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[Trop occupé par Israël] Pas de temps pour l'Afrique, E. Gordon

27/07/2004
Texte à méditer, à diffuser et à resservir en toute occasion où Israël est mis au ban des nations. Menahem Macina

The Jerusalem Post

19 juillet 2004

Traduction française de Nicole Benattar pour INFO'SION

(L'original anglais n'est plus accessible gratuitement sur le site du JP, on peut en consulter le texte à www.talkaboutthemusic.com/group/alt.music.u2/messages/173659.html)


Shashi Tharoor, sous-secrétaire général des Nations unies, chargé de la communication et de l'information, a publié dans l'International Herald Tribune de mercredi dernier un plaidoyer angoissé, intitulé "Les nouvelles essentielles que vous ne lirez jamais".

L'article de Tharoor accusait les médias - et par conséquent le monde - d'ignorer plusieurs crises humanitaires graves.

Deux jours plus tard, Carol Bellamy, directeur exécutif de l'UNICEF, publiait un article de la même veine dans le même journal. Elle y stigmatisait le coupable oubli dont le monde fait preuve à l'égard d'une crise particulière : celle de l'Ouganda. Dans ce pays, des enfants de six ans sont enrôlés de force dans l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA, Lord's Resistance Army) où ils servent comme soldats combattants, ou comme esclaves.

Selon Bellamy, quelque 12 000 enfants ont déjà été enlevés par la LRA au cours des deux années écoulées, et quelque 44 000 autres enfants fuient leurs foyers tous les soirs pour échapper à ces rapts.

Les hauts fonctionnaires de l'ONU ne sont pas les seuls à se plaindre de cette amnésie. Ainsi, dans un article en date du 1er juin, Nicholas Kristof, éditorialiste au New York Times, avait accusé le monde d'indifférence envers le génocide dans la région du Darfour, au Soudan. Là, des milices musulmanes arabes soutenues par le gouvernement massacrent les musulmans non arabes depuis 16 mois. Outre ces milliers de meurtres, ils sont responsables de la fuite d'un million deux cent mille habitants du Darfour.

Les réfugiés vivent dans des camps de fortune, où les conditions sont telles, que des dizaines d'entre eux meurent chaque jour. Les experts estiment qu'entre 100 000 et 500 000 réfugiés succomberont de malnutrition ou de maladie, cette année. Et Kristof de trouver le silence du monde incompréhensible.

Tharoor imputait cette indifférence à la concentration obsessionnelle des médias sur la guerre en Irak, Bellamy et Kristof ne proposaient aucune explication. Inutile de souligner qu'aucun des trois n'envisageait que sa propre organisation soit responsable de cette indifférence.

Pourtant si le monde est indifférent à des crises humanitaires telles que celles de l'Ouganda ou du Soudan, on ne peut qu'accuser les institutions qui devraient attirer l'attention du monde sur elles, à savoir : les Nations Unies et les médias.

Il est très difficile pour des individus moyens de se passionner pour une crise dont ils n'entendent pratiquement jamais parler. Seuls attirent l'attention les sujets dont on nous parle quotidiennement.

Tharoor a bien raison de mentionner l'Irak : on nous en parle tous les jours. Il existe néanmoins un autre sujet qui obsède l'ONU et les médias tant et si bien qu'ils n'ont plus le loisir de nous parler du Soudan. Il s'agit bien évidemment du conflit israélo-palestinien.

Selon l'ONU, au cours des quatre dernières années, le conflit israélo-palestinien a causé quelque 4 000 morts et provoqué le déplacement de 15 000 personnes. En revanche, le conflit du Darfour a causé 30 000 morts et provoqué le déplacement d'un million deux cent mille personnes, en trois fois moins de temps. En toute objectivité, la crise du Darfour semble être beaucoup plus grave.

Néanmoins, si l'on effectue une recherche dans les archives des principaux journaux américains et européens de l'an passé, on s'aperçoit que ceux-ci ont publié de 7 à 14 fois plus d'articles sur Israël que sur le Soudan. Ainsi, le New York Times a consacré 260 articles sur le Soudan, contre 2 837 sur Israël. Les chiffres pour le Times de Londres sont de 148 contre 1 118. Pour le Die Welt, la proportion est de 568 contre 8 205. Pour El Pais, elle est de 166 contre 1 776. En outre, les articles sur le conflit israélo-palestinien ont souvent les honneurs de la première page, alors que le Soudan est habituellement relégué dans les pages intérieures.

Par conséquent, il n'est pas étonnant que, malgré la mort de dizaines de Soudanais chaque jour, suite au manque d'aide internationale, les Palestiniens reçoivent, à en croire la Banque Mondiale, plus de subsides par personne qu'aucun pays n'en a perçus depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

L'ONU est tout aussi coupable de donner l'impression que toutes les crises internationales sont moins importantes que le conflit israélo-palestinien. Un nombre disproportionné de résolutions de l'ONU sont consacrées à mettre Israël en accusation, et parmi celles-ci, plus du quart des condamnations émises par la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU au cours de ces 40 dernières années. Mais la structure institutionnelle même des Nations Unies tend à concentrer l'attention sur ce conflit à la quasi-exclusion de tous les autres.

Ainsi que le remarquait récemment Anne Bayefsky, dans ce même journal, 6 des 10 sessions d'urgence convoquées par l'Assemblée Générale ont été consacrées à Israël. Aucune session d'urgence n'a jamais été consacrée au Soudan, ni au génocide rwandais, qui a causé la mort de quelque 800 000 personnes.

Mais ce parti pris institutionnel est encore plus frappant en ce qui concerne les réfugiés.

Une organisation entière de l'ONU, l'UNRWA, se consacre aux réfugiés palestiniens, alors que tous les autres réfugiés du monde sont gérés par le Haut Commissariat aux Réfugiés (UNHCR). Selon toute vraisemblance, ces deux organisations publient des communiqués, tiennent des conférences de presse, rédigent des articles pour les journaux et devraient donc s'efforcer d'attirer l'attention du public dans une proportion à peu près égale. Mais [ce n'est pas le cas. En effet], alors que la communication de l'UNRWA est uniquement centrée sur les réfugiés palestiniens, celle de l'UNHCR doit se répartir entre les nombreux autres groupes de réfugiés.

De ce fait, les réfugiés palestiniens reçoivent autant d'attention que tous les autres réfugiés réunis, et ceci en dépit du fait que les réfugiés palestiniens, contrairement à ceux qui meurent en ce moment au Darfour, ont été installés, depuis 50 ans, dans de vraies maisons et de vraies localités, en Jordanie, à Gaza et en Cisjordanie.

En outre, l'UNHCR définit comme réfugiés ceux qui ont personnellement perdu leurs maisons, alors que l'UNRWA inclut dans la catégorie des réfugiés tous les descendants de ces derniers. Ce qui lui permet de se prévaloir du chiffre de plus de 4 millions de réfugiés palestiniens, alors que, selon la définition de l'UNHCR, il n'y en aurait que 200 000. En effet, on estime à 600 000 le nombre d'Arabes qui ont fui Israël en 1948, et un grand nombre d'entre eux sont décédés pendant cet intervalle de 56 ans.

Il est évident que 4 millions est un chiffre bien plus impressionnant que les malheureux 1 200 000 réfugiés du Darfour. Mais comment l'UNHCR pourrait-il soutenir la comparaison, alors qu'il lui est interdit de gonfler ses chiffres comme le fait l'UNRWA ?

Par conséquent, si les éditorialistes et les responsables onusiens sont vraiment attristés par l'indifférence mondiale à l'égard des crises du Soudan ou de l'Ouganda, c'est à eux-mêmes qu'ils doivent s'en prendre.

Eux seuls peuvent modifier l'ordre de leurs priorités et, par là même, celui du monde entier.

Evelyn Gordon


© The Jerusalem Post pour l'original anglais et Info'Sion pour la version française.


[Texte aimablement transmis par Pierre Caïn INFO'SION, Jérusalem-capitale (Israël).]

Mis en ligne le 27 juillet 2004 sur le site www.upjf.org.