Article dePaul Giniewski, dans Le Mouvement -Tenouah n° 97, avril 2001
Au cours des émeutes palestiniennes récentes, l'expression"l'esplanade des mosquées, lieu saint de l'Islam", est revenueconstamment sous la plume et dans le discours des journalistes et des hommespolitiques. Le fait qu'il s'agisse du Mont du Temple a été très souvent passésous silence. Parfois, des journalistes ont mentionné qu'il s'agit du"Mont du Temple pour les Israéliens", ou "pour lesJuifs". Certes, l'esplanade des mosquées est considérée par lesMusulmans comme leur troisième lieu saint. Nul ne songerait à le leurcontester. Mais le Mont Moriah, où se sont élevés les Temples de Salomon etd'Hérode, est le premier lieu saint des Juifs.
Le refoulement, l'occultation, la mise à l'arrière-plan ducaractère juif du mont du Temple par de nombreux médias, l'emploi prédominantde la terminologie des adversaires d'Israël, ne sont ni fortuits, ni innocents.Ils ont pour effet de crédibiliser une certaine propagande qui s'efforce denier les liens historiques des Juifs et des Israéliens avec leur pays. Cettepropagande nie notamment le lien du peuple juif avec son Temple, voire sonhistoricité. Après le sommet de Camp David, l'été dernier, l'un des dirigeantspalestiniens n'a pas craint d'affirmer, dans un quotidien français, que lesIsraéliens n'ont pu découvrir de traces archéologiques du Temple !
Ce négationnisme, comme la négation de la Shoah ou des chambres à gaz par desfaussaires et des pseudo-historiens, sont de même nature et complémentaires.Ils sont inspirés par un antisémitisme et un antisionisme viscéraux. Mais aussipar un calcul politique. Ils visent à saper les fondements historiques del'Etat juif en cherchant à accréditer que l'aspiration bi-millénaire des Juifsau retour à Sion repose sur des mythes. L'un de ces mythes concerne le Temple.Un autre serait le "mythe d'Auschwitz", inventé pour susciter lasympathie pour les Juifs, soutirer de l'argent aux Allemands et justifier lebesoin d'un pays où les Juifs seraient souverains.
S'agissant du Temple de Jérusalem, il est souvent navrantd'avoir à rétablir des faits historiques acquis depuis des millénaires et àrelever des défis d'une telle bêtise et d'une telle bassesse. Maissouvenons-nous : plus un mensonge est gros, plus il a de chances d'être cru. Lemanque de culture et de connaissances historiques est tel, y compris dans desmilieux où cette carence est stupéfiante, qu'il s'avère nécessaire de réfuterles affabulations les plus grossières. De plus, le cas des Juifs et desIsraéliens est spécial : l'expérience nous apprend que tout mythe, touteaffabulation brandis contre eux, se répandent, finissent par être crus et pars'implanter dans le corpus des "connaissances", et des"évidences".
Or, n'importe quelle Concordance biblique nous apprend quele Temple de Jérusalem est mentionné 534 fois dans l'Ancien Testament et 70fois dans le Nouveau [1].La Concordance thématique du Nouveau Testament consacre plus de deuxpages au "Temple de Salomon" et au "second Temple deJérusalem" [2].
Il suffit d'ouvrir n'importe laquelle des milliers deBibles en circulation dans n'importe quelle langue, morte ou vivante, ancienneou moderne, pour lire les 600 récits ou mentions des événements qui se sontdéroulés au Temple ou qui y sont liés. Son emplacement dans la Jérusalem del'époque hébraïque, environ mille six cents ans avant l'entrée de l'Islam surla scène de l'histoire, est connue depuis la plus haute Antiquité. Le Muroccidental est un vestige de son mur de soutènement. La Bible de Jérusalem,par exemple, nous donne deux cartes-plans du Temple : le "Temple deSalomon", sur la carte de la "Jérusalem de l'Ancien Testament",et le "Temple d'Hérode", sur la carte de la "Jérusalem duNouveau Testament", les deux au même emplacement.
Les milliers de dictionnaires et d'encyclopédies qui ontjalonné le parcours intellectuel et scientifique de l'humanité depuis qu'onécrit et imprime, nous apprennent évidemment l'équivalent. Donnons-en un seulexemple contemporain.
Dans le Dictionnaire Hachette, nous trouvons, aumot "temple" : "le Temple que Salomon avait bâti àJérusalem". Et comme exemple : "Jésus chassa les marchands duTemple". Au mot "Jérusalem" : "Salomon l'embellit(construction du Temple, d'un palais royal, etc ...)". "Ravagée parles Babyloniens (587 av. J.C. destruction du Temple)". Mentionnons encore"la construction, au VIIe siècle, de la mosquée d'Omar àl'emplacement même du Temple (détruit en 135 par les Romains)" Au nomd'Hérode 1er : "[il] entreprit la restauration du Temple deJérusalem". [4]
N'importe quel ouvrage, dans n'importe quelle disciplinehistorique, religieuse, théologique, linguistique, etc., abordant d'un point devue quelconque la Jérusalem de jadis et de toujours, nous enseigne la mêmeréalité du Temple. Ainsi, le Grand Gaffiot, le dictionnaire classiquelatin-français (qui vient de paraître dans une nouvelle édition revue etaugmentée sous la direction de Pierre Flobert), nous propose la carte de la"Hierosolyma" romaine, avec le "Templum Herodis"et l'emplacement de ses composants, identifiés avec précision.
Est-il nécessaire d'ajouter que, depuis plus de deuxmillénaires, les historiens, les voyageurs, les chroniqueurs ont écrit desmilliers d'ouvrages décrivant la construction, les activités liées àl'existence du Temple, sa destruction et ses liens avec le peuple Juif. Sanscompter la littérature religieuse.
Néanmoins, il se trouve des journalistes, des hommespolitiques, pour répercuter les mythes de la propagande des ennemis d'Israël.Ils obéissent à un penchant qui s'est manifesté depuis des décennies auxNations Unies, et tout récemment avec les condamnations d'Israël par le Conseilde sécurité, l'Assemblée générale et la Commission des Droits de l'Homme, ausujet des émeutes d'Octobre. Un ancien Premier Ministre d'Israël, Abba Eban,hyper-colombe, avait stigmatisé ce penchant, avec humour, il y a quelquesannées : "L'ONU est prête à voter n'importe quelle résolution, y comprisdéclarant que la terre n'est pas ronde, si cela correspond à l'intérêt des paysarabes".
Verrons-nous des journalistes, des pseudo-historiens, deshommes politiques, voire des hommes de religion, répercuter volontairement,scélératement, que les liens du peuple Juif avec son Temple sont de lapropagande sioniste, comme on l'a entendu propager, parce que rien ne doit êtredit et fait qui démente les ennemis de l'Etat juif ? Verra-t-on des hommes de bonnefoi faire écho à l'absurde, à l'incongru, parce qu'ils l'auront lu sous dessignatures respectables, dans des journaux de renom ? Réécrira-t-on la totalitédes dictionnaires, des Bibles, des livres d'histoire, pour s'inféoder auxdétracteurs de l'Etat juif ? Et comment fera-t-on pour se débarrasser desinnombrables mentions du Temple juif, de la Jérusalem juive, de la vénérationet de la nostalgie des Juifs pour le mont du Temple, qui a inspiré et guidéleur retour à Sion ?
Ecrira-t-on un jour que Jésus a semé le désordre parmi lesmarchands de l'esplanade des mosquées ? Notre interrogation n'est pas sigrotesque qu'il y paraît.
Déjà des Eglises du Moyen Orient ont osé substituer, dansleurs Bibles, les mots "peuple de Dieu" à "Israël" et"Peuple Juif". Comme l'a écrit Michaël de Saint Chéron, "un paspresque irréparable a été franchi". Les responsables de ces traductions etde ces éditions faisant du même coup disparaître tout le caractère, à leursyeux, équivoque et tout simplement intolérable, d'une supposée"promission" de retour faite à l'unique Israël, au peuple juif, parDieu même'.
Jusqu'où glissera-t-on sur cette pente ?
[1] Concordance de la Bible de Jérusalem, LeCerf et Brepols, 1982, Paris.
[2] Concordance thématique du Nouveau Testament,0. Odelain et R. Seguineau, Le Cerf, 1989, Paris.
[3] La Bible de Jérusalem, Le Cerf, 1998.
[4] Le Dictionnaire Hachette couleurs, 1991.
[5] Véritable instrument de culture linguistique et historique de l'époque romaine, le Grand Gaffiot permet notamment de retrouver les étymologies hébraïques de certains mots latins. Hachette-Livre, 2000.