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A-Dura / France2 ; des origines (2001) jusqu'au 15 novembre 2007

Primo envoie un huissier à FR2 pour l'affaire Al Dura
17/02/2004

17/02/04

[Voilà une démarche intéressante, et qui vient à point nommé puisqu'elle profite intelligemment de la mise en lumière des procédés sensationnalistes, aux dépens des faits, de l'ex-directeur de la Rédaction de France 2, comme l'a illustré l'annonce prématurée – et erronée – de la démission d'Alain Juppé, avant même que ce dernier ait fait part de ses intentions réelles. Il a donc fallu ce faux pas médiatico-politique pour que soient rendues plausibles, a posteriori, les nombreuses plaintes que tant de Juifs ont élevées [1] contre la diffusion racoleuse du reportage horrible de la mort en direct d'un enfant palestinien sous des balles prétendument israéliennes, images accompagnées d'un commentaire incriminant Israël sans la moindre précaution. Mais le texte qui suit expose les faits, mieux que tout ce que je puis en dire. Un réquisitoire remarquable et convaincant. Reste une question de procédure : si la chose doit être plaidée, qui sera le plaignant ? L'association Primo Europe est-elle habilitée à l'être, en tant que personne morale ?. Mais je suppose que les juristes qui ont mis en forme cette interpellation peu commune ont envisagé, et… résolu ce problème. Menahem Macina.]

Rappelons que notre site a une rubrique dédiée à cette affaire :
Al-Dura Mohammed (La mort, filmée en direct, de cet enfant palestinien, fut-elle une mise en scène destinée à diaboliser Israël?).


Primo Europe interpelle, par voie d'huissier,
Marc Tessier, le Président de France Télévisions



France Télévisions
Représentée par Monsieur Marc Tessier
7, esplanade Henri de France
75015 PARIS

Le 16 février 2004,

Monsieur le Président,

Nous avons chargé Maître Haffner de vous remettre ce courrier. Cette procédure, pour inhabituelle qu'elle soit, souligne notre volonté de parvenir à la résolution d'une affaire qui pollue depuis 30 mois les relations existant entre le groupe France Télévisions et une partie importante des téléspectateurs.

30 septembre 2000 : Charles Enderlin, correspondant de votre chaîne France 2, annonce la mort d'un enfant, Mohamed Al Dura, au carrefour de Netzarim. Les circonstances sont pour le moins confuses et Charles Enderlin, qui n'a pourtant pas assisté lui-même au tournage de ces images, affirmera, le soir même, au journal de 20 h, que le petit Al Dura est mort sous les balles israéliennes.

L'annonce de cette mort a durablement bouleversé et déstabilisé une grande partie de l'opinion. Les auteurs d'agressions antisémites dans les lycées et collèges de France en ont profité pour justifier leurs actes en prenant souvent comme prétexte la vengeance du petit Mohamad Al Dura.

Des sites Internet prônent l'éradication pure et simple de l'État d'Israël en plaçant la photo [de l'enfant] en page d'accueil comme symbole de leur haine.

Sur le plan international, vous n'ignorez pas qu'Oussama Ben Laden lui-même, dans un communiqué reconnu comme authentique, a utilisé, entre autres, cet argument pour justifier l'organisation des attentats du 11 septembre [2001].

Récemment, le CSA a mis en demeure le groupe France Télévisions. Le CSA vous a demandé de vous conformer, à l'avenir, à vos obligations légales et à votre cahier des charges. Les termes de son communiqué indiquent : "sous peine d'encourir les sanctions prévues par la loi". En annonçant, en ouverture du 20 heures du mardi 3 février, "une information qui n'existait pas encore" et qui "s'est ensuite révélée fausse", France 2 "n'a pas respecté son obligation de bonne information des téléspectateurs", a précisé le CSA.

Nos juristes ont étudié avec attention la charte du groupe que vous présidez. Ils relèvent notamment, au chapitre 2, qui concerne la responsabilité du diffuseur, plusieurs éléments au sujet desquels nous souhaitons vivement obtenir votre commentaire :

- Au chapitre 2 paragraphe 1, votre charte précise que l'ensemble des personnels doit "refuser de tenir pour avérées des affirmations personnelles ou fondées sur la rumeur publique, qui ne sont pas justifiées par des sources vérifiées et concordantes".

Quelle a été la procédure suivie par le bureau France 2 de Jérusalem, au sujet de l'affaire dramatique citée plus haut, afin de vérifier la crédibilité du reportage qui lui a été soumis par le cameraman, Talal Abou Rahmé ?

- Au chapitre 2, paragraphe 1, alinéa 3, sur la présomption d'innocence, la charte précise que "les commentaires des journalistes doivent être exempts de tout préjugé quant à la culpabilité de la personne en cause. Les journalistes veilleront donc - notamment - à donner à leurs propos un caractère conditionnel et non affirmatif".

Quels sont les éléments qui ont conduit le bureau France 2 de Jérusalem à établir de manière [lire : à présenter comme] irréfutable la responsabilité de l'armée Israélienne dans la mort de cet enfant ?

- Au chapitre 2, paragraphe 1, alinéa 6, vous indiquez : Les collaborateurs de France Télévisions s'interdisent toute diffamation, c'est-à-dire l'"allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur et la considération de la personne". Cependant, le devoir d'informer peut les amener à écarter ce principe. Dans cette hypothèse, ils doivent être capables :

• soit d'apporter la preuve de la véracité des faits allégués

• soit de prouver leur bonne foi, d'avoir fait preuve de prudence dans la relation des faits, de justifier de l'intérêt légitime du sujet traité, de prouver qu'ils ont obtenu, personnellement et de sources sérieuses et recoupées, les éléments d'information.

Toute animosité personnelle doit être exclue.

Quels sont les moyens auxquels votre correspondant Charles Enderlin a eu recours pour obtenir, "personnellement et de sources sérieuses et recoupées", les éléments d'information d'un événement qui n'a eu lieu que quelques heures seulement avant la diffusion du reportage ?

Enfin, vous n'êtes pas sans savoir qu'une enquête indépendante a été diligentée sur cet événement. Cette enquête apporte des éléments incontestables venant infirmer gravement la thèse jusqu'alors couramment répandue. Malgré les efforts et les démarches incessantes faites auprès de la direction de l'information de France 2 [pour que cette enquête soit diffusée], aucune n'a abouti.

- Au paragraphe 2, chapitre 1 alinéa 7, un droit de réponse est prévu par la loi dans le cas d'une imputation susceptible de porter atteinte à l'honneur ou à la réputation d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur appartenance ou non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée qui aurait été diffusée dans le cadre d'une activité de communication audiovisuelle".

Les éléments que nous vous apportons, en début de courrier, apportent la preuve que la diffusion de ce reportage a non seulement porté atteinte à la réputation d'un État, mais encore, a servi de catalyseur à des événements ayant gravement nui à l'existence pacifique d'une partie de la population française d'origine juive. La diffusion du reportage effectué par votre chaîne a donné lieu à des agressions - verbales mais aussi physiques -perpétrées à son encontre.

Votre charte précise que la demande d'un droit de réponse doit être présentée dans les 3 mois suivant la diffusion et que ce délai peut être prolongé de la même durée. Ce délai ne peut être appliqué en la circonstance. Ceci pour deux raisons :

- Monsieur Mazerolle a déclaré, sur plusieurs médias, qu'il n'y avait pas lieu de fournir les rushes puisque aucune demande n'avait été adressée à France 2. Ceci est en parfaite contradiction avec les faits, puisque France 2 a bien été sollicitée, à plusieurs reprises, dans les mois qui ont suivi les événements et a constamment refusé de s'exécuter.

- En outre, les conséquences de la diffusion de ce reportage sont encore perceptibles aujourd'hui. Des insultes, des menaces, et parfois des violences viennent sans cesse rappeler, de manière douloureuse, aux enfants juifs dans nos collèges, nos lycées, qu'ils "font partie du peuple qui a assassiné le petit Al Dura". Pour insupportable qu'il soit, cet amalgame n'en représente pas moins une réalité bien actuelle.

En conséquence, dans le cas qui nous préoccupe, le délai prévu par votre charte doit être [prorogé] afin de permettre un droit de réponse.

Compte tenu des éléments qui précèdent, nous souhaitons participer à la création rapide d'une commission tripartite, exceptionnellement composée de téléspectateurs, de personnels de France Télévision et d'experts indépendants. Elle devra avoir accès au visionnage des rushes couvrant la totalité des évènements du 30 septembre 2000. Elle devra procéder à l'audition des principaux témoins et contradicteurs de cette affaire.

Cette commission sera bien évidemment indépendante de France Télévisions.

Nous vous demandons également, et ce, quelles que soient les conclusions des travaux de cette commission, de vous engager à diffuser - à une heure de grande écoute de manière [à ce] que lui soit assurée une audience équivalente ([cf.] votre charte, ibid.) -, les résultats de ses travaux et des enquêtes, menés par plusieurs personnes et organismes, en France, en Israël, en Allemagne et aux États Unis.

Dans le cas d'un refus ou d'un silence de votre part, nous nous réservons le droit de saisir le Président du Tribunal de Grande Instance de Paris, ainsi que le prévoit votre charte.

Dans l'attente, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Président, l'expression de nos salutations les plus distinguées.

Pierre Lefebvre, Président de Primo Europe

© Primo Europe


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Note de la Rédaction d'upjf.org

[1] Signalons tout particulièrement l'action tenace de la Ména, depuis près de 3 ans, surtout par le truchement de Gérard Huber, qui a écrit plusieurs articles de fond sur le sujet, dont certains peuvent être considérés comme des références.

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Mis en ligne le 18 février 2004 sur le site www.upjf.org