gaza a fait 7 morts, des civils palestiniens. L’armée israélienne est montrée du doigt. Quelques jours plus tard, elle est blanchie, suite à une enquête interne. Vous nous reprochez d’avoir accusé l’armée israélienne sans preuves.
 
[….]
 
[Présentation des intervenants]
 
Emilie Dorra, bonjour, vous êtes consultante. Vous êtes de la région parisienne.
Un téléspectateur, Michel Cohen, en direct des studios de France 3 à Lyon. Bonjour, Monsieur.
Eric Monier, chef adjoint du service Etranger, qui nous donnera les explications qui s’imposent […]
Charles Enderlin, correspondant permanent [de France 2] à Jérusalem. Bonjour Charles […]
 
Vous nous avez envoyé un courriel où vous disiez que nous étions de mauvaise foi et que nous étions pro-palestiniens et que nous crachions sur Israël.
 
Les sujets. Premier sujet : vendredi 9 juin : une bombe explose sur une plage de Gaza. Bilan : sept civils palestiniens tués. Première dépêche : il s’agirait d’un obus tiré par l’armée israélienne. Israël décide, d’ailleurs, d’ouvrir tout de suite une enquête. Extrait :
 
"Le bord de mer, à Gaza, traditionnel lieu des pique-niques le vendredi, jour férié et de prière. Au large, un bateau de guerre de la marine israélienne. Sur cette plage, cet après-midi, un couple et trois de leurs enfants ont été tués par un obus. Un obus de marine israélien, affirme cet homme en colère. Là-bas, sur la plage, les habitants de Gaza ne quittent pas du regard le bateau de guerre. Le gouvernement israélien, lui, réfutant un tir de la marine, a néanmoins ordonné, ce soir, l’ouverture d’une enquête."
 
[Texte d’un SMS à l’écran : ] "Encore une fois vous passez des infos et accusez l’armée israélienne sans avoir vérifié les faits." Roland S.]
 
Modérateur : Alors, avant de vous donner la parole, Mademoiselle, Messieurs, je vous propose un deuxième extrait du journal de 20h, 11 juin, et qui était signé Eric Monier. Le Premier Ministre israélien, Ehoud Olmert, regrette la mort des civils palestiniens, et promet de faire la lumière sur cette affaire. Un bombardement au cours duquel une enfant de dix ans a perdu toute sa famille. Une image qui vous a agacés et également le commentaire :
 
"Une armée israélienne sur la sellette, après la très vraisemblable bavure de vendredi après midi. Les images de Houda courant au milieu des cadavres de ses parents [1] ont fait le tour du monde et ému une partie de l’opinion publique israélienne [images d’une mini-manifestation de quelques dizaines d’activistes israéliens de gauche]. A Tel Aviv, quelques manifestants de gauche réclamaient [lire : demandaient] des comptes aux militaires. Avant de s’envoler pour une visite à Londres et à Paris, le Premier Ministre, Ehoud Olmert, a exprimé ses regrets pour ces victimes innocentes, tout en prenant la défense de son armée. Dans les Territoires, où trois jours de deuil ont été décrétés, la jeune Ouda est devenue une héroïne, enjeu de la lutte d’influence des différents clans rivaux palestiniens, enchaînant des interviewes empreint[e]s d’émotion. Le Président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas a même annoncé qu’il adoptait la jeune orpheline.
 
[Texte d’un SMS à l’écran ] : Pourquoi le journaliste a-t-il eu l’indécence de filmer cette enfant ? France 2 se transformerait-elle en chaîne à sensations ? Aurelia M.
 
Modérateur : Alors, Emilie Dorra, vous m’avez envoyé un courriel, d’où votre présence, ici, sur le plateau, en estimant que nous étions, un front, en fait un fond pro-palestinien et que nous étions vraiment de mauvaise foi et que nous crachions sur Israël
 
E. Dorra : Oui, tout à fait. J’avoue que c’est surtout… j’ai réagi au sujet de vendredi  avec… vraiment sous le coup de l’émotion. Parce que je suis quelqu’un qui est très touché par ce sujet, et c’est vrai que j’ai été assez impulsive dans ma réponse…
 
Modérateur [qui interrompt] : … sévère…
 
E. Dorra : Oui, assez  sévère même. Il m’a semblé que ce n’était pas la première fois qu’on traitait une information comme ça et sans vérifier, si vous voulez, la véracité des faits, et en affirmant finalement quelque chose sans attendre les résultats d’une enquête. Ce que je trouve grave, parce que, dans un conflit qui est aussi terrible et qui dure aussi depuis aussi longtemps et qui touche énormément de gens, je pense qu’affirmer quelque chose comme ça peut renverser une opinion publique et peut également, peut-être, empêcher une éventuelle résolution du conflit, et on souhaite tous une résolution de conflit. Donc il faut aller dans ce sens-là.
 
Médiateur : Alors, peut-être que Eric Monier peut apporter une première réponse ?
 
Monier : Euh, oui, ce que je peux dire, c’est que j’étais effectivement à Jérusalem à ce moment-là et… vous parlez d’émotion : cette émotion, elle était palpable, elle était partout. Cette information, qui nous est arrivée pratiquement en même temps que les images, nous a semblé quelque chose d’absolument important, il fallait le montrer. Je voulais simplement vous dire un petit mot : dans mon commentaire, pour moi, il y a un mot qui est très important, qui est « vraisemblablement » [2]. Et chaque fois que j’ai parlé de « bavure »…
 
Interruption du Modérateur qui renchérit : On vous a bien entendu…
 
Monier : …voilà, ce que très vite… d’ailleurs, l’armée israélienne disait, parce que les premiers commentaires de l’armée israélienne allaient dans ce sens, moi, j’ai ajouté ce mot « vraisemblablement », parce que je pense que je faisais mon métier en disant « vraisemblablement » à ce moment-là.
 
Modérateur : Alors, on va se tourner vers Michel Cohen, qui est à Lyon, et qui a été aussi très choqué par les propos qui ont été tenus à l’antenne.
 
Michel Cohen : Oui bien sûr, choqué, comme beaucoup de gens, mais en même temps, le mot « vraisemblablement », c’est un mot qui est dangereux. Parce que si vous dites « vraisemblablement » et que vous énoncez un fait qui est dangereux et qui peut avoir une implication, vous pouvez tout dire. Parce que, que va retenir l’opinion publique ? Le fait que vous annoncez derrière [à la suite de cet adverbe], pas le mot « vraisemblablement ». Donc là, il y a un côté manipulation qui est dangereux. Donc, c’est la raison pour laquelle je vous demande, bien évidemment, de vérifier un fait avant de dire « vraisemblablement ». On avait eu un peu la même chose, rappelez-vous, il y a quelques années, avec la mort du petit Mohammed al-Dura, et on s’était aperçu, après enquête - mais ultérieure - qu’il était impossible de dire d’où provenaient les balles qui, malheureusement, avaient frappé cet enfant. Donc, je crois, qu’il faut aller un peu plus loin que dire « vraisemblablement », ou pas « vraisemblablement », il faut voir l’effet que vous produisez lorsque vous énoncez des faits de ce genre et lorsque vous montrez une enfant en pleurs sur une plage, qui déplore, bien évidemment, comme tout le monde, la mort de son père, et à côté de ça, un grand bateau de guerre israélien que vous pointez du doigt, d’un doigt vengeur, et ça, ça déclenche des réactions chez les gens, et ces réactions qui sont déclenchées, on peut les comprendre, et c’est ça auquel [lire : à quoi] il faut faire attention…
 
Médiateur [qui interrompt] : Merci, merci, pour cette première réaction. Je vous propose un commentaire rapide d’Eric Monier, et puis nous poursuivrons le débat ensuite. Eric...
 
Eric Monier : Monsieur, vous venez de donner un peu la preuve de votre démarche, c’est-à-dire vous choisissez de faire le tri dans le commentaire. Vous prenez ce qui vous intéresse et qui sert votre argument, et vous laissez le reste. « Vraisemblablement » est un mot que j’ai prononcé, « bavure », « vraisemblablement », je vous rappelle qu’à ce moment-là, les Américains eux-mêmes parlaient de bavure. Tous les mots comptent, et ne faites pas le tri ainsi dans les commentaires qui vous sont livrés [3].
 
M. Cohen : Non, mais il ne s’agit pas, Monsieur Monier, de faire un tri. Il s’agit d’analyser, froidement et factuellement, après coup, ce qui s’est passé. Que, sur le coup de l’émotion, on puisse retenir une version ou une autre, ça c’est le propre de chaque individu. Vous savez que, dans une communication, il y a un émetteur et un récepteur, et quand vous communiquez, l’émetteur va émettre cent pour cent, le récepteur va recevoir quoi ? Vingt pour cent, trente pour cent ? Et c’est la façon dont vous avez présenté les choses qui [est] dramatique. C’est la mise en rapport et en perspective de l’enfant, d’un côté, et du bateau de guerre de l’autre. Et [quand vous dites] « vraisemblablement », les gens n’entendent pas forcément. Ce que je veux dire par là, c’est que tout le monde n’a pas la capacité d’analyse d’un journaliste, tout le monde n’a pas la capacité d’analyse de quelqu’un qui, par exemple, est intellectuel. Il faut faire attention à ce que vous produisez comme effet. Et les effets que vous produisez, je peux les décrire…
 
Médiateur [qui interrompt Cohen: Oui, Michel Cohen, effectivement, on va en parler tout à l’heure, je vous propose de reprendre le cours de la conversation après un extrait du reportage de Charles Enderlin, diffusé à 20h mardi 13 [juin]. Les autorités militaires israéliennes donnent le résultat de l’enquête, suite à l’explosion mortelle, donc, de la plage de Gaza et, conclusion : l’armée israélienne est hors de cause. Le correspondant, Charles Enderlin, conclut d’ailleurs ce reportage de cette manière :
 
Ce soir l’armée israélienne rejette toute responsabilité dans cette tragédie. Selon les résultats d’une enquête interne, l’explosion ne serait pas due à un obus, mais à une charge ou une mine déposées par le Hamas. A Gaza, l’expert d’une ONG américaine a affirmé, au contraire, qu’il s’agissait bien d’un obus israélien de 155 mm. Il a même montré un shrapnel qu’il aurait trouvé sur place. En l’absence d’une enquête indépendante, en bonne et due forme, ce sera aux opinions publiques de trancher entre ces deux versions.
 
[Texte d’un SMS à l’écran ] : A aucun moment les journalistes n’ont évoqué la possibilité de l’éclatement d’une mine déposée par le Hamas. Marcel R.
 
[Texte d’un autre SMS à l’écran ] : Je ne paye pas une redevance pour qu’on me serve la propagande israélienne. Frédéric P.
 
Modérateur : Oui, c’est des opinions un peu différentes. Alors, Emilie Dorra, que pensez-vous… parce que là, on a la totalité du déroulement de l’affaire. On a donné les conclusions de l’enquête.
 
E. Dorra : Tout à fait. Simplement, il y a eu des corr[ectifs] qui ont été apportées depuis vendredi, il y a eu d’autres éléments, et, malheureusement, on n’en a pas fait une [présentation] comme on  a pu le voir pour vendredi, [où] on a vu les « massacres israéliens », les « carnages israéliens ». [Tandis que les correctifs] là, les journalistes ne l[es] ont pas mis en avant-première [lire : en exergue] : Attention, ce ne sont peut-être pas les Israéliens qui ont… ça a été mis dans de petits encadrés [on voit Monier qui dément, de la tête], d’ailleurs, le reportage de M. Enderlin le prouve, dans un sens, parce qu’il va nous montrer la seule personne qui conteste, justement, les conclusions israéliennes. Et il a été prouvé que cette personne n’a pas pu trouver d’obus, parce que les experts égyptiens, palestiniens et israéliens [4] ont nettoyé la plage après le drame. Il n’a pas pu trouver d’obus… [elle se trouble et le Modérateur l’interrompt :]
 
Modérateur : Alors, Charles Enderlin, vous qui êtes notre correspondant permanent, bonjour, Charles. Que répondez-vous à ce que dit Emilie Dorra ?
 
Charles Enderlin : Tout simplement que c’est faux [5]. L’expert en question est un des experts qui s’est exprimé au moment où je diffusais mon sujet [6], et, depuis, nous avons des suites sur l’enquête [7]. Maintenant, je dois vous dire que, selon, par exemple, deux commentateurs militaires du quotidien Haaretz, hier [à propos de] l’enquête du général Meir Kleiti, du général israélien, il a commis trois erreurs en décrivant [lire : établissant] la chronologie de l’événement, cela est confirmé aujourd’hui par une contre-enquête effectuée par le quotidien britannique, Independent [8], donc tout ça continue. Maintenant, il ne faut pas oublier que, trois jours après ce drame, cette tragédie sur la plage, nous avons eu un autre bombardement israélien à Gaza, en pleine ville, et là nous avons eu neuf civils palestiniens qui ont été tués [9]. Il n’y a pas eu la moindre contestation de la part des autorités israéliennes, qui ont apporté leurs explications. Tout cela se poursuit. Nous avons régulièrement, à partir du moment où nous avons des bombardements, il y a ce qu’on appelle des dommages collatéraux. En l’occurrence, nous assistons à une véritable offensive contre une image, une image qui gêne [10]. Lorsqu’il n’y a pas d’image, tout cela passe sans aucun problème. Maintenant, Monsieur Cohen a évoqué l’affaire Mohammed al-Dura, d’il y a… au début de l’Intifada. Eh bien, je me permets de vous rappeler que, le mois dernier, un tribunal de Tel Aviv a produit [lire : rendu] un jugement selon lequel l’enquête effectuée par l’armée israélienne, après la mort du petit Mohammed, eh bien, cette enquête n’était pas scientifique, pas professionnelle, et avait démarré avec des idées préconçues [11]. Donc, nous considérons les enquêtes de l’armée israélienne avec la même crédibilité que [sic] nous considérons les autres enquêtes. Nous sommes des journalistes, nous ne sommes pas des scientifiques. Nous agissons en fonction… nous réagissons en fonction des réactions des uns et des autres. Lorsque l’armée israélienne commence par dire : oui, c’est vrai, c’est un obus israélien [12] et ensuite, dit : c’est pas nous, et ensuite, lance [lire : ordonne] une enquête, nous suivons les choses avec toute la… avec beaucoup de… beaucoup de précautions.
 
Médiateur : Michel Cohen.
 
M. Cohen : Je ne crois pas que vous prenez autant de précautions que vous le dites. C’est pas comme ça que ça se passe. Si vous montrez, en fait, une image d’une enfant sur une plage et que vous mettez un doigt pointeur [lire : vous pointez un doigt accusateur], eh bien, vous produisez un effet. Et c’est ça qui est critiquable. C’est la raison pour laquelle [dans] un conflit aussi passionnel, il faut prendre quelques précautions normales. Bien sûr que après quelques... [blanc dans l’enregistrement] qui va vous donner des éléments sur telle ou telle chose, je le comprends parfaitement. Mais c’est l’effet que vous produisez dès le démarrage qui est dangereux et qui érige [lire : dresse], finalement, des communautés les unes contre les autres, ou qui, parce que des gens ne voudraient pas forcément être dans des communautés, les enferme par le résultat, donc, de ce genre de propos. Voilà le danger. Le danger, il est uniquement dans la communication, dans l’effet que vous produisez. Ce qu’il faudrait comprendre une bonne fois pour toutes, c’est que vous avez un pouvoir énorme d’effet sur les gens, en particulier les gens qui n’ont pas forcément les capacités que vous avez, vous, de comprendre, d’analyser et de réagir froidement et factuellement.
 
Modérateur : Michel Cohen, effectivement, d’où la précision de Charles Enderlin, il disait les précautions sont chaque fois nécessaires [s’adressant à Monier], vous en avez fait la preuve ce week-end.
 
E. Monier : [Sur un ton vif] Moi, je suis frappé par quelque chose : je vous trouve tous les deux - et pardon de vous parler comme ça – je vous trouve pleins de certitudes. Nous, nous doutons. Bernard Lebrun, qui a fait ce qu’on appelle ici une cabine, c’est-à-dire un commentaire de Paris. Je doute. Charles Enderlin vient de vous donner sa version des faits, qui est totalement imprégnée par ce doute [13]. Et moi, je vous trouve pleins de certitudes. Je voulais rajouter quelque chose aussi : j’ai vu un certain nombre de courriels qui sont arrivés, il y a à peu près autant de gens qui nous reprochent d’être pro-Palestiniens [lire : « pro-Israéliens], ça devrait quand même vous poser quelques petites questions… [14]
 
Modérateur : Alors, Michel Cohen, je vous ai entendu réagir.
 
M. Cohen : C’est exactement ce que je veux vous dire. Nous, nous doutons en permanence, et parce que nous, nous doutons, nous, téléspectateurs, nous n’approuvons pas le fait que vous disiez [lire : présentiez] quelque chose comme un fait, en mettant simplement le mot « vraisemblable » au milieu…
 
E. Monier [interrompant Cohen] Qu’est-ce que vous auriez proposé ? Que nous censurions ces images, en attendant de les passer dans trois mois…
 
E. Dorra [interrompant Monier] : Non, non, les passer mais attendre les conclusions de l’enquête, Monsieur, tout simplement…
 
E. Monier : Donc ça veut dire que pour vous, l’enquête est là, alors on déciderait de ne pas passer cette image ?
 
E. Dorra : Non. Je pense qu’il faut attendre, justement, les conclusions d’une enquête avant d’affirmer quelque chose. Là, vous avez affirmé que c’était l’armée israélienne et que c’étaient des tirs d’obus israéliens…
 
E. Monier [d’un ton sec] Mademoiselle, cette enquête elle-même [l’israélienne] est contestée.
 
E. Dorra : [tandis que Monier essaie de poursuivre] … Mais pourquoi on prend des informations palestiniennes pour argent comptant et pourquoi on ne prend pas…
 
E. Monier [l’interrompant grossièrement] C’est pas des informations palestiniennes, elle [la version israélienne] est contestée par des gens qui ont travaillé pour le Pentagone et qui, aujourd’hui, sont dans des ONG qui ont pignon sur rue [15].
 
E. Dorra : Même Kofi Annan, aujourd’hui, nous dit qu’il regrette d’avoir réagi comme ça à l’enquête israélienne, et qu’il aurait dû y accorder plus de crédit.
 
Modérateur : Emilie, on va écouter Charles. Charles
 
Ch. Enderlin : Il y a eu dans le passé, au cours de ces cinq dernières années, un certain nombre de cas où, effectivement, l’armée israélienne nous a présenté des images, en nous disant : regardez, voici ce qui se passe côté israélien. Il s’est avéré que ces images ont été très contestées par la suite, également, bien entendu, par la presse israélienne, par des journalistes israéliens [16]. Nous sommes bien obligés de renvoyer les uns et les autres dos à dos. Pour nous, la crédibilité israélienne [17], sauf lorsqu’il y a des témoins absolus [18], lorsque le journaliste est sur place et nous ne sommes pas toujours sur place...[19]. Comme toutes les chaînes internationales, nous travaillons avec des correspondants et nous utilisons des images d’agences, dont la crédibilité, en général, est à peu près totale. Nous vérifions, nous faisons confiance à nos correspondants. C’est à partir de cela que nous passons [les images]. Maintenant, lorsqu’une image qui n’est pas très favorable à Israël vous gêne, effectivement, vous lancez… Nous avons de véritables campagnes d’intimidation. On ne veut pas qu’on passe certaines images qui sont gênantes pour Israël [20]. C’est vrai, je le comprends, ce genre de campagne, à la limite, est parfois vraiment insupportable. Maintenant, lorsque nous avons des images qui sont difficiles pour les Palestiniens, les attentats, lorsque nous diffusons les scènes terribles qui suivent un attentat anti-israélien, là, silence radio [21]. Vous n’allez pas nous critiquer en disant : un petite fille israélienne pleure ses parents tués [22]. Simplement, nous avons à chaque fois ce genre de campagne lorsqu’il y a une image de ce genre. Encore une fois, je ne vous ai pas entendus réagir sur les neuf morts civils dus au tir de missile sur un des militants du Jihad islamique à Gaza.
 
E. Dorra : … J’ai déjà dit, M. Enderlin, à quel point j’ai été attristée d’apprendre la mort de cette famille, et que je suis très peinée pour cette petite Ouda ; et franchement ç’a été des images terribles, et moi, c’est vrai que, là, je ne réagis pas au nom d’une… C’est moi que je défends et c’est mes pensées à moi. Je suis une jeune fille, j’ai 23 ans, j’ai pas forcément les connais… je ne suis pas une professionnelle de la communication comme vous pouvez tous l’être autour de cette table, et vous-même, Monsieur Enderlin. Je réagis avec mon cœur, et c’est comme ça. Maintenant, ça m’a énormément touchée et ça me hante, cette image de cette jeune fille qui voit le cadavre de son père. Ça me hante. Maintenant, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu beaucoup d’enfants israéliens touchés par des attentats dans les bus, ou des choses comme ça. Parce qu’il faut rappeler quand même une chose, c’est que la cible des Israéliens, ce ne sont pas les civils palestiniens, au contraire.
 
Modérateur : Alors, merci pour ce témoignage émouvant. Je vous propose de donner un dernier mot à M. Michel Cohen, à Lyon. Un dernier mot pour conclure, sans conclure parce que [le débat] est toujours ouvert.
 
M. Cohen : Oui. On ne peut pas conclure, bien évidemment, sur un sujet aussi passionnel. La seule chose, c’est qu’il faudrait quand même apaiser un peu les uns et les autres. Aujourd’hui, par exemple, il n’y a pas d’images qui viennent de Sdérot, la localité qui est à côté de Gaza et qui reçoit des missiles Qassam toute la journée [22]. Et pourtant, il y a aussi des enfants qui peuvent perdre aussi leurs parents, ou des parents qui perdent leurs enfants. Bien sûr que les choses sont épouvantables. La seule chose que je vous demande, c’est pas d’être d’un côté ou de l’autre, c’est pas du tout cela. C’est d’essayer d’arrondir [les angles] et d’apaiser les passions. Parce qu’après, il y a des traductions qui se font dans le cadre de la population. Une question pour ouvrir la conclusion. Je voudrais vous poser une simple question à tous : Comment se fait-il qu’on parle si souvent d’une population qui représente un millième de la population mondiale ? [23]
 
Modérateur : Ecoutez, ce que je propose, c’est qu’on se retrouve. On aura l’occasion d’en reparler au mois de septembre, car il y a [lire: il y aura] justement le procès sur l’assassinat ou la mort du petit Mohammed al-Dura. Merci en tout cas pour ce débat. Un échange musclé. Il a eu le mérite de mettre en évidence la difficulté de travailler, pour les journalistes, et l’extrême sensibilité - on l’a constaté sur ce plateau -, des téléspectateurs sur certains dossiers comme le conflit du Proche-Orient. [Se tournant vers Emilie Dorra] Merci d’avoir accepté de participer. Merci M. Cohen. Merci, Charles. C’est la règle de cette émission du Médiateur.
 
 
[Ma reconnaissance va à soeur Maggy Kraentzel - une religieuse catholique, amie dévouée des Juifs et d’Israël -, qui a corrigé les inévitables coquilles d’un texte, aussi long que difficile, ainsi qu’à Hector Chemla - fidèle internaute juif et vaillant défenseur de la cause de notre peuple et de son Etat -, qui a complété les passages manquants et rétabli dans leur intégrité des mots que j’avais mal compris à l’audition de la vidéo. Menahem Macina.]
 
 
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Remarques et commentaires du transcripteur :
 
[1] Faux : on l’a amenée devant le seul cadavre de son père, comme le prouve la vidéo diffusée. On voit la petite fille que l’on vient vraisemblablement d’amener sur place, se diriger vers le cadavre de son père, pour ensuite se jeter et se rouler sur le sable en faisant de ses bras des gestes de détresse. Visiblement, elle reproduit les attitudes de mères palestiniennes endeuillées qu’elle a eu l’occasion de voir, au fil des reportages incessants de la TV de l’Autorité Palestinienne, sur de tels sujets.
 
[2] En fait, comme le prouve la phrase qui figure dans son second reportage du 11 juin, Monier n’a pas utilisé l’adverbe en question, mais a parlé explicitement de « la très vraisemblable bavure de l’armée israélienne ».
 
[3] Le caractère agressif, voire rageur de Monier n’aura échappé à aucune personne de bonne foi. En disant d’entrée de jeu : « Monsieur, vous venez de donner un peu la preuve de votre démarche », Monier tente de déstabiliser son interlocuteur en l’accusant de parti pris. La suite le prouve, lorsque Monier attaque frontalement : « vous choisissez de faire le tri dans le commentaire. Vous prenez ce qui vous intéresse et qui sert votre argument, et vous laissez le reste. » Impossible d’éviter l’argument ad hominem et la réponse du berger à la bergère : c’est précisément ce qu’ont fait les journalistes de France 2 dans la couverture médiatique de cette affaire. Ils ont « pris ce qui les intéressait » : l’accusation gravissime palestinienne et le renfort que lui apportait d’un militant oèngiste, et ils ont « laissé le reste » - la dénégation israélienne et le résultat de son enquête interne. Accessoirement, invoquer le fait que « les Américains eux-mêmes parlaient de bavure », est un argument polémique pitoyable. LES Américains, c’est qui ? Y a-t-il eu un référendum auprès de la population américaine ou même un simple sondage d’opinion ? Non, bien sûr. Outre l’"expert" oèngiste, l’un ou l’autre journaliste américain a sans doute tenu des propos sceptiques à l’égard de la thèse israélienne, c’est le jeu de la libre opinion, mais est que l’on peut présenter sérieusement ces deux ou trois opinions comme représentant l’opinion DES AMERICAINS ?
 
[4] Ici, de toute évidence, la jeune fille se trompe : les Israéliens n’ont pas participé au nettoyage des lieux, cela se saurait.
 
[5] « C’est faux ». On reconnaît là la morgue et le ton d’intimidation de l’homme qui n’hésite pas à accuser autrui de mensonge, alors qu’à l’époque de l’affaire al-Dura, lui-même n’a pas hésité à affirmer faussement, durant des mois, qu’il s’était interdit de diffuser les 30 minutes d’agonie de l’enfant, lesquelles vérification faite après examen de France 2, se sont avérées n’avoir jamais existé.
 
[6] Les expressions creuses : nous avons des suites sur l’enquête… tout ça continue… tout cela se poursuit…démontrent l’indigence de l’argumentation d’Enderlin.
 
[7] « Un des experts », dit Enderlin, laissant entendre qu’il y en a d’autres qui se sont exprimés. Mais ni leurs noms, ni leurs conclusions ne nous sont communiqués.
 
[8] Enderlin ne précise pas quelles sont les « trois erreurs » de l’enquête israélienne. Il joue l’Independent, contre la commission militaire israélienne, sans nous dire en quoi l’argumentation de ce journal infirme celle des Israéliens, ni sur quelle base il la privilégie, à ce qu’il semble.
 
[9] Il s’agit, comme on le sait sans doute, des 9 civils palestiniens qui s’étaient massés auprès d’un véhicule transportant des fusées, qu’un premier tir de missile israélien avait manqué, et qui ont été tués par la seconde salve. En bonne logique on peut penser à première vue qu’il s’agit d’une bévue oratoire. L’argument est hors sujet, dira-t-on. Emporté par son élan, Enderlin parle d’un événement qui s’est passé plusieurs jours plus tard et qui n’a absolument rien à voir avec le drame de la plage de Gaza. Raisonner ainsi serait mal connaître les ressorts de l’obsession anti-israélienne du journaliste de France 2. Ce qu’il veut dire est très clair bien que ce soit indigne et répugnant. Je traduis : Comment voulez-vous faire confiance au rapport d’une commission qui récuse une « bavure » [évidente] de son armée et qui en commet une autre, pire encore, EN PLEINE VILLE. Le but méprisable d’Enderlin est clair et sa méthode redoutablement efficace. Il démontre, de manière apparemment indiscutable, que des gens qui n’hésitent pas à tirer sur un véhicule qui circule dans une rue densément peuplée, prouvent qu’ils se moquent éperdument des pertes humaines collatérales que provoque leur détermination d’éliminer leurs ennemis. Par conséquent quand ils refusent d’admettre la possibilité qu’un de leurs tirs ait pu être la cause du massacre de la plage de Gaza, leur cynisme dans le cas du massacre de civils causé par deux de leurs missiles air-terre, rend leurs dénégations totalement non crédibles. CQFD.
 
[10] Ici, c’est l’Enderlin de l’affaire al-Dura qui pointe l’oreille. L’homme – on n’ose dire le Juif et l’Israélien – qui a jeté l’opprobre sur tout un peuple et sur une des armées dont l’éthique combattante est l’une des plus élevées (si pas la plus haute) du monde, récidive aujourd’hui. Poursuivi par les images du mitraillage du petit Mohammed  al-Dura, prises par son caméraman, qu’il a commentées et accréditées, que sa chaîne a choisi de mettre gratuitement à la disposition des télévisions du monde entier pour les diffuser, et qui lui collent à la réputation comme la tunique de Nessus à la peau d’Hercule, Enderlin revit son cauchemar. En parlant d’« une véritable offensive contre une image, une image qui gêne », il pense au pluriel, à des images, des images qui gênent, celles de la mort – réelle, ou mise en scène – du petit Mohammed al-Dura. Dans ce contexte on comprend mieux sa hargne à défendre ces nouvelles images de Gaza et sa féroce détermination de déclarer, une fois de plus, coupable, l’Etat qui l’a reçu, jadis, en tant que nouvel immigrant, qui l’a aidé à s’insérer dans la société israélienne et à en apprendre la langue, et qui n’a pas usé de son pouvoir discrétionnaire pour lui faire retirer, comme il le mériterait, son accréditation de journaliste. L’histoire fera justice de cet « accusateur de nos frères » (Ap 12, 10, et cf. Za 3, 1).
 
[11] Il faut d’urgence mettre la main sur un reportage digne de foi concernant le procès auquel fait allusion Enderlin. La chose est assez singulière pour mériter une enquête. En quoi consistait ce procès ? Qui l’a intenté et contre qui ? Et s’il s’agissait, à l’inverse de ce que tend à nous faire accroire Enderlin, d’une action intentée contre Tsahal, par des citoyens scandalisés de la manière, en effet, maladroite et expéditive dont l’armée israélienne a clos cette affaire épineuse, allant même jusqu’à laisser détruire (volontairement ou involontairement tous les éléments matériels (y compris le mur criblé de balles et le fût cimenté contre lesquels s’abritaient le père et l’enfant al-Dura) qui eussent permis de reconstituer les faits avec précision, au lieu d’effectuer cette reconstitution avec un morceau de mur fabriqué à cet effet, et de procéder à des vérifications balistiques sur base de reconstitution des tirs effectués par les soldats, à partir d’un remblais de sable érigé par les militaires et censé représenter l’endroit où étaient postés les défenseurs de la position israélienne, censés avoir tiré les balles mortelles. Ceci étant dit, une fois de plus, un tel argument - qui sent furieusement le "deus ex machina" - semble plutôt artificiel et ressortit davantage au domaine de l’apologétique qu’à celui de la recherche de la vérité, qu’impose aux journalistes leur charte éthique.
 
[12] Au cas où certain(e)s en douteraient, il faut souligner que jamais un représentant autorisé de Tsahal n’a prononcé ce mots, littéralement ou avec quelque variante que ce soit : « oui, c’est vrai, c’est un obus israélien ». Ce qui est vrai c’est que des officiels, politiques et militaires, ont exprimé des regrets, voire des excuses pour la mort des civils palestiniens, mais, instruits par l’erreur de certains haut gradés de Tsahal, qui, au moment du mitraillage des al-Dura, avaient trop vite et imprudemment reconnu une bavure de Tsahal, cette fois, il n’y a pas eu reconnaissance de culpabilité (pas même accidentelle). Donc, une fois de plus, Enderlin ne dit pas la vérité, ou en présente une version partielle et déformée, pour la faire coïncider avec ses thèses accusatrices de l’Etat d’Israël et de son armée.
 
[13] Ainsi selon M. Monier, « la version des faits » [d’Enderlin], serait « totalement imprégnée par le doute ». Le toupet du chef adjoint à la section Etranger de France 2, atteint des sommets et dépasse les limites du tolérable. Il n’est que de relire les affirmations d’Enderlin lui-même, retranscrites ci-dessus, pour constater que le correspondant permanent de France 2 en Israël et collègue de Monier n’a pas le moindre doute. Mieux, il est, comme toujours et plus que jamais, sûr d’avoir raison sur toute la ligne. Ce sont les tenants des thèses qu’il combat qui sont des menteurs ou des dénégateurs.
 
[14] Encore une expression de la morgue, qui semble décidément être la note distinctive de l’équipe du service Etranger de France 2 quand il est question du conflit palestino-israélien.
 
[15] S’il suffisait d’avoir « travaillé pour le Pentagone » et d’appartenir « aujourd’hui à des ONG qui ont pignon sur rue », comme l’affirme triomphalement Monier afin d’ériger en icône de la compétence, de l’objectivité et de la recherche éperdue de la vérité, le seul « témoin à charge de la thèse israélienne » qui a donné une conférence de presse, le monde médiatique serait une pépinière de saints, et cela se saurait. A ce stade, on est en droit de se poser une question : Monier est-il d’une naïveté hors du commun, ou nous prend-il pour des boeufs ? Quel journaliste ignore encore aujourd’hui que les ONG sont toutes, sans exception des lobbies. Certaines ont incontestablement des buts honorables, mais beaucoup, tout en ayant, au moins sur le papier, mais aussi sur le terrain, comme Oxfam, par exemple, des buts honorables ont également des objectifs politiques à peine masqués. Or, comme chacun sait, être anti-israélien et propalestinien aujourd’hui est très "tendance". Un tel badge idéologique vous ouvre à peu près toutes les portes et tous les budgets (onusiens, européens, voire arabes). C’est la cause-vedette, le brevet de considération facile à acquérir, gratuit même, le plus souvent. Et que faut-il pour être admis à l’examen ? Une seule chose : retenir le mantra suivant : 
  • Version longue : "Israël, casqué-botté, hyper-équipé en armes, hyper-financé par les Etats-Unis, chouchou des Libéraux américains et de la plupart de leurs homonymes dans le monde, béni et couvert d’alléluias par les chrétiens sionistes, Israël que nous admirions tant, quand les rescapés de l’Holocauste, qui avaient proclamé ce jeune Etat, faisaient fleurir le désert, bâtissaient des villes et vivaient en bonne intelligence avec les Arabes et les Palestiniens, Israël, il nous faut le dire, à notre grand regret, est devenu, ni plus ni moins, un Etat-voyou, qui refuse d’obtempérer aux décisions de l’ONU et se sert de sa force militaire écrasante pour opprimer tout un peuple et le léser d’une grande partie de son territoire. Autant nous avons, alors, approuvé sa création et l’avons admis dans le chœur des nations, autant, dorénavant, face au degré de déchéance morale et politique que ce pays a atteint et à son entêtement diabolique à prétendre avoir raison contre le monde entier, nous sommes contraints de douter de la justesse, voire de la justice de la décision originelle de l’assemblée des nations concernant sa légitimité. Aussi, envisageons-nous sérieusement, de contraindre Israël, par tous les moyens - y compris, si nécessaire, par le recours à la force armée -, de céder aux exigences palestiniennes, raisonnables et légitimes, et de faire confiance aux nations honnêtes que nous sommes, pour assurer sa sécurité. "
  • Version courte : "Israël a fait la preuve qu’il est un Etat raciste et impérialiste en bafouant quotidiennement les droits les plus élémentaires du peuple palestinien, et en n’hésitant pas à recourir aux massacres et aux assassinats pour imposer sa volonté au peuple palestinien sans défense."
[16] A nouveau, l’accusation éhontée : Israël ment. Il présente des preuves falsifiées. Visiblement Enderlin confond les Israéliens avec ses protégés : les Palestiniens. Pourtant, il sait pertinemment que :
  • Israël ne massacre pas des enfants comme ceux qui ont été assassinés et défigurés dans une grotte, il y a quelques années ;
  • Israël ne lynche pas ses prisonniers comme la populace palestinienne l’a fait de deux réservistes israéliens égarés en territoire palestinien ;
  • Israël ne fabrique pas des vidéos truquées comme celle de l’accident d’une militante pacifiste, dont la chute accidentelle sous un bulldozer a été présentée comme un écrasement volontaire par le conducteur israélien de l’engin ;
  • Israël n’organise pas des mises en scènes comme celle de l’enterrement truqué du faux mort palestinien de Jénine, qui tombe de sa civière.
Ce que sait Enderlin, par contre, c’est que la propagande ment sans vergogne et accuse Israël de tous les maux. La liste de ces calomnies est tellement longue qu’elle lasserait les lecteurs. On se limitera donc au prétendu "carnage" de Jénine et aux affirmations démentielles du porte-parole d’Arafat, alors, dont les propos étaient repris avec ferveur par la quasi-totalité des journalistes du monde. Souvenons-nous que l’on parlait, à l’époque, d’abord de "milliers de morts palestiniens", puis, de "1.500 victimes au moins", enfin, de "plusieurs centaines", jusqu’à ce qu’une commission internationale fasse taire ces calomnies en concluant à un bilan maximum d’une cinquantaine de Palestiniens, presque tous tués les armes à la main (sans parler d’une trentaine de soldats israéliens déchiquetés par l’explosion d’une maison palestinienne piégée, qu’ils inspectaient).
 
[17] Enderlin n’ayant pas achevé cette phrase, nous ne saurons pas ce qu’il pense de la « crédibilité israélienne »… mais nous pouvons nous en douter !
 
[18] Quand les arguments solides et raisonnables font défaut, la rhétorique s’efforce de pallier l’indigence du propos. Tel est le cas de l’emploi, par Enderlin, de l’expression « témoins absolus ». L’adjectif "incontestable" eût amplement fait l’affaire. Mais, ici, comme en matière de finances de l’Etat, l’inflation a pour but de masquer le déficit des convictions, voire la banqueroute prochaine de la crédibilité.
 
[19] Encore une réminiscence, probablement involontaire. « Nous ne sommes pas toujours sur place… » dit Enderlin. Comme il a raison. Il n’empêche, lors du mitraillage du petit Al-Dura, le journaliste de France 2 n’était pas « sur place », précisément. Ce qui ne l’a pas empêché de donner aux téléspectateurs l’impression du direct par la superposition de son commentaire sur les images prises, plusieurs heures auparavant, par son caméraman palestinien, Abu Rahma. Et c’est le même homme qui s’érige en preux défenseur de la « difficile profession de correspondant de presse ». Quelle dérision !
 
[20] Une fois de plus, "l’accusateur de ses frères" pose en victime. Il est, se plaint-il, en butte « à de véritables campagnes d’intimidation ». Il accuse même : « On ne veut pas qu’on passe certaines images qui sont gênantes pour Israël ». Pourtant, les intervenants ont parlé, se sont expliqués, ont fait part de leur désarroi. Sont-ce là les « intimidateurs » auxquels il a fait allusion ? Ont-ils dit : « Nous ne voulons pas que vous passiez des images qui sont gênantes pour Israël » ? Non, bien sûr. Mais Enderlin n’écoute rien. Atteint d’une forme aiguë d’autisme moral, doublé d’une paranoïa qui lui fait considérer comme des attaques personnelles, voire de la diffamation, toute remise en cause de sa couverture journalistique, comme si le simple fait de contester sa version des événements constituait un crime de lèse-majesté médiatique, passible de rien moins que les tribunaux, comme l’ont expérimenté les prévenus qui vont devoir répondre, à l’automne, de l’accusation de diffamation et de calomnie, sur plainte conjointe de France 2 et de Charles Enderlin.
 
[21] Phrase stupéfiante. Il vaut la peine de la reproduire : « …lorsque nous avons des images qui sont difficiles pour les Palestiniens, les attentats, lorsque nous diffusons les scènes terribles qui suivent un attentat anti-israélien, là, silence radio. » Ainsi, selon ce parangon de discernement moral, nous devrions comprendre que le fait de diffuser les images (ô combien aseptisées, car les Juifs respectent trop l’image de Dieu qu’est le corps de l’être humain pour l’exposer sans vergogne, comme le font les Palestiniens - précisément dans ce cas de figure du mort de la plage de Gaza !), est difficile (à supporter, je suppose) pour les Palestiniens ! Et les derniers mots de la phrase sont encore plus abjects : « là, silence radio ». Autrement dit, quand des membres civils et innocents de leur famille ou de leur peuple sont assassinés de la manière la plus horrible, les Juifs et les Israéliens ont l’impudeur de trouver cela normal, voire de ne pas piper un mot ! Parce que M. Enderlin s’attend sans doute à ce que nous le remerciions, lui et des confrères, quand ils font des reportages sur le meurtre des leurs, alors que, sauf exceptions rarissimes, le but principal de nombreux journalistes est la recherche du scoop et l’obtention d’une notoriété qui sera d’autant plus grande qu’ils auront fait fort dans l’horreur, le drame, ou l’émotion !
 
[22] C’est vrai : bravo à Michel Cohen ! Parce que le grand absent de ce débat et de la quasi-totalité des reportages antérieurs sur le drame de Gaza, c’est le "silence radio" (pour reprendre la triviale image d’Enderlin) qui est observé sur la CAUSE originelle de cette débauche de violence et de morts innocentes : les fusées palestiniennes qui ne cessent de pleuvoir sur les localités israéliennes proches de la Bande Gaza. Certes, elles tuent rarement, mais elles blessent, parfois gravement et causent des dommages matériels plus ou moins considérables, mais surtout elles restent une menace mortelle permanente et, comme telles, elles rendent la vie impossible aux habitants de ces villes. C’est d’ailleurs bien ce que veulent les jusqu’au-boutistes palestiniens : décourager les Juifs d’habiter sur cette terre, de continuer à combattre pour survivre. De cela, pas un mot. De cela, les journalistes et l’opinion publique n’ont cure. La preuve, ils n’en parlent pas et quand ils le font, c’est - comble de perversion ! – pour accuser, avec plus ou moins de circonlocutions prudentes pour rester politiquement corrects, les Israéliens de n’avoir que ce qu’ils méritent. Et quelque part dans leurs pensées fétides non exprimées - si ce n’est en milieu sûr, entre ennemis jurés d’Israël – volètent, telles des feuilles mortes en décomposition soulevées par le vent de la haine, des pensées telles que celles-ci :
  • Après tout, ce ne sont que des occupants.
  • Est-ce qu’on pleurait un "salaud de Schleu" quand il tombait sous les balles des Résistants ?
  • Est-ce qu’on a pleuré sur la défaite des nazis et de l’armée allemande ? 
  • C’est triste à dire, mais les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui.
[23] Saluons, une fois de plus, la présence d’esprit et l’intelligence de ce digne représentant de notre peuple, Michel Cohen, qui a tiré, au moment où l’on s’y attendait le moins, la "flèche du Parthe" : « Comment se fait-il qu’on parle si souvent d’une population qui représente un millième de la population mondiale ? » J’avais, pour ma part fait une comparaison analogue, en superficie cette fois, à propos de l’affirmation – hénaurme – selon laquelle Tsahal avait rasé le camp de réfugiés de Jénine. Je me permets de renvoyer à cet article et aux photos qu’il contient et qui illustrent la différence entre la fiction meurtrière de certains journalistes haïsseurs d’Israël et la triviale réalité des faits. Voir : "Jénine: Combien y a-t-il de charognards de la presse sur 100 m par 100 m ?" ?
 
 
Menahem Macina
 
Avec la collaboration involontaire de l’Hebdo du Médiateur de l’Info de France.
 
 
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Mis en ligne le 18 juin 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org