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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu’au 15 novembre 2007

Al-Dura: médias et carences du porte-parole de Tsahal, T. Segev

04/02/2005
Al-Dura: médias et carences du porte-parole de Tsahal, T. Segev

Haaretz

22/03/02

Original anglais : "Who killed Mohammed al-Dura ?. A new report by German television tells us more about the media and the failures of the IDF spokesman than it does about the death of a young boy". [Qui a tué Mohammed Al-Dura : Un nouveau reportage de la télévision allemande nous en dit plus sur les médias et les carences du porte-parole de Tsahal que sur la mort d’un jeune garçon.]


Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org.


Mohammed al-Dura, un garçon palestinien, a été atteint et tué au carrefour de Netzarim dans la Bande de Gaza, le 30 septembre 2000. Sa mort a été enregistrée par la chaîne de télévision France 2, et il est immédiatement devenu le symbole de l’Intifada naissante. Les séquences filmées ont donné l’impression que le garçon avait été abattu par un tir de l’armée israélienne, et c’est peut-être le cas, comme ce peut ne pas l’être. L’armée de défense d’Israël, qui avait d’abord exprimé ses regrets pour le drame, assumant ainsi implicitement la responsabilité de la mort de l’enfant, a ensuite affirmé qu’il avait été atteint par un tir palestinien.

Cette semaine, la chaîne allemande ARD a diffusé un reportage consacré à l’incident, et les médias israéliens se sont empressés d’affirmer que le "rapport d’enquête" d’ARD avait conclu que le garçon avait apparemment été abattu par la partie palestinienne et non par Tsahal. En cette période difficile pour le personnel du Ministère Israélien des Affaires Etrangères, qui doit "expliquer" ce que Tsahal fait [subir] aux habitants des territoires, cette aubaine causa une grande joie au ministère. Enfin la vérité avait émergé.

Le reportage de la télévision allemande était intitulé "Trois balles et un enfant mort". S’il ne nous apprenait rien de neuf concernant la mort du garçon, par contre, il avait quelque chose à nous dire sur les médias et la propagande, sur la puissance des mythes et les échecs du Bureau du Porte-parole de Tsahal.

La journaliste, Esther Shapira, parle sur un ton dramatique, avec une voix d’alto, mais elle ne parvient pas à citer un seul détail qui écarte la possibilité que le garçon ait été tué par l’armée israélienne. Tous ce qu’elle a fait – comme beaucoup d’autres avant elle – cela a été d’affirmer que, sur la base de la séquence filmée par le caméraman de la chaîne de télévision française, il est impossible d’affirmer avec certitude que le garçon a été touché par un tir israélien, bien que la possibilité ne puisse en être écartée. Il a pu avoir été abattu par des Palestiniens situés dans un étage élevé du bâtiment qui, à l’époque, se dressait encore derrière la position de Tsahal. Ou peut-être n’est-ce pas le cas.

La difficulté de déterminer qui a tué l’enfant provient du fait qu’aucune autopsie n’a été pratiquée sur sa dépouille ; un médecin palestinien a montré à la journaliste des photographies du corps en affirmant que le garçon avait été atteint par un tir venant de haut et de face. Un narrateur-interprète répétait ces mots en insistant lourdement, comme s’ils pourraient prouver quelque chose. Les photographies ne prouvent pas une chose. Tant les Israéliens que les Palestiniens tiraient d’une position haute et de face. La journaliste n’a pas examiné de balles enlevées du corps du garçon ou celui de son père, et rien ne permet de dire si on en a enlevé. Ce que le père a affirmé à ce propos contredit ce que les médecins ont dit.

Le mur devant lequel la tragédie s’est produite a été démoli sur ordre de Tsahal, bien que des photos en subsistent, sur lesquelles on peut voir les impacts de balles. La controverse porte sur le point de savoir s’ils ont été provoqués par les fusils utilisés par les Israéliens ou par ceux qu’utilisent les Palestiniens. Là encore, rien de nouveau, et il est douteux qu’un tribunal accepte l’une ou l’autre versions. Le père et son fils se sont cachés derrière un baril sur lequel il y avait un bloc.

La journaliste a découvert que quelqu’un avait remplacé le bloc original par un autre plus plat - peut-être pour cacher le fait que le père et le fils ne pouvaient pas être aperçus de la position israélienne, parce que le bloc les cachait, alors que le bloc plus plat aurait permis de les voir. Mais il n’y a aucune preuve que le bloc ait réellement caché les deux Palestiniens aux soldats de la position israélienne.

Faute de preuve concrète, le journaliste essaye de deviner: Pourquoi les Israéliens voudraient-ils tuer un enfant ? Et tout d’abord, que font là l’enfant et son père: L’espace d’un instant, la victime devient le criminel. Que cache le photographe de France 2 - un Palestinien de la Bande de Gaza du nom de Talal Abu Rahma ?


(Faut-il accuser les médias ?)

La journaliste essaye de tirer argument du soupçon que France 2 cache des éléments qui pourraient ébranler l’affirmation que Tsahal est coupable de la mort de l’enfant. Sur ce point, il semble qu’il y ait contradiction entre ce que le caméraman dit et ce que disent ses supérieurs ; mais cela non plus n’est pas une preuve péremptoire. Toutes ces questions ont été posées dans le passé, et elles ne prouvent pas que Tsahal ait tué le garçon, pas plus qu’elles ne prouvent l’inverse.

Le Major Général (de réserve) Yom Tov Samia, qui était la tête du Commandement de la zone-sud, montre, pour la énième fois, les mesures qu’il a faites à l’aide de son ordinateur portable : elles sont censées montrer que les soldats de la position ne pouvaient pas avoir tiré sur l’enfant. Les mesures ont été réalisées en utilisant une réplique hollywoodienne de l’emplacement original, aussi n’ont-elles aucune valeur de preuve. Les services du porte-parole de Tsahal ont publié une photo aérienne et, par la suite, ce qui est presque "une enquête en profondeur". Tout cela a été fait trop tard et trop lentement et n’a rien pu prouver.

La journaliste nous fait écouter les voix de trois personnes dont nous ne voyons pas les visages. Elle dit que ce sont des soldats qui étaient dans la position [de Tsahal à Netzarim] et elle les désigne uniquement par leurs prénoms, en précisant, sur un ton de mystère, que c’est "pour des raisons de sécurité": " Ariel", "Alexei" et "Idan" affirment qu’ils n’ont pas tué l’enfant. Selon des reportages antérieurs, les soldats en poste en cet endroit étaient des Druzes. Cette nouvelle information ne prouve rien non plus. Les services du porte-parole de Tsahal étaient représentés, dans le reportage par un officier du rang de commandant, nommé Olivier Rafovitz. Il n’avait aucune information concrète à communiquer.

Les passages intéressants du reportage illustrent l’utilisation, faite par les Palestiniens, de la mort de l’enfant à des fins de propagande à la télévision et dans les écoles. On emmène le père en visite dans d’autres pays, où il raconte son histoire et signe des autographes. Le brave type, dans ce reportage, est un entrepreneur israélien du nom de Moshe Tamam. Il a employé le père du garçon et reste toujours en contact avec lui. Il est le seul à avoir gratifié la journaliste d’un scoop : une vidéo réalisée à l’occasion de la bar mitzvah de son fils, et montrant le père de Mohammed parmi les invités.

Tom Segev

Mis en ligne le 05 février 2005 sur le site www.upjf.org.


© Haaretz pour l’original anglais, et upjf.org pour la version française.