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Éditorialistes

Ménargues 'inculte ou malveillant' (L'Arche III)
25/11/2004

3. « Alain Ménargues est inculte ou malveillant : le Lévitique, la doctrine sioniste et l'invention des ghettos »

Le pur et l'impur dans le judaïsme : questions au grand rabbin Alexis Blum

En quoi consistent les « lois de pureté » énoncées dans le Lévitique ?
Elles s'appliquaient essentiellement à l'époque du sanctuaire du désert puis du Temple de Jérusalem. Par exemple, le Lévitique précise quelles bêtes sont "pures" au sens où elles peuvent être offertes en sacrifice. Le Lévitique précise également comment des personnes peuvent se trouver dans un état d'impureté, ce qui entraîne une interdiction temporaire de pénétrer au Temple de Jérusalem ou de consommer la chair des sacrifices. Les dispositions relatives au culte du Temple sont évidemment inapplicables depuis la destruction du Temple [NDLR : par les Romains, en l'an 70 de l'ère chrétienne].

De nos jours, un Juif qui se trouve en état d'impureté peut-il participer au culte ?
Bien sûr. L'interdiction ne portait que sur le culte au Temple de Jérusalem. Aujourd'hui, l'impureté rituelle n'empêche en rien de prier, de participer au culte et à la vie communautaire.

Les non-Juifs sont-ils impurs ?
Les non-Juifs ne sont en rien impurs. Ce sont les Juifs qui peuvent se trouver, temporairement, dans un état d'impureté rituelle.

Quelle différence le judaïsme fait-il entre Juifs et non-Juifs ?
Le peuple d'Israël a accepté d'être élu par Dieu pour accomplir un surcroît de préceptes qui doivent faire de lui un "peuple de prêtres". Les Juifs doivent donc s'efforcer d'être des hommes exemplaires au service de toute l'humanité. Mais les autres peuples ne sont absolument pas inférieurs aux Juifs. Et on trouve, à 36 reprises, dans la Torah l'injonction d'aimer l'étranger (pas seulement "le prochain", mais l'étranger). La Torah nous ordonne également d'appliquer à l'étranger la même loi qu'à l'israélite.

Est-ce que l'interdiction du contact physique avec un non-Juif est un concept qui existe dans le judaïsme ?
Non. Je n'ai jamais entendu dire une chose pareille. Le grand rabbin d'Israël n'a pas hésité une seconde à serrer la main du pape !

Qu'est-ce qu'un ‘érouv ?
C'est un système de symboles qui fonctionne uniquement le shabbat. Il sert à marquer les limites entre le domaine privé et le domaine public. Le ‘érouv est là pour rappeler aux Juifs que le shabbat il y a lieu de freiner l'activité créatrice. [NDLR: le grand rabbin Blum est l'auteur de la traduction en français du traité de la Mishna relatif au ‘érouv.]

Pouvez-vous donner des exemples proches de nous ?
À Strasbourg, la ville est entourée d'un ‘érouv, c'est-à-dire d'une clôture symbolique matérialisée par des rivières ou des forteresses et complétée à certains endroits par des cordes ou des fils. On a le droit de porter le shabbat dans toute la ville. Il y a aussi un ‘érouv dans une partie d'Anvers, et depuis peu dans certains quartiers de Londres.

Est-ce une séparation d'avec le monde non-juif ?
Absolument pas. Cela n'a absolument rien à voir avec les rapports entre Juifs et non-Juifs. On peut très bien inviter un non-Juif le shabbat, ou se rendre chez lui, le ‘érouv n'y change rien. ‘Érouv, cela veut dire "mélange", cela ne veut pas dire "séparation".

Vous avez lu les pages du livre d'Alain Ménargues relatives à « la séparation du pur et de l'impur » dans le judaïsme. Qu'en pensez-vous ? 
C'est un tissu d'élucubrations et de contrevérités venant soit d'un inculte – ce que je veux croire –, soit d'un homme animé d'intentions malveillantes.


PURETÉ RITUELLE
Critères qui permettent de décider si un individu ou un objet est en mesure de participer ou non au service du Temple, et qui correspondent aux normes religieuses. L'impureté peut être transformée en pureté par l'accomplissement de rites de purification spécifiques, dont beaucoup comprennent l'ablution. Celui qui devient tamé («impur») doit passer par trois étapes successives de purification : il doit attendre un certain laps de temps, s'immerger dans un bain rituel (miqveh), puis offrir un sacrifice. Les principales sources d'impureté sont le cadavre, la lèpre et les écoulements d'origine sexuelle. À notre époque, l'abandon de la plupart des lois concernant la pureté et l'impureté rituelles participe d'un processus entamé depuis la destruction du Temple.

Extrait du Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf / Robert Laffont, 1996.


‘ÉROUV
Littéralement : "mélange". Procédé légal utilisé pour faciliter l'observance du shabbat et des fêtes.
D'après la Torah, il est interdit, le shabbat, de porter quoi que ce soit entre un domaine public et un domaine privé, ou à quatre coudées à l'intérieur du domaine public. Si on entoure un espace d'une clôture faite de poteaux hauts d'au moins quarante centimètres reliés entre eux par une corde ou un fil de fer qui passe par le sommet de tous les poteaux, l'espace est alors considéré comme un seul domaine et il est permis de porter des objets le shabbat à l'intérieur de tout le périmètre. En Israël, toutes les villes ont un érouv, mais ce n'est pas le seul pays : dans de nombreuses villes, notamment en Amérique du Nord et en Alsace, un ‘érouv a été installé, souvent autour des poteaux télégraphiques.

Extrait du Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Cerf / Robert Laffont, 1996.


La création du Ghetto de Venise

« Quel a été le premier ghetto au monde ? Il était à Venise. Qui est-ce qui l'a créé ? C'est les Juifs mêmes pour se séparer du reste. Après, l'Europe les a mis dans des ghettos. » (Alain Ménargues, le 12 octobre 2004, sur Radio Courtoisie.)

Extrait du livre de Riccardo Calimani, Histoire du Ghetto de Venise (trad. fr. Denoël, 1997).

[Depuis plus d'un siècle, les Juifs n'étaient admis à Venise que de manière provisoire, et ils avaient l'obligation de porter sur eux un signe distinctif de couleur jaune. En 1515, sous l'influence des prédicateurs antisémites, le conseil des nobles vénitiens (Consiglio dei Pregadi) envisagea d'enfermer les Juifs dans l'île de la Giudecca. Aucune décision ne fut prise, mais l'idée était dans l'air.]

Le 20 mars 1516, c'était au tour de Zaccaria Dolfin de revenir à la charge et de prendre violemment les Juifs à partie au conseil : il les accusait de construire illégalement des synagogues, de corrompre l'État et de bien d'autres méfaits plus graves encore ; pour finir, il demanda qu'ils soient tous enfermés dans le Ghetto Novo, ancienne fonderie désaffectée, située dans la paroisse de San Girolamo et dont l'aspect extérieur était celui d'une forteresse.

Le doge, ainsi qu'un certain nombre de patriciens, qui ne voyaient pas d'un mauvais œil que l'on rectifiât quelque peu l'état des choses, marquèrent une très nette approbation. Anselmo et les autres représentants juifs, qui prévoyaient les dangers qu'une telle décision comportait, s'y opposèrent comme ils le purent, faisant valoir notamment qu'ils venaient d'effectuer de lourds investissements dans les magasins du Rialto. Cherchant désespérément à gagner du temps, ils suggérèrent de suspendre toute décision en attendant que Venise ait reconquis les territoires de l'intérieur où les Juifs n'auraient été que trop contents de retourner. Rien n'y fit: après le conseil des Pregadi, ce fut le Sénat qui approuva à son tour la proposition – à une majorité écrasante: cent trente oui, quarante-quatre non, huit votes blancs.

On assista donc, le 29 mars 1516, à la publication par le conseil des Pregadi du décret suivant : « Les Juifs habiteront tous regroupés dans l'ensemble de maisons situé au Ghetto, près de San Girolamo ; et, afin qu'ils ne circulent pas toute la nuit, nous décrétons que du côté du Vieux Ghetto où se trouve un petit pont, et pareillement de l'autre côté du pont, seront mises en place deux portes, lesquelles seront ouvertes à l'aube et fermées à minuit par quatre gardiens engagés à cet effet et appointés par les Juifs eux-mêmes au prix que notre collège estimera convenable… »

L'enceinte allait être complétée par deux grands murs, toutes les sorties seraient obstruées et les portes et les fenêtres murées. Les gardiens veilleraient nuit et jour et exécuteraient tous les ordres des Pregadi. Les canaux autour de la zone seraient, eux aussi, surveillés par deux barques, et, bien entendu, aux frais des intéressés. Des peines croissantes avaient été prévues pour quiconque serait surpris, la nuit, hors de l'enceinte du Ghetto : les deux premières infractions étaient punies d'amende, la troisième était assortie d'une peine de prison.

Étaient chargés de l'exécution de ces mesures les cattaveri, officiers du gouvernement, responsables des biens publics, des problèmes liés aux prêts, et qui, plus généralement, veillaient à « la manière dont les Juifs résidaient à Venise… » Ces officiers étaient autorisés à présenter au conseil leurs suggestions. Ces mesures étaient, pour finir, rendues quasiment irrévocables, puisque l'accord des cinq sixièmes du Sénat était requis pour toute modification.

© L'Arche

Mis en ligne le 24 novembre 2004 sur le site www.upjf.org.