Meyssan frustré : il n’a pas eu son Nobel de l’imposture, M. Macina
12/12/2005
Comme à son habitude, le tristement célèbre Thierry Meyssan a réagi en crachant son venin, à l’attribution du Nobel de l’économie au professeur israélien. Je ne livrerai qu’un extrait de ce nouveau galimatias délirant, criblé d’accusations aussi fantasmatiques que calomniatrices, publié, comme d’habitude, sur le site du Réseau Voltaire, qu’il dirige.
12/12/05
Titre de l’article : "Scandale : Thomas Schelling et Robert Aumann, les Nobel pour qui la guerre est un jeu"
"Le prix Nobel d’économie 2005 a été attribué par la Banque de Suède, le 10 octobre, à Robert J. Aumann et Thomas C. Schelling pour leurs travaux sur la théorie des jeux [
] Considérant probablement que la Banque de Suède est infaillible comme la papauté, les médias internationaux ont relayé cette nouvelle et applaudi les lauréats sans se préoccuper du contenu exact de leurs travaux et de leurs applications, ni des raisons qui ont pu guider le choix des juges.
Robert J. Aumann, théoricien de l’oppression militaire
Laissons de côté le cas quelque peu folklorique du mathématicien cabbaliste Robert J. Aumann, dont l’apport principal à l’humanité aura été d’appliquer la théorie des jeux à la lecture du Talmud, notamment pour résoudre le cruel dilemme de la répartition de l’héritage de l’homme aux trois veuves. Le lauréat s’est également illustré par ses recherches ésotériques sur les codes cachés de la Torah (1).
Plus prosaïquement, Robert J. Aumann a théorisé le principe de la « coopération forcée » par « crainte de la sanction » au traitement infligé aux Palestiniens, une méthode qui, en instituant des punitions collectives, viole les Conventions internationales. Il milite au sein d’une organisation extrémiste, Professors for a Strong Israël, qu’il a contribué à créer pour saboter les accords d’Oslo. Partisan du Grand Israël, sur une base juive raciale, il est opposé à la création d’un État palestinien et fait aujourd’hui campagne contre Ariel Sharon et pour l’annexion de Gaza [
]
Après avoir rêvé de numérologie biblique, Robert Aumann a montré que les colons israéliens pouvaient opprimer les Palestiniens en déshumanisant leurs crimes au point de les transformer en formules mathématiques."
On aura remarqué, entre autres divagations, que la Fondation du Nobel est nommée "Banque de Suède". A ce compte, pourquoi ne pas attribuer à la "Banque des émirats arabes unis", le financement de la version arabe de son "Effroyable imposture", qui fit, pendant quelque temps, de Meyssan, le chouchou d’une certaine intelligentsia des émirats ?

En effet, son livre a été traduit en arabe et publié par le Centre Zayed pour la Coordination et le Suivi - aujourd’hui fermé (2) - que présidait le Cheikh Sultan Ben-Zayed Al-Nahyane, vice-Premier ministre des Émirats Arabes Unis. Pour assurer la promotion de cette version arabe de son livre, Thierry Meyssan, a été invité à donner une conférence au siège du Centre Zayed à Abou Dhabi, en juillet 2002, sur le thème
« Qui a commandité les attentats du 11 septembre ? ». Le site du Réseau Voltaire, annonçait, le 31 juillet, dans un communiqué triomphal, que la version arabe du livre de Meyssan ainsi que le texte traduit de sa conférence, "ont été diffusés auprès de 5.000 personnalités universitaires et politiques du monde arabe". Mieux, toujours selon ce site, "le secrétaire général du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), M. Abdel Rahman Ben-Hamad Al-Attiyah, s’est félicité de l’initiative du Centre Zayed, centre d’études multidisciplinaires uvrant sous les auspices de la Ligue Arabe". Et de préciser, afin que nul n’en ignore : "Le Conseil de Coopération du Golfe comprend les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, le Koweït, Oman et le Qatar."
Je vous épargnerai la lecture de la "conférence" du mythomane, doublé d’un menteur éhonté. Une seule phrase suffira à vous édifier :
"Le FBI n’a donc jamais procédé à une enquête, mais a coordonné une chasse à l’homme qui a pris, aux yeux du public américain, l’allure d’une chasse à l’Arabe. Au point que des excités ont agressé, voire tué, des Arabes qu’ils considéraient naïvement comme collectivement responsables des attentats."
Vous avez entendu parler de ces meurtres, vous ? Moi pas. Mais qu’importe, ce n’est pas la vérité que recherchent les consommateurs de cette boue littéraire, mais un aliment à leur haine viscérale de l’Occident en général, et de l’Amérique et d’Israël, en particulier.
Last but not least, l’inénarrable Ardisson ne pouvait priver son "Tout le monde en parle" d’une interview de l’auteur de ce livre dont tout le monde parlait, en bien comme en mal. Si vous avez du temps à perdre, vous pouvez en lire une
transcription intégrale sur le site de OnzeSeptembre.com.
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(2) "En août 2003, le gouvernement [des émirats arabes unis] a fermé le Centre Zayed pour la coordination et le suivi, centre d’étude et de recherche local, qui avait publié et distribué des documents, parrainé des conférences, et qui exploitait un site Web. Il avait publié certains matériels ayant des thèmes anti-juifs et accueilli des intervenants faisant la promotion de points de vue anti-juifs. Le gouvernement a déclaré avoir fermé le centre parce que ses activités « étaient en contradiction flagrante avec les principes de tolérance religieuse » dont le Président s’est fait le défenseur." (
Communiqué du Consulat général américain à Casablanca).
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Pour celles et ceux qui auraient oublié qui est Thierry Meyssan, je reproduis, ci-dessous, deux articles antérieurs, le premier relativement récent, le second qui remonte à 2002, mais qui n’a pas pris une ride.
1. Thierry Meyssan : la machine à fantasmes
Reproduit d’après le site Prochoix.news.
Dans L’Effroyable imposteur [*], Fiammetta Venner dissèque la « méthode Meyssan » et dresse le portrait glaçant de celui qui a connu un succès planétaire en affirmant qu’"aucun avion ne s’est écrasé contre le Pentagone", le 11 septembre.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le Français le plus populaire dans les pays arabes, ce n’est pas Zidane, mais Thierry Meyssan. C’est ce qu’a découvert Fiammetta Venner, en 2002, lors d’un séjour à Amman, en Jordanie. "Thierry Meyssan, c’est l’honneur de la France", lui a dit le libraire, la voyant feuilleter la traduction arabe de L’Effroyable imposture (1), trônant entre le Protocole des Sages de Sion et une réédition de Mein Kampf
Rentrée à Paris, Fiammetta Venner décida de s’atteler au portrait de cette vedette de la presse engagée et alternative, et de retracer minutieusement son parcours, des années soixante-dix à nos jours. Parcours tortueux, à l’image d’un charlatan sinistre qui est parvenu, à force de manuvres, à être de tous les combats de gauche, avant de connaître enfin la gloire en s’attaquant à l’empire du mal américain et au complot sioniste.
La première fois que Thierry Meyssan a eu sa photo à la "une" d’un journal, c’était en 1986, en couverture de l’hebdomadaire catholique, La Vie. On le voyait place Saint-Pierre, à Rome, les bras levés, extatique, au milieu de ses compagnons du Renouveau charismatique, venus célébrer la Pentecôte au Vatican. La photo, prise dix ans plus tôt, n’était pourtant presque plus d’actualité. En 1986, Dieu n’intéresse plus beaucoup Meyssan. Il s’apprête à devenir l’un des porte-parole de la cause "gay", en attendant de combattre l’extrême droite et de batailler pour la liberté d’expression, à la tête du Réseau Voltaire. Il retrouvera toutefois le Très-haut du moins ses proches collaborateurs en septembre 2002 : invité en Iran pour y présenter L’Effroyable imposture, il sera reçu en héros par les huiles du régime, fondamentalistes en tête.
Cinq mois plus tôt, c’est à Dubaï qu’il connaissait le triomphe. Cet amoureux de la vérité a-t-il parlé avec ses nouveaux amis de ses combats passés, pour la laïcité, les droits des homosexuels, les sites pornos ?
Dans l’itinéraire soigneusement calculé de Thierry Meyssan, si les causes changent avec l’air du temps, les moyens ne varient jamais : ce sont toujours les mêmes divagations "complotistes", assenées avec le même aplomb.
Fiammetta Venner démontre par les faits que le délire qui a présidé à l’écriture de L’Effroyable imposture n’est pas né du jour au lendemain. Chez Meyssan, la paranoïa est autant une folie qu’un système. La machination est partout et lui sert d’explication à toutes les questions en suspens et, à l’occasion, à régler ses comptes personnels. Il remplit les trous des enquêtes et répond aux interrogations légitimes, que soulève parfois l’actualité, avec des "informations" dignes du plus cinglé des mythomanes, mais qui, à chaque fois, trouvent preneur.
Quand il affirme que c’est Mitterrand qui a créé le DPS (service d’ordre du Front national) pour protéger Mazarine, Noël Mamère reprend le "scoop" en direct sur LCI
Lorsqu’une explication s’effondre, il en trouve une autre. Dans ses engagements comme dans ses thèses, Meyssan n’a pas peur du grand écart. Ainsi, le pasteur Doucé, mystérieusement assassiné, a [selon lui] d’abord été victime d’un complot du PS, puis d’une conspiration d’extrême droite, avant de faire les frais d’agissements occultes du régime iranien. À l’en croire, le monde ne serait qu’un gigantesque lobby homo-facho-socialo-judéo-maçonnique.
Mais loin de le considérer comme un simple affabulateur, Fiammetta Venner estime, au contraire, que Thierry Meyssan fait preuve d’un réel talent "pour coller à son époque et répondre à la demande". La demande, tout le problème est là. Comme le souligne l’auteur, quand on écoute Meyssan, on se fait peut-être plaisir, mais on n’apprend rien. Il ne dit que ce que l’on attend qu’il dise. Il agite la machine à fantasmes. C’est précisément ce qui séduit chez lui.
Encore aujourd’hui, malgré les élucubrations publiques de son fondateur, le Réseau Voltaire reste une source de renseignements considérée comme fiable par de nombreux journalistes et hommes politiques de gauche. Alors même que, récemment, on a pu lire, sur le site Internet du réseau, que le meurtre de Théo Van Gogh est le fait d’un complot de la CIA destiné à masquer un trafic d’armes avec les Pays-Bas
Au-delà du portrait qu’elle dresse d’un personnage, peu fréquentable mais trop souvent courtisé, Fiammetta Venner s’interroge sur les devoirs de la presse militante : « Je reste impressionnée de voir à quel point cet homme a su utiliser toutes les failles, saisir toutes les opportunités pour détourner un genre aussi noble que la presse engagée, au service de sa propre gloire, au mépris de toutes les règles, celle de la vérité et surtout celle de la responsabilité. Faire ce portrait, c’était avant tout faire le procès de cette tentation conspirationniste qui empoisonne l’esprit critique et la pédagogie, deux valeurs dont le devoir d’informer ne saurait se passer ». Deux valeurs dont Meyssan, ceux qui l’écoutent, le suivent et le relaient avec gourmandise, en revanche, se passent fort bien.
Gérard Biard
© ProChoix
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(1) L’Effroyable imposture a été traduit en 25 langues et est diffusé dans plus de 50 pays.
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L’effroyable imposteur : quelques vérités sur Thierry Meyssan, par Fiammetta Venner, Grasset, mars 2005, 267 pages. Le livre peut être commandé sur
Amazon. [
Note de la Rédaction d’upjf.org].
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2. Comment faire son beurre avec les rumeurs
(Le Canard Enchaîné, 3 avril 2002)
Bon sang mais c’est bien sûr, il a raison, Thierry Meyssan, le gars qui affirme qu’aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone ! Et Thierry Ardisson a raison de l’avoir laissé exposer sa thèse en long et en large, dans « Tout le monde en parle » du 16 mars (Le Canard, 20/3/02), sans un bémol, sans esprit critique, sans question gênante, gobant tout tel un Jacques Pradel des familles (« Je suis troublé »). Service public avant tout!

Et les plus de 100 000 gogos qui, en une semaine, se sont précipités sur son bouquin, écrit en gros caractères, lu en une heure, plein d’annexes, de discours officiels de Bush, mal fichu, ont raison, eux aussi.
Car voici l’argument qui tue, et d’ailleurs Meyssan le clame haut et fort: on peut tout vérifier sur Internet ! En effet, à chaque page Meyssan cite des sites, des sites, et encore des sites: voilà donc le premier bouquin d’enquête sans enquête, mais entièrement compilé sur Internet. Et comme chacun le sait, Internet c’est rien que du sérieux !
La preuve, on peut y apprendre que :
-
Plusieurs races d’extraterrestres (et surtout les « Petits-Gris ») collaborent secrètement avec le gouvernement américain. Ils vivent dans des bases souterraines et livrent des technologies utiles aux militaires. En échange, on leur permet de kidnapper des humains et du bétail pour prélever leur ADN et faire des expériences d’hybridation, nécessaires à la survie de leur espèce.
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D’après un transfuge des services secrets de Corée du Nord, des bébés nés par insémination artificielle de femmes kidnappées dans le monde entier (donc appartenant à tous les types raciaux) sont élevés et entraînés dans des camps spéciaux pour devenir des espions ou des assassins obéissant aveuglément aux ordres reçus. Les services secrets américains et russes se livrent à des expériences de contrôle mental par des rayons électromagnétiques sur des citoyens ordinaires. Les victimes sont soumises à une torture psychique permanente. Le but est d’apprendre à maîtriser des techniques qui permettront un jour d’influencer à distance et de « téléguider » des personnes, par exemple des adversaires politiques ou militaires.
Et caetera...
Quant au 11 septembre, Internet dégorge [lire : regorge] de révélations plus étonnantes les unes que les autres : aucun des 4 000 Juifs travaillant au WTC n’est allé au travail ce jour-là ; aucun des chauffeurs de taxi musulmans de New York n’était dans le quartier ce jour-là ; on a vu des ovnis dans le secteur au moment des attentats; et une immense image de Lucifer dans les nuées de l’incendie...
C’est donc un coup des Juifs, des musulmans, des extraterrestres et de Lucifer !
Futurs auteurs de best-sellers, voici donc la recette imparable : identifiez un événement qui a frappé l’imagination des foules, décortiquez les mensonges officiels (car il y a toujours, évidemment, dans les vérités officielles, des lacunes, des arrangements, des paradoxes, des dissimulations), et remplacez-les par un gros bobard que vous aurez trouvé sur Internet.
C’est facile, il n’y a qu’à se baisser !
© Le Canard enchaîné
Mis en ligne le 12 décembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org