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Éditorialistes

L’assassinat médiatique de Bat Ye’or, A-M. Delcambre
28/10/2005

Suite à l’attaque de Malek Chebel dans "Le Point", Liberty Vox s’engage et soutient Bat Ye’or. Anne-Marie Delcambre lance ici une première contre-offensive et dénonce ce véritable "assassinat médiatique". (LibertyVox).
 
 
Article paru le 11/05/2005
 
Mis en ligne sur le site de LibertyVox http://www.libertyvox.com/article.php?id=114
 
 
Quiconque s’est un jour penché sur le statut des non-Musulmans en terre d’islam, ne peut ignorer les travaux de Bat Ye’or [1]. L’ouvrage le plus récent sur le Jihâd (guerre sainte), paru dans la collection très universitaire, «L’islam en débats», dirigée par Jocelyne Dakhlia et Françoise Micheau, et dont l’auteur est Michael Bonner, professeur associé d’histoire islamique médiévale à l’université du Michigan, (USA), parle ainsi des livres sur la situation des non-Musulmans dans les sociétés musulmanes (1) «une riche production d’ouvrages, dont certains évoquent le mythe du paradis interconfessionnel, tandis que d’autres comprennent des accusations acerbes, comme celles de Bat Ye’or dans Le dhimmi: profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du Nord depuis la conquête arabe (Paris, Anthropos, 1980).

L’américain Michael Bonner ne traite pas Bat Ye’or en paria de la recherche. Il ne fait pas de la désinformation. Il ne l’assassine pas scientifiquement. Il l’égratigne simplement.
Par contre, c’est un véritable assassinat médiatique qu’a perpétré Malek Chebel, auteur du Dictionnaire amoureux de l’islam et du Manifeste pour un islam des Lumières, dans le journal Le Point, le 10 Avril 2005 !

Tout le long du texte intitulé "Ne semez pas la confusion!" court, contre Bat Ye’or, l’accusation de falsification de la vérité. Certaines phrases sont particulièrement graves car elles laissent croire que Bat Ye’or règle des comptes: «régler des ardoises anciennes», ceci dans un but de propagande: «Vous amenez des éléments concrets, ils sont reformatés selon un calcul précis et une propagande qui parle au nom d’un passé révolu et qui vise à condamner collectivement les Arabes» ; et cette phrase, particulièrement méprisante: «Et surtout, prenant la partie pour le tout, lorsque deux ou trois intégristes musulmans ont pris le pouvoir c’est, aux yeux des historiens de fin de semaine, tout l’islam qui est responsable».

Monsieur Chebel n’emploie pas l’expression «historiens du dimanche», non, Il rappelle implicitement que, pour Bat Ye’or, c’est le samedi, sabbat, le septième jour, qu’elle travaille. En arabe, le dimanche se dit Ahad, un, c’est le premier jour de la semaine. Le sabbat, le samedi, c’est le jour des sorcières, le jour des Juifs (qui précisément ne travaillent pas le samedi). Et voici qu’apparaît - il fallait s’y attendre - le nom d’Oriana Fallaci, l’autre sorcière, catholique, elle, mais les sorcières entre elles s’entendent. D’ailleurs cette référence est bien présente dans l’esprit de Malek Chebel, puisqu’il écrit : «L’Arabe bouc émissaire était latent depuis le 11 septembre 2001. Oriana Fallaci l’a exhumé, et tous les apprentis sorciers se jettent sur sa dépouille. Aujourd’hui toutes les passions mortifères peuvent se déchaîner».

Monsieur Chebel - qui cumule toutes les professions : psychologue, psychanalyste, anthropologue, sociologue, islamologue, peut-être même œnologue -, brosse un tableau apocalyptique: les apprentis sorciers, qui, en fin de semaine, dansent sur la dépouille des Arabes, quelle jouissance ! (heureusement, on sait que Malek est psychanalyste). Comme le dit Michel Onfray «car Malek Chebel se dit aussi psychanalyste [...] Reviens, Sigmund...» (2).

Mais Malek Chebel a peur, car les apprentis sorciers font peur, et il essaie de prévenir le lecteur contre leur pouvoir, puisqu’il dit : «il faut que chacun sache que la validité morale et scientifique de leurs cogitations (celles des apprentis sorciers) est plus que douteuse». On est tellement proche de l’imaginaire musulman - «les bourreaux juifs israéliens qui assassinent les Arabes». Le texte de Chebel poursuit, dans sa psychose délirante : «l’empire musulman est sorti du frigo où il était confiné depuis plus d’un siècle. On l’exhibe à la vindicte populaire». Qui est ce «on» ? et la vindicte populaire, quelle est-elle ? Celle des Occidentaux, bien sûr. Et le «on», ce sont ceux qui allument les guerres, encore les juifs, même le Coran le dit, dans la sourate 5 v. 69/64.

«Tout est calculé, adroit». On est vraiment dans la thèse du complot. Pourtant, Bat Ye’or est une femme, donc menée par l’émotion, même si elle croit être scientifique : «Vous croyez parler de chiffres, il n’est question que d’émotion». Une pauvre femme soumise aux passions, mais néanmoins une femme dangereuse : «le prétendu travail de Bat Ye’or jette de l’huile sur le feu». Elle sème la corruption sur la terre, et ceux qui le font méritent la mort (toujours d’après le saint Coran, sourate 5 v 37/33 «La «récompense» de ceux qui s’évertuent à semer le scandale sur la terre sera seulement d’être tués, ou d’être crucifiés, ou d’avoir les mains et pieds opposés tranchés, ou d’être bannis de leur pays… Madame Bat Ye’or, à quoi avez-vous échappé! Vous n’avez eu qu’une tentative d’assassinat médiatique.

En effet le tireur a commis une énorme erreur. Il voulait vous faire tuer par les vôtres, lorsqu’il écrit: «Depuis le XIXe siècle, la plupart des historiens juifs, spécialistes de l’islam, Ignace Goldziher, Georges Vajda, Samuel Munk, Bernard Lewis, Maxime Rodinson, ont admis que leurs coreligionnaires en terre musulmane, toutes époques confondues, n’ont jamais été victimes de pogroms, de déportations massives, de discrimination ou d’extermination […] Bien au contraire, les fonctions éminentes que certains avaient occupées ont fait honneur à la magnanimité de l’islam classique, celui des Lumières, celui que nous aimons».

Monsieur Malek Chebel, vous devez vraiment l’aimer votre islam classique pour être aussi aveuglé, mais surtout aussi menteur !

Je me suis reportée au livre de Bernard Lewis, Juifs en terre d’islam (3). Tout le livre confirme les recherches de Bat Ye’or. Ainsi (p. 30), «le recouvrement de la djizya (impôt) doit s’accompagner de mépris et d’humiliation. Le dhimmi viendra en personne, à pied, et non à cheval. Pour payer il se tiendra debout, tandis que le percepteur sera assis. Le percepteur l’empoignera par le collet et le secouera en lui disant « Acquitte la djizya et quand il aura payé, il lui donnera une tape sur la nuque». Chez d’autres auteurs, dit Lewis, le dhimmi se présentera le dos courbé et la tête baissée, le percepteur le traitera avec dédain et même brutalité.

Mais vous avez raison Monsieur Chebel, c’est mille fois plus supportable et agréable que les bûchers de l’Inquisition. D’ailleurs, dans leur grande magnanimité, certains juristes comme Abû Yûsuf, au VIIIe siècle, demandent de ne pas battre les dhimmis. Mais, précise Lewis, le dhimmi doit être traité durement et avec mépris. Car, cher Monsieur Chebel, le statut de dhimmi a toujours été un statut discriminatoire.

Dans le même ouvrage (p. 32), Bernard Lewis, que vous considérez comme un vrai historien, écrit «l’ensemble de ces prescriptions, répétons-le, reflétait le besoin, communément ressenti, de rappeler aux incroyants leur statut d’infériorité. «Beaucoup de chrétiens préférèrent échapper à leur condition en embrassant l’Islam et en rejoignant les rangs de la communauté dominante. En revanche, le judaïsme tint bon. Les Juifs avaient une plus grande expérience de l’adversité».

Pratiquer la désinformation comme cela a été fait dans le journal Le Point est une infamie. Mais Bat Ye’or a toujours été critiquée par la gauche communiste.

Ainsi, répondant au professeur Claude Cahen (4) Jacques Ellul écrit : «C’est mon correspondant (Cahen) qui n’est pas scientifique […] N’étant pas juriste, il ne voit pas la différence entre droits personnels et droits octroyés». Le fait d’avoir de hautes situations n’empêche pas d’être esclave ! Les droits octroyés peuvent être retirés à tout moment.

Oui, Monsieur Chebel, là où Claude Cahen a échoué vous ne sauriez réussir. C’est ainsi que Jacques Ellul raconte la première tentative d’assassinat médiatique (5):

«J’avais fait un compte-rendu de ce livre [...] dans un grand journal. Et j’ai reçu une critique très violente d’un collègue, spécialiste des questions musulmanes (professeur Claude Cahen), me disant que ceci était un livre de pure polémique, qui n’avait aucun caractère sérieux. Mais ses critiques manifestaient qu’il n’avait pas lu le livre et ses arguments (à partir de mon texte) étaient intéressants pour révéler, a contrario, le caractère scientifique de cette étude», et d’ajouter «c’est un travail exemplaire dans le grand débat où nous sommes engagés» [2].

Faut-il continuer pour prouver que Bat Ye’or ne méritait pas d’être exécutée, froidement, sans pouvoir se défendre, victime de son nom, de son appartenance culturelle et politique, parce que le bon musulman qu’est Monsieur Chebel ne peut admettre qu’un dhimmi, un non-Musulman, qui plus est, une femme, se permette de critiquer l’islam et les Arabes ? Elle méritait, pour lui, d’être descendue, comme le fut Théo Van Gogh, avec cette différence – qui, pour moi, n’en est pas une - que l’assassinat médiatique n’est pas puni par la loi occidentale.

© Anne-Marie Delcambre


Notes de l’auteur


(1) Tétraèdre, Paris, novembre 2004 (48 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie 7504), p. 120.
(2) Michel Onfray, Traité d’athéologie, Grasset, p. 273.
(3) Champs Flammarion, 1989.
(4) Jacques Ellul, Islam et judéo-christianisme, PUF, p. 105.
(5) Op. cit., p. 99.

 
Notes de la Rédaction d’upjf.org
 
[1] Nous recommandons tout particulièrement une interview récente (mars 2005) de Bat Ye’or : "Celle dont le courage ne faiblit pas : Bat Ye’or contre l’Islamisme ! Entretien exclusif France-Echos". http://www.france-echos.com/actualite.php?cle=4023
 [2] On peut lire le texte où figure cette citation, à savoir, la Préface, traduite de l’anglais, qu’avait rédigée J. Ellul pour l’ouvrage de Bat Ye’or, Le Dhimmi: Profil de l’opprimé en Orient et en Afrique du nord depuis la conquête arabe,  sur le site de Dhimmitude. http://www.dhimmitude.org/archive/dhimmi_preface_ellul_fr.html
 
 
Mis en ligne le 06 octobre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org