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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Pourquoi il faut revenir sur l’affaire Al Dura, Jean-Pierre Bensimon

14/09/2005
Lettre du Collectif Paix et Vérité n° 8 10 février 2005
www.objectif-info.com/AP/aldurra.htm

L’affaire Al Dura renvoie aux premiers jours de l’Intifada dite Al Aqsa, exactement au 30 septembre 2000. C’était le lendemain de la première échauffourée très violente qui marquait le vrai début de l’Intifada. Surpris, les policiers israéliens en nombre insuffisant avaient été débordés par la foule qui bombardait les Juifs en prière au pied du Mur Occidental. La guerre d’Arafat avait commencé.

Les soixante secondes du film élaboré à partir des rushes adressés par Charles Enderlin à sa rédaction parisienne et instantanément répercuté dans le monde entier, ouvraient en fait un second front dans l’offensive d’Arafat, le front essentiel, celui de la propagande et de l’isolement mondial d’Israël, réduit au statut d’État criminel, se repaissant du meurtre gratuit de jeunes enfants. Le sondage Eurobaromètre d’octobre 2003 (59% des Européens pensent qu’Israël est la première menace pour la paix mondiale) ou le sondage BVA du 8 novembre 2004 (88% des Français pensent qu’Arafat n’est pas responsable de la violence) montrent, qu’en profondeur, l’opinion demeure en partie fixée à cet évènement.

En tout état de cause, l’incident de Netzarim diffusé par France 2 a eu plusieurs effets majeurs, d’envergure planétaire :

- la diffamation massive d’Israël sur un sujet de charge affective maximale. L’importance de cette charge affective a eu pour effet second de dissuader l’opinion de comprendre les données de la guerre à venir, d’abolir l’approche rationnelle pour l’indignation et la haine, ces affects qui inhibent le plus sûrement la pensée critique ;

- la conversion rapide et compacte de vastes secteurs l’opinion mondiale à la « cause palestinienne, » en fait à la guerre désastreuse entamée par Arafat, en coordination avec ses indispensables relais terroristes (Hamas, Djihad islamique, Tanzim, futures Brigades Al Aqsa) ;

- la création d’un immense espace de soutien à cette guerre dans les bataillons « droit de l’hommistes » et compassionnels des gauches européennes, ainsi que dans le monde arabe antisémite chauffé à blanc ;

- le bond en avant de la judéophobie planétaire dont un moment fort fut Durban, tendance désormais durable et structurante, remarquablement décrite par Pierre-André Taguieff

Le film élaboré par Charles Enderlin a aussi servi comme une immense opération d’incitation des Palestiniens à la violence. Ceux-ci avaient montré la veille, le 29 septembre 2000, par leur faible présence dans l’affrontement de l’Esplanade, qu’ils étaient fort peu désireux de s’immerger à nouveau dans la violence. Les deux thèmes inventés pour les pousser à la guerre contre les Juifs furent la mort (hypothétique) de Mohamed Al Dura et aussi la rumeur que les Juifs avaient décidé de détruire la mosquée d’Al Aqsa pour reconstruire leur Temple à sa place. C’est pour cela que la seconde Intifada est nommée « Al Aqsa ». L’argument de la visite de Sharon était conçu pour l’opinion occidentale et non pour l’opinion palestinienne.

Le brûlot de France 2 n’est pas resté un simple moment de télévision. Outre la diffamation d’Israël, et l’appui au lancement d’une nouvelle guerre au Proche Orient dont nul ne peut mesurer les effets à ce jour, il a provoqué d’innombrables actes de fanatisme tueur. Les deux soldats israéliens égarés à Ramallah quelques jours plus tard, sauvagement tués puis étripés par la foule hystérique, doivent sans doute leur destin au sketch de France 2 inlassablement diffusé, jour et nuit. On sait que les coupeurs de tête qui ont décapité Daniel Pearl en 2003 avaient mis un poster l’Al Dura en fond d’image, comme pour dire « Mohamed, tu es vengé ».

Au cœur de cette opération planétaire se détache le profil pitoyable de Charles Enderlin, le correspondant de France 2 à Jérusalem. L’homme est Israélien et juif. Au plan professionnel, il a lamentablement failli en imputant catégoriquement aux Israéliens l’origine des tirs, alors qu’il n’était même pas présent. C’est à ce moment là que le faux s’est constitué. Les soldats israéliens étaient accusés sans preuve par Enderlin d’avoir tué un enfant qui cherchait désespérément la protection de son père. Aujourd’hui, il n’y a strictement personne pour soutenir cette affirmation. Le caméraman palestinien a lui-même démenti sa déposition sous serment, avouant deux ans après que lui, le témoin de la scène, ne peut pas dire d’où venaient les hypothétiques balles tueuses. On pourrait tout à fait s’en tenir là, ne pas chercher plus loin, ni se demander s’il y a eu une mort et des blessures réelles ou si l’évènement ne se résume pas simplement à une saynète tournée par des professionnels (ce qui est d’ailleurs archi probable).

Charles Enderlin s’est-il trompé, a-t-il été trompé par son caméraman ? Il a droit comme chacun à l’erreur, et à la naïveté mais quand une erreur prend cette dimension, son premier devoir aurait été de présenter des excuses. Que nenni, il s’est enferré, prétendant publiquement, dans les colonnes de ses admirateurs de Télérama, qu’il possédait des rushes de l’agonie de l’enfant, d’une cruauté trop insupportable pour les montrer. Mensonge strident, démenti par le visionnage des dits rushes dans le bureau d’Arlette Chabot, par deux journalistes incontestables Denis Jeambar et Daniel Leconte.

Hélas la distance entre le sens de l’honneur et Charles Enderlin était encore plus grande qu’on ne l’imaginait, bien que sa couverture venimeuse du conflit ait donné des années durant quelques sérieuses indications. Démasqué par les constats prudents de Jeambar et Leconte, il a avancé un argument incroyable : « … pour moi, l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. L’armée israélienne ripostait au soulèvement palestinien par l’utilisation massive de tirs à balles réelles … durant le premier mois de l’Intifada, Tsahal avait tiré un million de cartouches de calibre divers, 700 000 en Cisjordanie et 300 000 à Gaza. Des enfants palestiniens se sont retrouvés en première ligne » (1)

Qu’un journaliste puisse invoquer un contexte pour justifier la diffusion d’une information fausse sur un fait précis, cela a provoqué l’indignation de son confrère Jeambar : « … la phrase qu’il écrit dans Le Figaro est quand même contraire à ce qu’est ce métier. On n’est pas là pour essayer d’imaginer des images qui vont donner le reflet d’une situation … » (2) Mais ce n’est pas tout ! Charles Enderlin continue dans cet article, quatre ans après, d’accuser Tsahal de meurtre d’enfants, exactement comme il l’avait fait le 30 septembre 2000. Or d’innombrables documents ont démontré que la procédure opérationnelle utilisée par les Palestiniens dans la première phase de l’Intifada, avant les attentats suicide, c’était de mettre en avant des enfants jeteurs de pierre et de tirer de derrière sur les soldats israéliens pour provoquer une riposte, et espérer des morts d’enfants exploitables dans les média. Cela, Charles Enderlin le sait parfaitement. Par contre il n’a dit mot des quatre filles de la famille Hatwell, tuées à bout portant ainsi que leur mère enceinte par d’héroïques combattants palestiniens, le 30 avril 2004, sur la route de Kissoufim à Gaza, tuées de sang froid pour de bon, elles. C’est dire de quel bois est fait cet l’homme.

Mais il faut aller bien plus loin que le spectacle de l’homme Charles Enderlin. Ce dernier n’est qu’un petit maillon, substituable, dans la chaîne de la production et de la diffusion du faux "stratégique" (3). Le faux a été produit par un collaborateur fonctionnel des média palestiniens, le caméraman Talal Abou Rahma, et par Charles Enderlin. Mais ces derniers ne sont en rien impliqués dans sa diffusion mondiale, qui est au centre de notre sujet puisque c’est elle qui a fait d’un petit film génialement conçu, une bombe atomique politique contre Israël. (4) Dans son interview à Proche Orient Info, Charles Enderlin déclare de façon parfaitement justifiée : « … je suis journaliste, pas directeur. Ce n’est pas moi qui décide de ce qui passe à l’antenne, des films, des documentaires qui sont diffusés. Je ne valide pas mes propres sujets dans le journal. Pour cela, il y a une hiérarchie professionnelle… Tout est visionné par les responsables de l’édition, comme il se doit. » (5) C’est France 2, à l’époque Olivier Mazerolles dirigeait la rédaction, qui a diffusé instantanément et gratuitement (6) le brûlot au monde entier, prenant une posture d’auxiliaire des services palestiniens de propagande, et assurant un impact politique mondial et massif au faux de Netzarim. C’est lui qui est en principe le responsable de toute l’affaire, celui qu’il faudrait accuser, puisqu’il ne s’est pas honoré en démissionnant sur le champ, une fois avérée la fausse imputation des tirs.

Olivier Mazerolles a quitté son poste, le 11 février 2004, il y a exactement un an, quelques jours après avoir passé à l’antenne la nouvelle du retrait d’Alain Juppé de la vie politique après sa condamnation. Nouvelle fausse, mais de portée vénielle au regard de l’affaire Al Dura. C’est dire si en France, les journalistes exercent leur métier sous l’étroite surveillance des autorités politiques. Alain Hertoghe a écrit l’an passé un ouvrage qui en dit long sur le pilotage politique de l’information stratégique en France, ce qui lui a coûté son emploi.

Comme Charles Enderlin, Olivier Mazerolles n’est qu’un personnage de second ordre, un lampiste de plus, qui ne mérite rien d’autre que ce dépit qui nous envahit devant l’étalage de la couardise, du moi rampant, et de la soumission inconditionnelle et obséquieuse au pouvoir en place. Ce n’est pas Mazerolles qui a pris la décision fondamentale de diffuser massivement et gratuitement le faux de Netzarim. Nous n’avons aucune preuve matérielle de cette affirmatrion, mais pour qui observe le fonctionnement des institutions françaises, même superficiellement, cela va de soi. Si on veut savoir qui a donné l’ordre de diffuser gratuitement le faux, il faut chercher du coté du pouvoir d’État, des conseils de l’ombre du Quai d’Orsay et de l’Élysée, de ceux qui pilotent depuis des années la politique arabe extrémiste et suicidaire du sommet de l’État.

C’est pour cela que la controverse que continuent d’alimenter Jeambar et Leconte (saynète mise en scène par les Palestiniens, ou mort sous des balles d’origine plutôt palestinienne) n’a qu’une importance très secondaire en définitive. (7) Peu importe, du point de vue des forces telluriques et des intérêts majeurs qui sont en présence, si le petit A-Dura est mort ou s’il n’a jamais existé. Nous sommes pour notre part convaincus qu’il n’a jamais existé, mais qui peut produire le "smoking gun" ?

Ce qu’il faut retenir de tout à fait essentiel dans cette affaire, c’est :

1) le rôle d’appui actif du pouvoir d’État français dans le lancement de la guerre d’Arafat. D’ailleurs, quelques jours après Netzarim, lors d’une réunion avec Arafat et Madeleine Albright à Paris, Jacques Chirac conseillera à Arafat de ne pas signer le cessez-le-feu proposé par la secrétaire d’État américaine de l’époque ;

2) l’emprise du sommet de l’État sur les messages véhiculés par les grands média en France pour les questions classées comme relevant de l’intérêt national, qui sont en fait les marottes de l’Élysée. Goebbels, Staline et Brejnev doivent se retourner tous les jours dans leur tombe, devant une si élégante maîtrise de l’art d’informer les gens comme il faut.

3) la vulnérabilité de l’opinion mondiale, surtout européenne mais aussi américaine, aux manœuvres de manipulation remarquablement coordonnées et exécutées par les efforts convergents d’un groupe fondamentalement terroriste comme l’Autorité palestinienne d’Arafat et une grande puissance occidentale capable de pénétrer le cœur des réseaux mondiaux de l’information.

Notes
(1) Le Figaro « Non à la censure à la source » 27 janvier 2005
(2) Interview à RCJ le 1° février 2005.
(3) Au sens où il a pu influer sur la situation d’ensemble de la guerre en défaveur d’une des parties.
(4) C’est le Général De Gaulle qui avait le premier comparé la puissance politique de la télévision à une bombe atomique.
(5) Proche Orient Info « Un entretien exclusif avec Charles Enderlin… » 1° octobre 2002
(6) Pourtant France 2 a un statut public et fonctionne avec une redevance collectée comme un impôt. Les responsables ne sont pas autorisés à faire des cadeaux avec des ressources publiques. Ils sont comptables de ces ressources sur leurs deniers personnels.
(7) Il faut saluer le travail remarquable, courageux, méthodique et obstiné de l’agence israélienne indépendante Mena (Métula News Agency). Elle a procédé à toutes les investigations possibles du matériel disponible sur l’évènement du 30 septembre, pour sauver l’honneur de son pays et de ses soldats. Elle a osé s’affronter sur la durée aux forteresses de la désinformation occidentale et elle a triomphé puisque nul ne soutient plus que des soldats israéliens ont tué Al Dura.

©  Objectif-Info