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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Demandez à Zola… par Menahem Macina
28/09/2002

A l'attention de celles et ceux qui ne figurent pas sur la liste de nos contacts auxquels ce texte a été envoyé, cette nuit, et pour éviter tout malentendu, je crois utile de recopier ici, la brève mise au point qui figurait en tête du message d'envoi :
"Ne me comprenez pas de travers : je ne nie pas les mérites de Metula New Agency, ni son utilité. Je trouve seulement que la modestie et le sentiment de ses limites ne sont pas les qualités majeures de certains de ses membres ou de ses chroniqueurs. Ce qui les amène à des dérapages (contrôlés?...) comme celui que j'ai cru devoir critiquer.
Je profite de cette occasion pour vous inviter à venir nombreux à la manifestation du 2 octobre, sans vous laisser impressionner par la moue de Monsieur Huber, de la Ména...
Pour en savoir plus sur cette manifestation, cliquer sur les liens suivants :

- France 2 et Enderlin : prix de la désinformation.
- Détails concernant la manifestation.

Dans un éditorial intitulé : «Informer ou militer, il faut choisir !» (info # 012709/2), en date du 27 septembre, Gérard Huber, l'un des chroniqueurs de Metula News Agency (Mena), s'en prend sans ménagement aux organisateurs d'une manifestation (imminente) contre la désinformation (1). Le procédé m'a paru contestable, d'autant que les reproches adressés aux personnes et associations responsables de cette initiative me paraissent relever davantage du procès d'intention et de la polémique que de l'expression respectueuse d'un dissentiment légitime.

Trois remarques liminaires, avant de procéder à une brève analyse des critiques formulées.

- Les personnes, les associations et les sites qui organisent cette manifestation ont assez de modestie pour ne pas s'auto-décerner le label d'«Agence d'Information», qui distingue tant la Ména du menu fretin des autres protagonistes de la lutte contre la désinformation, à en croire Monsieur Huber, ce qui n'empêche pas plusieurs de ces derniers de contribuer, tout autant qu'elle - même si c'est par d'autres voies - à la recherche et au rétablissement de la vérité et à la lutte contre la désinformation.

- Qui ou qu'est-ce qui habilite le chroniqueur de la Ména à prendre à partie publiquement des personnes honorables (2), dont je puis témoigner - pour celles que je connais - qu'elles mènent des actions sérieuses et réfléchies pour défendre l'image d'Israël, constamment avilie dans une grande partie des médias français ?

- La majorité des critiques – pour ne pas dire «accusations» - formulées dans les quelques extraits reproduits ici sont inconsistantes ou injustes, comme je vais m'efforcer de l'établir.

Pour que l'on puisse se faire une opinion objective, je cite d'abord chacun des passages concernés (3), en les faisant suivre de mon commentaire. Ce n'est qu'au terme de cette analyse séquentielle que je formulerai de brèves conclusions.


Gérard Huber : «…Le travail que fait [la Mena], soit pour informer, soit pour déconstruire la désinformation et réinformer n'a rien à voir avec cette autre initiative dont je voudrais parler à présent et qui consiste à «donner le prix de la désinformation» à un journaliste. La Ména ne saurait se mêler à ce type de réaction passionnelle et partisanequi rappelle trop la tradition qui consiste à vouloir que des têtes tombent.»

Reinfo-israel : Monsieur Huber prend ses distances : il y a EUX et il y a NOUS. Message subliminal : ce n'est pas cela qu'il convient de faire. Prenez donc modèle sur nous. Les qualificatifs sont sévères : il s'agirait, dans le chef des organisateurs, d'une «réaction \'passionnelle et partisane\'». L'allusion finale à la guillotine - outre son inconvenance, en la matière - prête, de manière risible, aux personnes et organisations responsables de la manifestation un pouvoir exorbitant - qu'à l'évidence elles n'ont pas : celui d'attirer des sanctions sur les responsables de la chaîne France Infos, et sur l'un de ses journalistes. Le procédé désigne les organisateurs tant à la vindicte institutionnelle (A2 est une chaîne nationale), qu'à la réprobation des journalistes, dont l'un des leurs est implicitement présenté comme coupable de rétention de preuves (4). Par ailleurs, on peut se demander ce qui pousse notre chroniqueur à souligner aussi lourdement sa dissociation de la manifestation qu\'il réprouve. Il paraît difficile de ne pas percevoir du mépris dans l\'expression «La Ména ne saurait se mêler...» (qui rappelle fâcheusement: "on ne mélange pas les torchons avec les serviettes"). Pourquoi prendre ainsi les devants? La Ména se sent-elle compromise par cette initiative pour qu\'elle se croie obliger de crier "au loup!", alors qu\'il n\'y a pas de loup? Le procédé est pour le moins curieux...

G. H. : «En effet, quoi de plus facile que de «décerner» un prix de la désinformation, alors que la vérité de l'information n'a pas encore été établie ! »

Reinfo-israel : Autrement dit, la manifestation condamne un présumé innocent. Argument spécieux. C'est précisément parce que la chaîne A2 et Enderlin refusent catégoriquement de diffuser l\'intégralité des séquences de la vidéo où figure la mise à mort de Mohammed al Dura, et le reportage d\'une chaîne allemande qui remet en question les conclusions hâtives qui ont été tirées du seul extrait de 90 secondes, diffusé en boucle sur toutes les chaînes de télévision durant des semaines, que "la vérité de l'information n'a pas été établie".

G. H. : «Je trouve ce procédé incohérent. Soit la vérité de l'information est établie, et il n'y a plus lieu de décerner un «Prix de la désinformation», sauf à réagir avec ses humeurs, soit elle n'est pas établie et les raisons pour lesquelles ce «prix» est décerné sont encore illégitimes. Ce n'est jamais le bon moment pour ce type de "prix".»

Reinfo-israel : ‘Incohérent', ‘illégitime', les coups pleuvent dru, mais l'argumentation n'ajoute rien à celle de l'alinéa précédent.

G. H. : A La Ména, nous nous battons pour l'information, c'est-à-dire pour parvenir à ce que toute la lumière soit faite sur le filtre par lequel certains médias retransmettent leurs commentaires, parfois fallacieux, sur le conflit israélo-palestinien.

Reinfo-israel : Monsieur Huber, insinuerait-il que les organisateurs de la manifestation, et les personnalités qui s'y sont associées, «se battent» pour autre chose ?

G. H. Nous ne nous battons pas pour montrer du doigt tel ou tel. Nous n'utilisons pas les mêmes moyens qui sont à l'origine de la désinformation, non seulement parce que moralement nous ne sommes pas d'accord avec de tels procédés, mais parce que montrer quelqu'un du doigt n'a strictement rien à voir avec le fait d'éclairer l'opinion.

Reinfo-israel : Cette fois, l'accusation est plus grave : contrairement à la Mena qui, elle - selon M. Huber - n'aurait jamais «montré du doigt» qui que ce soit (est-ce si sûr ?…), les organisateurs mis en cause «utiliseraient les mêmes moyens» que ceux qu'ils taxent de désinformation. M'est avis que l'accusation n'est étayée par rien de sérieux. Si le fait de pousser un cri (après avoir essayé tous les moyens pour convaincre les intéressés de faire toute la lumière sur une affaire grave) méritait le stigmate que lui inflige M. Huber, qu'eût-il écrit sur Emile Zola ? Selon ce critère hubérien, Zola n'aurait fait qu'«utiliser les mêmes moyens» que les antidreyfusards ! Serait-il plus grave de «montrer du doigt» un membre de la corporation journalistique, que d'accuser l'Armée de fabrication de fausses preuves ? Je suggère que l'on propose comme sujet de dissertation aux candidats au Baccalauréat, le brillant syllogisme énoncé par M. Huber : «montrer quelqu'un du doigt n'a strictement rien à voir avec le fait d'éclairer l'opinion.» (Zola! réveille-toi, ils sont devenus fous!)

G. H. : «Ceux qui s'interrogent avec gravité sur un certain nombre de révélations que La Ména et d'autres ont formulées au sujet des doutes qu'il est légitime d'avoir quant à la fiabilité de certains commentaires qui ont pu être livrés par des journalistes pourtant chevronnés (trop, peut-être) au sujet du conflit israélo-palestinien procèderont autrement que par la mise à l'index. Ils ne cesseront, au contraire, de chercher à obtenir que ceux qui désinforment s'ouvrent à leur propre démarche (l'information), afin que les esprits partisans prennent enfin la mesure de l'immense bévue dans laquelle ils s'enfoncent et en tirent toutes les conséquences.»

Reinfo-israel : Cette redondance textuelle file la métaphore du «doigt». On en apprend (chose capitale !), qu'il s'agit, en fait, d'un «index». Et, les irresponsables organisateurs sont dûment ramenés à la médiocre dimension qui est la leur. Ce n'est pas la Ména qui descendrait à ce niveau. Non, elle «et d'autres» de la même trempe «procéderont autrement». On eût aimé connaître et les noms de quelques-un(e)s de ces «autres», histoire de se situer par rapport à cette élite, et le comment de cette manière de "procéder autrement"…

Epinglons encore deux perles. La première témoigne du contresens de toute l'analyse de M. Huber, qui s'obstine étrangement à considérer comme des journalistes des militants qui ne le sont pas, de l'aveu même de ce dernier (qui ne craint pas de se contredire sur ce point à plusieurs reprises).


G. H. : «Que des journalistes deviennent des meneurs de foules, c'est leur droit le plus strict».

Reinfo-israel : Monsieur Huber affecte d'être conciliant, magnanime même, mais ce n'est qu'une apparence, car la concession véhicule une insulte implicite – «meneur de foule», ça fait démago, facho et tutti quanti. Mais l'essentiel n'est pas là. Le vrai problème c'est que - sauf exception peut-être - ceux et celles que vise ce trait ne sont pas des journalistes.

G.H. : «Que des militants exigent que France 2 diffuse le reportage d'Esther Shapira… est leur droit le plus strict, si cela se fait de manière démocratique. Mais, il faut qu'ils sachent que le reportage de Schapira n'est qu'un élément du dossier

Reinfo-israel : Notez l'allusion désobligeante : «si cela se fait de manière démocratique». L'honorable chroniqueur insinue-t-il que manifester est anti-démocratique ? Ou essaie-t-il de nous faire comprendre que la manifestation est interdite ? Précisons tout d'abord que ce que ces «militants» exigent c'est uniquement que tous les éléments d'information disponibles concernant le meurtre de Mohammed al Dura - et pas seulement ceux qui instruisent A CHARGE, comme cela a été le cas jusqu'ici - soient portés à la connaissance du public. Par ailleurs, il faut savoir gré à Monsieur Huber de rappeler à ces ignorants (dont fait partie l'avocat à la Cour qu'est W. Goldnadel) que «le reportage de Schapira n'est qu'un élément du dossier.» Est-ce faire insulte à M. Huber et à la Ména - dont il est, ici, le porte-parole – que de lui faire remarquer qu'il semble considérer le reportage en question comme «un détail de l'histoire» ? A l'entendre, en effet, on a comme l'impression qu'il est de mauvais goût de tant insister et surtout - pouah ! - de manifester pour rappeler à France 2 qu\'elle est un service public et qu\'à ce titre au moins, elle doit permettre au public français de prendre connaissance des différents avis sur cette affaire. L\'attitude dilatoire de France 2, qui se refuse à diffuser le reportage de la chaîne ARD, donne l\'impression que le service public a quelque chose à cacher dans cette affaire. En tout état de cause, à supposer même que ce document télévisuel ne soit«qu'un élément du dossier» , il pourrait bien s'avérer qu'il s'agit justement d'un élément capital, au vu duquel le procès serait à réviser entièrement. (Relisez l'histoire de l'affaire Dreyfus : c'est un excellent paradigme de ce genre de possibilités!)


Que conclure ? Je n'irai pas jusqu'à dire que Monsieur Huber a perdu une bonne occasion de se taire, car, après tout – et pour reprendre ses propres termes -, qu'un journaliste de la Mena, ou d'ailleurs, estime devoir prendre ses distances par rapport à une manifestation qu'il n'approuve pas, «c'est son droit le plus strict».

Ce qui, par contre, ne l'est pas, c'est de mesurer les autres à son aune personnelle, et d'administrer, urbi et orbi, des leçons d'éthique du comportement en matière de lutte contre la désinformation, en donnant l'impression qu'on détient, à soi tout seul, les clés de la vérité.

"Informer ou militer, il faut choisir", tel est le titre de la chronique de la Ména, dont j'ai tenté de mettre en lumière les faiblesses et les injustices - que j'espère inconscientes.

Personnellement je refuse de me laisser acculer à un tel dilemme, qui n'existe que dans l'esprit de celui qui l'a conçu.

Informer ET militer, voilà deux termes qui ne me paraissent absolument pas contradictoires.

Et si vous en doutez encore, DEMANDEZ A ZOLA !



Menahem Macina

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Notes


(1) Pour celles et ceux qui ne sauraient pas de quoi ni de qui il est question, précisons que ce qui indispose la Ména, ou à tout le moins son chroniqueur, c'est l'appel à participer à une manifestation ironique, qui aura lieu le 2 octobre, à Paris, et au cours de laquelle sera décerné le "Prix de la désinformation". On trouvera tous les renseignements concernant cette manifestation, ainsi que des informations sur les personnalités et les associations qui y participeront, au lien suivant : France 2 et Enderlin : prix de la désinformation .
(2) Dont, entre autres, Michel Jeffroikin et Maître Gilles-William Goldnadel (Ligue contre la Désinformation) et des associations telles que l'ABSI Keren Or; le B'nai B'rith; la Ligue de Défense Juive (LDJ); Migdal. Précisons également que des personnalités et des associations réputées, telles: Beate Klarsfeld ("Fils et Filles de déportés"), l'UPJF et la Wizo, ont annoncé qu'elles participeraient à cette manifestation. En parlant de "prendre à partie des personnes", je ne veux pas dire qu'elles l'ont été nommément, mais le blâme formulé contre l'initiative elle-même et les associations qui l'ont prise, atteint évidemment les organisateurs et les personnalités qui en sont partie prenante.
(3) La mise en couleur rouge de certaines phrases et expressions est de reinfo-israel.
(4) Il faut savoir que le correspondant à Jérusalem de A2, Charles Enderlin, responsable de la diffusion mondiale de la séquence filmée sur la mort en direct du petit Palestinien, Mohammed al Dura, refuse toujours obstinément de rendre public le contenu de la totalité de la bande vidéo dont A2 n'a publié qu'une brève partie. Quant à sa chaîne, elle oppose le même refus aux très nombreuses demandes, qui lui ont été adressées, de diffuser l'émission de la chaîne allemande ARD, consacrée au meurtre en direct de Mohammed al Dura.

Dernière minute, des Chrétiens s'associent à l'initiative. A. Y. nous communique ce qui suit :
"L'Amitié Judéo-Chrétienne (AJC) 44, les Cercles d'Etudes Hébraîques, et l'Amitié Judéo-Chrétienne régionale, attestent se joindre au Collectif sur la Désinformation pour manifester, le 2 octobre, à Paris, et remettre le prix de la désinformation à un journaliste de France-Télévision"
Signé : Marie Louise Guervel, Présidente AJC, Nantes, le 26 septembre 2002.
A ces noms il faut encore joindre celui de l'Amitié Judéo-chrétienne de Boulogne-Billancourt (source : A. Y.).
La COORDINATION OFF SHORE (Enfants des Survivants de la Shoah) sera également présente à cette manifestation (Communication de son Président : Monsieur JJES Fraenkel, 29 septembre, 17h 15).