Qui se moque du Prophète ? Ugo Rankl
07/02/2006
Nous reproduisons ici, après coupures et corrections, l’essentiel d’un article mis en ligne par notre confrère, Guysen Israel News, car il constitue une synthèse claire et fiable de l’affaire des caricatures, outre qu’il évoque des aspects qui, s’ils sont connus de certains journalistes ou sont mentionnés brièvement çà et là, n’ont pas été suffisamment mis en lumière. Il a, de surcroît, le mérite de procéder à une contextualisation, le plus souvent absente des nombreux articles consacrés à ce sujet, et, en particulier, de souligner la rancur, éprouvée par les arabo-musulmans, face au durcissement des lois sur l’immigration, désormais perçues comme « racistes ». (Menahem Macina).
07/02/06
Finalement, toute cette affaire des caricatures sataniques commence bien par un coup de colère. Mais il ne s’agit pas de la furie musulmane qui embrase le monde de Londres à Damas et de Manille à Ryad. Non. A l’origine de l’affaire il y a bien une colère, mais danoise et luthérienne.
Flemming Rose

Contacté aux Etats-Unis où il s’est réfugié parce qu’il craint désormais pour sa vie, Flemming Rose, responsable des pages culturelles du journal
Jylland Posten, explique que tout a commencé quand il s’est rendu compte qu’aucun dessinateur danois ne voulait accepter de représenter le Prophète Mahomet pour illustrer un livre pour enfants. Les artistes danois avaient tout simplement peur, et pour éviter d’attirer sur eux la vindicte de leurs concitoyens musulmans, ils avaient choisi de s’autocensurer.
On pourrait se moquer du manque de courage évident des artistes danois. Mais ce serait oublier un peu vite que toute l’Europe du Nord a véritablement été traumatisée par l’horrible assassinat, en novembre 2004, du réalisateur Théo Van Gogh qui avait « commis » un film, blasphématoire au regard des islamistes, car il y dénonçait la soumission des femmes musulmanes
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Le soir de l’assassinat de Van Gogh, Amsterdam s’est couvert d’affichettes où l’on pouvait lire cette phrase lugubre : « La liberté du monde a été assassinée ». Mais les dénonciations n’empêchent pas la prudence, et, de la Hollande au Cap Nord, on préfère désormais s’autocensurer plutôt que de se faire égorger.
Flemming Rose veut enrayer cet apprentissage de la soumission culturelle par la terreur. Il commande donc les douze dessins qui font scandale aujourd’hui. Son rédacteur en chef, Carsten Juste, accepte de le suivre. Lui non plus ne supporte pas la lâcheté ambiante au Danemark, où la liberté d’expression a toujours été scrupuleusement respectée. Sans être islamophobe, Juste pense simplement que les Musulmans qui s’installent au Danemark doivent accepter que leur religion soit moquée, comme le sont le christianisme ou le judaïsme.
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Dès leur parution, ces caricatures provoquent une certaine mauvaise humeur chez les 200 000 musulmans officiellement recensés parmi 5,4 millions de danois. Mais les protestations restent dans les limites de la loi. Les défenseurs des musulmans du Danemark interprètent la retenue de ces derniers comme une preuve de leur parfaite intégration dans la société danoise. La communauté musulmane délègue même d’anciens ambassadeurs danois dans des pays musulmans pour qu’ils aillent protester – en y mettant toutes les formes diplomatiques – auprès du premier Ministre Anders Fogh Rasmussen. A l’étranger, il y a bien quelques menaces de mort contre les Danois, mais rien qui semble vraiment sérieux aux autorités de Copenhague.
Les choses ont pourtant bien changé en quelques mois. Aujourd’hui, Carsten Juste, le rédacteur en chef du Jylland Posten avoue sans honte : « Si j’avais su que la vie de soldats et de civils danois serait menacée, si j’avais su cela alors que mon doigt n’était qu’à un centimètre au dessus du bouton pour lancer l’impression des dessins, est-ce que je l’aurais fait ? Non. Aucun rédacteur en chef responsable ne l’aurait fait. » Carsten Juste est rentré dans le rang des autocensurés. On peut et on doit le comprendre.
L’affaire qui n’avait pas suscité un grand émoi au mois de septembre est devenue une espèce d’épreuve de force entre l’islam et l’Occident européen. D’un côté, on prétend défendre l’honneur d’une religion, de l’autre, on veut s’accrocher à des valeurs démocratiques de plus en plus chahutées par l’expansion de l’islam à l’extérieur des pays musulmans.
Au Danemark, l’affaire des dessins a surtout été utilisée par les organisations musulmanes pour culpabiliser la société danoise et l’amener à adopter une attitude plus souple sur la question de l’immigration et du regroupement familial. On veut voir dans les dessins l’expression d’un racisme qu’il convient de combattre, faute de quoi les musulmans ne pourront pas s’intégrer et resteront une minorité hostile et méprisée au Danemark. La meilleure preuve de bonne volonté que les musulmans attendent des danois, est que ces derniers assouplissent les lois sur l’immigration et l’intégration, qui ont été adoptées dans le pays, ces deux dernières années. Or, les Danois ne veulent pas encore céder. Ils ont trop peur de voir basculer l’équilibre ethnique dans leur pays.
En effet, en 2003, une étude démographique a démontré que, d’ici trente ans, Copenhague serait une ville à majorité musulmane, si le flux des immigrés du Maghreb et du Moyen-Orient n’était pas réduit à son minimum. En outre, d’autres études ont montré que si l’intégration des musulmans vivant dans le pays n’était pas imposée par des mesures autoritaires, tout l’édifice social du Danemark allait exploser.

Carsten Juste
Les autorités danoises ont donc adopté, à partir de 2003, les lois les plus restrictives d’Europe en matière d’immigration. L’installation dans le pays des jeunes de moins de 24 ans est désormais presque impossible. Si un couple veut venir vivre définitivement au Danemark, il doit apporter la preuve qu’il dispose d’un logement indépendant, salubre, dont il pourra payer le loyer, sans compter sur la collectivité ou sa famille. Les nouveaux immigrés doivent apporter la preuve qu’ils sont totalement autonomes financièrement. Mais une mesure irrite tout particulièrement la communauté musulmane. Les autorités danoises exigent que les candidats à l’immigration apportent la preuve irréfutable que leurs liens avec le Danemark sont plus forts que ceux qui les unissent à leur pays d’origine.
Les Musulmans jugent cette mesure discriminatoire, parce qu’elle suppose que les Algériens, les Palestiniens et les Marocains qui veulent vivre au Danemark devront renoncer à respecter certaines lois islamiques qui contredisent l’idéal démocratique et laïc du pays. Obligés de faire un choix clair et sans équivoque, de nombreux immigrés ont dû quitter le Danemark pour s’installer en Suède, réputée plus souple.
Depuis que ces lois ont été votées, le regroupement familial est devenu presque impossible. Les musulmans ont introduit de nombreux recours arguant du caractère raciste de ces lois. Mais aucune des dispositions attaquées n’a été abrogée. Les Danois de souche avouent même éprouver un certain sentiment de sécurité de l’existence de ces lois. Ils pensent, en effet, qu’elles leur éviteront d’avoir à quitter le Danemark pour fuir la délinquance, la violence et l’intolérance religieuse. C’est avec stupeur et effroi que les Danois ont appris, par des études publiées au début de l’année 2005, que de plus en plus de Hollandais quittaient leur pays, car ils ne croyaient plus en l’avenir d’une nation où les tensions sociales et ethniques s’exacerbent à cause d’une présence musulmane trop importante. En 2004, 40 000 Hollandais de souche ont quitté leur pays pour cette raison.
Les Danois, même ceux qui ne partagent pas les points de vues extrémistes du Parti Populaire Danois, ne veulent pas en arriver là et assument sereinement la rigueur de leurs nouvelles lois. C’est pour briser cette trop bonne conscience que la communauté musulmane a saisi le prétexte des caricatures de Mahomet pour renvoyer à la société danoise l’image d’une communauté égoïste, figée et raciste.
On doit maintenant se demander pourquoi le monde musulman explose de fureur, quatre mois après la publication des fameuses caricatures. Les Palestiniens installés au Danemark ont joué un rôle important dans l’embrasement général, qui a surpris par sa soudaineté et sa violence.
Cela s’explique d’abord parce que les lois danoises sur l’immigration ont fermé la porte d’un véritable paradis aux Palestiniens, qui représentaient une large proportion des immigrés au Danemark. Le pays leur a octroyé une liberté d’expression totale, et les plus extrémistes d’entre eux ont pu diffuser leur propagande antisémite et anti-occidentale en toute liberté.
Parmi les plus extrémistes, on peut citer Fadi Abdul Latif, chef local du « Hizb ut Tahir », un mouvement qui veut instaurer un califat mondial. Latif a été poursuivi pour incitation à la haine raciale. Un autre Palestinien fait beaucoup parler de lui au Danemark. Abu Ahmed, 33 ans, prêche le Jihad contre l’Occident. Il se prétend imam et c’est sous sa férule qu’étudiaient cinq jeunes musulmans, arrêtés, en octobre 2005, parce qu’ils préparaient des attentats-suicide.
Enfin, Saïd Mansour, Marocain d’origine, mais militant actif du Jihad et de la lutte palestinienne, vante les beautés de la guerre sainte en produisant et en diffusant des DVD, où l’on présente la manière tchétchène de décapiter les « infidèles ».
Tous ces gens-là ont profité largement de la générosité de la politique d’accueil des immigrés au Danemark, surtout s’ils étaient Palestiniens, ou prétendaient défendre la cause palestinienne. Le durcissement récent des lois sur l’entrée des étrangers dans le pays a donc été vécu comme une véritable trahison, à la fois du gouvernement danois, mais également de la population qui, au grand désarroi de la communauté musulmane, n’est pas descendue en masse dans les rues pour protester contres des « lois racistes ».
Mais ce qui semble avoir vraiment mis le feu aux poudres, c’est la victoire du Hamas aux dernières élections palestiniennes. On soupçonne qu’en fin de compte, les Européens seront obligés d’entretenir les meilleures relations avec une Autorité Palestinienne dominée par un mouvement terroriste. Mais les musulmans du Danemark, via les associations palestiniennes actives dans le pays, ont voulu sanctionner les menaces de l’Union Européenne de ne plus financer le développement des Territoires si le Hamas ne renonçait pas à détruire Israël.
Les Palestiniens de Gaza ont ainsi été les premiers, 48 heures après la victoire électorale des islamistes, à se déchaîner contre des dessins parus au Danemark plusieurs mois auparavant. Les ressortissants des pays européens, où l’on avait eu l’outrecuidance de publier les caricatures de Mahomet, ont été menacés de mort. Les bâtiments de l’Union Européenne, ont été saccagés et brûlés. Les drapeaux danois, allemands et français ont été brûlés ou transformés en paillassons. Pour attiser le feu de la colère palestinienne, on a fait courir les rumeurs les plus folles.
Ainsi, un certain Abu Jihad, porte-parole des brigades Yasser Arafat, a affirmé qu’au Danemark et dans plusieurs pays européens, la population s’apprêtait à uriner publiquement sur le Coran avant de brûler le livre sacré de l’islam en un gigantesque autodafé. Abu Jihad a juré que si cette horreur se réalisait, ses hommes iraient brûler les églises de Gaza.
Les Palestiniens, que l’on croyait divisés par les récentes élections, se sont unis dans leur dénonciation du « racisme de l’Europe » et de son mépris supposé de l’islam. Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour écouter les imams exiger la décapitation des dessinateurs danois et l’amputation des mains des responsables du Jylland Posten, qui ont autorisé la publication des caricatures de Mahomet. Les Arabes israéliens, avec, à leur tête, le sheikh Raed Salah, chef du Mouvement Islamique, n’ont pas voulu être en reste. Six mille d’entre eux sont allés manifester dans la ville chrétienne de Nazareth. Leur démonstration de force s’est déroulée dans le calme, mais le message a été bien compris par les chrétiens palestiniens : ils sont les otages des islamistes et c’est eux qui paieront le prix fort si l’Europe persiste trop longtemps dans une politique hostile au Hamas, ou tolère, au nom de sa sacro-sainte liberté d’expression, qu’on insulte Allah, son prophète, et l’islam.
Des territoires palestiniens, la fureur musulmane s’est étendue à la Syrie, pays qui a de nombreux griefs à l’égard de l’Europe. Le gouvernement de Bachar el-Assad a laissé la foule de Damas incendier les ambassades du Danemark et de la Norvège. Il n’a donné l’ordre à ses policiers d’intervenir qu’au tout dernier moment, alors que les émeutiers s’apprêtaient à réduire en cendres l’ambassade de France. Les autorités syriennes ont clairement fait savoir aux Français que, la prochaine fois, elles ne seraient probablement pas en mesure de contrôler la juste colère des musulmans syriens. Pour éviter que le pire ne se produise, il suffit que la France cesse de demander des comptes à la Syrie à propos de l’assassinat de Rafik Hariri, et revienne à une politique totalement pro-arabe. En fait, Assad rêve d’être traité par la France avec autant d’indulgence que celle dont a bénéficié Yasser Arafat. Le dictateur syrien ne comprend pas que Paris lui cherche des poux sur la tête pour un assassinat politique, alors que l’Elysée et le Quai d’Orsay ont fermé les yeux pendant des années sur les agissements du chef historique palestinien. Le prétexte des "caricatures sataniques" était l’occasion idéale de faire passer le message aux amis d’hier.
La question est maintenant de savoir comment l’Europe va réagir à cette dernière crise de fureur de l’islam. Le Premier ministre danois refuse toujours de présenter des excuses publiques aux pays arabes, mais il a promis que des pourparlers allaient bientôt s’engager pour la construction d’une grande mosquée au Danemark. L’édification de ce lieu de culte monumental est censée exprimer « le respect des Danois pour l’islam » et la contrition de la population européenne du pays, après la publication des dessins blasphématoires.
Les autres pays européens défendent la liberté d’expression mais adoucissent la fermeté de leurs prises de décision en fixant implicitement des limites à la liberté de création des artistes.
On en appelle à leurs sens des responsabilités face à des communautés musulmanes qui viennent clairement de faire savoir qu’elle n’accepteraient aucune critique de leur religion, ni la moindre remise en cause de leurs avantages acquis en Europe.
Ugo Rankl
© Guysen Israel News
Mis en ligne le 07 février 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org