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Pacifistes israéliens

À la défense d’Amos Oz : Absence de contexte

01/09/2005
Original anglais : Missing context (Jewish Chronicle)

Traduction française : Menahem Macina

Accuser l’auteur israélien, Amos Oz, d’être « un Juif qui déteste les Juifs », comme l’a fait le rabbin de Stanmore, Rabbi Jeffrey Cohen [1], ou affirmer, comme l’a fait Melanie Phillips [2], que Oz est atteint d’un « mépris pathologique de son peuple », ne fait qu’illustrer à quel point de respectables rabbins et des commentateurs de presse peuvent parfois avoir tort. En effet, leur dénigrement immodéré et imprudent de Oz prouve leur manque de compréhension du contexte dans lequel Amos Oz a écrit.

Amos Oz L’article d’Amos Oz dans le Times [3], qui a tellement exaspéré Rabbi Jeffrey Cohen et Melanie Phillips, a d’abord été rédigé en hébreu pour le journal israélien à sensation, Yediot Ahronot, et il n’a pas causé le moindre froncement de sourcils. La charge d’Amos Oz contre les colons et la motivation religieuse sous-jacente au mouvement des implantations fait partie intégrante du débat politique de chaque jour en Israël. De la même manière que les colons justifient leur présence dans des régions à forte population arabe au nom de l’accomplissement du commandement divin de s’installer dans la Terre d’Israël biblique, leurs opposants laïques les accusent de faire du faux messianisme et de mener Israël au désastre.

Dans son article, Oz a posé la question fondamentale à propos de l’identité juive de l’État d’Israël : « Sommes-nous, avant tout, une religion, ou sommes-nous, avant tout, une nation ? » Amos Oz opte pour la seconde proposition, ce qui ne fait pas de lui, pour autant, un Juif qui se déteste lui-même.

Le débat concernant le retrait de Gaza est devenu pour beaucoup, en Israël, un débat sur la question de savoir si le gouvernement élu du pays a le droit de décider d’évacuer une terre peuplée par des Juifs. Certains dirigeants rabbiniques du camp national religieux – qui, il ne faut pas l’oublier, sont salariés par l’État – ont, de manière scandaleuse, appelé des soldats à désobéir aux ordres de participer à l’évacuation, tandis que d’autres n’ont rien fait pour dissuader leurs partisans de prendre position sur les toits, dans des implantations de Gaza, et de déverser de là de la soude caustique sur les soldats qui se trouvaient en contrebas.

Personne ne devrait donc être surpris de ce qu’il se trouve des partisans laïques du retrait de Gaza pour condamner sévèrement la vision des choses du camp national religieux. Israël doit mener deux combats : le combat extérieur contre le monde arabe pour son droit à l’existence, et le combat interne, pour le caractère de l’État juif. Tenter de discréditer des gens en les accusant de haine de soi, uniquement parce qu’ils veulent un État laïque et démocratique dans les frontières de 1967 est irrationnel ; en accuser Oz est une calomnie.

Ceux qui critiquent Amos Oz devraient lire – de préférence dans sa belle version originale en hébreu – sa superbe autobiographie, Une histoire d’amour et de ténèbres [4], pour se rendre compte de leur erreur.

© Reprinted from Jewish Chronicle, All rights reserved.


Note du traducteur

[1] Le texte de ce sermon de Rabbi Jeffrey Cohen ne figure nulle part sur le Net. Seuls quelques extraits en ont été cités dans quelques articles. Voir surtout, et entre autres : Jonathan Friedland, "Amos Oz is a lawful heir of Judaism" mis en ligne le 16 septembre sur le site de J. Friedland.
[2] M. Phillips, "Back to unreality (3)", mis en ligne le 26 août sur le site de Melanie Phillips.
[3] Amos Oz, "Gaza withdrawal first battle in war for Israel’s identity", mis en ligne sur YnetNews.com, le 21 août 2005.
[4] À propos de ce livre et de son auteur, lire le beau texte de Rachel Samoul, "Sous le charme d’Amos Oz".


Mis en ligne le 28 septembre 2005, par M. Macina, sur le site upjf.org