Barbara Bush : un cas typique de manipulation médiatique
01/10/2005
Les déclarations de Barbara Bush, la mère de l’actuel président des États-Unis, au sujet des sinistrés de la Nouvelle-Orléans, ne brillaient certes pas par leur pertinence, mais la presse française, ne les trouvant sans doute pas assez stupides, n’a pas hésité à les tronquer pour les faire paraître encore plus déplacées. Jugez-en :
"What I’m hearing, which is sort of scary, is they all want to stay in Texas. Everyone is so overwhelmed by the hospitality. … And so many of the people in the arena here, you know, were underprivileged anyway, so this is working very well for them."
Former first lady Barbara Bush about Katrina evacuees housed in the Houston Astrodome
(source CNN)
devient, dans les médias français :
Barbara Bush a peur des réfugiés
Les réfugiés du stade de Houston "étaient défavorisés de toutes manières, alors tout cela n’est pas si mal pour eux", a dit la mère du président.
"Ce que j’entend[sic], et qui est un peu effrayant, c’est qu’ils veulent tous rester au Texas".
Et de poursuivre: "Beaucoup de gens dans le stade ici étaient vraiment des défavorisés de toutes manières, alors -gloussements- tout cela n’est pas si mal pour eux !"
(source NOUVELOBS.COM | 08.09.05 | 13:04)
Une traduction moins orientée aurait pu donner
« Ce que j’entends, qui est plutôt angoissant [scary est assez banalisé, dans la langue parlée]
, est qu’ils veulent tous rester au Texas. Tous sont tellement comblés par cette hospitalité. Et tant de ces gens ici, dans ce stade, vous savez, étaient de toute façon défavorisés, alors ça s’arrange très bien pour eux. »
Pour les gloussements, je ne sais pas. Mais la phrase en gras - certes maladroite, dans la mesure où overwhelm possède aussi, entre autres, les sens "accabler", "submerger", voire "inonder" - a purement et simplement disparu, ce qui donne l’impression que, pour Barbara Bush, ce qui n’est pas si mal, c’est la catastrophe, et non pas l’hospitalité texane. Notons au passage la distorsion de very well en "pas si mal", car s’ils avaient gardé "très bien", la phrase charcutée aurait alors semblé vraiment trop bizarre.
Jean Terreneuve, pour debriefing.org